Comment gérer le dernier mois de l’année ?

Brandissez vos stylos et cahiers, c’est la Reconquête ! Sus au mois de juin ! Non, n’ayez pas peur, ceci n’est pas un article sur Zemmour ! Il s’agit bien de reconquête, celle d’un mois qui sent l’été, les hormones monter, les parfums vahinés. Et pourtant, c’est aussi celui du mois des examens. Les livres ne sont pas rendus, mais les notes sont arrêtées. Pour ce mois bien particulier, plusieurs options…

Option A : avec les 3e, passe ton brevet d’abord !

Mes chers élèves de 3e s’imaginent déjà dans leur nouvelle vie, au lycée pour la plupart, flânant en ville sur leurs heures de trou au lieu d’être coincés en étude, comme le milieu carcéral du collège l’exige. Hélas, un dernier obstacle vient se dresser sur le chemin de la liberté. Le brevet. Oui, ce fameux DNB, qui comporte des épreuves écrites en mathématiques, lettres, histoire-géo EMC et sciences, et un grand oral.

Le programme d’histoire-géo étant (sur)chargé, j’ai rarement fini mon programme en juin. Certains élèves espèrent tout de même naïvement qu’on va regarder un film. Certains tentent bien parfois de m’attendrir « Mais madaaaaame c’est ma dernièèèèère semaine au collèèèèège, après je révise à la maison !!! » Eh ben justement, tu regarderas des films à la maison. « Même un film sur le programme ? ».

Tortionnaire de mes élèves à leur refuser un film, je le suis aussi pour la planète en leur balançant une tonne de photocopies « pour vous entraîner » ou « pour gagner du temps ». J’ai mauvaise conscience, d’autant que certains élèves perspicaces m’ont percée à jour : « Madame vous avez l’air stressée par le brevet, mais vous savez, nous on l’a déjà, avec le contrôle continu. ». Oui c’est vrai, d’ailleurs moi aussi je l’ai, et depuis longtemps d’abord, et force est d’avouer que je stresse plus qu’eux finalement. Bon, et si on révisait alors, au lieu de les gaver de connaissances telles des oies en période de l’Avent ?

Question révisions, là encore vous avez plusieurs options. Les plus téméraires peuvent tenter de distribuer aux élèves des sujets de brevet, fort utiles certes, mais qu’ils feront avec flemme et mauvaise grâce. Il faudra alors déployer des trésors d’énergie pour les motiver ou investir dans des boules Quiès pour ne plus entendre leurs ronchonnements.

Et sinon, pour réviser en s’amusant, il existe (attention, ceci est un indice) :

  • A) un film,
  • B) un pendu,
  • C) un questionnaire Kahoot
  • D) la réponse D

Vous avez trouvé la réponse C) ?! Bravo ! Ce quiz, que les élèves peuvent d’ailleurs concevoir eux-mêmes, est gratuit et interactif. Niveau matériel, la salle doit être équipée d’un vidéoprojecteur et d’un ordi, et les élèves de leurs smartphones (ô joie !). Les élèves font ensuite, individuellement ou par équipes, le quiz en cliquant sur la réponse en un temps imparti, ça donne une ambiance aussi électrique que sur un plateau TV. Et ça les amuse tellement qu’ils en redemandent !

Option B : Les classes sans examen, passe ton BAFA d’abord !

Motiver les 6e, 5e et 4e, une fois le conseil de classe passé est un défi aussi ardu que demander à une personne atteinte de Parkinson de démêler une pelote de laine. Que le programme soit fini ou pas, ils s’en soucient comme de leur première bambinette. Si vous continuez malgré tout de donner des exercices, à la question de certains élèves soucieux « Madame c’est noté ?» certains plus avertis du calendrier leur rappelleront bien vite « Ben non (nom d’oiseau) les notes sont arrêtées ! » et certains rebelles en profiteront pour lancer le débat « Mais à quoi ça sert qu’on travaille alors ? » repris en chœur « Ah mais oui, c’est vrai ça, hein pourquoi madame ? ».

Là encore, plusieurs choix possibles pour se sortir de ce stérile débat.

