Les régions de France

Lexique et données sur les régions de France en vue de la préparation des exposés

Ceci est un dessin humoristique !

Dates des exposés au semestre d’hiver 2017-2018 :

 

à suivre… !

« Ta seule destination » par B4B

Une chanson française... qui « envoie du bois » !

Ce qu’il faut pour qu’existe une chanson, qu’elle ait des couleurs et une densité qui la rendent infalsifiable… cela ne tient après tout qu’au magma des sensations, des instants de vie et des souvenirs dont elle est issue, à la virtuosité de son compositeur et de ses interprètes, à la cohérence et à l’harmonie entre la musique, ce qui est narré et le matériau verbal, entre toutes ces parcelles entrelacées qui seules donnent l’entière liberté de la façonner, tous ces fragments de sens dérivant à la surface, juste avant que son auteur intuitivement ne les saisisse et ne les retienne, juste avant le point oscillant où le risque est grand qu’ils ne repartent glisser vers les profondeurs de l’océan chatoyant des mots… alors il y a là, « Ta seule destination » le prouve, tout ce qui rendra possible la création d’une chanson bouleversante de sincérité, touchant manifeste de l’irrépressible volonté de vivre, tout compte fait donnée à entendre au public comme un magnifique présent.

 

Br4vin Brothers – Marco, Thom, Seb et Nico © JEH Sur le Vif

 

Ta seule destination

Je me souviens ce matin-là
Le soleil brillait sur ma ville
Je me moquais bien du fatras
De béton et des tours d’ici

Je me rappelle ce matin-là
Avoir écouté bien assis
Pour la 75e fois
Les mots de Saint-Exupéry

J’avais 6 ans ce matin-là
J’avais peur mais j’avais envie
De faire encore plein d’autres pas
Et du vélo sur le parking
Et du vélo sur le parking
Et du vélo…

Je me souviens ce matin-là
L’arrêt de bus en pleine nuit
Au cœur de l’hiver et du froid
Aller au lycée plein d’ennui

Je me souviens avoir fait face
À ce qui me semblait injuste
Avoir pris la parole en classe
Et la porte de l’école ensuite

Je me rappelle ce matin-là
Sur ce quai de gare assis
Décider pour la première fois
D’aller faire la manche à Paris
D’aller faire la manche à Paris
D’aller faire la manche…

J’avais 30 ans ce matin-là
Mon fils aîné avait grandi
Il était beau c’était un roi
Et son p’tit frère l’était aussi

Je me souviens ce matin-là
Que je n’avais aucun souci
À part un ou deux ou même trois
Que je noyais dans le whisky

J’me souviens pas de tous ceux-là
Ces matins de retour du gris
Perdu entre la beauté là
Et les trous d’air de mon esprit
Et les trous d’air de mon esprit
Et les trous d’air…

(refrain)
Tu feras le chemin cent fois
Tu reviendras au même endroit
Ta seule destination c’est toi

Je me rappelle ce matin-là
M’être réveillé dans un train
Sans billet ne sachant même pas
Ni pourquoi, comment ou combien

Je me souviens ce matin-là
Au fumoir de la clinique
Parler de Nietzsche avec un gars
Parano ou cyclothymique

J’avais très mal ce matin-là
Je cherchais un bon de sortie
Un sas à mes douleurs ventrales
Et aussi un sens à ma vie
Et aussi un sens à ma vie
Et aussi un sens…

Je me rappelle ce matin-là
De tes caresses sur mes joues
De tes larmes malgré ta foi
De tes bras autour de mon cou

J’avais 100 ans ce matin-là
Trop de bide et trop de valises
Un mal de dos, du vague à l’âme
Et la honte de tous mes vices

Je n’savais pas ce matin-là
Que le soir je serais parti
Sur les traces de Siddhartha
Pour devenir ce que je suis
Pour devenir ce que je suis
Pour devenir…

Tu feras le chemin cent fois
Tu reviendras au même endroit
Ta seule destination c’est toi

J’me souviendrai d’ce matin-là
Le jour où j’ai enfin saisi
Que les réponses à mes « pourquoi »
Étaient inscrites bien à l’abri

