l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Réunis dans la salle de classe autour de simples images, des élèves de sept ans sollicités pour les classer entre « vivant et non vivant », se sont posés de hautes questions à la fois scientifiques et philosophiques.

Ces débats font un peu peur au maître qui n’est pas certain de tout maîtriser et des adultes soumis aux mêmes questions débattraient également : et les virus, vivant ou non vivant ?

Mais questionner, argumenter, secouer ses représentations initiales (« l’étoile de mer se déplace ! je l’ai vu dans un dessin animé »), c’est commencer à chercher de la rationalité, réfléchir ensemble « sur »…

Il faut des critères, des arguments, des contre-arguments… Le maître dans la classe ne donne pas alors son opinion et ne tranchera pas sans lui même s’appuyer sur des preuves, mais il invitera chacun à chercher, confronter, s’expliquer. Il aidera la pensée à s’organiser.

Ce sont là des moments forts que seule l’école peut apporter.

S’il faut aider le plus tôt possible, ce mois de février qui s’achève est aussi le moment de faire le point et de proposer pour les élèves en difficulté des aides concentrées, ciblées sur un ou deux objectifs et massées dans le temps.
Nous pensons souvent au diagnostic de la rentrée, nous tardons encore à activer la machine avant novembre pour ceux qui ont été repérés… pour celles et ceux qui rencontrent des difficultés aujourd’hui, il ne faut pas attendre mai ou juin.

Il y a un an, presque jour pour jour, je donnais ce texte sur un blog antérieur à celui-ci, texte qu’un lecteur ami me suggère de rediffuser… « rediffusion » donc 😉 :

Il est frappant de constater que la conduite de classe envisage plus l’activité du maître que celle de l’élève.
Qui parle ? qui se déplace ? qui désigne ? relance ? vérifie ? rarement résume ?
Le maître n’est-il pas le plus souvent le contremaître d’une petite fabrique où des employés plus ou moins motivés assemblent les pièces disparates d’un puzzle qu’ils verront rarement construit ?
La pédagogie de l’exercice est-elle utile lorsqu’elle ne dit pas ce que l’on est en train de faire et ce que l’on apprend de nouveau ?
Son emblème n’est-il pas la photocopie qui fait la pensée en mille-feuilles indigeste et vite écorné ? Une photocopie où tout est noyé : la consigne, l’illustration, le document, l’auteur absent ….
La consigne est écrite et le maître pourtant déploie une énergie de tous les instants à la dire, la redire, l’élucider, la dénaturer tant et si bien que le problème pour l’élève n’est plus de comprendre ce qu’il doit faire mais de se souvenir de l’ordre des étapes dans lequel il doit exécuter une série de gestes…
Plus difficile encore, il faut à l’élève tenter de travailler, de manier au mieux ses outils, d’organiser sa pensée tandis que le maître ne cesse jamais de brouiller sa pensée, comme si à force de vouloir l’aider, l’étayer, le guider… on l’empêchait de réfléchir et de faire, d’activer son intelligence.
Le plus drôle, c’est que dans le même temps on s’oppose à ce qu’il copie, alors que parfois, pour nombre d’élèves, l’objet à copier, c’est la seule façon pour lui de retrouver un peu de cohérence et de sens à ce qu’il doit faire…
L’élève est souvent comme le candidat au montage d’un meuble Ikea qui, malgré la notice en mains, n’a jamais vu le meuble à construire, et ne parvient toujours pas à assembler les pièces parce qu’il ne parvient pas à imaginer vraiment la tête du meuble attendu…
Il tente de construire et quelqu’un lui dit sans cesse à l’oreille mille conseils et injonctions qu’il lui faut vite mettre en oeuvre sans chercher à comprendre, s’il veut assembler au moins deux pièces.
Car en plus, le temps presse…

L’initiative d’un blog appelant à la notation publique des professeurs rencontre une condamnation vive, y compris du ministre de l’Education nationale.
Le procédé manque en effet d’élégance et s’il fait référence au rapport Attali peut favoriser une certaine démagogie conjuguée d’agressivité… même si singulièrement, les professeurs notés en ligne l’ont été très favorablement.
Nonobstant la démarche, nous savons qu’il existe déjà dans nombre de grandes écoles une tradition de notation des professeurs (Sciences Po le fait par exemple) … dont on ne sait guère si elle se traduit par des effets véritables.
Si l’évaluation des professeurs relève de l’Institution et des corps d’inspection, nous savons bien que le professeur qui note ses élèves est évalué de fait par les familles et les élèves, que l’inspecteur est jugé par les enseignants… que dans toute chaîne « hiérarchique » le jugement n’est pas à sens unique et que cela peut avoir un impact sur l’action des uns et des autres.
Jeux de communication et de pouvoir, implicites… c’est aussi en clarifiant l’évaluation des élèves, c’est à dire en la faisant porter sur les compétences et non la personne que nous devrions avancer.
La responsabilité personnelle n’est pas absente dans l’apprentissage. Parmi les obstacles qui nuisent à la compréhension, il en est qui peuvent tenir aux représentations de celui qui apprend, à son mode de pensée, à son expérience (à sa zone proximale de développement diraient les uns…), mais il arrive aussi que les dispositifs mis en place par l’enseignant aient constitués un obstacle. Il faut alors essayer autre chose… un détour, une autre façon de faire… Encore faut-il essayer.
Il faut donc faire alliance et fonder une autre façon d’évaluer ensemble sans culpabiliser les uns ni les autres, sans entretenir d’infantilisation , sans nier l’intérêt de s’appuyer sur les réussites.
Où l’on perçoit la nécessité de restaurer un contrat qui fasse de l’élève non pas un « client » mais un acteur.
La construction de ce contrat supposera également de la part des adultes de dépasser les oppositions stériles ou les craintes… communiquer, fonder de la professionnalité, peut-être s’essayer de dédramatiser en dépassant la moraline et en problématisant… changer de culture ?

La lecture ce matin d’un article en provenance du Québec nous rappelle que les préoccupations sur les mutations du système éducatif sont partagées.
« Le socle commun des connaissances et des compétences » par son titre lui même pose la primauté du savoir mais rappelle que « maîtriser le socle commun c’est être capable de mobiliser ses acquis dans des tâches et des situations complexes ».
Les compétences sont définies également en une déclinaison de connaissances, capacités et attitudes. Vision « englobante » qui peut sembler paradoxale. Le chemin qui mène au savoir devient important… si important qu’il y a risque que la méthode prenne le pas sur la connaissance finale. C’est la critique faite aux « constructivistes » parce qu’on ne peut imaginer reconstruire chaque connaissance avec tous les enfants.
En revanche, on peut observer que l’appropriation d’une connaissance passe par un travail réel sur la représentation que l’on peut en avoir et le travail du maître consiste aussi en la capacité de repérer par quel chemin on peut aller à la connaissance, quitte à oser prendre parfois quelque détour, quitte à oser interroger la connaissance elle même.
Ce croisement dynamique est difficile à intégrer. Une connaissance pour stabilisée qu’elle soit mérite souvent un retour. Le savoir évolue pour chacun au fil de l’augmentation de ses propres connaissances, il évolue pour tous au fil de l’évolution des connaissances. Complexité difficile à intégrer sans angoisse.
Le socle n’est pas qu’une base de connaissances « élémentaires », il est aussi une façon de penser sa relation à la connaissance et d’interroger la relation des domaines disciplinaires entre eux. Il faut relire « les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur« d’Edgar Morin (Seuil)