Le chantier de l’orientation

Parcoursup est ouvert !

«Enfin!» «Déjà?»… eh oui, selon l’état d’avancement du projet d’orientation, la réaction de nos élèves, de vos enfants, sera de l’enthousiasme… ou de l’inquiétude. Car faire ses choix de filières de formation, cela est plus facile quand l’élève sait quel métier il veut  faire… Et c’est très dépendant de l’environnement social dans lequel il évolue. Dans mon établissement, de centre-ville, un bon quart des élèves veulent s’engager vers des formations médicales, à l’image de leurs parents,  un autre quart vers des professions libérales, là encore le reflet de leur environnement familial. En fait,  en première et terminale, l’élève, la plupart du temps, envisage de s’orienter vers un métier qui est déjà représenté dans sa famille. En bref un métier qu’il connaît.

Notre rôle serait donc de leur faire découvrir des métiers (et les formations adéquates)  dont il n’ont jamais entendu parler.

Rappel

En théorie, l’élève doit, au cours de sa formation au collège et au lycée avoir un véritable suivi concernant son orientation, et une approche des différentes formations et métiers. Cet encadrement, l’éducation nationale l’a officialisé dans le : « parcours avenir » avec 54 heures dédiées à l’orientation.

La réalité est quand même toute autre. Si au collège l’élève au cours de sa troisième découvre un métier lors de sa semaine de stage, le reste est souvent réduit à peau de chagrin.

Alors, faisons un petit tour d’horizon de ce qu’un élève du lycée peut avoir comme information concernant ses futures études  et/ou son futur  métier :

  • Les Psychologue de l’Education Nationale (PsyEN).

Ils sont 5300 pour 5 729 200 élèves du second degré ! je ne vous laisse même pas calculer… cela fait une moyenne de 1 080 élèves /PsyEN. Autant vous dire que si un élève parvient à les voir 2 fois dans l’année, c’est déjà le bout du monde… Leur rôle est pourtant primordial puisque c’est à eux, spécialistes en développement et conseil, que revient normalement l’orientation scolaire et professionnelle. Dans mon lycée, ils viennent une fois faire une intervention en seconde pour présenter  les différentes premières, et c’est tout…  Il faut donc que l’élève lui-même prenne rendez-vous au CIO pour s’informer. Selon les directeurs d’établissement, ils peuvent aussi intervenir lors de réunions pleinières en première/ou terminale.

  • L’ONISEP (Office national d’information sur les enseignements et les professions)

Il relève du ministère de l’Éducation nationale. Il produit et diffuse toute l’information sur les formations et les métiers. C’est donc LE lieu privilégié pour la découverte. Mais, là encore, l’élève est souvent bien seul devant ses recherches. Il y a encore quelques années, les brochures de l’ONISEP étaient largement distribuées aux élèves tout au long des grands paliers d’orientation. Depuis, pourtant, numérisation et économies budgétaires font que l’essentiel de l’info passe maintenant par le biais du site internet. Avec une grande hétérogénéité dans cet accès selon le milieu social (les milieux défavorisés n’y vont jamais spontanément, et s’y repérer est quand même parfois difficile).

  • Le CDI 

Sorte d’annexe du CIO, on y trouve les différentes brochures de l’ONISEP.

  • Les profs principaux

Ce sont eux les principaux artisans de cette information. Malheureusement la plupart d’entre nous n’avons aucune heure dévolue à celle-ci. Quelques établissements scolaires ont une heure de vie de classe/semaine, mais ils sont très rares. Donc, si nous voulons faire de l’information (ce que nous devons faire normalement ) auprès de nos élèves, ce sont sur nos heures de cours et les programmes sont tellement difficiles à terminer que la majorité ne le font pas. Le plus simple est juste de pousser les élèves à aller s’informer sur le site de l’ONISEP.

Conseils et ressources

Les ressources numériques

Personnellement,  quand je suis professeur principal (ou parfois en EMC), je commence dès la seconde à les faire réfléchir aux métiers (passer par ce biais me semble plus attractif que par les études) qui pourraient les intéresser selon leur goût par des tests métiers. (On en trouve aussi d’autres sur internet, que je leur suggère de faire à la maison, certains avec inscription ou en envoyant leur mail)

Ces tests,  très bien faits, leur permettent, soit de consolider des idées qu’ils avaient déjà, soit de les ouvrir à de nouvelles pistes de réflexion. L’important est ensuite de pouvoir en discuter avec eux. J’imprime leurs résultats afin qu’ils puissent en parler avec leurs parents. Ils doivent ensuite remplir une fiche de renseignements (études, lieu d’exercice, avantages, inconvénients, grille de salaire…) sur les métiers apparaissant comme les plus compatibles avec leurs goûts. Ils peuvent aussi les présenter devant la classe.