Sous des couches de « je ne veux pas »
De « j’ai peur » de « j’n’ai plus envie »
Quand j’ai ouvert enfin les bras
Quand j’ai réussi à dire « oui »

Et quand je t’ai retrouvé toi
Qui me renvoies à l’infini
À l’éphémère et au-delà
Aux commandes de ma propre vie
Aux commandes de ma propre vie
Aux commandes…

Tu feras le chemin cent fois
Tu reviendras au même endroit
Ta seule destination c’est toi
Et me voilà chez moi

© Nico Bravin (paroles et musique) 2014

 

Enregistré à La Roquebrussane et à Marseille par Julien Fabre / Mixé à Paris par Louis Bertignac / Montage de la vidéo par Nico Bravin

 

Étude de la chanson / Pistes possibles pour le cours (à suivre ou non)

Ta seule destination est une chanson écrite en octosyllabes (des vers de 8 syllabes) avec neuf couplets et un refrain, et énoncée à la première personne. Autobiographique, elle n’évoque pas seulement des souvenirs personnels, mais elle fait aussi référence à des souvenirs collectifs : l’histoire du Petit Prince de Saint-Exupéry, sous sa forme de livre-disque, lue par le comédien Gérard Philipe, qu’un très grand nombre d’enfants et d’adultes ont écoutée depuis 1954, et la mobilisation étudiante de l’hiver 1986 contre le projet de loi Devaquet, qui a bel et bien marqué toute une classe d’âge.
C’est ce double aspect « souvenirs personnels / mémoire collective » qui m’a paru particulièrement intéressant à aborder et à développer en cours de français langue étrangère auprès de deux groupes (niveaux A2 et B1), un public âgé de 19 à 65 ans, qui y a été, à quelques rares exceptions près, particulièrement réceptif. La chanson a été étudiée une première fois à l’Université populaire (Volkshochschule) et à l’Université de Heidelberg au semestre d’été 2016, juste avant la leçon sur « J’achète un billet de train à la gare de Toulouse » – finalement, nous n’étions pas tant que ça « hors programme »…

Puisque les meilleures choses ont aussi un début, le cours sur Ta seule destination s’est ouvert sur la fabuleuse chanson Au nom du rock’n’roll (enregistrement de 1984) – morceau d’anthologie s’il en fut du groupe brionnais Insolence :

« Au nom du rock’n’roll
Je te parle ce soir
Au nom du rock’n’roll
J’veux plus rester dans le noir »

 

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »

« Je me rappelle ce matin-là / Avoir écouté bien assis / Pour la 75e fois / Les mots de Saint-Exupéry »

En fond visuel, cette citation de Saint-Exupéry et un dessin du petit Prince et de la rose projetés sur l’écran, tout le temps qu’a duré l’écoute des chapitres I, II et VII en livre-audio. Ce n’est pas l’enregistrement de Gérard Philipe qui a été choisi ici, en raison du niveau des apprenants, mais la très belle version allemande du livre-audio lue par Ulrich Mühe. « Les mots de Saint-Exupéry » renvoient aussi à la chanson Petit Prince, écrite et composée en 1998 à Marseille.

Dans le groupe où l’intégralité de la chanson avait déjà été écoutée (voir ci-dessous la vidéo de Véro Haudberg), nous avons directement commencé l’étude des paroles.

Ta seule destination par les Br4vin Brothers en concert le 21.05.16 au Zénith de Toulouse :

 

Dans l’autre groupe, pour des raisons techniques, c’est seulement le clip en noir et blanc qui a d’abord pu être projeté.

Nous avons procédé pour l’étude par séries de trois strophes, en faisant des pauses sur la vidéo, pour d’abord travailler sur le déchiffrage et la compréhension fine du texte. Aidés d’un lexique franco-allemand détaillé, les étudiants suivaient pendant l’écoute, sur des fiches de travail, les paroles présentées sous forme d’un texte lacunaire (« texte à trous ») à compléter avec des mots et parties de phrases donnés dans le désordre.

