l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Ne feignons-nous pas souvent d’ignorer que pour l’élève et plus encore celui des milieux défavorisés, la culture scolaire est une culture étrangère ?
La langue de l’école est une langue particulière . Ce n’est pas seulement le français parlé ou écrit de tous les jours.
Dès l’école maternelle, l’élève de petite section doit entendre cette langue de la maîtresse, modèle nouveau pour lui qui se situe déjà entre le « français parlé » et le « français écrit ».

C’est une langue nouvelle avec ses rites, règles et exigences qui sont autant de mystères étranges à décrypter.

Rien ne va de soi et si le terme « métier d’élève » peut sembler renvoyer à un rôle social accroché prématurément au monde du travail, il nous dit qu’il faut enseigner ce passage de l’enfant à l’élève.

Nous travaillons peu sur cet écart, sur le sens que peut avoir pour un enfant le fait d’être à l’école. Nous apprenons peu l’école à nos élèves.

Les maîtres d’aujourd’hui ont souvent vécu des études longues et leurs parents s’inscrivaient déjà dans cette logique d’une culture scolaire fondée sur un long parcours…
L’instituteur d’antan, celui de Jules Ferry, quand il avait acquis un peu de qualification, faisait partie de cette élite républicaine qui avait pu réussir le cep, préparer le concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs en troisième… Il savait par proximité ce que vivaient ses élèves au quotidien, le poids des croyances, les conflits entre langues…

Mais l’école primaire et l’école secondaire allaient chacune leur chemin séparés, les études courtes ou le manque de qualification n’obéraient pas forcément la possibilité de trouver un emploi… même si s’émanciper de sa condition restait hautement difficile…

Il ne s’agit pas de s’inscrire dans une nostalgie, mais de penser l’école dans cette logique de nécessaire explicitation, de mise en place de repères, de structuration et de sens… Il s’agit pour le maître d’aider l’élève à comprendre le sens de la tâche la plus « technique », celle qu’injustement on pourrait considérer de « bas niveau ».
Mémoriser, stabiliser, systématiser, ne s’opposent aucunement à l’investigation, au questionnement, à l’observation réfléchie de la langue pour prendre un terme aujourd’hui abandonné de nos programmes.

C’est une réflexion forte à mener qui interroge nos pratiques, notre représentation même de l’école primaire…

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