l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Une nouvelle rentrée scolaire, c’est souvent l’occasion pour chacun de faire le point sur ce qui a fonctionné ou pas.

C’est aussi l’occasion d’interroger son habitus. Si toute construction professionnelle repose sur des gestes éprouvés, encore faut-il pouvoir en questionner pour soi même la légitimité : pourquoi ma classe est-elle organisée de telle façon ? Comment sont construits emploi du temps et programmations ? Quels outils vais-je choisir ?

Au delà, il apparait toujours intéressant d’introduire une évolution, un changement même minime de la pratique, ne serait-ce que parce qu’un changement permet justement de questionner, de réagir autrement, de mesurer les effets d’un choix.

Tout petit changement en engage d’autres par le jeu des interactions : alors, vous, qu’allez-vous changer cette année ?

Un rapport récent du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche définit des perspectives relatives aux domaines de la recherche et de l’innovation. A priori l’école primaire pourrait se sentir loin de ces problématiques…

Pourtant , le rapport rappelle l’importance des sciences et des mathématiques pour la Société toute entière.
Ce n’est pas nouveau et depuis des années nous éprouvons des difficultés d’une part à développer l’enseignement des sciences et à « faire des mathématiques« . Nous éprouvons des difficultés à donner le goût de ces enseignements pour eux-mêmes.

Nous connaissons la nécessité de former des étudiants dans ces domaines. Il existe des besoins… mais cette vision utilitariste est d’une certaine façon réductrice et peut-être limite-t-elle les vocations…
Le modèle scolaire, notamment le lycée, nous a habitué à séparer d’un côté les littéraires et de l’autre les scientifiques.
Selon les périodes, telle ou telle filière s’est trouvée valorisée.
Les mathématiques ont souvent été utilisées pour sélectionner et non pour elles mêmes.

A l’école, on le sait, la majorité des maîtres est plutôt de formation littéraire. Les enseignants ne se sentent pas toujours armés pour enseigner des disciplines qui peuvent parfois sembler austères ou qui « font peur ».
En réalité, s’il faut prendre des précautions en garantissant au mieux la justesse des notions enseignées, il faut nous convaincre de la richesse des ces domaines qui peuvent exciter la curiosité, la créativité mais aussi aider l’élève à rationaliser, objectiver, prendre de la distance avec les objets et les phénomènes.
Il faut dédramatiser et déculpabiliser la relation à ces domaines.
Cela commence à l’école avec le « pareil » et  le « ce n’est pas pareil ».
Imaginons une collection d’oranges distribuées dans la classe aux élèves : qu’est-ce qui fait que je peux dire que ce sont bien des oranges et en quoi chaque orange peut-elle pourtant être reconnue comme différente des autres ?
Si je glisse une pomme au milieu de la collection d’oranges, en quoi puis-je dire que cette pomme n’est pas une orange et en quoi puis-je lui trouver des points communs avec l’orange ?
Vision rapprochée, vue d’ensemble, questionnements, critères…
Ce type de séance peut être tenté de la maternelle au cycle 3… et certainement avec des adultes, et l’on pourra à chaque âge faire émerger des notions nouvelles et même aller très loin si l’on entre dans les aspects génétiques.

Le rapport insiste également sur la révolution numérique et les nouveaux développements attendus dans les applications technologiques où nous allons avoir affaire à des objets « intelligents » . Nous avons devant nous, déjà là, une nouvelle évolution technologique, notamment avec le web sémantique qui va affecter les façons d’apprendre et de comprendre le Monde.

