Quand les réseaux sociaux nous séparent…

Le jour où je me suis sentie vieille…

Juin 2018

Moi, toute contente et toute fière, devant mes élèves : « j’ai fait une page Facebook ou j’ai mis toutes nos photos du voyage en Allemagne, notre planning, plein d’infos… Je vous envoie le lien ».

Ce que je ne dis pas,  c’est que j’y ai passé du temps, que Facebook je ne m’en sers pas vraiment, que je croyais ainsi avoir fait un sacré pas vers eux et leur montrer que j’étais indéniablement moderne. Bon, le numérique, je m’en sers déjà beaucoup en classe, mais les réseaux sociaux, jamais.

Eux « facebook madame ! on n’y va jamais » 

Moi « Ah ? Pourquoi ? »

Eux (promis, c’est vraiment leur réponse) : « ben c’est pour les vieux. Pardon M’dame, pour les gens pas de notre âge, ce sont nos parents qui y vont ».

Et là vous tombez de haut. Has been. Vous êtes has been avant d’avoir été…

Bon, reprenons.

Ce réseaux social, le plus utilisé du monde est vraiment un marqueur générationnel : nos élèves y vont surtout pour communiquer avec leur famille (pas leurs cousins, leurs oncles/tantes !). Pour eux, c’est un ancêtre, comme nous. Donc inutile d’espérer l’utiliser en classe.

Les études statistiques le montrent d’ailleurs : 49 % des visiteurs quotidiens de Facebook ont entre 25-49 ans et 35 % ont 50 ans et plus.

Donc exit Facebook avec les élèves.

Sondage

Alors que reste-t-il ? Instagram, très majoritairement …et…

Mars 2020

Un soudain confinement nous propulse dans le distanciel et nous oblige abruptement à trouver de nouveaux moyens d’enseignement. Dès la première semaine je tente de communiquer avec mes élèves par les moyens académiques : le CNED propose une classe virtuelle, je m’y précipite. Catastrophe ! Rien ne marche, je reçois des messages désespérés de mes élèves sur mon mail « je ne peux pas rentrer.. ». Et là, décision majoritaire de leur part « passez par Discord madame, c’est comme ça qu’on communique, les autres profs le font».

Et me voilà à créer un compte Discord juste pour faire du distanciel avec eux. Heureusement les choses vont s’arranger du côté du CNED et je vais pouvoir abandonner Discord dont le côté absolument non conforme au RGPD fait débat. Nous avions aussi commencé à recevoir des alertes de nos rectorats, nous rappelant la nécessité d’utiliser les outils académiques comme l’ENT (Environnement Numérique de Travail) qui a aussi permis un échange plus facile d’infos, de matériels par les outils de communications mis à notre disposition et rendant les réseaux sociaux moins indispensables. En effet, pour suivre leurs notes et les cahiers de textes, les élèves sont obligés de s’y connecter. Le problème des jeunes aujourd’hui est souvent la multiplication des supports d’informations scolaires : à méditer quand on leur propose un nouveau canal d’échange.

Le covid donc, fut source de nouvelles sources d’utilisation des réseaux sociaux entre nous et nos élèves :

Sondage

Ceci dit, il faut veiller au grain : nous sommes là aussi pour leur expliquer les bonnes pratiques des réseaux sociaux. C’est notre rôle de formateur d’une génération qui appelle à la liberté mais donne sans peur et sans compter des tas d’infos personnelles aux grands GAFAM.

Cela fait d’ailleurs partie de pans entiers de mon/notre enseignement : en EMC, en HGGSP, je fais de nombreuses activités donnant lieu à une réflexion critique : dangers des traces laissées sur les réseaux (par exemple avec des jeux en ligne comme Deus ex Machina) , fausses infos  (comment décrypter la véracité d’une image, d’une vidéo), analyser les commentaires de Twitter par exemple et leur rôle dans la propagation des fake-news)…

Néanmoins, sûre que je suis d’avoir auprès d’eux fait cette éducation, ne puis-je pas m’alarmer de voir que 42 % seulement de mes élèves répondent oui à ma question !

Sondage

Donc en résumé

Entre eux, les élèves utilisent surtout Instagram pour échanger entre eux sur des sujets scolaires, pour faire des travaux communs, des exposés.

Et avec les profs, sont privilégiés Whatsapps et Discord, mais surtout dans le moment précis du distanciel, et l’ent académique et/ou pronote (image ci-dessous) et leurs outils de communication dans le cadre quotidien.

Je vous quitte avec 2 questions à méditer

-Nos élèves sont déjà tellement pris par leur utilisation personnelle et continue des réseaux sociaux, ne faudrait-il pas que nous, adultes, leur montrions que d’autres façons de communiquer existent ?

– Ne nous mettons-nous pas ainsi une corde aux pieds ? En effet :

*les élèves prennent tellement l’habitude de communiquer sans cesse avec nous qu’ils n’écrivent plus sur leur cahier de texte ou ne sont pas attentifs car ils savent qu’ils pourront nous contacter par message instantanément (dans leur esprit !)

*et donc… ils communiquent avec nous n’importe quand, le dimanche, le soir à 23h59, les vacances…et s’étonnent le lendemain en cours : « Mdame, vous n’avez pas répondu ! » (« euh…j’ai le droit de dormir? » )

Matière à réfléchir non ?

Et nous là-dedans ?

Nous les profs, comment les utilisons-nous ?

Il y a bien sûr ces profs  aux ½ millions de followers sur Twitter ou Facebook (maintenant aussi sur Tik-Tok) qui se font suivre par leurs abonnés… on peut les envier, mais on n’est pas tous comme ça ! Pour la plupart, on surveille notre page Facebook personnelle, on y évite notre nom entier, d’être trop reconnaissable sur les posts publics. En bref, on évite de laisser trainer dernière nous une photo de notre dernière fête qui remettrait en cause notre sérieux légendaire ! On se surveille… Et encore, pas tous… Mais chut, je ne dirai rien…

 

Ps : merci à mes élèves de 15/16 ans qui ont bien voulu répondre au sondage dont sont extraits les graphiques.

 

Une chronique de Kaliprof

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