Coronavirus : comment faire (et avec quelles ressources) l'école à la maison ?

Capture d’e?cran 2020-03-14 a? 09.13.02A partir d’aujourd’hui, l’école se fait à la maison. Voici quelques modestes idées dont les parents pourront s’emparer dans cette situation inédite, perturbée et perturbante, pour accompagner au mieux leurs enfants. Mais avant toute chose, je leur souhaite, ainsi qu’à leurs proches, d’aller bien et de prendre soin d’eux comme des autres.

Puisque l’école s’invite à la maison, pensez à proposer aux plus jeunes des activités ludiques – mais pédagogiques – qui mobiliseront ou augmenteront leurs acquis : vous lire à voix hautes des histoires, écrire aux membres de la famille éloignés en soignant l’orthographe et la syntaxe, faire des jeux de société pour le respect des règles, adapter des recettes au bon nombre de convives pour le calcul mental, organiser une chasse au trésor avec des énigmes à résoudre nécessitant l’acquisition de connaissances… Pensez également à ces courtes vidéos éducatives disponibles, dans de nombreuses matières, sur le site du réseau Canopé : « Les Fondamentaux » (https://www.reseau-canope.fr/lesfondamentaux/accueil.html), ou encore à l’émission « C’est pas sorcier », ou bien aux documentaires animaliers dont ma cousine Tiffany est si friande. N’est-ce pas le moment idéal de demander chaque soir à vos enfants de se transformer en professeurs et de vous faire la leçon sur ce qu’ils ont appris en les regardant ? 

Afin d’éviter l’ennui et maintenir un peu de fantaisie, je partage l’idée de mon amie Cécile qui, après avoir défini avec sa fille de primaire des temps incontournables (par exemple, lecture 30 mn, écriture 20 mn, dessin animé au choix 20 mn, dessin animé choisi par maman 20 mn, calcul 20 mn, etc.), a inscrit chacun d’eux sur des post-it collés ensuite au mur, en laissant à sa fille le soin d’organiser chaque jour à sa guise son propre planning.

Ce qui vaut pour les petits vaut également pour les collégiens et les lycéens, pour qui, ne pas perdre pied dans leurs apprentissages signifie en effet ne pas perdre le rythme de travail. Il serait tentant de s’installer dans des grandes vacances prématurées, et de laisser peu à peu les impératifs scolaires derrière soi. S’il n’est pas raisonnable d’exiger des élèves qu’ils étudient de 8 heures à 17 heures, il est impératif de mettre en place une routine de travail sur des temps balisés et calmes, presque intouchables, et peu négociables. Ainsi, pour tel élève, le créneau de 8h30 à 12h30 ne sera réservé qu’aux devoirs. Pour tel autre, ce sera celui de 14h à 18h. Pour tel autre encore, ce sera de 10h à midi et de 14h à 16h. Etablir des habitudes dans un moment aussi inhabituel s’avère précieux.

Sur ces temps balisés, les matières pourront être réparties en fonction du poids de chacune dans l’emploi du temps. Un élève de terminale S accordera naturellement plus de temps aux matières scientifiques, sans négliger pour autant les autres disciplines. Par exemple, le lundi matin, de 10h à 11h30, maths ; de 11h45 à 12h30, HG, etc.

Une fois le planning de la semaine établi, comment travailler efficacement ?  D’abord, en se référant quotidiennement aux communications des enseignants. Ces derniers recommanderont sans doute des chapitres ou des grands thèmes de leçon à étudier, transmettront des cours et donneront des devoirs. La charge de travail doit alors être répartie de manière régulière sur l’emploi du temps de la semaine.

Ensuite, les élèves vont immanquablement devoir apprendre à devenir plus autonomes. Ils ont à leur disposition des manuels, dont les tables des matières indiquent les leçons qu’il leur reste à couvrir. Les éditeurs scolaires les proposent sous forme numérique au besoin en cliquant sur le lien suivant : https://adistance.manuelnumerique.com.

Si vos enfants n’ont pas de devoirs dans telle ou telle discipline, prenez les devants : demandez-leur de lire une à deux leçons par semaine, et de prendre des notes de cours sur leur cahier ou de faire des fiches sur les notions découvertes.

Certains sites proposent des leçons et des exercices avec les solutions données, notamment sur le site du CNED, « Ma classe à la maison » :

https://eduscol.education.fr/lettres/actualites/actualites/article/ma-classe-a-la-maison.html

Voici également un site que j’apprécie beaucoup car les vidéos sont courtes et très bien faites : https://www.lumni.fr/

De même, le site Afterclasse offre de nombreux contenus par niveau et discipline : https://www.afterclasse.fr/

Pour ne pas vous accabler de liens, voici une excellente synthèse du site Thot Cursus : https://cursus.edu/ressources/17675#disciplines

Et bien sûr les blogs faits par les enseignants du Webpédagogique sont tout à fait recommandables  : https://lewebpedagogique.com/annuaire-blogs-pedagogiques/

En dehors des écrans, privilégiez, pour les classes à examen, les annales du bac ou du brevet, contenant les corrigés des épreuves, des fiches de révision et des conseils d’enseignants.

Enfin, il serait idéal que les jeunes puissent se motiver en créant des temps de travail collaboratif : un temps ou les aînés aident les plus jeunes, ou un temps ou les amis se connectent pour réaliser un oral sur un texte du bac français, ou s’interroger sur telle notion du programme à maîtriser.

