Nos ados sont-ils Bio-diversité ?

Peut-on parler de développement durable à nos élèves ?

Partons de quelques beaux moments de solitude intellectuelle face à mes tentatives « environnementales » :

  • Une photo d’une magnifique rizière bien verte du fin fond de la campagne chinoise ? Sonia voit …un terrain de golf !
  • Les réserves d’hydrocarbures en chute ? Marie me dit « On a qu’à en cultiver plus. ». Ah ben oui ? Que nous sommes bêtes, pourquoi n’y avoir pas songé !!!
  • Vallée de Sirhan en Arabie : des irrigations circulaires formant des champs verts à perte de vue dans le désert… Lola n’y voit aucun problème : « c’est génial, on a qu’à faire ça partout et il n’y aura plus de faim dans le monde ». Ah !!! Tu étais là quand on a traité du chapitre sur l’eau Lola ? Oui ? Ah, pardon, je ne pensais pas…
  • Je leur fais calculer leur empreinte écologique: Mounia est fière de me dire qu’elle l’a fait avec son frère ! Elle est contente car « son empreinte à lui est plus forte que la mienne : il a 5.3 terres et moi je n’en ai que 4.8 terres. C’est bien, hein, Madame ? » Euh…. non, Mounia, ce n’est pas bien, je crois que je vais recommencer le cours…
  • J’ose analyser la Une du journal La décroissance. « Mais madame, on ne peut pas faire ça, c’est pas pour de vrai ? » (Il est difficile de vous retranscrire l’angoisse immense que je lis sur le visage d’Antoine quand il me dit ça.)

Bien, reprenons tout depuis le début. Enseigner le développement durable à nos élèves ? Leur parler de biodiversité ? D’environnement ? Mais pourquoi ? Comment ?

Au-delà de ces quelques élèves qui nous font hésiter, douter : « Mais puis-je encore faire quelque-chose ? N’est ce pas trop tard ? Tout n’est-il pas fichu ? Au secours !!! », Il y a aussi  du bon. Relevons la tête, soyons fiers de nos jeunes, tout n’est pas perdu.

Pour cette chronique j’ai lancé un sondage auprès de lycéens de 15-16 ans. Sur 72 élèves, j’ai eu 50 réponses. Cela prouve que le sujet les intéresse. D’ailleurs, ils sont 82 % à me le confirmer pour le développement durable, mais seulement 64%  pour la biodiversité car 20% avouent qu’ils ne savent pas vraiment ce que cela veut dire. Donc, il y a matière à travailler. Je suis quand même surprise de cette ignorance suite à plusieurs années de svt dans leur cursus ! Mais c’est un autre problème… « Y a-t-il un prof de svt dans l’avion ? ». Je sais, c’est mesquin…je me tais  !!!

 

 

 

 

 

 

Alors travailler sur quoi ?

Déjà dans les programme d’AGF (non, pas les assur*, Avant la Grande Réforme) le développement durable était partout : en HG, en SVT…. Mais nos Inspecteurs imposaient une ligne de conduite toute droite : pas d’inquiétude, pas de catastrophisme, on ne montre pas ce qui ne va pas mais les solutions.

J’avoue, je n’ai pas toujours obéi à ces préconisations. En seconde, il y a longtemps déjà (le temps passe !), je montrais le film d’Al Gore Une vérité qui dérange. Il est vraiment ALARMISTE. Pourtant il ne semblait pas angoisser mes élèves : ils découvraient pour la première fois souvent les problèmes,  m’interrogeraient, s’interrogeaient. Je trouvais en ce film un bon support pour leur apporter infos, connaissances, réflexions, recul critique et donc… pistes de  solutions.

Et puis le film a vieilli, et moi aussi (sniff)

Ensuite, le développement durable est devenu présent partout. J’ai alors senti une lassitude chez mes ados. Ils en avaient marre qu’on leur rabâche les mêmes choses depuis leur plus tendre enfance. Alors j’ai tenté d’autres biais, un autre film : celui de 2005 de Wagenhofer We Feed the World. Là encore cela a entrainé chez moi de grands moments de solitude intellectuelle :

  • Celui où mes délicats chérubins de 15 ans voient sans broncher aucunement (même pas un sourcillement !) une petite fille du Matto Grosso , des mouches sur les lèvres,  boire de l’eau croupie à même la terre,  mais gémissent de peine et d’horreur quand on voit son petit chien,  trop maigrelet, apparaitre à l’image….
  • Celui où l’on voit à Vienne 2 000 tonnes de pain frais être jetées par jour sans que cela ne remue les tripes de nos petits, mais où voir des petits poussins poussés sur un tapis roulant les fait pleurer « Ah madame, c’est trop dur, je peux pas, je mangerai plus de poulet ! »

Donc du travail, toujours et encore…. Heureusement, l’image parvient à franchir leur carapace d’ados : les caricatures, les photos, les extraits vidéos montrant les atteintes à la planète (la  déforestation au Brésil les interpelle : tout ce gigantisme (les roues des camions, les routes larges comme des boulevards…) ça les marque…

Mais je suis souvent agréablement surprise de leurs réactions : pas d’angoisse exprimée. Des volontés de lutte affichées en revanche : « madame, faut faire quelque-chose ! ». Miracle !

Aurais-je réussi ? Que nenni malheureusement. La plupart du temps ils ne changeront pas leurs habitudes… Mais tant pis, ce seront des graines germées pour plus tard, quand ils seront… grands ?

Et maintenant ?

Les actions concrètes marchent bien (organiser le tri dans l’établissement), leur faire étudier les effets de la fabrication de leur Smartphone sur notre belle Terre. Les jeux sérieux (Mission1.5 de l’ONU ou plein d‘autres) sont de super outils en classe ou à la maison.  L’empreinte écologique, ça marche toujours super bien : la calculer leur permet de prendre conscience de leur part dans  l’histoire. Comme ils sont surpris ! (moi aussi, mais pas dans le même sens ! Dans mon sondage, en première, 50% ne savent pas ce que c’est…).

Des petits exemples qui, un par un, continuent à semer des graines dans leurs têtes.

Et finalement ils ne sont pas angoissés quand on leur en parle, mais le petit graphique ci-dessous montre néanmoins bien, très bien, trop bien, que pour leur avenir, c’est moins certain.

 

 

 

 

 

 

Je les dirai donc finalement très conscients que des problèmes graves existent et qu’il est urgent d’agir. Et ça, c’est vraiment positif. Bien entendu, ils sont ados. Et entre la conscience et l’action il y a un pas encore infranchissable pour certains. Mais pas pour tous. Et c’est ça qui donne espoir.

Faisons leur confiance, peut-être réussiront-ils où nous avons échoué…. la preuve en image !

 

 

 

 

 

 

 

Une chronique de Kaliprof

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