Comment lire des classiques sans s’ennuyer en classe ?

Concours : 

Tentez de remporter un exemplaire de Comment lire de vieux textes avec de jeunes élèves ? Et autres questions piquantes pour profs de lettres en nous expliquant, en quelques lignes, quelle œuvre à vos yeux mériterait de devenir un « classique » et d’être étudiée en classe. On attend vos réponses en commentaires 🙂 

   

 

Nos programmes de lettres sont souvent axés sur l’étude des « classiques ». Un classique, à vue de nez, qu’est-ce que c’est ? Un vieux livre, un de ces livres qu’on ne lit qu’en classe, d’après la fausse étymologie de Roland Barthes ; d’emblée, ça sent la poussière et l’ennui. Et pour le prof, ça sent le défi : comment faire digérer ces vieux livres à nos jeunes élèves ?

Avant de se poser la question, il faudrait quand même se rappeler que ces classiques ne le sont jamais que pour nous, et que ce n’est que dans nos bibliothèques qu’ils prennent la poussière ! Qui d’autre que nous, profs de français, a lu tous les « classiques » ?

Postuler que nos élèves connaissent déjà ces textes, que ceux-ci traînent déjà dans leur bibliothèque, que leurs aînés les ont lus avant eux,  c’est postuler une certaine vision de la culture familiale, qui est loin d’être universelle. Or, les classiques, on le sait, forment le socle du patrimoine commun « attendu », c’est-à-dire discriminant : ne pas connaître Molière, ne pas savoir reconnaître une allusion à une fable célèbre, c’est embarrassant, c’est socialement discriminant. Laisser ce pan de l’éducation culturelle à la responsabilité des familles, ce n’est pas anodin. Il faut lire les classiques en classe, ne serait-ce que pour tous les élèves qui ne les liront pas à la maison.

Et puis, si ces livres sont devenus des classiques, étudiés dans toutes les classes depuis des siècles, n’est-ce pas d’abord parce que ce sont de belles œuvres ?

Pour moi, au-delà de l’ambition (que je partage avec sincérité et exigence) de former une culture commune à tous les élèves, étudier les classiques, c’est d’abord faire découvrir à mes élèves des textes que j’aime, de beaux livres, des auteurs exceptionnels, des personnages inoubliables. Qui ne garde aucun souvenir de Dom Juan ? Qui peut oublier la marquise de Merteuil ? Qui n’a pas cité, vingt ans plus tard, et sans préméditation, un vers de La Fontaine ? Qui n’a jamais été ému par un poème de Baudelaire ? Ne laissons pas nos a priori couvrir de poussières des livres magnifiques, et ne les étudions pas à contrecœur !

Se pose tout de même la question du comment : comment faire découvrir et, qui sait, faire aimer ces vieux livres à nos élèves ?

La première difficulté à lever, c’est l’entrée dans le texte. Parier sur une lecture individuelle des œuvres, en amont de la lecture, c’est risqué : entre l’écueil de la mauvaise compréhension et celui de la lecture feinte, on risque fort de construire toute notre étude sur des sables mouvants. Pourquoi ne pas plutôt lire ensemble ? Lire en classe, ce n’est pas perdre du temps, c’est s’assurer de bases solides, et c’est aussi une façon d’initier les élèves à la lecture.

Reste à motiver et à dynamiser cette lecture collective.

Voici quelques-unes de mes stratégies :

  • Mener l’enquête ! Clément Marot, poète exilé pour des questions religieuses, envoie au roi François Ier un poème sur un sein en espérant un retour en grâce : est-il fou ou stratège ? Voilà de quoi intriguer une classe de seconde et lui donner envie d’ouvrir le recueil des Blasons anatomiques du corps féminin.
  • Reconstituer un procès : faut-il condamner Phèdre? Faut-il laisser les adolescents lire des romans, comme Emma Bovary ?
  • Devenir auteurs : et si, comme Montesquieu, on écrivait des lettres persanes aujourd’hui ?

 

Ce texte est adapté de l’ouvrage Comment lire de vieux textes avec de jeunes élèves (et autres questions piquantes pour profs de lettres), écrit par Sarah Alami, 2021, éditions Tsarines.

 

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