l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Pour qu’il y ait désir d’apprendre, il faut que l’effort et l’impatience ne soient pas insurmontables et surtout pas de déception au bout.

Aujourd’hui, nous ne devons pas seulement travailler le goût de l’effort, mais par dessus tout la capacité de différer, d’attendre, la patience.

Il faut des maîtres qui calment leur propre impatience. Un maître patient au fond de lui, c’est aussi un maître qui fait autorité.

Les enseignants disent souvent souffrir d’incompréhension. La Presse, les parents, leur hiérarchie, ne les comprendraient pas et ne parviendraient pas à décrire la réalité de leur quotidien.
Un malaise est né dès lors qu’avec le récent concept d’échec scolaire et la recherche de ses causes, ils se sentent désignés dans  leur responsabilité propre, leurs méthodes.

Dans ce système complexe et hautement interactif d’un Monde à la fois en évolution rapide et super-médiatisé, il est difficile d’avancer si nous ne regardons les faits qu’avec la loupe grossissante. C’est un peu ce que les médias nous proposent.

Regarder le Monde avec une loupe c’est en ignorer le contexte, c’est avoir une vision déformée du problème… mais cela ne veut pas dire que le problème n’existe pas.

Chaque acteur peut-être animé d’intentions : qu’elles soient nobles ou pas, il ne suffit pas de rejeter le point de vue de l’autre…

Si l’autre pense sur ce mode, qu’elle peut en être la cause ? Et que nous donnent à lire nos propres réactions sur notre fonctionnement, notre façon de penser notre rôle et notre action ?

Quelle est la part de « croyances » dans nos réactions ?

Si l’école d’aujourd’hui est mal perçue – et il faudrait relativiser -, qu’a-t-elle donné à voir d’elle même ?
L’école ne doit pas seulement être professionnelle, elle doit être pédagogue sur ses façons de faire, surtout si ces façons de faire innovent avec un passé ou une tradition supposée.

Lorsque l’écart est trop grand ce n’est plus audible : comme en littérature ou en musique, nous voulons en revenir à des formes plus classiques, plus rassurantes, qui semblent « aller de soi« …

L’une des grandes difficultés de l’innovation pédagogique, est de pouvoir mesurer les effets bénéfiques de son action.
L’innovation ne peut fonctionner sans souci précis d’une évaluation au plus près, de pratiques réflexives… Sans compter que la terre ne s’arrête jamais de tourner et que l’innovation d’aujourd’hui doit savoir qu’elle sera obsolète dans cinq minutes, peut-être objet de dérives…

A nous d’être « professionnels », de faire preuve d’assertivité,

Nous savons aussi que ne pas innover, c’est prendre le risque de ne plus se poser de questions et de laisser par habitude une situation se dégrader.

Nous devons faire, expliquer ce que nous faisons, réajuster en permanence.

L’école doit apprendre à comprendre ce que le Monde dit d’elle, non pas pour se conformer ou céder aux cris mais pour mesurer l’écart entre ce qu’elle fait, ce qu’elle donne à voir et ce que le Monde en dit et intégrer qu’il faut bâtir de la professionnalité « à tous les étages ».

Dans le même temps, l’école doit veiller à une construction apaisée de son évolution : publique, nationale, démocratique, elle doit être loyale avec les choix démocratiques. Ne rien enlever, ne pas rajouter… ou alors, comment mesurer l’impact de ces choix ou comment laisser croire au citoyen que son bulletin est respecté ?

Nous entendons parler des « 15% », ces élèves en échec et nous voyons souvent ce chiffre accablant renvoyé ou instrumentalisé dans des débats divers.
D’élèves ayant des difficultés aux élèves « en difficulté », nous désignons sous des vocables mal définis ces « élèves à besoins éducatifs particuliers » aux réalités et destins divers.

Sans moraline ni culpabilisation des uns ou des autres, il serait utile aux maîtres que leur formation initiale ou continue leur permette d’approcher par la rencontre in situ ce que sont devenus ces jeunes sortis du système éducatif, afin de mesurer mieux qui ils sont et en quoi leur parcours est difficile.

Outre le fait qu’il faudra bien leur inventer « une deuxième chance », il est probable que nous ayons beaucoup à apprendre de ce que ces jeunes auraient à nous dire.

Il nous faut sans fatalisme des points de vigilance et rechercher des stratégies concertées d’aide.
Il nous faut bien penser aussi, qu’aider les plus en difficulté, ce sera aider tous les autres « le bon, le moyen, le passable » comme disait le poète.
Sans exclure jamais les démarches fondées sur le questionnement et l’intelligence, sans opposer code et sens, sans simplifier jusqu’à dénaturer mais en posant les jalons, en explicitant, élucidant avec nos élèves, nous devons oser nous centrer sur l’essentiel et désigner nos urgences.

Sans panique, mais avec détermination.

Le véritable bon lecteur n’est pas celui qui prend plaisir à lire mais celui qui ne peut plus s’en empêcher.
Ce besoin de lire qui fait attraper tous les mots qui passent sur les murs, sur la moindre feuille de chou, la revue, le roman, la lettre. Cette insatiable addiction.
Et puis le bon lecteur, c’est celui qui sait rester seul ou s’isoler un peu du Monde. Alors l’école, c’est ce lieu où l’on doit apprendre ensemble à s’isoler. On communiquera, mais on apprendra à se taire. On parlera de ses lectures ensuite, mais avec l’intime liberté de conserver pour soi le sel secret de sa lecture.
Le vrai but du lecteur c’est d’alimenter son addiction, d’aller chercher secrètement le texte subversif et d’en tirer son émancipation. C’est après qu’il rejoindra les autres, peut-être en leur parlant, peut-être en écrivant pour eux ou tout simplement rassuré de pouvoir devenir une femme, un homme, un « sapiens ».

Son père était instituteur, sa mère couturière
La cascade de sa révolte, c’était ses mots qui claquaient sous la langue
Fouets de salive salvateurs…
Il était l’émancipé lucide, négrillon aux mots agiles
Ne pas l’oublier, le lire, même aux enfants
Aimé Césaire se lit à haute voix, debout, devant !
Salut !