Comment aider les élèves à construire leur cours en autonomie ?

La classe inversée

Les enseignants aiment en général bien préparer, surpréparer leurs cours. Il m’est arrivé par exemple, comme beaucoup de collègues, de faire de magnifiques présentations Power Point devant des élèves admiratifs, ou indifférents…

Les élèves, dans le meilleur des cas, apprécient cette débauche d’informations et peuvent même nous faire des compliments. Mais qu’ont-ils appris ? Si on leur fait un contrôle, on est souvent déçu. On se dit qu’ils n’apprennent rien, ne comprennent rien. On leur en veut. Après tout, j’ai bien préparé mon cours, moi. J’ai joué le jeu.

Et si on leur demandait de préparer le cours ?

Je commence l’année de manière « classique » avec de belles présentations pour apparaître en position de magister. Il faut absolument soigner son image, particulièrement en début d’année.

Peu à peu, je leur montre comment construire un cours : le titre, l’introduction, les schémas, les phrases… Au bout d’un certain temps, je leur parle des trois types d’élèves : les passifs, les actifs et les autonomes. Je leur vends le troisième type. Je leur propose alors de préparer le cours.

Comment peuvent-ils préparer le cours ?

Quatre à cinq doigts se lèvent pour prendre les documents que je propose quelques jours avant le cours. Je leur donne à chacun une notion ou une partie du cours – par exemple, une photocopie sur les fonctions de l’adjectif : le cours d’introduction, une sur l’épithète et une sur l’attribut du sujet-  et je leur dis que ça va être difficile, qu’il faudra venir me demander des conseils. Ils n’y arrivent pas, je les encourage. Je leur rappelle ce que nous avons vu sur le déroulement d’un bon cours (introduction, schémas, phrases…)

Les volontaires passent au tableau. J’interviens beaucoup au début pour donner des conseils et je m’efface peu à peu au fur et à mesure des interventions orales des élèves. Je joue alors le rôle de l’expert qui précise certains points encore obscurs, veille à ce que l’essentiel soit dit, s’assure qu’il n’y ait pas d’erreurs au tableau…

Mais alors si les élèves préparent leurs propres cours, quel est le rôle du professeur ?

Dans un premier temps, je prends des pages internet que je modifie parfois légèrement, souvent deux articles sur la leçon que je mets en forme pour les photocopies. Ensuite, les élèves qui ont pris confiance me demandent s’ils peuvent trouver eux-mêmes les documents. Je travaille alors en partenariat avec ma collègue documentaliste qui les aide à trouver les informations nécessaires à la construction de leur leçon.

Je félicite (pas seulement moi, les autres élèves aussi) les jeunes orateurs et leur mets une note bonus. Dans une de mes deux sixièmes, j’ai récemment mis un 18/20 à un élève qui a très bien présenté l’épithète.

Une certaine émulation se crée et je peux compter sur 7 ou 8 élèves qui conquièrent leur autonomie en quelques mois. Ces élèves sont souvent tuteurs et ils auront un rôle particulier à jouer pour un jeu-cadre que je mettrai bientôt en place. Ils sont des relais précieux pour aider leurs camarades à mieux comprendre les notions et surtout à s’approprier les méthodes. Ces présentations orales leur permettent de se construire en tant qu’élèves-experts et de prendre confiance en eux.

Si cela vous intéresse, vous pouvez lire également cet article sur Lettre à Condorcet : Etudier la voix passive en Cinquième (en autonomie)

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