Michel-Ange : un artiste polymathe

Résumé scientifique

1. Approche générale du sujet

Introduction

Aux XVème et XVIème siècles, de profondes transformations touchent l’Europe. C’est l’époque de l’humanisme, des réformes religieuses et de la Renaissance.  La Renaissance qui débute en Italie dès la fin du XIIIe siècle et qui prend fin en 1594  est une période de profonde révolution des idées : l’homme est au centre de toutes les préoccupations, on redécouvre la culture antique, on découvre de nouveaux continents, on invente l’imprimerie,…. Le monde artistique est en pleine mutation et c’est dans ce contexte que Michel-Ange commence sa carrière artistique.

Michel-Ange à la fois peintre, sculpteur, architecte mais aussi urbaniste évoque à lui seul le génie artistique.

Les remarquables qualités dont il a fait preuve dans les domaines artistiques les plus divers lui ont acquis une place incontestée. Il personnifie l’union de l’art et de la pensée, à travers des œuvres d’une grande originalité.

Michel-Ange le peintre

Tout d’abord, il y a Michel-Ange le peintre. Mais, se considérant lui-même plutôt comme un sculpteur, il aura une approche sculpturale de la peinture.

L’œuvre peinte de Michel-Ange comporte un seul tableau et une quantité incroyable de fresques. La plus connues est certainememnt celle qui couvre le plafond de la Chapelle Sixtine. A travers des thèmes issus de l’Ancien et du Nouveau Testament, il recherche un Idéal Masculin qu’il représente dans la peinture sous forme d’Ignudi (petits personnages nus). Le manque de perspective, d’ornements et de détails sont des caractéristiques de sa peinture.

NN1 : Michel-Ange renonce à la perspective. Il lui préfère des effets de raccourcis qui suggèrent la profondeur

NN2 : Il n’ajoute pas détails anecdotiques, ni d’ornements. Seule la représentation du thème représenté prime.

NN3 : Michel-Ange se considére avant tout comme un sculpteur, pour cette raison il a une approche sculpturale de la peinture

Michel-Ange le sculpteur

Il y a aussi le Michel-Ange sculpteur.

Un point essentiel de la sculpture occidentale est le dégagement de la frontalité. Avec la Renaissance, la statue va se dégager du bloc, s’émanciper et commencer à bouger dans l’espace. La statue n’a ainsi plus besoin d’être encadrée par une niche. Michel-Ange est un jalon important dans ce cheminement car il pense toujours son bloc en terme de haut-relief. Son soucis est de gommer les angles et assurer ainsi l’enchaînement entre les forces avant et arrière de la statue tout en ne sacrifiant pas la profondeur. Michel-Ange fait tourner le corps de ses statues en les dotant d’une base élargie et du mouvement serpentin.

A partir du David-Apollon, il arrive à faire des sculptures entièrement prise dans un mouvement tournant, un mouvement de pivot appuyant sur les points de rotation. Cette ligne serpentine assure un mouvement continu par l’enchaînement des points et donne une fluidification et une rotondité à la sculpture qui permet de s’émanciper de la frontalité encore présente dans la sculpture gothique. Ici, ce sont les sculptures qui architecturent l’espace.

Michel-Ange travaille surtout le marbre dont celui des carrières de Carrare est le plus connu, en taille directe qui consiste à supprimer de la matière dans un bloc afin de lui donner une forme déterminée.

NN4 : Michel-Ange sculpte du marbre et utilise la technique de la taille directe.

NN5 : Il y a une redécouverte de l’Antiquité. Michel-Ange s’inspire des modèles antiques.

NN6 : Michel-Ange est un jalon important dans le dégagement de la frontalité car il introduit la ligne serpentine qui induit un mouvement continu de torsion (de toupie) liant les différents points de pivot de la statue lui donnant une fluidification et une rotondité qui lui permettent de s’émanciper de la frontalité encore présente dans la sculpture gothique.

Michel-Ange l’architecte

Michel-Ange sera aussi architecte mais ce n’est que tardivement qu’il s’intéresse à l’architecture.

Il est déjà âgé de 40 ans quand il conçoit le projet de la façade de l’église de San Lorenzo et il est alors âgé de plus de 70 ans quand il s’attaque à la basilique Saint-Pierre de Rome.

Michel-Ange apportera à l’architecture de la Renaissance, force, rigueur, clareté et sérénité. Ses réalisations architecturales sont élaborées jusque dans les moindre détails tout en privilégiant la forme et l’harmonie de l’ensemble. De plus, il préfigure le maniérisme en introduisant un certain dynamisme et du mouvement.