« Je me souviens avoir fait face / À ce qui me semblait injuste / Avoir pris la parole en classe / Et la porte de l’école ensuite »

Arrivés à ce passage, où est évoqué le renvoi du lycée, des explications sur les grèves et manifestations de 1986 contre le projet de loi Devaquet ont été données. Elles ont été écoutées avec une attention soutenue. L’extrait du JT du 4.12.86 (archive INA) a été visionné et commenté. Dans le groupe plus avancé a d’abord été distribuée la transcription de cet extrait (présentation et reportage).

Les étudiants ont ensuite pu exprimer leurs opinions sur la chanson, dont la sincérité de l’auteur/compositeur sur les embûches rencontrées au cours de son parcours ne leur a pas échappé et les a touchés. Cet échange a donné lieu à des réflexions et à des réactions très personnelles et spontanées. L’aspect philosophique du texte et les références à Siddhartha et Nietzsche ont été évoqués. Ceux qui avaient des connaissances sur le sujet les ont partagées avec leurs camarades. Ils étaient libres de parler à ce moment-là dans la langue de leur choix ; ils étaient aussi, naturellement, libres de ne rien dire.

 

« Mont Ventoux » © Mathieu Cumbrera 2017

 

Du côté syntaxique et morphologique, les apprenants ont classifié les verbes dans un tableau selon les différents temps verbaux. Enfin, ils ont observé plus particulièrement la structure inhabituelle « se souvenir + infinif ». Les phrases ont été transformées en  subordonnées complétives conjonctives « classiques », introduites par la conjonction de subordination « que », dans le but notamment de faire ressortir l’effet produit par la structure originale de la chanson. C’est que l’usage de l’infinitif, ou plus souvent de l’infinitif passé, pour le verbe placé après « je me souviens » peut contribuer à créer un effet de déferlement d’images ou effet de flash, rapide et intemporel, proche de ce qui se passe lorsque surgissent les souvenirs ravivés ou reconstitués par la mémoire. Cet effet est également produit dans la chanson par la juxtaposition des propositions, grâce à l’omission pure et simple de la conjonction « que » (« Je me souviens ce matin-là / Le soleil brillait sur ma ville / Je me moquais bien du fatras » – couplet 1) ou de la préposition « de » (« Je me souviens ce matin-là / L’arrêt de bus en pleine nuit » – couplet 4).
Enfin dans le couplet 7, dans le vers « Mon fils aîné avait grandi », c’est par l’homophonie entre « aîné » et « est né » que survient un effet d’interférence temporelle et de téléscopage, tel un court-circuit, entre deux époques bien distinctes dans la réalité.
Au passage, nous avons cette fois laissé de côté Jane Birkin et Manu Chao, dont la chanson en duo Te souviens-tu est habituellement écoutée quand il est question du verbe « se souvenir ».

Les étudiants ont aussi effectué un relevé, sous forme de soleils, des mots et métaphores liés aux champs lexicaux et sémantiques des transports, du chemin et de l’avion – ce dernier, référence implicite à l’aviateur et au petit Prince, étant omniprésent tout au long de ce texte.

Et puis, comme il restait du temps à la fin de la séance, nous avons aussi écouté/regardé Jack (vidéo de 1988 des Visiteurs) :

 

Paroles reproduites sur ce blog et photos des groupes publiées avec l’aimable autorisation de Nicolas Bravin.
Photo de Mathieu Cumbrera publiée avec son aimable autorisation.

« Im Märchenland » de Rose Ausländer

Un poème de Rose Ausländer (1901-1988)

Im Märchenland blüht die Poesie
ich suche sie
Am Traumpfad der mich führt

Rose Ausländer (1983) : Ich zähl die Sterne meiner Worte. Fischer

 

Au pays des contes de fées fleurit la poésie
je la cherche
Sur le layon du songe qui me guide

traduction Céline Navarro (2017)

 

photo © Mathieu Cumbrera 2017

 

Écrire était vivre, et par les mots écrits, elle l’exilée perpétuelle, la femme toujours entre deux trains, se créera une deuxième patrie : « Ma patrie est morte, ils l’ont enterrée dans le feu, je vis dans ma terre maternelle, le mot ».
Gil Pressnitzer, article sur Rose Ausländer sur le site Esprits nomades

