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L’esprit d’équipe en classe de français

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Comment motiver les élèves ou de l’esprit d’équipe ?

Le constat

Les élèves ne sont pas motivés. Ils ne savent pas pourquoi ils sont là (si ce n’est par obligation parentale), ne voient pas l’intérêt des notions qui leur sont présentées (qui sont totalement déconnectées d’ici-maintenant), ne se sentent pas bien dans leurs relations (parfois entre eux, parfois avec l’enseignant, parfois avec tout le monde car si on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas davantage son école, ses camarades, ses professeurs). De ce fait, la motivation est souvent fantomatique mais les conflits sont bien réels (avec les camarades, avec l’enseignant, voire envers tout ce qui représente l’autorité d’un système en mal de sens).

Que peut-on faire pour donner du sens à ce qui à première vue pour beaucoup n’en a pas ?

J’ai toujours été surpris de voir combien certains élèves, en rupture avec le système, excellent en E.P.S. ou dans des clubs sportifs, activités dans lesquelles ils respectent les autres, observent des règles (ce qui paraît impensable pour le professeur de Lettres dans son cours !) Le principe des Intelligences Multiples est de valoriser l’élève, de chercher ce qu’il sait faire pour l’inclure dans le cours et peu à peu l’amener vers des approches qu’il rejetait, des Intelligences qui semblaient sinistrées chez lui. Ne pourrait-on pas capter l’essence de ces activités et la réinvestir dans nos cours ternes, privés de sens et de vie (aux yeux de certains élèves bien sûr) ? Quelle est cette quintessence ?

L’esprit d’équipe

Si on prenait un groupe-classe (au fait, s’agit-il vraiment d’un groupe ?) et si on lui donnait de la cohésion autour d’un projet commun, avec un esprit de groupe-classe autour de valeurs et d’objectifs communs, dans lequel chacun aurait une place, un rôle à jouer, on arriverait peut-être à lutter contre cette fatalité absurde d’une école vide de sens et à atténuer certaines tensions, à agir ainsi sur le climat scolaire.

Une expérience qui vaut ce qu’elle vaut…

Je suis arrivé à Cayenne en mars 2015. J’ai tout de suite senti des conflits entre les élèves des classes qui m’étaient confiées (moqueries, rivalité…) J’ai commencé à instaurer un tutorat par les pairs (certains élèves d’une classe difficile sont passés immédiatement de l’insolence à la bienveillance envers moi et sont désormais de précieux alliés pour aider les plus faibles). Puis j’ai organisé des petits concours de vocabulaire ou de grammaire dans mes classes. J’ai désigné des chefs d’équipe avec l’aide de mes tuteurs. Nous devons maintenant affronter d’autres classes pour des concours.

Je ne prétends pas que les élèves soient devenus parfaits, sages comme des images, tous studieux, mais, j’ai ressenti une nette amélioration du climat de classe. Certains se sont vraiment mis au travail et il faudrait attendre la fin de l’année pour faire des conclusions plus rigoureuses que le simple ressenti ou le relevé des quelques signaux positifs. Je pense néanmoins avoir emprunté une voie intéressante qui permet de réinvestir d’autres outils pédagogiques comme les Intelligences Multiples, le tutorat par les pairs, les travaux en autonomie (dont vous trouverez la description sur ce blog dans des articles antérieurs).

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En français, nous ne produisons rien… la pédagogie du projet

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Comment donner du sens à l’enseignement du français au collège ? Comment créer une émulation dans un groupe-classe ? La pédagogie du projet.

La non-production ou le non-sens du cours de français au collège

Quel professeur d’une matière dite générale n’a pas ressenti cette frustration : « je ne produis rien » ? Les élèves, en perte de sens, se demandent à quoi le cours sert ou pis, ne se demandent plus rien et subissent… En revanche, on remarque, dans les sections professionnelles, quand l’orientation n’est pas subie mais désirée, que les élèves sont motivés, s’impliquent dans des tâches concrètes.

Oui, mais j’enseigne une matière générale…

Les élèves sont en compétition pour les notes ou ne le sont pas. L’individualité et le non-sens semblent régner. Il n’y a pas de cohésion dans le groupe-classe. Les intellos veulent travailler et être les meilleurs. Les cancres veulent jouer et empêcher la bonne marche du cours. L’ambiance est conflictuelle, pesante.

Qui commande dans la classe ?