La Basilique saint-Pierre de Rome fut réalisée en partie par Michel-Ange. La réalisation propre de Michel-Ange se situe au niveau de l’immense dôme qui surplombe le chœur.

NN7 : Michel-Ange apportera à l’architecture de la Renaissance, force, rigueur, clareté et sérénité.

NN8 : Ses réalisations architecturales sont élaborées jusque dans les moindre détails tout en privilégiant la forme et l’harmonie de l’ensemble

NN9 : Il préfigure le maniérisme en introduisant un certain dynamisme et du mouvement.

Michel-Ange l’urbaniste

Enfin, il convient de souligner les qualités de Michel-Ange en tant qu’urbaniste.

En 1537, à l’occasion de la visite de l’Empereur Charles Quint, le pape Paul III sollicite Michel-Ange pour réaménager le centre névralgique de la ville de Rome : la Place du Capitole.

Le réaménagement de cette place permet à Michel-Ange de mettre en application ses idées sur l’architecture (Il existe, selon Michel-Ange, une relation étroite entre les éléments architectoniques du bâtiment et l’espace qu’il occupe). Avec la place du Capitole, Michel-Ange se voit donc conférer une mission particulière : en termes contemporains, on pourrait dire qu’il dut la penser en urbaniste. Pour ce site occupé depuis l’antiquité, il imagine un ensemble architectural parfaitement cohérent réunissant monuments anciens et modernes. Il conserve la disposition du Palais des Sénateurs et du Palais des Conservateurs (mais en modifie les façades) et il ajouta, selon le principe de symétrie qui lui est cher, un troisième palais sur le côté gauche qui aujourd’hui abrite le musée du Capitole. La place et les bâtiments s’ouvrent sur un vaste escalier monumentale qui donne accès au centre historique de Rome. Au centre trône la fameuse statue équestre de Marc Aurèle. La plus grande partie du projet ne fut achevée qu’à la mort du maître. Néanmoins, son projet fut respecter fidèlement.

NN10 : Michel-Ange est aussi urbaniste, c’est lui qui réaménage la place du Capitole à Rome

NN11 : Il ne boulverse ni les caractéristiques, ni l’organisation de la place du Capitole. Par soucis de symétrie, il ajoute un troisième palais et centre l’ensemble autour de la statue équestre de Marc Aurèle. Il incorpore aussi un escalier qui donne accès au centre  historique de Rome.

Conclusion

Michel-Ange est à juste titre considéré comme un génie multiforme dont les préoccupations esthétiques s’éloignent de celles d’artistes comme Raphaël et Léonard de Vinci, plus proches du classicisme de la Renaissance.

Une vision personnelle du monde confère aux travaux de Michel-Ange une dimension qui lui permettent d’anticiper le baroque et le maniérisme.

2. Analyse des œuvres principales présentées

  • Michel-Ange, Tondo Doni ou la Sainte Famille, 1504.Détrempe sur bois, 120cm de diamètre. Florence Galleria degli Uffizi.

Le seul panneau peint que l’on connaisse de Michel-Ange est consacré au thème de la Sainte Famille. Joseph barbue est placé derrière Marie et lui tendant leur enfant, Jésus. Marie est représenté sous les traits d’une femme étonnement robuste et aux bras inhabituellement nus. Les personnages peints avec beaucoup de relief donnent l’impression d’avoir été sculptés dans un cylindre de pierre et prouvent que Michel-Ange était à la recherche de la ronde bosse dans la peinture.

Le fond est bouché par des figures de nus, que l’on retrouve dans toute l’œuvre de Michel-Ange qui sont des représentations de l’Idéal de la beauté au masculin.

  • Michel-Ange, La création d’Adam, 1510. Fresque, 280x570cm. Rome palais du vatican, Chapelle Sixtine.

Adam tend la main vers Dieu. Son geste n’a pas le dynamisme divin. Adam est à mis-couché sur la Terre et Dieu dans les airs entourés d’angelots. La Terre est à peine suggérer. Michel-Ange ne se soucie pas du détail, ou de l’ornement ce qui permet aux figures de d’Adam et Dieu de prédominer.

  • Michel-Ange, David, 1501-1504. Marbre, 434cm de hauteur. Galleria dell’Academia, Florence, Italie.

Michel-Ange a représenté David, une fronde à la main, juste avant son combat contre Goliath. Depuis la mort de Savonarole en 1498, Florence connait une parenthèse républicaine. On vit donc dans le David l’exhaltation des valeurs républicaines. La statue devint le symbole de Florence, cette interprétation étant renforcée par son emplacement devant le Palazzo Vecchio, siège municipal de Florence. Symbole de la lutte politique : les Républicains luttent contre les Médicis comme David lutte contre Goliath.

