Encore un article de Mara Goyet, très intéressant, bien écrit.

Après avoir affronté la culpabilité, le professeur change son fusil d’épaule et goûte la stratégie. J’aime ce terme parce qu’il n’est, à mon sens, pas connoté moralement.

Cependant  on note dans le titre de l’article : Arnaquer ses élèves de manière éthique et responsable  une antithèse, peut-être juste provocatrice, entre le verbe ‘arnaquer’ et l’adjectif ‘éthique’. La fin justifie-t-elle les moyens ?

Après avoir parlé d’arnaques ‘peu glorieuses’, des petits mensonges des enseignants, l’auteure veut nous faire croire qu’il y aurait donc de pieuses arnarques – qui sont en fait de la stratégie. En se lançant dans la ruse, elle explore en fait la pédagogie comme réponse à l’apathie et à l’inappétence de nos chers élèves – et on ne peut que la louer pour cela.

En revanche, un mensonge reste un mensonge et quand vous dites qu’un cours est passionnant alors qu’il ne l’est pas, les élèves ne seront pas dupes longtemps. Maintenant si vous rendez un cours intéressant, là vous êtes dans la pédagogie et vous avez raison.

Je crois que nos élèves ont besoin de confiance et que s’il faut rendre un cours attrayant, il est dangereux voire peut-être ‘irresponsable’, sans oser dire immoral, de tomber dans la publicité mensongère ambiante. Jusqu’où irons-nous dans la séduction (au sens latin, de ‘se ducere’) pour arnaquer nos élèves ? Cette relations est-elle saine ? N’y a-t-il pas d’autres moyens ?

Il y a deux semaines l’une de mes sixièmes a refusé un de mes jeux-cadres (par paresse, nous sommes à la fin de l’année, ici en Calédonie). Je leur ai laissé clairement le choix : soit nous suivons un enseignement traditionnel fait uniquement d’exercices et d’évaluations, soit nous essayons de suivre une voix plus ludique. Ils ont voté pour… les jeux-cadres. Leur ai-je forcé la main ? Les ai-je influencés ? Peut-être, mais je ne leur ai pas menti et j’ai suivi la décision de la classe quelque qu’elle fût.

Non, nous sommes pas coupables de ce système kafkaïen. Oui, nous sommes coupables de nos mensonges voire de séduction, si nous ne parlons pas clairement à nos élèves, si nous ne les associons pas en conscience au déroulement du cours, bref si nous annihilons leur autonomie…

Comments

comments