« Le Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry

Première édition en anglais, publiée en 1943 à New York aux éditions Reynal & Hitchcock

 

– Le désert est beau, ajouta-t-il…
Et c’était vrai. J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence…
– Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c’est qu’il cache un puits quelque part…

Texte essentiel, intemporel et universellement connu de la littérature de langue française, Le Petit Prince est paru en France en 1946, deux ans après la mort de son auteur, Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944). Les premières éditions, en anglais et en français à New York et en français à Montréal, datent de 1943. Le Petit Prince vient d’être traduit dans une 300e langue, le hassanya ou maure – un dialecte arabe parlé par plus de trois millions de locuteurs au Sahara Occidental marocain, au Sahara algérien, au Sénégal, en Mauritanie et au nord du Niger et du Mali.

 

« J’ai volé un peu partout dans le monde. Et la géographie, c’est exact, m’a beaucoup servi. Je savais reconnaître, du premier coup d’œil, la Chine de l’Arizona. C’est très utile, si l’on est égaré pendant la nuit. »

Comme le jeune Nils dans le conte philosophique de Selma Lagerlöf, Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, le petit Prince a été porté par des oiseaux migrateurs. Ce livre, dont les deux tomes sont parus en 1906 et 1907, et la première traduction française en 1912, Saint-Exupéry le connaissait-il, l’avait-il lu enfant ? Les deux histoires empruntent aux fables la compréhension qu’ont les deux enfants du langage des animaux. Est présent dans les deux contes le personnage du renard – ami du petit Prince, il lui révèle des secrets fondamentaux / menace pour Nils, qui lui indique toutefois comment ne pas se faire capturer, ayant appris le respect de la vie. Lorsque Nils survole et découvre son pays, de mars à novembre, les paysages suédois sont décrits avec précision et poésie, des légendes sont relatées, et son voyage loin de chez lui est aussi un apprentissage qui le fait grandir. Le livre était à l’origine une commande à destination des écoliers du primaire, pour leur enseigner la géographie (voir ici un dossier en français littérature jeunesse et géographie pour le cycle 3 – CM1, CM2 et 6ème). On trouve en ligne le texte intégral en suédois, en allemand et en anglais.

« Le gamin aurait voulu pleurer d’angoisse, mais le soleil rayonnait maintenant dans le ciel ; jaune comme l’or, et joyeux, il semblait donner du cœur à toute la création. « Comprends bien, Nils Holgersson, disait-il, que tu n’as ni à t’affliger ni à t’inquiéter, tant que je suis là. » » (Chapitre II « Akka de Kebnekaïse – La nuit »)

Tandis que le conte de Selma Lagerlöf met en scène des personnages traditionnels, tel le tomte, et fourmille de détails et de légendes propres aux sagas nordiques, celui de Saint-Exupéry l’aviateur, écrit aux États-Unis, est plus moderne et plus abstrait, et s’aventure même, avec le voyage interplanétaire du petit Prince, vers la science-fiction.
Pourtant, comme le soulignent les mésaventures du savant turc qui a découvert l’astéroïde B 612, la planète du petit Prince, l’astronomie est une science orientale. Et ancienne.

Savinien Cyrano de Bergerac, lui non plus, n’avait pas attendu les premiers voyages dans l’espace ni les premiers pas de l’être humain sur la lune pour écrire à la première personne, dans les années 50 (du XVIIe siècle), Les Estats et Empires de la Lune. Ce récit, publié à titre posthume en 1657 sous le titre d’Histoire comique, deux ans après la mort de son auteur, suivi des États et Empires du Soleil (publiés en 1662), inaugure le genre de la science-fiction. À l’époque de la rédaction, Huygens met au point l’horloge à pendule. Descartes et les philosophes des Lumières développent les concepts de corps humain comme mécanique et d’un dieu horloger. Au XVIIIe siècle, ce sont les automates qui feront fureur – certains se révèleront n’être que des supercheries, mais c’est là que commence la fascination pour les robots.
Dans l’extrait ci-dessous des États et Empires de la Lune, l’hôte du narrateur, avant de partir pour tenir sa promesse (construire un vaisseau spatial pour une dame souhaitant se rendre sur la terre), lui laisse deux livres. Ils se présentent sous l’apparence de « boîtes » richements ornées, que le génial Savinien Cyrano, inventeur du livre-audio, du baladeur et autres gadgets modernes,  nous décrit avec enthousiasme :

 « À l’ouverture de la boîte, je trouvai dedans un je ne sais quoi de métal quasi tout semblable à nos horloges, plein d’un nombre infini de petits ressorts et de machines imperceptibles. C’est un livre à la vérité, mais c’est un livre miraculeux qui n’a ni feuillets ni caractères ; enfin c’est un livre où, pour apprendre, les yeux sont inutiles ; on n’a besoin que d’oreilles. Quand quelqu’un donc souhaite lire, il bande, avec une grande quantité de toutes sortes de clefs, cette machine, puis il tourne l’aiguille sur le chapitre qu’il désire écouter, et au même temps il sort de cette noix comme de la bouche d’un homme, ou d’un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands lunaires, à l’expression du langage.
Lorsque j’eus réfléchi sur cette miraculeuse invention de faire des livres, je ne m’étonnai plus de voir que les jeunes hommes de ce pays-là possédaient davantage de connaissance à seize et à dix-huit ans que les barbes grises du nôtre : car, sachant lire aussitôt que parler, ils ne sont jamais sans lecture ; dans la chambre, à la promenade, en ville, en voyage, à pied, à cheval, ils peuvent avoir dans la poche, ou pendus à l’arçon de leurs selles, une trentaine de ces livres dont ils n’ont qu’à bander un ressort pour en ouïr un chapitre seulement, ou bien plusieurs, s’ils sont en humeur d’écouter tout un livre : ainsi vous avez éternellement autour de vous tous les grands hommes et morts et vivants qui vous entretiennent de vive voix.
Ce présent m’occupa plus d’une heure, et enfin, me les étant attachés en forme de pendants d’oreille, je sortis en ville pour me promener. »

 

Retour sur la terre, que visite le petit Prince, après cette longue digression spatio-temporelle – mais s’il fallait aller seulement tout droit quand on voyage, on risquerait de ne pas voir grand-chose en cours de route.