Prouesse technique car est à l’origine un bloc de marbre mal dégrossi donc perdu et Michel-Ange en fait en 18 mois une statue. L’adolescent qu’a sculpté Michel-Ange est un athlète puissant, « magnification du nu viril». Michel-Ange a choisi de représenter David avant le combat, au moment où il défie le géant Goliath. Son attitude, un contrapposto nerveux (le poids du corps repose sur une seule jambe et la ligne des hanches fait opposition à celle des épaules), trahit une violence contenue. Il s’apprête à lancer avec sa fronde la pierre qui va frapper au front son ennemi. Du reste, le David fut lui-même comparé aux modèles de l’Antiquité dont il a les dimensions : 4mètres de haut dans un seul bloc sans ajouts. De même Michel-Ange use de la disproportion dans les mains et du bras tendu pour accentuer l’importance du geste de David et lui donner de l’expressivité.  De son visage émane un sentiment de courage tranquille, de détermination et d’assurance.  C’est à partir du socle stable que Michel-Ange induit un mouvement en toupie, un mouvement de torsion générant un dynamisme. La statue devient autonome et peut tenir dans l’espace sans être dans une niche.

  • Michel-Ange, Dôme de la Basilique Saint-Pierre, Rome, 1547-1564.

Cette église, située dans la Cité du Vatican, existe déjà sous diverses formes depuis 324 après J.-C., mais la première pierre pour une reconstruction complète n’est posée qu’en 1506 sous le pontificat de Jules II. L’architecte chargé de cette reconstruction est Donato Bramante (1444-1514), grand architecte de la Haute-Renaissance italienne. Bramante travaille ici en grand sur le concept du plan central, inspiré de l’Antiquité et, symbole de l’universalité de la religion chrétienne. À sa mort, Peruzzi (1481-1536) et Raphaël (1483-1520) sont chargés du chantier de Saint-Pierre. En 1530, Antonio da Sangallo le Jeune (1483-1546) est chargé de reprendre les constructions et tente d’associer le plan central et la longue église projetée par Raphaël. En 1547, Michel-Ange reprend les édifications jusqu’à sa mort, en 1564.

Construction :

1) Volonté de s’inscrire dans la suite des prédécesseurs et recherche de simplicité : Dans sa contribution à cet édifice, Michel-Ange ne remet pas en question ce qui a été fait avant lui. Il poursuit et achève, en rectifiant toutefois les erreurs commises. Michel-Ange respecte donc plus l’esprit que la lettre des projets de Bramante, en s’inspirant comme lui des constructions romaines, de l’ampleur de leurs vides et de leurs masses murales, de la majesté de leurs voûtes et de leurs coupoles. Il retient le schéma générale d’une croix à quatre branches de longueur égale. Mais dans l’achèvement des intérieurs, construction du tambour et de la coupole, il impose sa marque personnelle : des masses clairement articulées plutôt que des jeux de lumières recherchés par ses prédécesseurs. Le jeu des rapports entre ces masses donnent un effet de monumentalité que l’on retrouve à Rome, et à laquelle s’ajoute un effet de dynamisme typique de cet architecte. De la maquette de Sangallo, il supprime les clochers à  étages et les déambulatoires qui devaient envelopper les absides des quatre bras de la croix et qui, rendant multiple et confus l’espace intérieur, auraient de plus compromis l’éclairage des parties centrales. À l’extérieur, aux trois ordres superposés de colonnes engagées prévus par Sangallo pour les murs de pourtour, il substitue un ordre de pilastres colossaux.

2) le dôme, inspiration de la coupole de Florence par Brunelleschi (1420-1434) : La réalisation propre de Michel-Ange se situe au niveau de l’immense dôme qui surplombe le chœur.  En cela, Michel-Ange se rapproche du premier projet de Bramante, en le rendant plus dynamique par l’adoption des sortes d’ogives comparables à celles utilisées par Filippo Brunelleschi (1375-1446) pour sa coupole à Florence (1420-1434). En effet, Michel-Ange souhaite réaliser un dôme s’inspirant de de la coupole octogonale de Brunelleschi à Florence. La composition de l’intérieur de la coupole, surplombant le chœur, est basée sur le même modèle que celui de Brunelleschi, des ouvertures rythment le pourtour de la coupole, qui est surmontée d’une lanterne (ouverture centrale au sommet). Les nervures de la coupole apportent un élan vertical, dirigeant le regard vers la lanterne. Le plan tel que conçu par Michel-Ange correspond à un croisement de deux grands bras, avec une coupole à l’intersection. Par la suite, de nombreux éléments décoratifs (inscriptions, statues, meubles et dorures) sont rajoutés.

  • Michel-Ange, Place du Capitole, 1537.