« Au marché » d’Armand Monjo

Un délicieux poème d’Armand Monjo (1913-1998)

Au marché

Les joues de la fruitière
sont en peau d’abricot
La grande charcutière
est ronde comme un jambonneau
La marchande de fleurs
fine comme un pois de senteur
Le boulanger, qui n’est pas gros,
est un Pierrot enfariné
mais sa femme la boulangère
qui n’est pas légère légère
sent bon le sucre et le pain chaud

Armand Monjo (1997) : Simple comme bonjour. Éditions l’épi de seigle

 

féminin – masculin

la fruitière – le fruitier
la charcutière – le charcutier
la bouchère – le boucher
la volaillère – le volailler
la poissonnière – le poissonnier
l’écaillère – l’écailler
la boulangère – le boulanger
la pâtissière – le pâtissier
la crémière – le crémier
la glacière – le glacier
l’épicière – l’épicier
la mercière – le mercier
la bijoutière – le bijoutier
la joaillère – le joailler
l’horlogère – l’horloger
la marbrière – le marbrier
la couturière – le couturier
la cordonnière – le cordonnier
la fleuriste – le fleuriste
la libraire – le libraire
la kiosquaire – le kiosquaire
la pharmacienne – le pharmacien
la coiffeuse – le coiffeur
la vendeuse – le vendeur
la marchande – le marchand
la cliente – le client
la passante – le passant

  • cliquez ici pour accéder au guide datant de 1999 : Femme, j’écris ton nom… Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions

la joue de la fruitière est douce – le sourire de la fruitière est doux
une grande fille – un grand garçon
une petite fille – un petit garçon
l’orange est ronde – le ballon est rond
la feuille d’or est fine – le papier de soie est fin
la soupe est chaude – le pain est chaud
de la menthe fraîche – du thym frais
la plume est légère – le duvet est léger
une grosse poule – un gros lapin
une bonne idée – un bon conseil
l’orange sent bon (adv.)
la glace à la vanille est sucrée – le sorbet au citron est sucré
la quiche est salée – le jambon est salé
la groseille est acide – le citron est acide
l’amande est amère – le chocolat noir est amer
une nouvelle chance – un nouveau défi / un nouvel envol
une belle histoire – un beau souvenir / un bel hommage

  • Le Point du FLE, Hélène Weinachter : exercices sur les adjectifs

– prononciation identique ou différente ? exercice 1exercice 2

– accord des adjectifs réguliers : exercice 1exercice 2

– place des adjectifs : exercice

– place des adjectifs et changement de sens : exercice

  • Centre collégial de développement de matériel didactique (CCDMD, Canada) : un jeu très amusant et pas si facile sur le genre des noms ! cliquez ici pour jouer

« Le guépard » de Jean l’Anselme

Le guépard

Le guépard est une magnifique bête de l’espèce des félidés. Mais, à l’encontre des animaux de cette famille, il ne possède pas de griffes mais des ongles, comme le chien.

Sa course est superbe ; c’est un spectacle inoubliable mais fort rare car généralement on court devant.

Jean l’Anselme (1919-2011)

Jacques Charpentreau (1976) : La nouvelle guirlande de Julie – Poèmes inédits pour les enfants. Éditions Ouvrières, Paris

