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C’était mieux avant ?

Un leitmotiv

J’aurais pu écrire « c’était mieux avant ! » qui semble être un leitmotiv transgénérationnel si j’en juge par ce que pense la génération d’après moi, celle de mes élèves, mais aussi celle d’avant moi : ma mère et mes collègues futurs retraités. Ce consensus, qui semble une évidence à beaucoup, me rappelle cette phrase de Descartes : « l’intelligence est la chose la mieux répartie en ce monde, car tout le monde croit en avoir suffisamment ». Alors creusons un peu.

La génération Y et l’écriture

J’ai été très surpris de découvrir que les élèves se taquinaient sur leur niveau en orthographe. En effet, quand je lis les copies, il y a pas mal de fautes d’orthographe, de dyslexie, d’étourderies, de néologismes, d’erreurs de concordance des temps ou d’accords du participe passé, de charabia tout simplement parfois. Loin de moi l’idée d’en rire. Inlassablement, je les corrige à chaque fois en me disant que cette classe d’âge – surnommée quelquefois la « génération Y », eu égard au « Y » que forment les écouteurs lorsqu’ils les ont dans les oreilles – évolue avec pour l’écriture un intérêt tout relatif. Si j’en juge par la malice avec laquelle les uns maljugent (je ne suis pas sûr que ce mot existe) les erreurs des autres, il semble que je sois entièrement dans le faux. Et le fait qu’ils textotent à longueur de sms des « tkt » ou « pk ? » ou autres échanges abscons pour moi ne semble pas être une contradiction à leurs yeux. J’ai même surpris un jeune lycéen qui déplorait que son plus jeune frère, en primaire, fasse des fautes invraisemblables. S’agissant de cet élève, c’était, si vous me passez l’expression, « l’hôpital qui se moque de la charité ».

Le tout-informatique, le sacrifice du fond pour la forme ?

Les collègues aspirants retraités ne sont pas en reste. Il est vrai que beaucoup d’entre eux ont une calligraphie exemplaire, signe d’une époque assurément. Ils sont moins à l’aise avec les « slides » et autre « diaporamas » (pas tous bien sûr), et pensent, pour certains, qu’avec ce tout-informatique, on a sacrifié le fond pour la forme. Sans jeter la pierre à quiconque, on sent que l’écriture à la façon crayon-papier a du plomb dans l’aile et que l’alpha et l’omega aujourd’hui est dans l’utilisation de l’outil informatique. J’en veux pour preuve que la tablette s’installe a priori durablement dans nos établissements du secondaire. Votre serviteur écrit d’ailleurs ces quelques lignes sur un ordinateur et a troqué sa plume une bonne partie de sa semaine pour un portable ultra-fin griffé de la célèbre pomme… oui, chaque mode a ses objets cultes, que voulez-vous ? En outre, c’est vrai que les écritures actuelles ont perdu un peu de leur charme : pour avoir vu les écritures de plusieurs stagiaires ces dernières années, on voit que le style manque de pratique, pour rester dans l’euphémisme, et que l’heure n’est plus aux lignes que l’on écrivait de « mon temps ». Ça y est, moi aussi je tombe dans le travers que je dénonce gentiment.

Se donner l’impression qu’on est encore dans la course

Ma théorie est, à ce sujet, que les gens ne regrettent pas tant l’époque qu’ils embellissent par ce type de trivialité (le célèbre « c’était mieux avant »), mais plutôt qu’ils regrettent ce temps béni où ils étaient plus jeunes et où tout leur semblait possible. C’est leur madeleine proustienne dans un monde où tout change tellement vite que même les plus adaptables d’entre nous en perdent parfois leur latin. Ainsi, avec ce type d’adage, on se donne l’impression qu’on est encore dans la course, que la société a encore besoin de nous tant nous avons à communiquer sur notre expérience. Les plus rigoureux d’entre nous aimeraient que l’on raisonne à quantités constantes, pour comparer ce qui est comparable. Peut-on comparer l’éducation manuelle et technique (EMT) d’autrefois avec l’informatique sciences du numérique (ISN) ? J’ajoute que ma grand-mère savait, et c’était une exigence de l’époque, extraire à la main une racine carrée souvent en quelques minutes alors qu’aujourd’hui la plus mauvaise calculatrice donne la réponse en une demi-seconde. A-t-on perdu au change ? Qu’a-t-on perdu ? Autant de réponses que je n’ai pas, en modeste observateur de la vie estudiantine que je suis.

Une chose est sûre, c’est difficile d’être et d’avoir été.

 

Une chronique d’Octave

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