Entretien avec Violène Riefolo, coach parentale

 

Violène Riefolo, coach parentale et psychopraticienne – et grande randonneuse aussi !

 

Chère Violène,

Depuis bientôt trente ans que je te connais, tu luttes.
Contre le conformisme, contre les préjugés, contre les coups durs de la vie… Tu avais même (t’en souviens-tu ?) combattu mon ignorance en matière de musique classique !

Et tu apprends, tu construis, tu t’engages, tu crées et tu partages….

Aujourd’hui, tu aides d’autres personnes en tant que coach parentale. C’est quoi, ce métier, « coach » ? Est-ce qu’il existe un mot français pour le désigner ?

Le coach, en sport par exemple, c’est quelqu’un qui accompagne, encourage, entraîne et permet au sportif de dépasser ses limites.
Pour moi, la coach parentale (je vais le mettre au féminin puisque je suis une femme et que pour le moment, c’est un métier assez féminin) fait un peu la même chose. Elle accompagne des parents dans leurs problématiques liées justement à leur parentalité. Elle les aide à comprendre les enjeux de la relation entre l’enfant et eux. Elle les aide à décrypter les comportements de l’enfant comme des informations sur ce qu’il vit, sur ses besoins. Tout notre travail est basé sur la « théorie de l’attachement ».

Quelles sont les personnes qui font appel à toi ?

Ce sont des parents démunis, à un moment précis, face aux comportements d’un ou plusieurs de leurs enfants. Ils ne savent plus comment faire, souvent ils n’ont pas envie de reproduire une éducation trop autoritaire, telle qu’ils l’ont vécue enfant, ou au contraire trop laxiste. Ils cherchent ce qui est le mieux pour leur enfant et pour eux-mêmes.
Parfois ce sont des parents qui souhaitent que l’on s’occupe de leur enfant, sans mesurer qu’un comportement « dérangeant » d’un enfant est toujours lié à la relation que ce dernier a avec son environnement. Dans notre travail, nous nous occupons vraiment du lien entre les parents et les enfants. Rarement des enfants seuls.

Et dans quel(s) cadre(s) interviens-tu ?

J’interviens en cabinet, je reçois la famille entière ou un parent avec un enfant. Le plus souvent, pour bien comprendre les causes d’un comportement, nous aurons besoin de rencontrer toute la famille pour observer les interactions des uns avec les autres.
J’interviens également dans des ateliers de parents. Une fois par mois, je retrouve un groupe. J’apporte un peu de théorie et nous la travaillons au regard des expériences de chaque parent. J’anime en ce moment 3 ateliers mensuels, dont un particulier pour les parents d’adolescents.
Un des ateliers dure depuis plus de 2 ans et j’aime la relation qui s’est établie entre ces mamans et moi, une relation de confiance et d’amour.
Maintenant, quand une nouvelle personne arrive, les « anciennes » prennent le relais sur la théorie et c’est passionnant de voir à quel point elles l’ont intégrée et ont envie de partager toutes leurs découvertes.

Un livre que tu as co-écrit est paru l’année dernière. Pourrais-tu le présenter ?

La confiance en soi est un livre paru en 2017, qui fait partie d’une collection de cahiers d’activités pour les enfants, lancée par les éditions Nathan.
Il s’agit, à l’aide de jeux et d’activités, de comprendre ce concept de « confiance en soi ».
En réalité, il existe 4 niveaux de confiance qui vont se développer au fil des âges.
La confiance de base se développe dès la naissance à travers l’attachement, dans les réponses qu’apporte sa figure d’attachement principale (c’est-à-dire la personne qui s’occupe le plus de lui dans les 9 premiers mois) à ses besoins physiologiques, ses besoins de lien et ses besoins d’exploration.
La confiance en sa personne propre, quand, vers 2 ans, l’enfant commence à dire « non ». Ce que nous prenons souvent à ce moment-là pour de l’opposition est en fait une affirmation de « je suis différent de toi, maman, papa ». L’enfant a besoin de cette affirmation pour découvrir qui il est.
La confiance en ses compétences, à partir de 3 ans, quand l’enfant dit « tout seul ! ». Il a besoin d’apprendre qu’il est capable, qu’il peut apprendre, se tromper, recommencer, réussir.
Et la confiance relationnelle, quand, vers 6 ans, l’enfant sort de son monde « égocentrique » (c’est un stade de son développement) et comprend que l’autre a aussi des émotions, des envies, des projets… Il va pouvoir apprendre à faire AVEC les autres, après avoir voulu faire seul.
Dans chaque livre de cette collection, Isabelle Filliozat, directrice de la collection, écrit un cahier pour les parents.