Pour conclure, j’ai bien conscience que ces recommandations pour mettre en place un cadre de travail régulier et progressif sont sans doute déconnectées de bien des situations familiales. N’hésitez cependant jamais à prendre contact avec l’école pour faire part des difficultés rencontrées, car les CPE, les enseignants, les chefs d’établissement restent à votre disposition pour vous aider et accompagner vos enfants.

Bon courage à tous ; toutes vos idées sont les bienvenues via les commentaires ! Vous trouverez également matière à réflexion dans la revue Les Cahiers Pédagogiques qui consacre précisément son article du 14 mars au coronavirus.

Nathalie Anton

 

 

 

Apprendre à ses ados à se concentrer

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Tel était le titre de l’émission Grand bien vous fasse ! programmée sur France Inter, le 22 août dernier, dans laquelle la chercheuse en sciences cognitives Elena Pasquinelli et le psychologue clinicien Didier Pleux ont apporté leur éclairage sur la concentration qui fait parfois tellement défaut à nos élèves… Que nous ont-ils appris, qui pourrait être utile en cette période de deuxième trimestre ?

Tout d’abord, que cette incapacité à exclure ce qui est parasite touche aussi les adultes. Notre attention fluctue, et nous sommes tous soumis à de nombreux distracteurs, auxquels il est difficile de résister. Ce sont par exemple les émotions et les pensées qui nous habitent, ou encore les personnes, les objets, les images et les bruits qui nous entourent. Il est important que chaque élève essaie d’identifier ce qui détourne sa propre attention, ainsi que les situations particulières au cours desquelles cela se produit le plus. Reconnaître que l’on est distrait est en effet le premier pas pour lutter contre cette distraction.

Ensuite, qu’il est vain de dire à un adolescent : « Concentre-toi ! » si on ne lui a pas donné des moyens de résister à ces distracteurs :

  • A la maison, on pense au fait de s’isoler, limiter les objets et autres sources de distractions visuelles et sonores dans l’espace de travail, éteindre le téléphone, se fixer un objectif à tenir dans un temps limité (par exemple : une demi-heure – minuteur à l’appui, avant une petite pause), varier les activités, éviter les tâches ennuyeuses comme relire et relire une leçon, et préférer le fait de se tester pour vérifier qu’on la connaisse…
  • En classe, on pense au fait d’être assis à une place adéquate (devant le bureau du professeur / loin de son meilleur ami ou de la fenêtre…), prendre des notes, poser des questions sur le cours, mettre un post-it dans sa trousse avec écrit : « reconcentre-toi ! »…

Enfin, que la concentration nécessite d’être capable de résister à la facilité, à l’immédiateté, et donc, au sentiment de frustration. Comme le dit Didier Pleux, « c’est accepter  qu’il y ait du court terme déplaisant pour du moyen et long terme plus facile. » 

Certes, certaines activités ne posent aucun problème de concentration pour les jeunes qui s’y adonnent (les jeux vidéo par exemple). Elles sont en effet vécues comme ludiques et n’impliquant pas d’efforts. Mais tout n’est pas aussi stimulant dans la vie… et les termes « apprendre » et « plaisir » ne vont pas toujours de pair ! Les adultes doivent donc encourager et valoriser les efforts fournis par l’enfant dès le plus jeune âge : l’impliquer dans les obligations familiales, ne pas lui permettre de zapper dès que quelque chose l’ennuie, par exemple, ou alors le féliciter d’une tâche accomplie en lui disant : « Tu as eu raison de travailler / de t’investir autant ! » plutôt que : « Qu’est-ce que tu es fort / intelligent / brillant ! ». Car c’est la lenteur et la persévérance qui font progresser, le fait de prendre les choses une à une…

« Si on n’inclut pas du déplaisant et du difficile dans la vie d’un enfant et surtout d’un ado, il va déséquilibrer ses forces : il va devenir fragile et vulnérable devant tout ce qui est difficile. Dans le plaisir, on est bon ; dans la non frustration, on est motivé ! Mais les ados n’ont pas envie d’apprendre des choses difficiles, c’est là qu’il faut les aider.« , poursuit le psychologue.

Vous l’aurez compris au terme de cet article : la concentration n’est pas donnée : c’est un comportement exigeant qui se développe en se travaillant de manière consciente et stratégique… Penser que les élèves puissent seuls subitement l’acquérir est une séduisante, mais vaine illusion !

Nathalie Anton

Image : L’Enfant au toton, Jean Siméon Chardin (1738), Musée du Louvre.

Déconstruction d'un neuro-mythe !

Voici aujourd’hui, pour donner à réfléchir, une citation du neuroscientifique Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France. Interviewé le 25 janvier 2020 sur France Inter, dans l’émission d’Ali Badou Le Grand Face à face, il déconstruit, ce qu’il appelle, un neuro-mythe éducatif :

« Un des grands enseignements des sciences cognitives, c’est qu’en première approximation, tous les êtres humains ont un cerveau comparable. C’est plutôt rassurant, mais cela va contre une idée fondamentale que l’on trouve chez beaucoup d’enseignants et beaucoup de parents, qui est que chaque enfant est différent et l’on a besoin d’adapter profondément l’enseignement à chacun. C’est une idée fausse. C’est un neuro-mythe. L’idée qu’il y a des modalités, que tel enfant est visuel, tel autre est auditif, tel autre est tactile… C’est faux ! Et l’on bénéficie tous d’avoir l’information sous une forme multimodale, on apprend tous mieux quand on a l’information à la fois auditive, visuelle et pratique. (…) Evidemment, il y a des différences dans la vitesse d’apprentissage, et il peut y avoir des handicaps qu’il ne faut pas nier, mais on bénéficie tous de pédagogies qui sont supérieures à d’autres. (…) « 

Nathalie Anton