L’avion du narrateur est échoué dans le désert : « Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. » Et l’on comprend que la panne en question ne puisse se résoudre uniquement avec des connaissances en mécanique. Saint-Exupéry réside à New York depuis la signature de l’armistice, pour y jouer un rôle dans la Résistance. En France, les loups sont entrés dans Paris et occupent la moitié du pays, tandis que les charognards locaux rivalisent de zèle meurtrier. Il y a urgence à parler d’amour, d’amitié et d’humanisme. Il n’y a pas à première vue, dans Le Petit Prince, de référence directe à la guerre, mais plutôt à la déshumanisation causée par les diverses démissions des êtres humains : la vanité, la soif de pouvoir, la paradoxale sédentarité du géographe, la cupidité du businessman, l’alcoolisme, l’obsession de gagner du temps, l’absurdité du travail, des consignes, de l’étiquette…
La référence à la guerre, elle se trouve dans la splendide dédicace de l’auteur qui se termine ainsi : « à mon ami Léon Werth, quand il était petit garçon ». C’est à cet ami que s’adresse la Lettre à un otage, publiée en 1944 :

« Ainsi, si je me sentais riche, à bord de mon paquebot triste, de directions encore fertiles, si j’habitais une planète encore vivante, c’était grâce à quelques amis perdus en arrière de moi dans la nuit de France, et qui commençaient de m’être essentiels. »

Ce texte était censé être une préface au livre dont Werth lui avait confié le manuscrit. En fait, 33 jours sera publié en 2014 seulement. Dans la dédicace du Petit Prince, Saint-Exupéry écrit aussi ces mots qui me paraissaient, enfant, des plus mystérieux : « cette grande personne habite la France où elle a faim et froid. Elle a bien besoin d’être consolée. » C’est vrai qu’il faisait froid, en France, je m’en étais vite rendue compte, mais qu’on puisse y avoir faim…

 

 

Chapitre VI

Ah ! petit prince, j’ai compris, peu à peu, ainsi, ta petite vie mélancolique. Tu n’avais eu longtemps pour distraction que la douceur des couchers de soleil. J’ai appris ce détail nouveau, le quatrième jour au matin, quand tu m’as dit :
– J’aime bien les couchers de soleil. Allons voir un coucher de soleil…
– Mais il faut attendre…
– Attendre quoi ?
– Attendre que le soleil se couche.
Tu as eu l’air très surpris d’abord, et puis tu as ri de toi-même. Et tu m’as dit :
– Je me crois toujours chez moi !
En effet. Quand il est midi aux États-Unis, le soleil, tout le monde le sait, se couche sur la France. Il suffirait de pouvoir aller en France en une minute pour assister au coucher de soleil. Malheureusement la France est bien trop éloignée. Mais, sur ta si petite planète, il te suffisait de tirer ta chaise de quelques pas. Et tu regardais le crépuscule chaque fois que tu le désirais…
– Un jour, j’ai vu le soleil se coucher quarante-trois fois !
Et un peu plus tard tu ajoutais :
– Tu sais… quand on est tellement triste on aime les couchers de soleil…
– Le jour des quarante-trois fois tu étais donc tellement triste ?
Mais le petit prince ne répondit pas.

Le Petit Prince reste indissociable du livre autobiographique Terre des hommes, un recueil de 8 textes qui tous parlent de liberté, paru en février 1939 chez Gallimard. Dans le texte VII Au centre du désert, le pilote, dont l’avion est en panne, suit dans le sable les traces d’un fennec, qu’il appelle « mon ami » :

« Si je ne suis guère déçu, par contre, je suis intrigué. De quoi vivent-ils ces animaux, dans le désert ? Ce sont sans doute des « fénechs » ou renards des sables, petits carnivores gros comme des lapins et ornés d’énormes oreilles. Je ne résiste pas à mon désir et je suis les traces de l’un d’eux. Elles m’entraînent vers une étroite rivière de sable où tous les pas s’impriment en clair. J’admire la jolie palme que forment trois doigts en éventail. J’imagine mon ami trottant doucement à l’aube, et léchant la rosée sur les pierres. Ici les traces s’espacent : mon fénech a couru. Ici un compagnon est venu le rejoindre et ils ont trotté côte à côte. J’assiste ainsi avec une joie bizarre à cette promenade matinale. J’aime ces signes de la vie. Et j’oublie un peu que j’ai soif… »

Le texte et les illustrations du Petit Prince ne sont toujours pas libres de droit en France, il faudra attendre jusqu’en 2032, mais ils le sont dans d’autres pays. Théoriquement, la consultation des sites qui reproduisent le texte et les dessins est autorisée, mais pas le téléchargement. On peut consulter librement le texte intégral en ligne sur le site Microtop de Montréal, qui en offre aussi une traduction en espagnol.

En Allemagne, la petite maison d’édition Tintenfaß de Neckarsteinach en publie des traductions dans différents dialectes du monde entier.

Traduction de Walter Sauer en francique du palatinat aux éditions Tintenfaß – « mit Bilder, wo de Saint-Exupéry selwer gemolt hot »

« Bittschää … mol mer emol e Schof! »
« Hä? »
« Mol mer emol e Schof … »

dernière actualisation : 18.07.17

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