Ordinateur avec des élèves et leur enseignant en visio

Les avantages inattendus du distanciel pour les EBEP (élèves à besoins éducatifs particuliers)

De la distance et des barrières

Pas de doute, le protocole sanitaire de cette année sous le signe du Covid a ajouté de la distance entre nous tous et évidemment entre professeurs et élèves.

Respecter le mètre de distance, c’est

  • ne plus chuchoter la consigne à l’oreille de l’élève qui a besoin d’une reformulation ;
  • ne plus se pencher sur son travail pour le corriger (est-ce possible ?) ;
  • ne plus mettre la main sur l’épaule de celui qui s’agite pour le calmer.

Comme si cela ne suffisait pas, nous n’avons plus que la moitié du visage pour communiquer, nous forçons la voix pour traverser la barrière du masque. Et notre « bonjour » de début de cours s’accompagne toujours d’un coup de spray désinfectant, les yeux rivés sur les mains pour bien viser. Même le contact visuel est rompu.

Pourtant, cet éloignement n’est rien en comparaison de l’enseignement à distance que nous avons tous dû vivre, durant quelques semaines ou plusieurs mois, depuis un an. La barrière de l’écran est plus épaisse que celle d’un masque chirurgical. Le distanciel aurait donc dû être un échec, une difficulté supplémentaire, une catastrophe au niveau des apprentissages, surtout pour les élèves qui éprouvent le plus de difficultés.

Ce ne fut pas le cas pour tous les élèves, et encore moins pour la plupart des élèves à besoins particuliers. Si la distance a provoqué du décrochage, elle a pu aussi être bénéfique pour certains élèves présentant un trouble des apprentissages.

Du numérique

Quand les élèves ont la chance d’être bien équipés à la maison, d’une tablette, d’un ordinateur ou au moins d’un smartphone, alors l’enseignement à distance peut devenir un réel atout pour répondre aux besoins de chacun et pour apprendre de façon ludique.

L’ordinateur est un outil efficace pour compenser une « dys » :

  • Le clavier permet de contourner la dysgraphie.
  • Le correcteur orthographique corrige les effets de la dysorthographie.
  • Le narrateur facilite la lecture laborieuse provoquée par la dyslexie.
  • L’écran permet de lutter contre les troubles de l’attention : c’est tellement plus facile de se concentrer seul devant un écran plutôt qu’en classe entouré de 28 camarades !

La classe virtuelle

Idéale pour que chacun s’exprime d’un seul clic avec le feedback, le chat, le sondage ou la prise de parole, la classe virtuelle peut devenir un atout pour les élèves les plus discrets.

Feedback pour les élèves sur la classe virtuelle

À l’adolescence, le regard des camarades pèse lourd au point d’être une entrave ou un frein à la réussite scolaire. Quand pour être populaire il ne faut surtout pas se montrer impliqué, motivé ou sérieux dans son travail, quand le mot « intello » devient une insulte, alors les collégiens finissent par se démobiliser pour ne pas subir les moqueries des autres élèves. Ainsi, s’affranchir du regard des autres est libérateur pour une partie des élèves hypersensibles, à haut potentiel, en phobie scolaire ou atteint du syndrome d’asperger et pour tous ceux qui ne sont pas à l’aise dans la relation avec les pairs.  Si le rôle de l’école est aussi d’apprendre à vivre avec les autres, parfois, s’extraire du collectif peut s’avérer salvateur.

La classe virtuelle a aussi l’avantage d’éviter le brouhaha provoqué par les bavardages. L’enseignant a le pouvoir de couper le son des micros -quel rêve ! –  alors qu’en classe, il est bien difficile de faire taire les élèves pour obtenir une ambiance de travail silencieuse et propice à la concentration.

Une participation orale plus active

Quelques élèves s’expriment et participent donc davantage en distanciel qu’en présentiel. L’oral peut aussi être valorisé avec les enregistrements déposés sur quizinière par exemple. L’enseignant a aussi plus de temps pour apprécier ces oraux, et les commenter.

Capture d'une vidéo avec un exercice de prononciation

Des exercices plus ludiques, variés et finalement encourageants

Les EBEP, comme tous les élèves, apprécient les QCM, les quiz et tous les exercices qui ne demandent pas de rédiger de longues réponses. Si l’évaluation ne peut se réduire à cela, si l’efficacité de l’apprentissage reste limitée avec ces outils, ils sont quand même un moyen de valoriser les connaissances acquises. C’est une bouffée d’oxygène pour les élèves qui n’obtiennent que rarement de bons résultats.

Il existe aussi des applications qui s’adaptent très précisément au niveau des élèves et donc à leurs besoins. C’est le cas du Projet Voltaire ou du Coach Bescherelle qui proposent une progression sur mesure pour chaque élève afin de permettre une belle progression en orthographe.

Chacun son rythme

Les élèves les plus lents ont profité de la classe à distance qui permet de s’extraire de la pression du temps pour faire les exercices à leur rythme. Pour certains, ce fut l’occasion de gagner en autonomie, d’apprendre à s’organiser. Une nouvelle habitude a été prise durant le confinement : envoyer un message à l’enseignant quand on ne comprend pas. (Même si, j’avoue, parfois je n’en peux plus de répondre aux messages ! )

Pour les élèves présentant un haut potentiel, l’enseignement à distance fut aussi bénéfique : travailler à son rythme, ne pas s’ennuyer et attendre que la classe avance pour avancer, c’est formidable. Les enfants qui travaillent vite ont gagné du temps pour lire et même pour écrire sur Wattpad, par exemple. Malheureusement, d’autres ont préféré se tourner vers les jeux vidéo.

Cette étrange période sous la menace du Covid a donc rendu le numérique plus indispensable que jamais. Nous pouvons le déplorer : les liens humains se sont distendus pendant que la dépendance aux écrans s’est accrue. Mais pour certains élèves particuliers ayant le sens de l’effort, ce fut l’occasion de mieux apprendre.

 

Une chronique de Claire Nunn

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