Ils peuvent enfin, selon le temps dont je dispose, soit en classe soit individuellement à la maison, visiter ces différentes pages dans lesquelles leur sont présentées dans le détail  et aussi en vidéo différentes professions existantes. Certaines années, quand j’ai un peu de temps, je choisis de leur montrer quelques vidéos en classe, régulièrement, en choisissant des métiers qu’ils ne me citent pas spontanément.

Bien sûr, on travaille ensuite à faire un listing de toutes les filières de formation existantes et, par des petits questionnaires, à vérifier l’adéquation de ces filières avec les résultats qu’ils obtiennent au lycée. Je ne manque pourtant pas de leur expliquer qu’il ne faut pas manquer de confiance en soi : même un élève parfois faible ou moyen dans certaines matières peut se révéler quand la motivation arrive : soit parce que la crise d’ado est terminée soit parce qu’il a enfin une vue de son avenir quand une idée de métier se dessine. On a tous vu des élèves réussir des études vers lesquelles on ne les aurait pas du tout orientés !

L’ONISEP propose aussi un « outil d’aide à la construction d’avenir » en 5 étapes pour les élèves de seconde et de première afin de les guider dans leur choix au lycée (spécialités) et d’études post-bac. En terminale, le dispositif se précise et se concentre sur les études post-bac avec là encore un parcours en 5 étapes pour construire son avenir.

Se déplacer

  • On peut aussi accompagner les élèves au « salon avenir ». Là encore, le temps manque. On emmène les élèves de terminale au mois de janvier, au moment où Parcoursup ouvre. Il est donc déjà souvent pour eux un peu tard pour s’informer. Ces visites devraient être rendues obligatoires, dès la seconde,  et beaucoup plus systématiques. De plus, le temps imparti à la visite pour chaque classe est relativement limité (avec les transports environ 2 heures sur place) et l’élève, la plupart du temps, va fréquenter les stands des formations qui l’intéressent déjà. Le problème est aussi que les écoles privées y sont souvent surreprésentées… Une solution peut-être ? ll faudrait que le professeur puisse y aller avant et préparer une sorte de questionnaire à remplir pour encourager l’élève à tout visiter (mais sur quel temps ?)
  • Les journées portes-ouvertes à la fac, en CPGE, sont essentielles, mais elles ont souvent un format trop court (quelques heures) alors qu’il faudrait envisager plusieurs jours pour avoir un vrai aperçu. Et, comme pour le salon-avenir, il faudrait pousser l’élève à aller AUSSI là ou il n’envisageait pas de s’orienter, afin qu’il découvre. Mais quand l’élève est aux portes-ouvertes, il rate des cours au lycée, doit rattraper… bref, ce n’est pas simple de les multiplier.

Ne faudrait-il pas imaginer une semaine entière consacrée uniquement et POUR TOUS à ça ? L’élève pourrait alors librement aller à des porte-ouvertes, des salons… Il faudrait pour cela une volonté institutionnelle et une coordination  des lieux d’enseignement supérieurs…

Les témoignages

Autre solution à mettre en œuvre par le professeur principal (et les autres ?), qui fonctionne très bien  (mais tellement consommatrice en temps que, dans notre lycée, plus personne ne le fait depuis la nouvelle réforme, et puis, n’oublions pas le covid qui a bousculé nos habitudes !), faire venir :

Des anciens élèves (ou des frères et sœurs d’élèves)  pour témoigner de leur parcours d’études. Les lycéens sont très intéressés par ces témoignages d’élèves qui ont vécu les mêmes années lycée, sont encore proches d’eux en âge.

des parents d’élèves dans notre cours afin de parler de leur métier à la classe : quand on a environ une centaine d’élèves, cela fait un nombre de professions représentées assez considérable ! C’est très enrichissant, cela permet une réelle rencontre avec un acteur, de poser des questions…

Une autre idée que je n’ai jamais testée, car il faut un investissement financier pour y accéder : une découverte virtuelle des métiers.

Enfin, il existe aussi de plus en plus de plateformes de coaching privées, ou de coachs se spécialisant sur ce sujet… Ce qui prouve que :

  1. c’est nécessaire
  2. nous remplissons insuffisamment ce rôle

 

Finalement on est donc malheureusement souvent, dans la réalité, bien en deçà de ce que l’on pourrait faire.

La question qui se pose toujours est celle du temps après lequel nous courons. Se pose aussi celle de notre mission. L’orientation, maintenant largement dévolue aux professeurs, surtout le prof principal, n’aurait-elle pas dû être toujours le rôle uniquement des conseillers d’orientation psychologues : à nous l’instruction, à eux l’orientation et l’information !

Et si les 54 heures promises dans « parcours avenir » étaient réellement inscrites en plus sur l’emploi du temps des élèves et non pas « volées » à nos heures d’enseignement, cela ne pourrait bénéficier qu’à nos élèves.

Encore beaucoup de pistes de progrès donc…

 

Une chronique de Kaliprof

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