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Les préjugés n’attendent pas le nombre des années

La journée de l’égalité

Parfois ça nous prend dans notre école : on fait des journées à thème. Cette année, j’ai Hatem dans la classe. Il a cru que la journée lui serait consacrée. Mais je consacre suffisamment de temps à Hatem chaque jour, alors je lui ai fait comprendre qu’on privilégierait un autre thème. Nous avons bien ri, ce qui n’est pas toujours le cas avec Hatem…

L’an dernier, nous avons balisé une journée autour du 11 novembre avec des ateliers tournants, pour sensibiliser les enfants au souvenir, au devoir de mémoire. Nous avons récidivé avec le développement durable et la journée de la presse.

Cette année, au mois de novembre, comme on ne célèbre pas le centenaire de l’armistice chaque année (par définition), nous avons décidé de consacrer une journée entière à un thème qui pourrait être mis à l’honneur tous les jours, et qui l’est d’ailleurs dans ma classe de CP, dans ma façon de voir les choses en tout cas : l’égalité entre les garçons et les filles. Entre les filles et les garçons, ça marche dans les deux sens du coup.

Une journée ne suffit pas, on aurait pu y passer la soirée entière. Les préjugés n’attendent pas le nombre des années. Dès le CP, et sans doute dès la maternelle, les enfants segmentent, bien aidés par les adultes, les activités des petites filles et des petits garçons. Tacitement, les garçons investissent plutôt le terrain de handball et les ballons durs, quand les filles sautent docilement à la corde. Personne ne s’en plaint alors nous laissons faire. Les petits joueurs de ballon et les petites joueuses de corde à sauter ne pensent même pas à manifester d’autres envies. Se posent-ils seulement la question ? Les petites inégalités qui ne font pas de vagues…

Débattre en cycle 2

Il est temps que cela change. À mes petits élèves de CP, puis aux autres classes de cycle 2 (car c’était une journée à ateliers tournants), j’ai commencé par montrer cette vidéo.

On l’a regardée plusieurs fois parce que ça va quand même très vite.

Et puis on a débattu.

Waouh !

On a bien fait. Dans chaque classe, les élèves se sont montrés pleins de bons sentiments. Sur les métiers, la répartition des tâches à la maison, ils ont été unanimes : les hommes et les femmes devraient être égaux. Je sais bien que ce n’est pas le cas dans une grande majorité des familles. Mais je me réjouis de leur vision des choses.

Puis je les ai placés face à leur quotidien. Les réactions ont été identiques chez les CP, les CE1 et les CE2.

J’ai projeté l’image d’une petite fille et puis celle d’un petit garçon, et des images de petits cadeaux à leur offrir : ballons en tout genre, poupées, élastiques, jeux de couture, dinettes, et même un bilboquet. Unanimement, les élèves ont voulu gâter la petite fille avec des poupées et le petit garçon avec des ballons.

Alors j’ai sorti ma cape et mes gros sabots, je leur ai proposé qu’on échange un peu. Parce que la petite fille aimait bien les ballons. C’est passé.

Et parce que le petit garçon voulait bien jouer à la poupée… Oh l’autre eh ! À la poupée ! La barre de rire. Je les ai fusillés (du regard). Pourquoi pas la poupée ? Ben parce que c’est un jouet de fille.

J’adore prendre ma petite voix moralisatrice. J’ai suggéré que le petit garçon avait vraiment envie de jouer à la poupée, et qu’il fallait bien lui faire plaisir. J’ai insisté, on lui a offert la poupée.

Je leur ai demandé, aux petites élèves de ma classe, si ça les dérangeait. Elles n’étaient pas gênées du tout. Certains petits élèves en revanche étaient réservés. Voire très dérangés. Bon, qu’ils soient dérangés, je n’y peux pas toujours grand-chose. Mais j’ai insisté : pourquoi serait-ce un jeu de fille si le petit garçon de mon TBI voulait absolument jouer à la poupée ? Dans ses mains, la poupée ne devenait-elle pas de facto un jeu de garçon ?

Et je leur ai demandé si certains d’entre eux avaient déjà joué à la poupée. Ils se sont regardés. Ont hésité. L’un d’entre eux a levé le doigt. C’était Hatem.

Je l’ai félicité.

 

Une chronique de Papalion

Commentaires

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vincentlion2

Vincent Papalion, professeur des écoles en ZEP qu'on appelle à présent REP et qu'on appellera HELP, un jour. Pas de recette miracle sinon l'opiniâtreté et le sens de la dérision. Et l’amour du métier, bien entendu. Allez les enfants, au travail !

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