Distanciel : les objets que vous allez pouvoir remiser au placard.

Car on l’espère plus ou moins tous, le distanciel, c’est tellement 2020/2021 que c’est déjà plus à la mode. D’ailleurs dans 100 ans on rigolera de cette étrange période où nous avons fait cours derrière un écran quelques mois. Oui enfin, dans 100 ans ce sera probablement toute l’année que cela se passera ainsi. Ah merde.

Mais bon d’ici là, voici quelques objets rigoureusement inutiles que vous devez ranger rapido avant de sortir votre slip de bain et votre bouée licorne préférée.

1° Le webcam TX2000 version Educ Nat.

Oui elle a été si utile cette webcam qui ôtait ridules et points noirs, pustules et psoriasis. Faut dire qu’avec ces trucs de visio, le petit Enzo avait plus envie de mater comment ÉTAIT SON PROF que le contenu de son apprentissage. Zoom n’a jamais aussi bien porté son nom, fallait toujours penser à se filmer de loin, sur le téco ou se préparer un minimum avant de commencer sa séance ; sous peine de se prendre en pleine face : « Msieur vous vous éclairez au néon genre carrouf ou vous avez une sale tête le matin ? ». Fastidieux.

2° Le fameux fond vert, le même que chez Marvel.

En complément de la caméra susnommée, il fallait aussi camoufler son intérieur, le pimper histoire de redonner du rêve aux apprenants. Bah ouais, le salaire de prof, c’est pas le même qu’influenceur. Y a Sarah, Maéva, Dragifuca… et toi. Pas le même délire. Donc au niveau des meubles, effectivement, cela se ressent un petit peu. Est-ce si important ? OUI. Lors de votre séance sur la mondialisation, votre table Ikea à 5 euros va soulever une vague de moqueries, votre lampe de bureau aussi : « Msieur on pensait que vous aviez tarpin meilleur goût, vous êtes toujours dans les années 2000 ça craint… ». Élogieux.

3° La combi distancielle de chez Wi*h.

Vous aviez cours avec les secondes de 8 h à 9 h, puis rien jusqu’à midi ? Flemme de vous habiller. Il fallait absolument s’offrir le complet parfait du professeur à distance. Il se compose d’une chemise pour la partie supérieure, indéfroissable. Et d’un pyjama pilou pilou, chaussettes et crocs molletonnées pour la partie basse et invisible. Système D pour éviter les quolibets, être frais tout en restant clairement défoncé. Existait aussi avec des poches pour contenir les mugs de café de 3 litres. Studieux.

4° Guronsan version intraveineuse

Oui le distanciel, c’est un monde inconnu aux rythmes elliptiques, voir épileptiques. C’est à vrai dire un marathon que l’on commence sans être correctement chaussé, avec une voute plantaire fragilisée. Ça ne s’arrête jamais vraiment. Ah tiens, Lisa vient de m’envoyer son devoir par mail. 4 heures du matin. Ah tiens. Serait-elle une compagne de Nosferatu ? « Répondez-moi vite m’sieur, vous pouvez me noter de suite ? » Une course de fond. Un puits sans fond : «  Excusez-moi, monsieur, je sais qu’il est 20 h ce samedi soir mais je ne comprends pas pourquoi vous avez mis 8/20 à Léonard, il a pourtant rendu un devoir assez réussi, enfin nous le trouvons tous ! ». Antimigraineux.

5° Le diplôme du bac pour tata Suzanne.

Car vous en avez fait de la formation pour adulte durant ce distanciel. Ah ben ça, corriger des rédactions de mamie (oui, quand on parle d’ancien francs dans une copie, c’est un signe), ou les équations de tonton Gérard, celui qui est ingénieur et qui donne une réponse niveau Nasa + 12. Que de bonnes notes données à des élèves plutôt roupillants en classe, mais qui se révélaient au contact de la cellule familiale. Tout le monde aura progressé. Fabuleux.

 

Ça y est ? Tout est rentré ? Mais ne faut-il rien garder ? Bien sûr que si. Sa capacité de réinvention. Trouver de nouveaux angles, de nouveaux moyens d’échanger, de rendre compte des acquis. Sortir un peu des charentaises du face à face. Mais pas trop longtemps. Car on s’est bien rendu compte, tout de même que rien ne valait un regard, même appuyé, sur celui ou celle qui ne suit pas. Une parole, un geste, un échange. Rien. Rien ne vaut ce contact, même si on l’a vécu masqué. Entre nous et eux. Alors la distance nous a un peu éloignés, ou nous a rapprochés parfois ; on a mené l’école dans la maison. On a fait de notre mieux.

Et on a un chouette pseudo crée par nos élèves sur dis**rd : profquidechiregrave.

Ça fait toujours un souvenir. Classieux.

 

Une chronique de Frédéric Lapraz

Frédéric Lapraz

Enseignant depuis plus de quinze ans en lycée professionnel à Marseille.
Adepte de cynisme et de second degré. Et de métal aussi.
Sévit également sur sa page Facebook: Zarp'in LEP ou Instagram Zarpinlep Où il alterne images décalées et anecdotes d'élèves croustillantes.
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