Poème collectif sur le bonheur

Si on riait sans raison,
Si on vivait dans une maison,
Si le soleil brillait tous les jours,
Si on trouvait son amour,
S’il n’y avait pas de guerres,
S’il n’y avait pas de violence,
S’il n’y avait pas de discriminations,
S’il n’y avait pas de haine,
S’il y avait l’égalité,
S’il n’y avait pas de mensonge,
S’il n’y avait pas de peur,
S’il n’y avait pas de faim,
Si on avait beaucoup d’argent,
Si on avait beaucoup d’amis,
Si on avait beaucoup de temps,
Si on ne savait pas,
Si le soleil brillait plus fort,
Si la mer n’était pas loin,
Si j’avais dormi cette nuit,
Si je ne devais pas travailler,
S’il y avait des gâteaux gratuits,
Si on pouvait écrire une recette pour le bonheur,
S’il n’y avait pas de maladies,
S’il n’y avait pas la mort,
Si tous les gens avaient les mêmes chances,
Si la lune brillait comme le soleil,
Si les renards et les lapins étaient amis,
Si on avait la liberté de choisir,
Si on pouvait serrer ses amis dans ses bras,
Si le soleil nous souriait,
Si les États-Unis avaient une présidente,
Si le vin coulait dans le Neckar,
Si le pape avait une femme et une famille,
Si les examens étaient faciles,
Si j’habitais à Londres ou à Paris,
Si le français était facile à apprendre,
Si personne n’avait faim,
Si la mort n’existait pas,
S’il n’y avait pas de guerre,
Si l’argent ne jouait aucun rôle,
S’il n’y avait pas de pollution,
Si l’égoïsme n’existait pas,
S’il n’y avait pas de guerre,
Si tout le monde s’aimait,
Si le week-end avait un troisième jour,
Si la saison du printemps était plus longue,
Si je pouvais voyager au bout du monde,
Si j’avais peint la Joconde,

Je resterais calme et placide
Je ferais tout ce que je veux
Le bonheur ne m’abandonnerait pas
Ça c’est la vie que je préfèrerais
Si le soleil me souriait

Je parlerais toutes les langues
Je mangerais des pêches et des pommes
Je boirais le bonheur comme de l’eau
Je serais heureux toute la journée
Tous les gens seraient amicaux
Tous les jours seraient agréables
Tu m’aimerais
Et je t’aimerais !

On n’aurait plus de problèmes à résoudre
On n’écrirait plus de plaintes
Mais seulement des poèmes
Chaque jour serait comme le vendredi
Mais les larmes, aussi, de la vie font partie

Je porterais des fleurs dans les cheveux
Je chanterais et danserais partout
Tout le monde serait toujours rieur
Le vin allemand serait  encore plus savoureux
Toutes les choses iraient mieux

L’éternité commencerait déjà
L’université paierait les étudiants
Tout le monde parlerait la même langue
J’arrêterais la fonte de la glace du pôle Nord

Je ne voudrais pas changer ma vie
Je passerais mes journées avec mes amis
Tout le monde se sentirait mieux
Tous les gens seraient frères et sœurs
On n’aurait plus de soucis
On dirait assez souvent merci

La recherche du bonheur aurait une fin
On ne devrait pas combattre pour l’égalité tout le temps
On pourrait fuir le ronron de la vie quotidienne
On pourrait réaliser ses rêves plus facilement
Il n’y aurait pas autant de gens qui seraient tués

 

à suivre…

« Mai » de Guillaume Apollinaire

Un poème de Guillaume Apollinaire (1880-1918)

Mai

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes

Sur un fifre lointain un air de régiment
Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

Guillaume Apollinaire (1913) : Alcools – « Rhénanes »

  • le recueil Alcools en téléchargement libre sur la « Bibliothèque numérique » de TV5Monde

« Petit Prince » par B4B

Une chanson à découvrir, écouter, partager, étudier si ça vous chante…

Souvent… les enfants dans les trains soufflent sur la vitre et font du bout des doigts des dessins dans le disque de buée. La texture de la chanson « Petit Prince » est de la même substance, délicate et expressive, que ces petits signes éphémères du bonheur et du mystère d’exister, furtivement tracés pour mieux saisir et dire le monde.

