Apprendre à ses ados à se concentrer

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Tel était le titre de l’émission Grand bien vous fasse ! programmée sur France Inter, le 22 août dernier, dans laquelle la chercheuse en sciences cognitives Elena Pasquinelli et le psychologue clinicien Didier Pleux ont apporté leur éclairage sur la concentration qui fait parfois tellement défaut à nos élèves… Que nous ont-ils appris, qui pourrait être utile en cette période de deuxième trimestre ?

Tout d’abord, que cette incapacité à exclure ce qui est parasite touche aussi les adultes. Notre attention fluctue, et nous sommes tous soumis à de nombreux distracteurs, auxquels il est difficile de résister. Ce sont par exemple les émotions et les pensées qui nous habitent, ou encore les personnes, les objets, les images et les bruits qui nous entourent. Il est important que chaque élève essaie d’identifier ce qui détourne sa propre attention, ainsi que les situations particulières au cours desquelles cela se produit le plus. Reconnaître que l’on est distrait est en effet le premier pas pour lutter contre cette distraction.

Ensuite, qu’il est vain de dire à un adolescent : « Concentre-toi ! » si on ne lui a pas donné des moyens de résister à ces distracteurs :

  • A la maison, on pense au fait de s’isoler, limiter les objets et autres sources de distractions visuelles et sonores dans l’espace de travail, éteindre le téléphone, se fixer un objectif à tenir dans un temps limité (par exemple : une demi-heure – minuteur à l’appui, avant une petite pause), varier les activités, éviter les tâches ennuyeuses comme relire et relire une leçon, et préférer le fait de se tester pour vérifier qu’on la connaisse…
  • En classe, on pense au fait d’être assis à une place adéquate (devant le bureau du professeur / loin de son meilleur ami ou de la fenêtre…), prendre des notes, poser des questions sur le cours, mettre un post-it dans sa trousse avec écrit : « reconcentre-toi ! »…

Enfin, que la concentration nécessite d’être capable de résister à la facilité, à l’immédiateté, et donc, au sentiment de frustration. Comme le dit Didier Pleux, « c’est accepter  qu’il y ait du court terme déplaisant pour du moyen et long terme plus facile. » 

Certes, certaines activités ne posent aucun problème de concentration pour les jeunes qui s’y adonnent (les jeux vidéo par exemple). Elles sont en effet vécues comme ludiques et n’impliquant pas d’efforts. Mais tout n’est pas aussi stimulant dans la vie… et les termes « apprendre » et « plaisir » ne vont pas toujours de pair ! Les adultes doivent donc encourager et valoriser les efforts fournis par l’enfant dès le plus jeune âge : l’impliquer dans les obligations familiales, ne pas lui permettre de zapper dès que quelque chose l’ennuie, par exemple, ou alors le féliciter d’une tâche accomplie en lui disant : « Tu as eu raison de travailler / de t’investir autant ! » plutôt que : « Qu’est-ce que tu es fort / intelligent / brillant ! ». Car c’est la lenteur et la persévérance qui font progresser, le fait de prendre les choses une à une…

« Si on n’inclut pas du déplaisant et du difficile dans la vie d’un enfant et surtout d’un ado, il va déséquilibrer ses forces : il va devenir fragile et vulnérable devant tout ce qui est difficile. Dans le plaisir, on est bon ; dans la non frustration, on est motivé ! Mais les ados n’ont pas envie d’apprendre des choses difficiles, c’est là qu’il faut les aider.« , poursuit le psychologue.

Vous l’aurez compris au terme de cet article : la concentration n’est pas donnée : c’est un comportement exigeant qui se développe en se travaillant de manière consciente et stratégique… Penser que les élèves puissent seuls subitement l’acquérir est une séduisante, mais vaine illusion !

Nathalie Anton

Image : L’Enfant au toton, Jean Siméon Chardin (1738), Musée du Louvre.

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