Vous êtes un warrior, vous êtes sourd à leurs jérémiades et insensible à la chaleur qui monte, qui monte, et vous finissez le programme coûte que coûte. Vous prenez même de l’avance sur le programme de l’année suivante, Stakhanoviste que vous êtes, et vous serez récompensé par un badge. Ou pas. Ne s’attendant pas à une telle rigueur, les élèves viendront de moins en moins et ce sera l’occasion pour vous de réaliser un doux rêve : enseigner face à des classes à effectifs réduits. Fin de l’article.

Ou alors… Vous avez déjà déployé des trésors d’énergie toute l’année pour les faire travailler. Vos élèves sont un peu moins nombreux, il reste ceux qui ne peuvent pas se garder tout seuls, ceux que même leurs parents trouvent chiants, oups pardon, dont les parents ne veulent pas qu’ils restent traîner à la maison, et ceux qui aiment le collège, enfin surtout pour y retrouver leurs amis. Finalement ça fait encore pas mal de monde. Leur dénominateur commun ? Ils ont à peu près la même motivation que vous quand arrivent les paquets de copies après une soirée arrosée. Pour survivre, il va falloir ruser. Et pourquoi pas s’amuser, pour finir en beauté ?

La création de jeux de société, comme le Trivial Pursuit permet de réviser le programme : les élèves écrivent eux-mêmes les questions selon les thèmes qu’ils choisissent, et c’est beau à ce moment là de les voir consulter frénétiquement leur cahier à la recherche de questions et réponses. Leur faire réaliser le plateau de jeu est aussi un exercice de géométrie intéressant, et se mettre d’accord sur les thèmes développe les compétences du travail en groupe. Sans s’en rendre vraiment compte, ils travaillent. Non, Machiavel n’est pas mon deuxième prénom !

Si vous avez envie de jouer tout de suite, sans attendre que les questions réponses et le plateau de jeu fait maison soient finis, votre âme de GO peut lancer des jeux plus rapides à mettre en place, comme le Time’s up. Les élèves choisissent eux-mêmes les mots ou noms à faire figurer sur les cartes, à condition de rester en lien avec votre matière. En histoire ça va, ils mettent des noms de personnages historiques (Enfin, il faut quand même veiller au grain car non, Allan des Marseillais n’est PAS un personnage historique !), mais en SVT, j’avoue avoir un petit plaisir sadique en les imaginant devoir mimer un acide aminé lors de la dernière manche ! Dans le même style, adapter le Taboo à votre matière, pour inciter les élèves à définir un concept ou décrire les actions d’une personne est particulièrement formateur niveau révision.

Un autre jeu, pas de révision cette fois, mais utilisable pour le « vivre ensemble » est celui du loup garou. Il permet en effet de cerner, hors contexte et sans affect émotionnel les mécanismes du harcèlement. On fait la partie normalement, et on débriefe après : quand vous avez tous voté pour éliminer Kevin, il a été votre bouc émissaire, votre victime. Seulement 1 ou 2 personnes ont lancé l’idée, et le reste a suivi passivement. Comme avec le harcèlement qui est le fait d’une minorité, mais que les autres cautionnent sans s’en rendre compte par leur passivité, en n’osant rien dire par peur de devenir la prochaine victime. Ce jeu ne permet pas bien sûr d’éradiquer le phénomène du harcèlement mais permet de poser des bases, en éveillant les consciences à ses rouages, dans une atmosphère ludique. Loup y es-tu ?

Attention, faire des jeux avec vos élèves leur laissera de bons souvenirs et leur donnera envie de rester même une fois la sonnerie retentie. Et de revenir encore et encore, et ce jusqu’au 5 juillet, parce qu’avec vous « au moins on rigole alors que finalement chez nous on s’ennuie ». Le compliment va, certes, droit au cœur, mais adieu le rêve des effectifs réduits et de la tranquillité en fin d’année.

« Madame, madame, on joue ? »

 

Une chronique d’Anna Chronique

Annachronique

Jeune maman et prof d'histoire géo jusqu'au bout des ongles, des ZEP de Créteil aux mutations sous le soleil, qui croque sa vie au sens propre comme au figuré !
A suivre aussi sur www.facebook.com/chroniquesanna

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