Au début du deuxième trimestre, j’ai dit à l’une de mes Sixièmes peu motivée et turbulente que nous ne pouvions pas travailler avec les Intelligences Multiples, ni avec les jeux-cadres (que je leur avais pourtant présentés et qu’ils avaient fortement appréciés) en leur expliquant que l’ambiance de la classe ne permettait pas de travailler. Je leur ai demandé si je pouvais néanmoins leur laisser une chance. Une chose stupéfiante s’est alors produite. Un élève m’a fixé, un de ceux qui jouent avec une sarbacane, et qui font partie d’une petite bande. Il m’a dit : « Non, vous ne pourrez pas faire les Intelligences Multiples. » et m’a expliqué que ce serait impossible à cause du désordre (sous-entendu qu’il mettrait avec sa bande). J’ai alors demandé à la classe entière ce qu’elle voulait. Une grande majorité d’élèves a dit qu’elle voulait travailler avec les I.M.

Heureusement, l’autre Sixième était studieuse et nous nous régalions avec les Intelligences Multiples.

J’ai demandé à la classe turbulente qui allait l’emporter : la majorité ou un petit groupe qui voulait empêcher les autres de travailler.

La pédagogie du  projet : facteur de cohésion et d’émulation

On pourrait dire que j’ai des outils pédagogiques innovants, qui devraient résoudre tous les problèmes mais que faire avec une classe turbulente, avec une ambiance peu propice au travail ?

pédagogie du projetJ’ai proposé à mes deux Sixièmes un concours d’écriture. Il s’agissait d’écrire un conte collectif et de le mettre en concurrence avec celui de l’autre Sixième – le jury serait composé des élèves des deux autres Sixièmes de mon collègue (il y a quatre Sixièmes dans mon collège et j’en ai deux). Les deux classes ont accepté.

Nous avons donc pendant deux mois, à raison d’une heure par semaine, écrit un conte collectif. Les élèves imaginaient l’histoire et les personnages collectivement, écrivaient chaque étape individuellement, et enfin votaient pour le plus beau texte. Nous avons écrit toutes les étapes, retravaillé l’ensemble avec la classe entière (les transitions, les répétitions et nous sommes interrogés sur la dénomination des personnages, les indices et symboles qui annoncent la fin du texte…) Des élèves ont illustré le conte et nous avons soumis chaque conte au vote. Si vous êtes intéressé, vous pouvez  lire le conte des 6°3 et celui des 6°4 sur le site du collège de la Foa .

La classe turbulente, la 6°3, s’est mise au travail à tel point qu’au troisième trimestre, j’ai été le seul, lors du conseil de classe, à dire que les élèves avaient progressé et muri, au grand étonnement du professeur principal. Les élèves ont pu travailler avec beaucoup de joie et de sérieux avec les Intelligences Multiples (le petit élève perturbateur n’a finalement pas réussi à influencer le groupe-classe). Ces élèves étaient tellement studieux que deux collègues stagiaires, venus observer mes classes, ont cru que c’était ma classe la plus sérieuse. Même la petite bande a participé au projet.

Que s’est-il passé ? Comment le pouvoir a-t-il changé de mains ?

Les élèves perturbateurs ont été marginalisés. Certes, ils essaient encore d’utiliser des sarbacanes mais leur influence s’est fortement atténuée. Les 6°3 ont commencé à avoir un esprit d’équipe – il s’agissait de battre leurs rivaux, les 6°4.

L’enseignement du français prenait sens, il s’incarnait, prenant la forme d’un texte illustré. Une élève (pour ceux qui sont allés lire sur le site du collège) a même créé une allégorie, à mon grand étonnement, celle du lapin qui se bat avec une scolopendre.

Les 6°4, la classe sérieuse, sont restés motivés mais ont été dépassés par les 6°3, véritables outsiders qui ont, au troisième trimestre, une moyenne de français un peu supérieure.

Ce que j’en ai retiré

Je travaille sur des  projets depuis des années mais j’ai compris une chose intéressante cette année. Mon projet – l’écriture d’un conte de A à Z- est très ambitieux et, de ce fait, aboutit trop tard dans l’année. Dans le meilleur des cas, le projet prend forme à la fin du deuxième trimestre, créant une émulation, un esprit d’équipe, une culture-classe, mais trop tard.

L’année prochaine, je compte morceler mon projet, le diviser en petits projets intermédiaires, de façon à créer, au plus tard, cette émulation dès la fin du premier trimestre.

L’enseignement du français prend sens, prend chair. Les élèves contemplent fièrement leurs productions. Un esprit de groupe naît grâce à une saine compétition, non au sein du groupe-même (elle serait délétère) mais entre les classes qui veulent donner chacune le meilleur d’elles-mêmes.  Le groupe-classe trouve une cohésion dans un travail collaboratif.

 

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