 

Petit Prince

Cette histoire de rose
ce gamin
sa planète et ces choses
qu’il demande en dessin

Cette histoire de rose
en moi à jamais
est éclose

Dans le désert
un prince en exil
J’ai aimé faire
un voyage similaire

Ma gorge serrée
toujours au passage
où ses larmes
révélaient tant son âme
L’amour qu’il avait
pour cette fleur mal abritée

Je connaissais
avant de saisir
bien des secrets
du monde où j’allais vivre

(refrain)
J’ai oublié des histoires
des fables issues de grimoires
moins ri d’animaux
sortis de chapeaux

Pourtant dans le ciel
toujours étincelle
l’étoile d’un prince si réel

Tout y est décrit
avec tellement de précision
et d’émotion aussi
Comment imagi-
-ner que la magie n’aurait

Pour une fois
pas pu opérer
Cet homme en panne
n’a pas inventé

Écrivez qu’il est revenu

© Nico Bravin (paroles et musique) & Marco Bravin (musique), album Bravin (1998)

 

 

Petit Prince par les Br4vin Brothers, en concert le 21.05.16 au Zéntih de Toulouse :

 

voir aussi :

Paroles et images reproduites sur ce blog avec l’aimable autorisation de Nicolas Bravin.

« Les enfants seuls savent ce qu’ils cherchent. »

« Le Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry

Première édition en anglais, publiée en 1943 à New York aux éditions Reynal & Hitchcock

 

– Le désert est beau, ajouta-t-il…
Et c’était vrai. J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence…
– Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c’est qu’il cache un puits quelque part…

Texte essentiel, intemporel et universellement connu de la littérature de langue française, Le Petit Prince est paru en France en 1946, deux ans après la mort de son auteur, Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944). Les premières éditions, en anglais et en français à New York et en français à Montréal, datent de 1943. Le Petit Prince vient d’être traduit dans une 300e langue, le hassanya ou maure – un dialecte arabe parlé par plus de trois millions de locuteurs au Sahara Occidental marocain, au Sahara algérien, au Sénégal, en Mauritanie et au nord du Niger et du Mali.

 

« J’ai volé un peu partout dans le monde. Et la géographie, c’est exact, m’a beaucoup servi. Je savais reconnaître, du premier coup d’œil, la Chine de l’Arizona. C’est très utile, si l’on est égaré pendant la nuit. »

Comme le jeune Nils dans le conte philosophique de Selma Lagerlöf, Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, le petit Prince a été porté par des oiseaux migrateurs. Ce livre, dont les deux tomes sont parus en 1906 et 1907, et la première traduction française en 1912, Saint-Exupéry le connaissait-il, l’avait-il lu enfant ? Les deux histoires empruntent aux fables la compréhension qu’ont les deux enfants du langage des animaux. Est présent dans les deux contes le personnage du renard – ami du petit Prince, il lui révèle des secrets fondamentaux / menace pour Nils, qui lui indique toutefois comment ne pas se faire capturer, ayant appris le respect de la vie. Lorsque Nils survole et découvre son pays, de mars à novembre, les paysages suédois sont décrits avec précision et poésie, des légendes sont relatées, et son voyage loin de chez lui est aussi un apprentissage qui le fait grandir. Le livre était à l’origine une commande à destination des écoliers du primaire, pour leur enseigner la géographie (voir ici un dossier en français littérature jeunesse et géographie pour le cycle 3 – CM1, CM2 et 6ème). On trouve en ligne le texte intégral en suédois, en allemand et en anglais.

« Le gamin aurait voulu pleurer d’angoisse, mais le soleil rayonnait maintenant dans le ciel ; jaune comme l’or, et joyeux, il semblait donner du cœur à toute la création. « Comprends bien, Nils Holgersson, disait-il, que tu n’as ni à t’affliger ni à t’inquiéter, tant que je suis là. » » (Chapitre II « Akka de Kebnekaïse – La nuit »)

Tandis que le conte de Selma Lagerlöf met en scène des personnages traditionnels, tel le tomte, et fourmille de détails et de légendes propres aux sagas nordiques, celui de Saint-Exupéry l’aviateur, écrit aux États-Unis, est plus moderne et plus abstrait, et s’aventure même, avec le voyage interplanétaire du petit Prince, vers la science-fiction.
Pourtant, comme le soulignent les mésaventures du savant turc qui a découvert l’astéroïde B 612, la planète du petit Prince, l’astronomie est une science orientale. Et ancienne.

