pédagogie de projet

La pédagogie de projet

Non, ne décrochez pas à la lecture du titre ! En fait, je crois qu’on en fait tous dans nos classes sans forcément la nommer.

Pour moi la pédagogie de projet c’est faire passer des compétences par un projet et non via un cours « magistral ». C’est essentiel pour la motivation des élèves. Cette « pratique » d’apprendre en faisant centre l’école sur les besoins et intérêts de l’enfant, elle donne du sens et participe à faire aimer l’école. Dans l’idéal, les élèves se fixent un but commun, comment l’atteindre, par quelle démarche et quels moyens. En pratique il faut parfois/souvent les lancer.

Pour moi, dans les classes, on travaille en projet sans le verbaliser

  • En langage oral : comment produire un exposé ? Qui pourrait nous répondre ? Dans quels métiers produit-on des exposés ? Les journalistes pour présenter un sujet, une information… Si on envoyait des questions à un journaliste pour savoir comment il fait, etc.
  • En arts visuels ou plastiques : si on décidait de travailler le volume et de produire une œuvre plastique en 3 D. Quoi ? Comment ?…
  • En mathématiques : et si on déterminait la taille de la cour de récréation pour mettre en pratique les mesures apprises en classe, les modalités de mesure, les conversions et, au préalable pour évaluer des longueurs.

Un projet d’écriture en CP

La production écrite est aussi un bon exemple de projet : les élèves sont mis en situation dans l’objectif d’ensuite lire aux petits. Ainsi, par exemple, l’an dernier en CP, dès le début de la période 2, j’ai lancé un défi à mes élèves : écrire un livre aux grandes sections. Le but était commun : écrire la suite d’un album. Comme en CP ils sont encore un tantinet petits, c’est moi qui ai lancé le projet. En revanche, ce sont eux qui ont trouvé la démarche : je leur ai lu des récits en randonnée. Ils ont compris la structure répétitive. Ainsi, pour écrire la suite d’« Elmer joue à cache-cache » de David Mckee, les élèves ont déterminé qu’ils allaient écrire chacun une suite, d’après le modèle répétitif, et faire l’illustration. Ensemble, ils ont donc trouvé la démarche.

Pour les moyens à mettre en œuvre, je les ai aidés à formuler les étapes :

1. Le brouillon

2. La correction

3. La copie

4. La relecture

5. L’illustration cohérente au texte

6. La lecture aux plus petits

Il a fallu une période (7 semaines) à raison d’une séance chaque jour avec une moitié de classe. Les compétences visées par un tel projet sont plurielles : certes produire de l’écrit mais aussi oser écrire et oser lire devant les autres. Pour moi ce sont des compétences primordiales à développer dès le début de CP pour donner confiance aux élèves. Le récit en randonnée permet l’accès à tous : « Elmer est-ce toi… [caché quelque part -> insérer un lieu] ? Non, Elmer, c’est moi… [insérer ici un nom d’animal] Les élèves sont dans un projet collectif d’écrit, ils réussissent tous. Ils ont donc réalisé chacun une double page avec leur écrit et l’illustration correspondante avec un rabat (un animal y est caché, ce n’est pas Elmer).

Ce type d’exercice est de facto une différenciation : les élèves écrivent plus ou moins selon comment ils se sentent à l’aise. Mais on n’évalue pas ici leur orthographe, on les aide à encoder les mots choisis. On rend à l’écriture, via ce projet, son objectif « utile » et on apprend « juste » à écrire sans erreur. Quel plaisir pour les élèves de voir les « petits » écouter leur histoire, cela leur donne la conviction qu’ils peuvent écrire et que c’est intéressant de le faire !

Le projet des CE2 autour de la vie de classe

Cette année en CE2 les élèves sont davantage acteurs de projets. Dès le début d’année j’ai lancé un projet pour établir un fonctionnement de classe autour de l’album Joker de Susie Morgenstern, ils ont ensuite écrit, et dessiné, leurs propositions de jokers qui ont été votés en conseil d’enfants (je garde bien sûr un droit de véto ?).  Acteurs des règles de vie communes, les élèves sont motivés et voient un résultat tangible dans leurs efforts scolaires. Avec ce mode de fonctionnement du conseil d’enfants et des jokers ils peuvent être lanceurs de projets et d’idées, c’est motivant, rafraîchissant et ça nous sort de notre routine. Cette année, cela est d’autant plus appréciable ! Ainsi, pour exemple ils ont demandé à créer des jokers pour une journée maths, une journée lecture, une journée écriture. Ces jokers sont rares mais quand un enfant utilise un tel joker, la semaine suivante nous avons une journée dédiée. J’en profite pour organiser une journée où l’on travaille en projet : exemple écrire un livre complet dans une journée pour les maternelles !

Pour conclure, la mise en œuvre de projets mobilise des compétences transverses et nécessite l’implication des élèves. Cela peut paraître difficile. En fait, pas besoin de grands et longs projets, parfois lourds à porter : les petits projets d’une journée, one shot, sont très appréciés et eux aussi sont porteurs de sens ! Pour tous c’est un moment vraiment positif, dans l’action et la réussite.

 

Une chronique de Sophie Dupré

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