Les Intelligences Multiples, deus ex machina

J’ai déjà parlé des Intelligences Multiples dans ce blog. Nous n’utilisons la plupart du temps, dans nos cours, que les Intelligences verbale et logicomathématique et les élèves faibles dans ces approches restent à la porte du cours (ils sont exclus et décrochent). Le but des Intelligences Multiples est donc d’offrir à un maximum d’élèves la possibilité non seulement de suivre mais aussi de s’investir dans une leçon qui paraissait abstraite avec une approche classique, si je puis dire.

J’ai donc pris l’habitude avec mes Sixièmes de leur proposer au moins trois approches pour étudier une notion ou un texte (les logicomathématiques posent des questions ou des énigmes sur le document, les naturalistes relèvent des mots et les classent, les auteurs font des phrases et on combine plusieurs Intelligences pour faire un schéma qui illustre notre étude…) Je distribue un document (texte littéraire ou documentaire) aux élèves qui travaillent en autonomie à la maison et le lendemain, ils viennent présenter leur approche au tableau. Toutes les tâches se complètent et permettent de comprendre la leçon du jour.

Ce travail est très satisfaisant mais trois Intelligences ont tendance à résister : l’I. spatiale (dessiner), l’I. kinesthésique (bouger) et l’I. musicale.

L’Intelligence musicale : une promesse…

Je souhaite parler aujourd’hui de l’I. musicale. Cette I. est très fructueuse car elle permet d’apprendre très rapidement et très efficacement une notion qui résiste avec les autres approches. Si on la combine avec d’autres I.  on arrive à imprimer durablement la leçon dans la mémoire.

Oui, mais…

Les élèves associent la musique aux loisirs et ont tendance à croire que chanter n’est pas sérieux. Ceux qui acceptent d’utiliser cette approche sont souvent des élèves qui veulent seulement s’amuser et gagner du temps. D’autres, très sérieux, craignent de chanter devant un auditoire et sont très inhibés.  Souvent ceux qui sont doués se taisent alors que d’autres s’essaient à des airs qui paraissent ridicules et achèvent de convaincre la classe que cette I. n’est pas sérieuse.

Autre difficulté de taille : le rythme

On a beau avoir une belle voix, chanter juste, avoir une culture musicale riche, comment transformer le cours en chanson ? On ne peut pas chanter tout le cours ! Il faut savoir sélectionner l’essentiel pour créer des petits airs qui fonctionnent comme des petites phrases mnémotechniques.

Un exemple, les types de conjugaisons latines

Voilà bien l’exemple d’une leçon abstraite. Après que les I. verbale, logicomathématique, interpersonnelle se sont exprimées au tableau, sous formes de schémas, de remarques ou commentaires, d’explications orales des élèves aux élèves, nous nous disons qu’il faut prendre de la hauteur parce que -il faut bien l’avouer- il commence à régner une certaine cacophonie (on ne peut pas retenir tous ces schémas, ces commentaires…)

Nous décidons de fait de condenser le cours avec deux petits airs ou pourquoi pas une chanson ? Après tout, les Cinquièmes ont appris en moins d’une minute la première déclinaison des noms en chantant (encore maintenant ils révisent en 30 secondes par ce moyen). Presque tout le monde a eu 10/10 au contrôle. Cette I. est donc très efficace.

Nous inventons un petit air pour les terminaisons : o,s,t, mus, tis, nt (j’entends encore la voix de mes élèves qui chantent en chœur). Quelques élèves pensent à un moustique à l’évocation des deux premières personnes du pluriel (il est vrai qu’il y en a beaucoup en Calédonie).

Nous écrivons les exemples : amo, moneo, dico, audio (nous n’avons pas encore vu la troisième mixte). Nous chantons sur un petit air.

Puis nous ajoutons : amo, as, are – moneo,es, ere – dico, is, ere – audio, is, ire

De ce fait, nous partons des exemples simples en chantant, auxquels nous ajoutons des détails. Nous pouvons ainsi faire une chanson avec trois couplets : un pour les terminaisons, un pour les exemples simples, un pour les exemples avec leurs caractéristiques.

Nous avons appris nos modèles de conjugaisons latines progressivement, en chantant. Pour réviser, il suffit d’écrire au brouillon ou de voir dans sa tête tout en chantant. De cette manière, on combine plusieurs I. et on imprime durablement une leçon abstraite dans sa mémoire. Peut-on rêver mieux ?

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