Savinien Cyrano de Bergerac, lui non plus, n’avait pas attendu les premiers voyages dans l’espace ni les premiers pas de l’être humain sur la lune pour écrire à la première personne, dans les années 50 (du XVIIe siècle), Les Estats et Empires de la Lune. Ce récit, publié à titre posthume en 1657 sous le titre d’Histoire comique, deux ans après la mort de son auteur, suivi des États et Empires du Soleil (publiés en 1662), inaugure le genre de la science-fiction. À l’époque de la rédaction, Huygens met au point l’horloge à pendule. Descartes et les philosophes des Lumières développent les concepts de corps humain comme mécanique et d’un dieu horloger. Au XVIIIe siècle, ce sont les automates qui feront fureur – certains se révèleront n’être que des supercheries, mais c’est là que commence la fascination pour les robots.
Dans l’extrait ci-dessous des États et Empires de la Lune, l’hôte du narrateur, avant de partir pour tenir sa promesse (construire un vaisseau spatial pour une dame souhaitant se rendre sur la terre), lui laisse deux livres. Ils se présentent sous l’apparence de « boîtes » richements ornées, que le génial Savinien Cyrano, inventeur du livre-audio, du baladeur et autres gadgets modernes,  nous décrit avec enthousiasme :

 « À l’ouverture de la boîte, je trouvai dedans un je ne sais quoi de métal quasi tout semblable à nos horloges, plein d’un nombre infini de petits ressorts et de machines imperceptibles. C’est un livre à la vérité, mais c’est un livre miraculeux qui n’a ni feuillets ni caractères ; enfin c’est un livre où, pour apprendre, les yeux sont inutiles ; on n’a besoin que d’oreilles. Quand quelqu’un donc souhaite lire, il bande, avec une grande quantité de toutes sortes de clefs, cette machine, puis il tourne l’aiguille sur le chapitre qu’il désire écouter, et au même temps il sort de cette noix comme de la bouche d’un homme, ou d’un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands lunaires, à l’expression du langage.
Lorsque j’eus réfléchi sur cette miraculeuse invention de faire des livres, je ne m’étonnai plus de voir que les jeunes hommes de ce pays-là possédaient davantage de connaissance à seize et à dix-huit ans que les barbes grises du nôtre : car, sachant lire aussitôt que parler, ils ne sont jamais sans lecture ; dans la chambre, à la promenade, en ville, en voyage, à pied, à cheval, ils peuvent avoir dans la poche, ou pendus à l’arçon de leurs selles, une trentaine de ces livres dont ils n’ont qu’à bander un ressort pour en ouïr un chapitre seulement, ou bien plusieurs, s’ils sont en humeur d’écouter tout un livre : ainsi vous avez éternellement autour de vous tous les grands hommes et morts et vivants qui vous entretiennent de vive voix.
Ce présent m’occupa plus d’une heure, et enfin, me les étant attachés en forme de pendants d’oreille, je sortis en ville pour me promener. »

 

Retour sur la terre, que visite le petit Prince, après cette longue digression spatio-temporelle – mais s’il fallait aller seulement tout droit quand on voyage, on risquerait de ne pas voir grand-chose en cours de route.

L’avion du narrateur est échoué dans le désert : « Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. » Et l’on comprend que la panne en question ne puisse se résoudre uniquement avec des connaissances en mécanique. Saint-Exupéry réside à New York depuis la signature de l’armistice, pour y jouer un rôle dans la Résistance. En France, les loups sont entrés dans Paris et occupent la moitié du pays, tandis que les charognards locaux rivalisent de zèle meurtrier. Il y a urgence à parler d’amour, d’amitié et d’humanisme. Il n’y a pas à première vue, dans Le Petit Prince, de référence directe à la guerre, mais plutôt à la déshumanisation causée par les diverses démissions des êtres humains : la vanité, la soif de pouvoir, la paradoxale sédentarité du géographe, la cupidité du businessman, l’alcoolisme, l’obsession de gagner du temps, l’absurdité du travail, des consignes, de l’étiquette…
La référence à la guerre, elle se trouve dans la splendide dédicace de l’auteur qui se termine ainsi : « à mon ami Léon Werth, quand il était petit garçon ». C’est à cet ami que s’adresse la Lettre à un otage, publiée en 1944 :