I. Filliozat, V. Riefolo, C. Rojzman, A. Laprun (2017) : La confiance en soi. Éditions Nathan, Paris

Quand et pourquoi as-tu décidé de changer de profession ?

Très clairement, à la fin de l’année 2000, quand j’ai eu fini de me débattre avec le cancer, je me suis demandé quel sens aurait ma vie maintenant. Il n’était plus question pour moi de travailler juste pour nourrir mes enfants mais d’avoir un vrai impact sur le monde.
J’ai commencé à être bénévole dans l’association « Petit à Petit » et à animer des ateliers dans les écoles. C’est comme ça que j’ai découvert le théâtre forum. J’ai fait une première formation pour être comédienne intervenante et animer des projets de théâtre forum avec des enfants et des adolescents en particulier. Puis j’ai rencontré Isabelle Filliozat lors d’une conférence et j’ai compris que dans son école, je trouverais ce qui m’avait manqué dans cette première formation, c’est-à-dire tout ce qui concerne le développement d’un être humain et en particulier les émotions.
Comme je suis plutôt une personne intuitive, je me suis inscrite sans regarder le programme et donc j’ai appris, en arrivant au premier module, que cette école formait des thérapeutes. Heureusement pour moi, car je pense que je n’aurais jamais osé m’imaginer thérapeute. En réalité, cet élan a changé ma vie. C’est comme si tous les « combats » dont tu parles dans ton introduction prenaient un sens. Tous les morceaux du puzzle se réunissent pour faire de moi une thérapeute et une formatrice qui « s’éclate » tous les jours dans son travail.

Dans quelle mesure ta propre expérience de vie te sert dans ton travail ?

Quand j’étais toute petite, je devais avoir 6 ans, j’ai commencé à me dire en regardant ma mère que ça ne pouvait pas être « ça », être mère. Je sentais que j’avais besoin de choses que ma mère n’était pas en mesure de me donner. J’ai compris beaucoup plus tard (beaucoup trop tard) qu’elle m’aimait à sa façon et qu’elle n’avait pas les codes, les manières d’être.
Je savais que je ne voulais pas être mère de cette façon.
Je me souviens de ma fille lorsqu’elle a perdu sa première dent. Moi, en maman épatée : « Ma grande fille qui perd sa première dent ! » et elle me répond : « Non, je suis une petite fille qui a perdu sa première dent. » Quand j’ai exploré pourquoi elle insistait sur « petite », elle m’a dit qu’elle ne voulait pas être une grande fille parce que les mamans ne font plus de câlins aux grandes filles. Elle avait observé que sa mamie ne faisait pas de câlins à sa maman et que du coup, elle préférait rester petite. Aujourd’hui, elle est grande (27 ans) et nous nous faisons toujours des câlins !

Quand tes enfants étaient petits, tu te défiais ouvertement de tous les préceptes éducatifs normatifs. Est-ce que les stages que tu proposes maintenant aux parents ressemblent aux conseils que tu aurais toi-même aimé trouver à ce moment-là ?

J’avais l’intuition, comme je le disais plus haut, depuis toute petite, qu’être parent, cela devait être dans une relation d’amour et d’attention à l’autre. D’accompagner son enfant à grandir en le regardant avec confiance et non à force de relever tout ce qu’il fait de mal. Du coup, oui, j’aurais aimé avoir toute cette théorie à l’époque. Cela m’aurait permis de mieux comprendre pourquoi je ne voulais pas faire comme les autres et aussi pourquoi, par moments, je craquais.

À notre époque, il me semble qu’un grand nombre de personnes éprouve le besoin de suivre des conseils pour bien vivre, que ce besoin est décuplé, de même que leur volonté d’afficher une image très harmonieuse d’elles-mêmes. C’est un peu étonnant, voire agaçant.
À ton avis, d’où vient ce besoin ? Est-ce que l’on n’est pas en train de retomber, à force de bienveillance à tout prix, dans un nouveau conventionnalisme et une nouvelle passivité sociale ?

La bienveillance à tout prix n’est pas le but que je recherche. Surtout lorsqu’en parentalité, on mélange bienveillance et laxisme. Être bienveillant, cela passe aussi par soi, apprendre à respecter ses propres besoins, ses propres limites. Et du coup, être bienveillant, cela passe aussi par dire « non » à l’autre pour se dire « oui » à soi. C’est très éloigné de ce que l’on appelle la « passivité » dans la relation.
L’être humain a besoin de se réaliser. C’est un besoin fondamental une fois que ses besoins vitaux sont remplis : donner du sens à sa vie.
Ce que j’observe, c’est que la recherche de vie en harmonie, que ce soit avec la nature ou les humains, provoque, au contraire de la passivité sociale, de plus en plus d’alternatives aux modèles existant depuis longtemps.
Qu’est-ce qui t’agace, toi particulièrement, dans ce désir d’harmonie ? Est-ce la dimension « image » et du coup, que ce ne soit pas intégré dans nos comportements réellement, mais plutôt vécu comme un effet de mode ?

