Parler politique sans s’ennuyer en EMC

Lorsqu’on parle de politique avec les élèves, on est plus proche de l’encéphalogramme plat que d’une « tachycardie mentale ». On a beau essayé d’emballer leur cerveau, les réactions sont plutôt rares et leur ennui profond. Quant aux connaissances, au mieux elles sont rudimentaires avec le nom de quelques présidents du président actuel, au pire elles sont très embrouillées : nous vivons sous la IIIe République, Marine le Pen est socialiste et le maréchal Pétain se confond avec le général De Gaulle. Je me rappellerai toute ma vie la réponse magnifique d’un élève : « 5 fruits et légumes par jour ». Comment ? Vous n’avez pas encore trouvé la question ? Quel est le régime politique en France aujourd’hui bien sûr ! Pourtant, malgré les difficultés à appréhender la ET le politique avec les élèves, les enjeux sont nombreux à entrer dans cette terra incognita. Et il se pourrait même qu’ils y trouvent plus d’intérêt qu’ils n’y pensaient ! Afin de montrer toutes les possibilités qu’offre l’étude du politique, j’utiliserai comme fil d’Ariane l’attaque du Capitole à Washington D.C le 6 janvier.

Pourquoi traiter un sujet politique ?

La politique fait partie du paysage quotidien médiatique. Cette omniprésence lors des JT ou sur les réseaux sociaux est un levier qu’il est facile d’actionner avec nos élèves très portés sur les écrans. Analyser un évènement politique permet aussi de travailler sur les faits bruts, observés et racontés, leur perception, ainsi que sur leur analyse. Enfin, lorsqu’on aborde le politique, il est facile de faire des ponts sur plusieurs thématiques. Dans le cas de l’attaque du Capitole, on peut aisément travailler l’EMI, le système politique américain, la démocratie, ou encore les libertés.

Comment traiter un sujet politique ?

Dans un premier temps, il est préférable – et pratique – de partir des faits pour ensuite aborder les analyses et explications. Chaque élève commencerait donc par écrire ce qu’il sait de l’évènement en répondant aux questions élémentaires du raisonnement quintilien : qui, quoi, quand, où, pourquoi, comment. En fait, il est intéressant de savoir si tout le monde a connaissance de l’évènement et de son déroulement. La reprise à l’oral permet de confronter les versions et de commencer à repérer les points de vue et le vocabulaire employé. Si je reviens sur l’attaque du Capitole, il est fort à parier que j’aurai des réponses différentes sur les acteurs de l’évènement puisque dans les médias cette pluralité était déjà présente. Faut-il parler de manifestants trumpistes, d’émeutiers, de complotistes QAnon, de suprémacistes, de milices d’extrême droite, de néo-nazis, de groupes paramilitaires, d’Oath Keepers, de Proud Boys, de Boogaloo ? Toutes les réponses sont justes mais il est important de montrer que les médias n’insistent pas forcément sur les mêmes acteurs. Nommer n’est pas un choix anodin, les mots ont leur importance. Dans le même esprit, comment cet évènement a-t-il été nommé par les médias ? On parle « d’émeute », « d’insurrection » quand d’autres utilisent les termes de « chaos » ou de « coup d’État ». Là encore, le choix des mots a son importance. Visionner enfin quelques extraits vidéos de l’évènement permet de repérer les éléments déjà énoncés, de confronter les points de vue et de finir la mise au point. À ce stade, il convient de distinguer l’information à chaud telle qu’elle est montrée dans ces reportages, des analyses qui viendront a posteriori.

Dans un second temps, on aborde toute la complexité des analyses, des causes de l’évènement jusqu’à sa portée. Et en parallèle, on réactive des connaissances du programme. Prenons l’exemple du rôle des réseaux sociaux. Que cela soit Facebook, Twitter ou via des messageries cryptées, ces outils ont servi à relayer des appels à commettre des actes violents ainsi qu’à se mobiliser et à s’organiser. Ils ont aussi permis de diffuser des images en direct via les smartphones. Enfin, ils ont été, une fois encore, au cœur des conséquences de l’évènement. Facebook, Snapchat et Twitch ont décidé de suspendre les comptes de Donald Trump, tout comme sa chaîne YouTube. Twitter a purement et simplement supprimer le compte du président des États-Unis. Quant à Apple et Google, ils ont choisi de retirer de leur plateforme de téléchargement le réseau social conservateur Parler. Dans le même temps, les réseaux sociaux ont été le théâtre d’une âpre lutte entre la tentative des pro-Trump de prouver que l’attaque du Capitole n’était rien d’autre qu’un complot pour les discréditer, et une mobilisation des internautes pour identifier les assaillants. Dans tous les cas cités, il est pertinent d’interroger les élèves sur la liberté d’expression. Est-il juste de suspendre ou supprimer les comptes de D. Trump ? Faut-il laisser les internautes identifier et dénoncer les émeutiers avec tous les risques que cela comporte (erreurs, vindicte populaire) ? De même, cette réflexion en appelle d’autres, notamment sur la liberté de ton de D. Trump dans ses discours ou ses tweets, sur la portée médiatique des conspirationnistes comme la mouvance QAnon, ou encore les milices d’extrême droite précédemment citées. Enfin, on peut interroger les élèves sur le modèle démocratique américain en particulier et les fragilités des démocraties occidentales en général. Les professeurs de spécialité géopolitique (HGGSP) pourront facilement faire un pont avec Tocqueville notamment.

Traiter du politique n’est pas forcément synonyme d’ennui et peut facilement être appréhendé en EMC avec l’actualité. Certes l’attaque du Capitole nous offre un exemple de choix à traiter grâce aux nombreux liens possibles avec le programme, mais d’autres approches sont bien évidemment possibles.

Une chronique de Boris Bettarel

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