« Ainsi, si je me sentais riche, à bord de mon paquebot triste, de directions encore fertiles, si j’habitais une planète encore vivante, c’était grâce à quelques amis perdus en arrière de moi dans la nuit de France, et qui commençaient de m’être essentiels. »

Ce texte était censé être une préface au livre dont Werth lui avait confié le manuscrit. En fait, 33 jours sera publié en 2014 seulement. Dans la dédicace du Petit Prince, Saint-Exupéry écrit aussi ces mots qui me paraissaient, enfant, des plus mystérieux : « cette grande personne habite la France où elle a faim et froid. Elle a bien besoin d’être consolée. » C’est vrai qu’il faisait froid, en France, je m’en étais vite rendue compte, mais qu’on puisse y avoir faim…

 

 

Chapitre VI

Ah ! petit prince, j’ai compris, peu à peu, ainsi, ta petite vie mélancolique. Tu n’avais eu longtemps pour distraction que la douceur des couchers de soleil. J’ai appris ce détail nouveau, le quatrième jour au matin, quand tu m’as dit :
– J’aime bien les couchers de soleil. Allons voir un coucher de soleil…
– Mais il faut attendre…
– Attendre quoi ?
– Attendre que le soleil se couche.
Tu as eu l’air très surpris d’abord, et puis tu as ri de toi-même. Et tu m’as dit :
– Je me crois toujours chez moi !
En effet. Quand il est midi aux États-Unis, le soleil, tout le monde le sait, se couche sur la France. Il suffirait de pouvoir aller en France en une minute pour assister au coucher de soleil. Malheureusement la France est bien trop éloignée. Mais, sur ta si petite planète, il te suffisait de tirer ta chaise de quelques pas. Et tu regardais le crépuscule chaque fois que tu le désirais…
– Un jour, j’ai vu le soleil se coucher quarante-trois fois !
Et un peu plus tard tu ajoutais :
– Tu sais… quand on est tellement triste on aime les couchers de soleil…
– Le jour des quarante-trois fois tu étais donc tellement triste ?
Mais le petit prince ne répondit pas.

Le Petit Prince reste indissociable du livre autobiographique Terre des hommes, un recueil de 8 textes qui tous parlent de liberté, paru en février 1939 chez Gallimard. Dans le texte VII Au centre du désert, le pilote, dont l’avion est en panne, suit dans le sable les traces d’un fennec, qu’il appelle « mon ami » :

« Si je ne suis guère déçu, par contre, je suis intrigué. De quoi vivent-ils ces animaux, dans le désert ? Ce sont sans doute des « fénechs » ou renards des sables, petits carnivores gros comme des lapins et ornés d’énormes oreilles. Je ne résiste pas à mon désir et je suis les traces de l’un d’eux. Elles m’entraînent vers une étroite rivière de sable où tous les pas s’impriment en clair. J’admire la jolie palme que forment trois doigts en éventail. J’imagine mon ami trottant doucement à l’aube, et léchant la rosée sur les pierres. Ici les traces s’espacent : mon fénech a couru. Ici un compagnon est venu le rejoindre et ils ont trotté côte à côte. J’assiste ainsi avec une joie bizarre à cette promenade matinale. J’aime ces signes de la vie. Et j’oublie un peu que j’ai soif… »

Le texte et les illustrations du Petit Prince ne sont toujours pas libres de droit en France, il faudra attendre jusqu’en 2032, mais ils le sont dans d’autres pays. Théoriquement, la consultation des sites qui reproduisent le texte et les dessins est autorisée, mais pas le téléchargement. On peut consulter librement le texte intégral en ligne sur le site Microtop de Montréal, qui en offre aussi une traduction en espagnol.

En Allemagne, la petite maison d’édition Tintenfaß de Neckarsteinach en publie des traductions dans différents dialectes du monde entier.

Traduction de Walter Sauer en francique du palatinat aux éditions Tintenfaß – « mit Bilder, wo de Saint-Exupéry selwer gemolt hot »

« Bittschää … mol mer emol e Schof! »
« Hä? »
« Mol mer emol e Schof … »

dernière actualisation : 18.07.17