Il y a malheureusement une floraison de « méthodes » mises sur le marché, qui semblent plus destinées à faire fonctionner les tiroirs-caisses qu’à apporter des réponses valables à des individus désorientés à un moment de leur vie, voire à qui l’on suggère habilement qu’ils ont absolument besoin de « spécialistes » pour s’y retrouver.
Et c’est du côté normatif, injonctif et uniformisant, inhérent à toute mode, dont je me méfie, toujours, ainsi que d’une éventuelle perte du sens du dialogue et de la confrontation avec des points de vue extérieurs et différents, à force de vouloir tout le temps, et dans n’importe quelle situation, un « happy end ». Le désaccord, entre personnes qui se font confiance et qui se veulent du bien, bien sûr, peut être un puissant ferment relationnel et intellectuel, et la recherche de l’harmonie à tout prix avec autrui me semble trop souvent… soporifique et simpliste ! Nous deux, par exemple, n’aurions jamais pu devenir et rester amies, je crois, si nous avions toujours été d’accord sur tout, non ?
Dans certaines situations, il n’y a tout simplement pas de compromis ou de solutions possibles, du moins dans l’immédiat, et c’est bon aussi d’apprendre à savoir faire face, à faire avec et à ne pas se dissoudre ni se recroqueviller pour autant. Sans oublier le fait que nous portons toutes et tous, dans nos histoires et nos expériences, des contradictions personnelles, qu’il est plus intéressant de comprendre et de moduler, à notre rythme et selon nos capacités du moment, que de chercher à gommer pour tenter de se conformer à une norme donnée.

C’est vraiment très intéressant ce que tu dis là et je suis tout à fait d’accord avec toi : le conflit tel que tu le décris est inhérent à la vie, c’est même l’objet de notre prochain cahier Filliozat (parution prévue cet été).
Et comme dans tout milieu, il y a les opportunistes. Ceux qui vont utiliser ces « méthodes » pour faire cliqueter le tiroir-caisse.
Je le répète, pour moi l’harmonie passe par l’affirmation de soi et donc forcément par le conflit. Le souci, c’est que pour la plupart des gens, le conflit est synonyme de violence, de bagarre et donc il est fui à toutes jambes. Le conflit, c’est plutôt vivre un désaccord (d’opinions, de besoins, de valeurs,…) et se confronter de façon constructive jusqu’à un accord ou pas. Et de ce fait, accepter l’autre avec ses propres besoins, envies, valeurs, même différents des nôtres.
Dans les aspects que tu soulignes, j’entends tous les « il faut… », « on doit… », dont on nous rebat les oreilles depuis tout petits. Je les combats dans mes stages en invitant les personnes à les remplacer par « Je décide… », « Je choisis… », « J’ai envie… ».
Mon envie, tout à fait modestement, est de changer le monde. Faire disparaître les violences éducatives ordinaires, c’est l’impact que je veux avoir sur le monde.
Bien sûr, je veux aussi vivre de mon activité, tout aussi modestement.

Violène Riefolo, séance de dédicaces

 

Crois-tu que l’équilibre personnel puisse être atteint en suivant des recettes ?

Pour moi, tout ce travail, que ce soit en coaching ou en formation, est très loin de donner des recettes. Il s’agit de prises de conscience que la plupart de nos comportements (éducatif ou autres) sont dictés par notre vécu d’enfant, par l’impact qu’ont eu nos parents, et ensuite notre environnement plus large, sur nous.
Nous avons la chance d’avoir un cerveau avec une grande plasticité, ce qui nous permet de modifier des réseaux de neurones et ainsi des comportements ou réactions appris.
C’est un vrai travail de fond, de posture, de guérison (parce que j’ai aussi une casquette de psychopraticienne).

Où places-tu les limites de ton rôle de coach ?

