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Sentinelles, référents et loups-garous

Un jeu pas si innocent

Vous connaissez le loup-garou ? C’est un jeu de société aux allures de thriller psychologique où des villageois se transforment en loups-garous la nuit pour dévorer une innocente victime sous les yeux d’une petite fille.

S’ensuivent différents rituels, selon les variantes, où un chasseur, une voyante, une sorcière et autres personnages hauts en couleur usent (ou pas) de leurs pouvoirs. Le village doit ensuite décider qui lyncher le lendemain en représailles, ce qui donne lieu à d’âpres débats avant le vote final. Eh bien à la fin de cette chronique, si vous la lisez jusqu’au bout, vous n’y jouerez plus jamais de la même façon !

Une communauté vigilante autour du harcèlement

Je change donc de mon format d’expression habituel, la BD, pour m’exprimer sur une formation que j’ai suivie cette année et qui m’a profondément marquée. Projet pilote dans l’académie de Montpellier où je réside, cette formation « Sentinelles et Référents » propose de mêler élèves et adultes volontaires et/ou désignés de l’ensemble de la communauté éducative (enseignants, CPE, infirmier, COPSY, agents, assistante sociale, AED, personnel d’intendance…). Les professeurs principaux sont chargés de proposer des élèves « ayant de l’empathie » pour suivre cette formation dont le but reste encore opaque. En gros, on comprend qu’il s’agit de créer une communauté vigilante autour du harcèlement, mais le contenu est assez flou, on est entre chien et loup…

J’avais suivi une formation proposée par le PAF (pas Paf le chien non, bien que ce soit la famille du loup, mais le Plan Académique de Formations pour les non profs qui me lisent) sur les émotions qui m’avait laissée sur ma faim. Je me porte donc volontaire en tant que « référente » et propose les délégués de la classe dont je suis professeure principale comme « sentinelles ». Mais cette formation mystérieuse fait des sceptiques en salle des profs et le recrutement peine à se faire. Le chef d’établissement propose également la CPE et l’agent d’accueil, quelques enseignants s’inscrivent aussi, et nous voilà embarqués dans une étonnante aventure humaine. Loup, y es-tu ?

Théorie, exercices et émotions

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de vraies rencontres, et un mélange étonnant, pas toujours évident, mais ô combien riche ! Dès le tour de table, les élèves m’ont surprise par leur générosité dans le partage de leurs expériences et de leur vécu : certains étaient là car ils avaient déjà été eux-mêmes victimes de harcèlement, et déjà les larmes affleurent. On a bien vu que le formateur était venu avec une boîte de mouchoirs, inutile de dire qu’elle va être indispensable pendant ces quatre jours. Loup, m’entends-tu?

Ces journées ont en effet été intenses au niveau de leur contenu et riches émotionnellement. Les exercices proposés en atelier étaient parfois très déstabilisants, allant puiser des choses au plus profond de nous-mêmes. Ces pratiques sont complétées par la partie théorique qui met en évidence différentes postures dans notre rapport avec les autres :

  • Le harcelé, en posture de bouc émissaire
  • Le harceleur, en posture perverse
  • Les témoins passifs, qui au pire rient des humiliations que le harceleur fait subir à sa victime, et au mieux ignorent, ne se sentant pas concernés par la situation.
  • Le « rebelle » qui refuse cette situation et qui n’est SURTOUT PAS UN JUSTICIER mais qui va faire preuve d’empathie en allant voir la victime, ou en essayant de faire réagir le groupe de témoins passifs.

Ces postures ne caractérisent pas une personne car elles ne sont que temporaires. Ainsi, une personne en posture perverse a bien souvent été harcelée elle-même. Mais heureusement toutes les personnes « victimes » ne deviennent pas « bourreau » à leur tour. Mais prendre conscience de ces postures permet déjà d’envisager une réflexion sur notre rapport aux autres.

« J’ai fait lapider un innocent villageois »

Je vais te croqueeeeeeeeeeeeer ! C’est là que le loup arrive, car afin de bien se rendre compte de ces postures et situations, le formateur nous propose le jeu du « loup-garou ». Les grands enfants que nous sommes restés sont ravis : clins d’œil pour se reconnaître, gloussements étouffés, doigts pointés… Fière de moi, j’arrive à sauver ma peau, et désigne un élève que j’ai entendu ricaner comme coupable. Mon éloquence fait mouche, les villageois se rallient à ma cause et l’éliminent, c’est tout juste si je ne saute pas de joie…

Mais ma fierté se mue en culpabilité lorsque je découvre que j’ai fait lapider un innocent villageois, et notre innocence vole ainsi en éclats au moment du débrief :

  • Les loups-garous sont bien sûr en posture perverse, mais aussi ceux qui font accuser quelqu’un afin de le soumettre à la vindicte populaire le lendemain, sans procès.
  • La victime de ce vote est en posture de bouc-émissaire
  • Tandis que ceux qui votent sans avoir rien vu ni entendu, mais en suivant leur affinité avec tel ou tel joueur sont des témoins passifs.

J’ai donc vu la louve qui sommeillait en moi. J’en avais certes un aperçu lorsque j’embêtais mes sœurs étant gamine, en représailles des moqueries dont j’étais moi-même victime à l’école. Mais inutile de dire que je ne jouerai plus au « loup-garou » de la même façon !

Découvrir les élèves et les collègues d’une autre façon

La formation se terminait par une présentation du dispositif aux délégués de classe réunis en plénière, et du personnel de direction et quelques enseignants disponibles sur ce créneau. Si votre établissement vous propose cette formation, courez-y : c’est l’occasion de véritables rencontres humaines, par exemple j’ai pu découvrir d’autres facettes de collègues et d’élèves que je ne fais que croiser au quotidien sans avoir l’occasion de réellement dialoguer. Ce stage a créé une véritable connivence entre nous, et une façon nouvelle d’appréhender les relations humaines.

Le dispositif se met doucement en place dans mon collège avec un lieu de parole et d’écoute. Notre communauté essaye d’instaurer davantage de solidarité avec les élèves isolés, mais aussi les collègues isolés en salle des profs, car la souffrance est malheureusement des deux côtés, adultes comme élèves. Le but est d’élargir cette communauté de sentinelles et référents avec d’autres personnes désireuses d’en faire partie, et pour cela nous devons donc continuer de sensibiliser les élèves, les collègues, les parents également afin d’engager une réflexion et des actions collectives pour, sans devenir des loups blancs, ni des moutons de Panurge, créer un climat de tolérance et de solidarité.

Rendez-vous l’an prochain pour le bilan, mes petits loups ?

 

Une chronique d’Anna

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Annachronique

Jeune maman et prof d'histoire géo jusqu'au bout des ongles, des ZEP de Créteil aux mutations sous le soleil, qui croque sa vie au sens propre comme au figuré !
A suivre aussi sur www.facebook.com/chroniquesanna

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