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Sauver la planète, comment aborder le sujet en classe sans hypocrisie ?

Questionner le monde… ?

À J-5 je m’interroge encore : quels sujets aborder cette année en CP pour travailler la compétence « adopter un comportement éthique et responsable » ?

D’après Eduscol, l’approche initiale revient à : « Mettre en pratique les premières notions d’éco-gestion de l’environnement par des actions simples individuelles ou collectives : gestion de déchets, du papier, économies d’eau et d’énergie (éclairage, chauffage…). »

Apprendre à trier, réfléchir à notre consommation d’eau, faire un potager, composter… Fait, fait et refait ! Je veux sortir de ces sujets typiques pour aborder d’autres thèmes, mais cela sous-entend de sortir du « politiquement correct » !

Oui, c’est nécessaire et positif d’apprendre aux élèves à trier, à avoir de bons comportements en forêt et dans les espaces naturels, à faire du compost, à planter des fleurs et arbres pour des villes plus vertes… Mais je trouve ça hypocrite : c’est minimiser le problème et ne voir que la partie émergée de l’iceberg.

Que répondre aux élèves quand ils demandent « et à part ça, maîtresse, on fait quoi ? »

Ils entendent les médias, ils comprennent qu’il faut agir. Que répondre ?

Nous, on fait ce qu’on peut… « Mais le président, maîtresse ? »

Alors faut-il aborder les vrais sujets avec nos élèves ?

Parler de nos modes de consommation clairement pas écolos :

  • de la consommation de fraises toute l’année pour nos smoothies bobos ;
  • de la catastrophe qu’est le smartphone et son remplacement fréquent : de sa production qui exploite tant les matériaux que les enfants, jusqu’à son recyclage ;
  • de notre consommation de vêtements : la production de coton est responsable de près d’un quart de l’utilisation des pesticides dans le monde, sans parler des émissions de gaz à effet de serre…
  • de notre surconsommation de viande, elle aussi génératrice de beaucoup de gaz à effet de serre (alors qu’on peut en manger moins sans être carencé) ;
  • du transport maritime dont le coût est bien peu pris en compte dans le coût des produits manufacturés importés du bout du monde (d’où l’aberration du pot de yaourt) ;
  • de la voiture, dont les pouvoirs publics nous exhortent à diminuer l’usage sans vraiment proposer d’alternative. Et ce même en coupant des TER, en n’encourageant pas le ferroutage (vous n’avez pas halluciné cet été en voyant le nombre de camions sur les autoroutes ?). On n’est pas à une injonction paradoxale près ! Alors, faire culpabiliser l’enfant et ses parents de venir à l’école en voiture quand certains n’ont pas d’autre choix, est-ce pertinent ?
  • de la croissance de la population : sans être malthusien, faut-il encore encourager autant la natalité ?
  • du tourisme…

Alors face aux gros titres de l’été : urgence climatique, canicule, réchauffement record de l’Arctique, feux en Amazonie – que choisir d’aborder avec ses élèves ? Les sensibiliser oui, les angoisser non.

Eux, ce qu’ils veulent c’est de l’action : « qu’est ce qu’on peut faire, maîtresse ? » C’est pragmatique un enfant !

… JE SAIS PAS !

Alors je vais leur dire ce que moi je fais : essayer de consommer moins, mieux… bref, une goutte d’eau. Comment faire entendre qu’il faut consommer moins dans un système où la devise principale est l’enrichissement ? Vivre meilleur plutôt que vivre mieux. Moi, je cherche encore et toujours.

Quelques idées

Mais comme on ne va pas rien faire cette année, voici tout de même quelques pistes à explorer avec ses élèves…

 

  1. Suivre le trajet d’un pot de yaourt et, de manière plus globale, réfléchir au parcours des aliments : de leur production à notre assiette… encore plus percutant pendant la semaine du goût.
  2. Les fruits et légumes de saison restent peu connus des élèves, c’est une autre piste à travailler.
  3. Suivre en temps réel le trafic maritime pour prendre conscience de ce que notre consommation induit -> marinetraffic.com . Il serait par exemple intéressant de montrer des extraits de cartes aux élèves et de les interroger sur ce qu’ils représentent. Dans un second temps, les faire réfléchir à ce transport, pourquoi, quelles routes ? Ainsi, on peut travailler de manière transverse sur les lieux de production importants versus les lieux de consommation.
  4. En parallèle ou en complément : faire réfléchir les élèves sur la provenance de leurs vêtements, parler de l’histoire du textile en France, de son déclin, des lieux de production éloignés, de la mondialisation des échanges, de la consommation de masse, du coût du transport, etc. Faire des comparaisons avec « avant » et avec d’autres pays du globe.
  5. Interroger les élèves sur ce qui pollue le plus d’après eux, en émission de gaz à effets de serre, et déconstruire ainsi de fausses représentations ou des représentations incomplètes : l’élevage émet plus de gaz à effets de serre que les transports, etc.
  6.  Dans une veine plus scientifique, travailler sur les gaz à effets de serre à l’échelle de la planète pour comprendre leur fonctionnement avec des expériences à réaliser.
  7. Aborder la thématique du tourisme: avantages, inconvénients pour un territoire, effets néfastes induits, etc.

Une chronique de Sophie Dupré

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