La limite et/ou les écueils, il y en a plusieurs. Tout d’abord, la posture de l’accompagnant. Dès qu’un accompagnant est jugeant par rapport à un comportement parental, donneur de leçon… il va empêcher le parent de prendre la mesure, de pouvoir bouger intérieurement. C’est aussi un métier qui permet d’avoir du pouvoir sur l’autre si on a besoin de cela. C’est un métier qui nécessite donc de travailler au nettoyage de notre propre histoire afin d’être en empathie avec le parent, même lorsqu’il nous raconte qu’il a frappé son enfant. C’est grâce à cette empathie que nous pourrons accueillir ce parent et lui permettre de changer son comportement.
Une autre limite est, bien entendu, la capacité qu’a le parent à se remettre en question. Car, comme je le disais plus tôt, certains viennent nous voir pour qu’on « change » leur enfant. Quand ils comprennent que c’est un travail pour toute la famille, ils ne reviennent pas toujours. Ils ne sont pas forcément prêts à cela.

Comment définis-tu le succès dans ton travail ?

Je n’ai pas toutes les clés pour mesurer le succès dans mon travail. Quand je pense « travail », je pense aux familles que je reçois en cabinet, à celles que je vois en ateliers et aussi à toutes mes formations et mes conférences.
On m’a dit un jour que j’étais « née empathique » et que je l’étais restée. Tout ce chemin était déjà prêt en moi. J’aime les humains, j’aime la transmission et je suis à l’écoute.
De plus, comme tu le relevais, il y a une vraie demande d’accompagnement en développement personnel dans la société d’aujourd’hui.

Peux-tu raconter aussi des échecs que tu as rencontrés ?

Je n’ai pas de souvenir d’échec à raconter. Par contre, ce que je mesure, c’est que si je suis trop pressée que l’autre change, cela bloque le mouvement. J’ai besoin d’être pas à pas avec les personnes que j’accompagne. Ce qui est acrobatique dans un stage – puisqu’il y a plusieurs personnes à un endroit différent de leur chemin et que mon envie, c’est que chacune d’elles puisse faire au moins un pas – et en même temps, ce qui rend le travail tellement passionnant.

As-tu toujours le temps de te consacrer à tes créations plastiques, à la photo, au chant et à la guitare ?

Depuis un an, j’ai eu moins de temps pour la création. Du moins celle avec mes mains, parce que j’ai préparé 6 modules de formation de 4 jours chacun, que je n’avais jamais animés. Sans compter les conférences à écrire et les ateliers à animer : beaucoup de création cérébrale !
Néanmoins, je m’entraîne à dire « non » à certains projets, à conserver du temps pour créer, faire de la musique, randonner et juste papoter avec les amis.

Traduction espagnole de La confiance en soi, parue aux éditions edebé

Aurais-tu un mot à ajouter ?

Merci ! C’est mon mot. Merci de cette introduction dans laquelle je me suis vue à travers tes yeux et sur une période ancienne.
Merci aussi parce que ta demande m’a permis de me questionner sur ma pratique.
Ce qui me rend vraiment heureuse aujourd’hui, c’est d’avoir plaisir à partir au travail tous les jours. C’est de voir les changements perceptibles chez les stagiaires, c’est aussi de me nourrir de tous ces partages pour continuer à grandir.
Et d’ailleurs, comme ce n’est jamais terminé, je repars en formation pendant 3 ans. Pour développer encore plus ma posture de psychopraticienne et être encore plus juste dans mes accompagnements.

Merci à toi, Violène !

Description des stages :

La Grammaire des émotions :
Un stage de 3 jours pour différencier émotion et sentiment, découvrir ce qui se cache derrière nos réactions quotidiennes, apprendre à affirmer de saines colères et à maîtriser celles qui sont disproportionnées, comprendre ce qui se cache derrière l’hyperémotivité.
Savoir décoder les attitudes d’autrui pour ne plus en être victime :
peur, colère, amour, tristesse, joie, émotion ou réaction émotionnelle parasite ? Développer l’empathie et la répartie.

Dates des prochains stages « Grammaire des émotions » animés par Violène Riefolo en 2018 :
10, 11 et 12 mai à Lougratte (47, à côté de Bergerac)
2, 3 et 4 juin en Belgique (à Gembloux)
22, 23 et 24 juin à Arles (13)
5, 6 et 7 octobre à L’Île Rousse (Corse)

Mieux vivre avec nos émotions et dans nos relations :

Programme du stage « Mieux vivre avec nos émotions et dans nos relations »

 

  • Page fb de Violène Riefolo, coach parentale
  • Contact (inscriptions, informations sur le déroulement des stages et les tarifs) : violeneriefolo [at] gmail.com – tél. : +33 6 40 53 98 07
  • Isabelle Filliozat, Violène Riefolo, Chantal Rojzman, Amandine Laprun (2017) : La confiance en soi. Éditions Nathan, coll. « Les cahiers Filliozat », Paris
  • Site d’Isabelle Filliozat

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