pratiques d'évaluation scolaire

Évaluer la pratique évaluative

Si cela n’est heureusement pas le cœur du métier d’enseignant, l’évaluation demeure une étape importante. Alors n’oublions pas, en tant qu’enseignants, d’évaluer nos propres évaluations et pratiques évaluatives ! Il est fréquent d’en parler en salle des professeurs avec nos collègues, voire de réfléchir à des évaluations communes…

Les manières d’évaluer et les formes que peuvent prendre les évaluations sont diverses. Tellement diverses qu’une liste exhaustive concrète serait utopique. Toujours est-il qu’une évaluation peut ainsi intervenir aussi bien en début, en milieu ou en fin de séquence. Elle peut être individuelle ou collective. Elle peut être écrite ou orale. Elle peut évaluer des connaissances, des compétences…

Une année d’évaluation, ça donne quoi ?

Personnellement, je pense qu’une année scolaire doit être ponctuée par des évaluations « classiques » et par des évaluations moins « classiques ».

Tout d’abord, il y a ces fameuses évaluations « classiques », c’est-à-dire les évaluations « type bac » (enfin « type EC » désormais en lycée) où les sujets proposés sont calqués sur le format des évaluations nationales. Par exemple en histoire-géographie pour le lycée, on trouve : question problématisée, analyse de document(s) et transposition d’un texte en croquis. Ces évaluations sont indispensables pour permettre aux élèves de se préparer aux épreuves d’examens. Toutefois ces évaluations ne doivent pas être les seules à être proposées aux élèves. Il y a bien sûr d’autres évaluations assez classiques (test de vocabulaire, qcm, questions sur documents, petite recherche, prestation orale…) permettant cette fois de s’assurer davantage de la régularité du travail des élèves dans les apprentissages. Aussi indispensables soient-elles, ces évaluations classiques m’ennuient de plus en plus. Bon, le terme est un peu fort mais disons plutôt que je prendrais moins de plaisir à faire cours si l’objectif final unique était ces fameuses évaluations « classiques ». En fait, j’en viens à ce que j’appelle les évaluations « moins classiques ». L’objectif est de faire du moment d’évaluation un moment où les élèves ne ressentent justement quasi-pas l’évaluation. Je n’irais pas jusqu’à parler d’évaluation plaisir mais l’objectif idéal est proche. Le mieux est de prendre un exemple pour m’expliquer !

Un exemple de projet d’évaluation qui ne dit pas son nom : un TP… d’histoire !

Enseignant d’histoire-géographie en lycée, je travaille depuis deux ans sur le nouveau programme de 1re centré, en histoire, sur le (terriblement complexe) XIXe siècle avec sa succession de régimes politiques français. Le défi est de rendre compréhensible et concret la teneur et la succession des monarchies, des républiques, des empires… Partant du constat que les musées sont actuellement fermés, j’ai souhaité « amener » le musée dans l’établissement. Un projet global m’est alors apparu possible : créer avec les élèves une exposition temporaire. Ce projet permet de faire travailler des compétences et des connaissances. Le projet de déroule en 3 étapes :

  • L’étape de découverte et de recherche/enquête à partir d’objets historiques. Les élèves étudient concrètement de vrais objets historiques d’époque (pièces de monnaie, timbres, pages de journaux, médailles militaires, médailles commémoratives…). Ils sont apprentis historiens, archéologues, collectionneurs… En fait, ce travail remonte à mes rêves quand j’étais moi-même élève : faire un TP d’histoire ! Je ne comprenais pas pourquoi on avait des travaux pratiques avec manipulations en physique-chimie ou en sciences et vie de la terre mais pas en histoire-géographie… J’ai désormais ma réponse : le coût ! Il est effectivement très onéreux d’acheter sur ses propres fonds des pièces des timbres de la IIe République, des médailles de la campagne d’Italie de Napoléon III, des monnaies de la IIIe République… C’est un choix qu’il est possible de faire sur plusieurs années (la version photocopie fonctionne aussi !). Couteuse initialement, la réalisation de ce TP d’histoire est par la suite extrêmement satisfaisante à partager avec les élèves qui s’émerveillent de pouvoir « toucher » l’Histoire. Il faut dire que le TP est concret : mesurer les objets, peser sur une balance ceux-ci, étudier au microscope USB les détails des ceux-ci… Deux heures où les élèves remplissent une fiche sur leurs objets sans voir le temps passer et sans sentir l’aspect évaluatif de cette étape.
  • L’étape où les élèves doivent mener une réflexion muséographique afin de prévoir l’élaboration sur le fond et la forme de la notice accompagnant les objets, le choix des dispositions des tables/vitrines, le choix du regroupement et de l’ordre des objets [chronologique/thématique…], le choix du sens de circulation… Une étape évaluée à nouveau sans que l’évaluation soit subie car elle en devient plaisante via le format original.
  • L’étape d’exposition proprement dite dans une salle de l’établissement pour mener l’exposition auprès d’autres acteurs (élèves, autres classes, enseignants, parents d’élèves, direction, presse…) où chaque élève a un rôle (rédacteurs d’un catalogue d’exposition, guides conférenciers, journalistes spécialisés, photographes…). À nouveau, cette étape est évaluée sans que l’évaluation ne soit vraiment ressentie. L’ensemble de l’activité est ainsi scénarisé. Cette étape se déroule idéalement en présentiel hors contexte sanitaire mais il est possible de créer un musée virtuel le cas échéant.

Voici un exemple d’évaluation – ou plutôt d’évaluations – moins « classiques ». Elles doivent ainsi, selon moi, ponctuer et saupoudrer l’année afin de diversifier les pratiques évaluatives. Elles suscitent la curiosité et la créativité chez les élèves.

Une année particulière : l’évaluation sous couvre-feu

Cette année – plus que toute autre – nous devons mettre en œuvre un contrôle continu bienveillant pour les élèves. Ce contrôle continu peut prendre des formes très diverses. Au lycée, notamment cette année avec le fonctionnement en demi-groupe, l’opportunité de faire classe à effectif réduit ouvre un champ des possibles très large. Pour autant, il n’y a pas que du contrôle continu en classe, il peut aussi s’effectuer à distance pour les élèves qui sont (confortablement ou pas) installés chez eux. Le contrôle continu a des avantages concrets pour les élèves (pas de pression de jouer son année sur une épreuve finale, pas de pression sur des révisions générales sans savoir quel thème va tomber…) mais elle possède aussi des inconvénients (multiplication des évaluations toutes matières confondues, surcharge et enchaînement de révisions successives…). Le contrôle continu, cette année, implique davantage qu’avant de veiller à la gestion des moments d’évaluation afin que cette période ne soit pas plus compliquée que ce qu’elle est déjà.

 

Une chronique de Sylvain Gérard

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