En 1537, Michel-Ange est chargé par le Pape Paul III du réaménagement de la place du Capitole. Pour ce site occupé depuis l’antiquité, il imagine un ensemble architectural parfaitement cohérent réunissant monuments anciens et modernes. Il conserve la disposition du Palais des Sénateurs et du Palais des Conservateurs (mais en modifia les façades) et il ajoute, selon le principe de symétrie qui lui est cher, un troisième palais sur le côté gauche qui aujourd’hui abrite le musée du Capitole. La place et les bâtiments s’ouvrent sur un vaste escalier monumentale qui donne accès au centre historique de Rome. Au centre trône la fameuse statue équestre de Marc Aurèle.

Objectifs

1. Objectif général

Les participants seront capables de: comprendre et commenter l‘œuvre d’un artiste célèbre de la Renaissance italienne : Michel-Ange; exprimer les émotions ressenties devant les œuvres de l’artiste et analyser les caractéristiques des œuvres présentées; comprendre les particularités de Michel-Ange et expliquer pourquoi il est un artiste polymathe. Des informations sur le contexte historique aidera les participants à mieux décoder les intentions de l’artiste. Cette leçon est à intégrer dans un cours consacré à la Renaissance italienne.

2. Objectifs opérationnels

Au terme de cette leçon les participants seront capables de:

  • Dégager les caractéristiques de l’œuvre peinte de Michel-Ange – NN1 à 3
  • Dégager les caractéristiques de l’œuvre sculptée de Michel-Ange – NN4 à 6
  • Dégager les carcatéristiques de l’œuvre architecturale de Michel-Ange – NN7 à 9
  • Dégager les carcatéristiques de l’œuvre urbanistique de Michel-Ange – NN10 et 11
  • Expliquer en quoi Michel-Ange est un artiste Polymathe

Situation mobilisatrice

1. Définition de l’objectif-obstacle

Michel-Ange est un des artistes les plus connus de la Renaissance Italienne. Lorsque l’on parle de Michel-Ange, il vient directement à l’esprit le plafond de la Chapelle Sixtine ou encore son fameux David. Par contre, ses qualités en tant qu’architecte et urbaniste sont méconnues. L’objectif est de montrer que Michel-Ange est non seulement un artiste de la Renaissance mais surtout un artiste complet, un artiste polymathe.

2. Définition de la situation mobilisatrice

Les participants sont invités à reconnaître le plafond de la Chapelle Sixtine et à identifier l’artiste.

Ils prennent connaissance qu’il s’agit d’une œuvre de Michel-Ange.

Ils sont invités à se demander s’il existe d’autres disciplines dans lesquelles Michel-Ange s’est exprimé.

Ils connaissent Michel-Ange comme sculpteur et comme peintre (fresque).

Ils prennent connaissance qu’il ne s’agit que de deux aspects de l’œuvre de Michel-Ange

Ils sont invités à découvrir la globalité de son oeuvre

Pré-requis et pré-acquis

1. Pré-requis

Les participants connaissent les tendances et théories artistiques qui forment les principaux modes de représentation de l’art de la Renaissance italienne ;

2. Pré-acquis

Les participants ont une capacité à décrire, observer et analyser

Stratégie d’apprentissage

En suivant le modèle socio-constructiviste. Ce qui implique la participation active des participants dans leur construction de la connaissance. Les notions noyaux sont à découvrir à partir de l’observation et l’analyse de différents documents projetés via PowerPoint.

Justification pédagogique

Cette leçon est l’occasion pour les participants d’aborder l’œuvre de Michel-Ange dans son ensemble. A partir d’une des œuvres les plus connues de Michel-Ange, le plafond de la chapelle Sixtine. Les participants sont amenés à se demander si Michel-Ange s’est illustré dans d’autres domaines.

Bibliographie et Références

1. Générale

* DENIS, V.

1966     L’art de l’Occident du XVI e siècle à nos jours. Éditions Meddens : Bruxelles.

* DOHOLLO, P. (dir)

s.d.       Michel Ange. Paris, Pink Star éditions, Art collection international.

* GRÖMLING, A.

2005     Michel-Ange : sa vie et son œuvre. Könemann : Cologne.

* HESSEL, B. (dir)

1997     Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaaël. La Société des Périodiques Larousse : Paris.

2. Spécifique

* BATTISTI, E.

1893     Les sculptures de Michel-Ange. Atlas : Paris.

* GYMPEL, J.

1996     Histoire de l’architecture de l’Antiquité à nos jours. Könemann : Cologne.

* OLSON, R.

1992     La sculpture de la renaissance italienne. Thames & Hudson : Paris.

3. Iconographique

www.insecula.com


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