Cet article s’adresse à « Jean-Christophe », créateur de la « pédagogie du Nutella ».

Vous avez raison : le Nutella, ce n’est pas bon. Je préfère une tartine d’Epoisses avec un verre de Meursault, à boire avec des proches. Mais Miguel, lui, préfère la brioche au Nutella. Il aime aussi discuter, débattre, montrer une connaissance assez fine de l’actualité.

Vous n’avez pas tort : l’école n’est pas le bon endroit pour prendre son petit déjeuner mais celui où des appétits peuvent s’ouvrir. Puisse Neo Alta donner à Miguel faim d’autre chose.

Vous n’avez pas tout faux : la « pédagogie du Nutella » est une excellente expression, un bon mot. Et après ? Un succès médiatique ? Je ne vous connais pas, je ne vous lis pas. J’ai appris cette expression hier soir au cours d’une rencontre de professeurs intéressés par la pédagogie en général, institutionnelle en particulier. Des professeurs très fâchés par cette expression. Elle ne me touche pourtant pas. Ce billet ne sera d’ailleurs pas très bon car je ne suis pas en colère. J’écris ce billet pour réagir et ne pas vous laisser seul sur le terrain de l’affrontement. Seul, vous auriez l’air ridicule (une crêpe sans Nutella ? Un écureuil sans noisettes ?) . A deux, vous pouvez combattre, vous pouvez même remporter la victoire. Tant mieux pour vous ! Quel intérêt pour moi. Même pas une victoire à la Pyrrhus. Une victoire seulement pour le pire.

Si j’ai bien compris, le Nutella est l’antithèse de l’effort ?

Vous avez raison : il faut faire des efforts. Faites l’effort de regarder à nouveau ce reportage de France2 sans vous appesantir sur les détails (édifiant le commentaire sur le fuseau de Caroline Rousseau), l’effort également de compléter ce visionnement par la lecture d’un article de Libération[1] ; l’effort enfin de voir le petit documentaire filmé par Thierry Foulkes[2] qui a pris la peine de passer une soirée avec les élèves pour questionner et comprendre.

Vous n’avez pas tort : il faut des efforts et des moyens. Les adultes engagés dans Neo Alta, onze professeurs de disciplines, la C.P.E. et la professeure- documentaliste font des efforts, beaucoup, en particulier celui de travailler en équipe et de réfléchir ensemble aux moyens de mener un groupe d’enfants et de jeunes sur une voie de la réussite scolaire et personnelle. Sans abdiquer d’aucune exigence disciplinaire ni d’exigences tout court. C’est d’ailleurs un point important de la présentation de la structure aux parents et aux élèves intéressés pour y venir. S’inscrire à Neo Alta, c’est savoir et accepter que les professeurs seront très exigeants, vis-à-vis des jeunes, vis-à-vis des familles.

Les classes sont constituées du même nombre d’élèves que les autres sections du même niveau. 27 en 4ème par exemple. Si vous ne les avez pas tous vus lors du reportage d’1 minute trente de France2, c’est qu’au même moment, certains étaient dans le couloir, d’autres dans la salle du café où je corrigeais mes copies.

Neo Alta n’est pas une structure très coûteuse. Les professeurs sont rémunérés par des demis voire des quarts d’heures supplémentaires lorsqu’ils interviennent en accueil, en tutorat ou en concertation. Le L.A.B.O., les co-interventions interdisciplinaires, est pris sur le temps hebdomadaire d’enseignement. Ainsi, en Histoire-Géographie-Education civique, je suis intervenue 18 heures en LABO et j’enseigne 2 h 30 par semaine au lieu de 3 h. Le compte y est, l’écureuil a bien toutes ses noisettes.

Vous n’avez pas tout faux : plus grand est l’effort, meilleure est la satisfaction ressentie. Je vous demande donc un très grand effort. Je vous donne rendez-vous salle 108 au 42 avenue Jean Jaurès aux Clayes sous bois. C’est à 20 km de Paris. Passez la journée avec nous. Vous verrez des élèves faire des efforts, beaucoup d’efforts. Travailler, écrire, réfléchir, chercher, apprendre. Faire des contrôles, avoir des notes éventuellement. Pendant des cours de Maths, de Français, d’Espagnol, de S.V.T., d’E.P.S., de Musique, d’Arts Plastiques et d’Histoire-Géographie-Education Civique. Sans « zapping, surfing, cocooning, packaging, marketing ».

 

Vous avez raison de vous inquiéter. Mais, de quoi avez-vous peur Monsieur « Jean-Christophe » qui n’utilise pas son patronyme. A moins que « Jean-Christophe » soit un pseudonyme ? Peur de tomber dans l’arène (de Nîmes[3] ?).

Vous n’avez pas tort de vous inquiéter. Moi aussi j’ai peur. Moi l’ancienne germaniste- latiniste- Anglais renforcé comme on disait puis. Peur du niveau de Français de certains de mes élèves, étrangers dans leur propre langue. Peur qu’on ne sache bientôt plus à l’oreille distinguer un concerto d’une sonate. Peur qu’on n’identifie plus toutes les références culturelles et les clins d’œil dans Harry Potter, la croisée des mondes, Hunger games. Où l’on reparle de nourriture ! Hunger games, les jeux de la faim dans lesquels à la fin ce sont les enfants qui sont dévorés. Sans Nutella et sans brioche.

Vous n’avez pas tout faux : il y a de quoi s’inquiéter. Et j’ai peur. Oui j’ai peur. J’ai peur que la situation ne s’arrange pas. Que d’autres enquêtes nationales ou internationales ne viennent encore confirmer les petits résultats de notre système éducatif. Voire les aggraver. Malgré tous nos efforts. Le constat est que, pour l’instant, ce système ne fonctionne pas bien. Qu’est-ce qu’on risque à essayer de faire autrement ? J’ai tellement peur que la situation se détériore encore que, voyez-vous Monsieur « Jean-Christophe » l’anonyme, vos envolées décidemment ne m’intéressent pas. Mon temps, mon énergie, ma créativité, je ne vais plus les tourner vers vous.

 

Mais prenez le temps de vous poser la question : et vous, de quoi avez-vous peur ? Quelles noisettes craignez-vous de perdre ?

Annie Di Martino

Collège Anatole France des Clayes sous Bois

DAFPA de Versailles

Membre du Conseil National de l’Innovation pour la Réussite Educative

Auteure d’une contribution pour les nouveaux programmes d’Histoire[4]

[1] Voir ici les liens   https://lewebpedagogique.com/anniedimartino/2015/03/12/neo-alta-dans-les-medias/

[2] https://lewebpedagogique.com/anniedimartino/2015/03/31/documentaire-sur-neo-alta/

[3] Oui, je sais, c’est tiré par les poils de l’écureuil mais je cherchais une rime en « nime » et je suis allée galamment de l’arène à Nimes….

[4] http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/84/4/Di_Martino_Anne_-_Professeure_-_CSP_Contribution_362844.pdf


Dejar un comentario

DebeConectado por dejar un comentario.