L'effet Z

L’effet Z.

« ….. ………. ………. ……… ………… ………… ………… ………… »

Voilà à peu près l’engouement des élèves lorsqu’on parlait de politique.

On avait beau faire nos plus belles imitations d’hommes politiques, mais rien n’y faisait… Même pas le « Je vous ai compris ! », c’est dire !

On avait beau essayer de motiver nos « petites » troupes, mais rien n’y faisait… Même pas le « Allez, on va parler de la constitution de la IVe République les enfants, youhouououou ! », c’est dire !

On avait beau simplifier la vie politique à l’extrême, mais rien n’y faisait… Même pas le « Bon, on se concentre mes chouchous, les gentils, ils sont de droite ou de gauche ? », c’est dire !

Oui, mais ça c’était avant ! Plus la peine d’imiter (c’est triste quand même, j’adorais faire Jacques Chirac !), fini la surmotivation à outrance (quand est-ce que je vais caser Boris soirée disco maintenant ?).

Place à……….

ÉRIC ZEMMOUR.

Eh oui ! Ça fait froid dans le dos… Loin d’être un scoop, cette année l’engouement pour la politique se résume pour nos élèves à Éric Zemmour, au politiquement incorrect. Alors oui, c’est vrai, j’entends déjà des collègues dire qu’avant, à l’époque, on avait Jean-Marie Le Pen comme dernière chance pour intéresser les élèves. C’était le bon vieux temps. Le temps du Menhir sur les plateaux télé clashant à tout-va, le temps de quelques phrases bien tournées, le temps de deux ou trois détails de l’histoire et hop ! nous avions ferré nos petits poissons rouges ! Avec Marine Le Pen, trop consensuelle, pas assez radicale à force de vouloir dédiaboliser le FN, ça ne faisait plus recette… Vous voyez où je veux en venir, hein ? les grands esprits se rencontrent !

Eh oui ! Ce qu’aiment nos élèves, ce n’est pas tant la politique, il ne faut pas rêver ! Ce n’est pas tant l’amour de la rhétorique et le débat d’idées. Lorsqu’on voit comment ils peuvent être scotchés devant Les Anges de la téléréalité ou Les Marseillais and Cie… Ce n’est pas gagné ! Non, ce qu’ils aiment, nous le savons tous, c’est le clash, des propos qui détonent, des phrases qui claquent, des mots qui choquent. Faire le buzz en somme. Être suffisamment borderline, ou carrément out of line, pour que les médias et les réseaux sociaux s’intéressent.  Et, force est de reconnaître qu’Éric Zemmour joue sa partition à la perfection. Un des éléments le plus révélateur est sans doute la période durant laquelle les élèves m’ont parlé le plus de Zemmour : lorsqu’il n’était pas candidat officiellement. Et là, on se dit que c’est extraordinaire. Le Zemmour le plus médiatique est celui qui a maintenu la tension, le suspense (de polichinelle certes) jusqu’à son paroxysme avec des propositions radicales sur les étrangers et les musulmans. L’après candidature fut plus molle, un petit coup de fatigue peut-être. Et puis, la guerre en Ukraine a commencé, donc inutile de vous dire que là les médias étaient occupés sur un autre front.

Faut-il pour autant blâmer nos chers élèves de leur intérêt pour Éric Zemmour ?

Eh non ! Bien sûr que non ! Justement ! Au contraire ! Éric Zemmour nous sert à faire comprendre, rappeler, replacer certains éléments de la politique en classe. Les partis ou mouvements politiques, la médiatisation, le rôle des réseaux sociaux, le choix des mots par les candidats, les axes de leur programme, les journaux et leur bord politique, qui admire soutenait Poutine…. En deux mots : faire sens. On répond aussi aux interrogations des élèves (mais cela voudrait-il donc dire qu’ils s’intéressent ! Youhououou !). Alors, bien sûr, cela tourne forcément autour de la personne d’Éric Zemmour : est-il d’extrême droite ? antisémite ? xénophobe ? homophobe ? va-t-il être président ? etc. etc. Mais le principal est que l’on parle de politique.

 

Alors, parle-t-on davantage de politique en cette année présidentielle ? Oui, avec l’effet Éric Zemmour. Mais ne nous contentons pas de l’effet viral de certains propos du candidat. C’est une amorce, un point de départ. À nous de savoir – et nous savons le faire ! – profiter de cet intérêt. À nous de savoir tirer ce petit bout de ficelle pour dérouler la compréhension de la scène politique française en particulier et du politique en général. Que cela puisse mettre quelques graines à germer dans le cerveau de futurs électeurs, c’est tout ce que nous demandons !

 

Une chronique de Boris Bettarel

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