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Changement climatique, municipales : prenons les enfants au sérieux !

Des appels à l’action écologique

Il y a un an, Nicolas Hulot jetait l’éponge sur France inter. Dans son cri du cœur, un appel à l’action écologique retentit et toucha évidemment les enseignants que nous sommes. Pour la rentrée 2018, je relayais à mes collégien.ne.s la fameuse formule de Jacques Chirac  : notre maison brûle et nous regardons ailleurs ! Après avoir donné quelques clés de compréhension pour discuter et débattre, ils avaient rédigé un acte de candidature « Moi, Ministre de l’Écologie ! ».

Au même moment, la Suédoise Greta Thunberg décidait de ne plus se rendre à l’école. Marquée par la canicule et les feux de forêt ravageant la Suède comme un pays méditerranéen, cette jeune fille de 15 ans sensibilisée très tôt à l’urgence climatique allait lancer un mouvement international d’une ampleur incroyable. Son appel à faire grève pour le climat tous les vendredis (« Fridays for future ») a rassemblé près de 200 000 jeunes français.es en mars 2019 . À ses détracteurs, elle répondait « Mais pourquoi devrions-nous étudier pour un futur qui n’existera bientôt plus et quand personne ne fait rien pour sauver ce futur ?« . Suivant le parcours de cette nouvelle icône écologique, j’avais de mon côté repris le cours du programme en revenant dès que possible sur les enjeux environnementaux mais sans mettre les élèves en position d’agir.

L’énergie créatrice des enfants

Pourtant, l’énergie et la force du mouvement initié par Greta Thunberg démontrent qu’il faut prendre les enfants au sérieux. Dans son livre Apprendre au XXI° siècle, le polytechnicien, biologiste et chercheur à l’INSERM François Taddei insiste sur ce point en prenant l’exemple de Louis Braille, devenu aveugle à 3 ans et qui dès l’âge de 12 ans travailla sur le système qui le rendit célèbre. Notre enseignement doit être à même de « libérer l’énergie créatrice des enfants » surtout quand des Onfray ou Sarkozy moquent et décrédibilisent Greta Thunberg au prétexte qu’elle n’a pas la légitimité scientifique ou qu’elle est la marionnette d’un catéchisme/capitalisme vert. L’idée qu’une enfant ne puisse avoir de pensée propre irrigue la diatribe gratuite intitulée Greta la science publiée par Michel Onfray sur son site :

« Nous les enfants, dit-elle quand elle parle ! Quelle civilisation a jamais pu se construire avec des enfants ? C’est le monde à l’envers ! »

« Trop contents de ce magnifique prétexte pour ne pas aller au collège, un troupeau de moutons de cette génération qui se croit libre en bêlant le catéchisme que les adultes leur inculquent, propose de suivre son exemple et offre en sacrifice expiatoire la culture qu’elle n’a pas, mais qu’elle pourrait avoir – si d’aventure elle allait à l’école, encore que, si c’est pour y apprendre les billevesées gretasques… »

Des propos consternants pour l’enseignant qui forme certes les consciences mais conduit les élèves à chercher, constater, argumenter, échanger, s’engager. Je leur préfère nettement les valeurs fondatrices du système éducatif pour François Taddei : « avoir confiance en la capacité des enfants à inventer, les autoriser à chercher par eux-mêmes, croire en leur éducabilité même quand tout semble perdu d’avance, assurer la transmission d’une génération à une autre de ce qui a été découvert par la précédente. »

Notre mission n’est pas de faire éclore dans nos classes des activistes aussi zélé.e.s et influent.e.s que Greta Thunberg. Mais face au défi planétaire que représente l’urgence climatique, sa trajectoire (comme celles de Malala Yousafzai ou Emma Gonzalez) est inspirante pour donner confiance aux élèves et leur en demander plus. L’éducation au développement durable passe par une éducation au politique qui doit conduire à l’action. Ainsi, les élections municipales qui auront lieu les 15 et 22 mars 2020 seront pour les élèves l’occasion de s’emparer des enjeux environnementaux à l’échelle de leur commune. Dans Apprendre au XXI° siècle, François Taddéi évoque les projets portant l’idée de Gandhi qui nous encourage à incarner les changements que nous souhaitons pour le monde : « Be the change that you wish to see in the world. ». En France, le dispositif des Bâtisseurs de possibles « accompagne les enseignants souhaitant mettre en place des projets qui rendent les élèves acteurs de leurs apprentissages, de leur vie et de la société. »

Les Bâtisseurs de possibles

Cette année je lance les 6es dans un projet où ils auront à identifier, parmi les enjeux environnementaux qui concernent la ville de demain, un problème qui les touche dans leur quotidien. Au préalable, ils auront participé à La fresque du climat, un atelier à la fois collaboratif et créatif pour sensibiliser au changement climatique (j’en parle plus longuement dans cet article, pour l’avoir testé en fin d’année cela fonctionne très bien)

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À la rentrée 2018, la leçon inaugurale de l’année avec mes classes avait porté sur la démission de Nicolas Hulot avec comme axe « Moi, ministre de l’Ecologie ». Pour boucler la boucle en cette fin d’année caniculaire, les 6ème et 4ème ont testé la fresque du climat, activité collaborative où chaque équipe doit reconstituer la chaîne explicative du changement climatique à l’aide d’un jeu de cartes que l’on agence librement pour aboutir à un schéma. Et comme c’est assez démoralisant d’en rester au constat (« nous nous auto-détruisons » a légendé un groupe), les élèves ont réalisé d’autres cartes « action » pour montrer les possibles et faire éclore de cette conscience écologique les alternatives de demain. Pour le passage à l’acte, collectif et individuel, on y réfléchit pendant la pause estivale…

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Suivant la démarche des Bâtisseurs de possibles, les élèves imagineront ensuite des solutions pour améliorer le bien-être des habitants de leur commune. Une fois les listes aux municipales connues, je pense proposer aux têtes de liste ou aux colistiers de venir écouter les projets des enfants afin d’échanger sur leurs promesses électorales ou leur bilan. Dans quelle mesure les projets des enfants seront suffisamment pertinents pour dépasser la salle de classe, ça je n’en sais rien. Mais le collège peut devenir le laboratoire d’initiatives lancées par les jeunes comme ce bar à fruits bio géré par le Conseil de Vie collégienne qui alimente deux récrées dans mon établissement depuis maintenant deux ans.

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Une chronique d’Emmanuel Grange

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Emmanuel Grange

Emmanuel Grange, prof d'HGEMC dans un collège de la Loire et formateur académique. J'anime le blog La [email protected] Histoire-Géographie où mes passions (musique, street-art, photo) se mêlent à mes productions pour la classe.

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