Fables : l’esthétique des fables : éléments de versification (la diversité des types de vers, l’étude de la rime) ; le rôle du dialogue

7 02 2014

L’esthétique des fables : éléments de versification et le rôle du dialogue

La Fontaine ne s’est pas contenté de reprendre les fables de ses prédécesseurs. Il a innové, modifié.

 Eléments de versification

Esope avait choisi de raconter ses histoires en prose, Phèdre avait opté, comme La Fontaine, pour le vers. Là où il innove, c’est qu’il fait alterner les vers longs et les vers courts. Cette alternance semble aléatoire, mais elle a en réalité un sens :

– les vers longs, dans « Le loup et le chien » montrent le sentiment de supériorité du Chien :

« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. »
(…)- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. «
(…)« Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
– Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
– Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?

mais aussi le renversement final :

– Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. »

– les vers longs, dans « Le chêne et le roseau » montrent que le roseau est tranquille, sûr de la conclusion de la fable :

– Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin.

– les vers courts, dans « Le Loup et l’agneau », montrent la peur de l’agneau :

– Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.

Le rôle du dialogue

Là encore, La Fontaine montre son talent : il choisit de mettre en valeur le dialogue, qui occupe souvent une place plus importante que le récit. C’est vrai dans « Le Loup et le chien », « Le Loup et l’agneau » et dans « Le Chêne et le roseau ». Cela rend la fable plus vivante et cela permet au lecteur de se faire sa propre opinion.

« La jeune veuve » diffère des trois autres textes du corpus, puisque le dialogue y occupe une place plus réduite.

Comparons l’importance du dialogue dans la source de La Fontaine (« De l’Arbre et du Roseau» d’Esope) et dans la version de La Fontaine (« Le chêne et le roseau ») :

Le roseau et l’olivier se querellaient au sujet de leur résistance, de leur force et de la tranquillité de leur vie. Comme l’olivier invectivait le roseau, lui reprochant d’être faible et de céder facilement à tous les vents, celui-ci resta sans mot dire. Il n’attendit pas longtemps. Un vent violent ayant soufflé, le roseau qui était secoué et ployait sous la tempête, se tira d’affaire facilement. L’olivier, au contraire, qui s’était raidi contre le vent, fut brisé brutalement. Cette fable signifie que ceux qui ne résistent pas aux circonstances et aux puissants sont dans une condition meilleure que ceux qui entrent en lutte contre les forts.

Dans la version d’Esope, il n’y a pas de discours direct.

La longueur des répliques est un indicateur important : le personnage dominant est celui qui parle plus longtemps (parfois, celui qui parle le dernier aussi). Par exemple, dans « Le loup et le chien », la première réplique du loup est rapportée au discours indirect, afin de mieux montrer sa crainte (le lecteur n’entend pas sa voix) :

« Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire. »


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