Le rapport évoque l’interdisciplinarité  comme une nécessité permettant de dépasser le cloisonnement.
Pour le professeur des écoles, il y a de quoi vivifier la pertinence de la polyvalence. La transversalité ne doit pas être vue comme une déclinaison thématique, un prétexte,  mais bien comme le projet d’établir des passerelles entre les disciplines. Dans la leçon d’Histoire, la langue peut venir mais pourquoi pas les mathématiques si l’on travaille sur les dates. Au service du projet de comprendre la leçon d’Histoire.
En mathématiques, le travail sur l’échelle du temps et la proportionnalité peut être nourri de ce qui a été fait avec la frise chronologique en Histoire. Encore faut il le repérer et le désigner de manière explicite. C’est à dire, non pas trouver des prétextes pour dériver, mais croiser les connaissances au service les unes des autres, faire du sens, expliciter, relier…

L’école primaire est souvent en tension entre la nécessité d’édifier un savoir stable – communément désigné « les bases »- et de préparer à cette ouverture vers un savoir en perpétuelle évolution.

Les uns voudraient placer en avant les outils méthodologiques permettant l’autonomie future de l’élève, les autres au contraire voudraient privilégier un enseignement transmissif. L’un n’est pourtant pas exclusif de l’autre.
La mémorisation n’exclue pas de comprendre ce que l’on apprend et pourra si elle est bien installée, libérer l’esprit justement pour des tâches d’investigation.

Je dois pouvoir être assez libre et autonome pour résoudre une situation problème avec mes outils intuitifs et empiriques… mais je dois aussi disposer d’un capital de connaissances pour faire sens et justement gagner en autonomie. Je dois pouvoir  à certains moments disposer de techniques, même si je n’en maitrise pas d’emblée tous les concepts, pour résoudre une difficulté et justement ne pas être contraint de recourir à mes longues manipulations ou au bricolage source d’erreurs.

C’est le cas en mathématiques : si je connais bien mes tables de multiplication, je peux me consacrer plus avant à la compréhension du problème.

En sciences, la démarche d’investigation est explicitement prônée par les programmes. Elle reste délicate notamment si l’on travaille sur des questions trop ouvertes parce qu’il est difficile d’expérimenter tout et de reconstruire dans la classe le long chemin parcouru par les scientifiques. L’expérience, peut être  cette belle façon de sensibiliser les élèves au bonheur de la découverte. Parfois des surprises vont demander de la sérendipité et nous inciter à poser des questions nouvelles ou rebondir… Il faut oser cette souplesse, accepter de ne pas pouvoir tout traiter ni développer, rendre compte simplement de l’Etat des connaissances scientifiques.

A l’école primaire, les enseignants savent que les questions qui semblent les plus simples sont souvent les plus fondamentales. Il nous faudrait un savant ou un scientifique par école. Non pas seulement pour qu’il nous enseigne son haut savoir, mais pour qu’il puisse avec humilité visiter avec nous ces concepts et nous en parler.
Un premier outil existe pour les maîtres : le site de la main à la pâte et le forum de discussion où chacun peut venir poser ses questions… mais si une école vient à questionner un spécialiste de telle ou telle question, il est bien rare qu’il refuse de répondre.
Nous commençons à faire venir des écrivains dans les classes, il faudrait inviter plus de scientifiques et de mathématiciens. Il serait intéressant d’incarner les sciences, d’entretenir avec elles une relation « affective »… et il ne faut pas grand chose, car les élèves adorent faire des sciences et les sciences peuvent aider y compris nos élèves les plus en difficulté.

La question des fournitures scolaires est au devant de l’actualité ces jours-ci. C »est ne l’oublions pas, l’époque de l’Aesculus hippocastanum .
Je me souviens, lorsque j’étais enfant, il y a quelques siècles, tout nous était fourni : cahiers, crayons, stylos…
Certes, pour avoir droit à renouveler son crayon, il fallait montrer au maitre que nous ne disposions plus que d’un très petit bout… Nous devions le rendre en échange au maître, avec la sourde question, mais qu’en faisait-il ?
Nos stylos à bille, que nous n’utilisions que pour le brouillon, étaient encore de mauvais serviteurs. Je  sens encore sur mes doigts claquer l’élastique rouge qui serrait précieusement nos crayons de couleur et par dessus tout, « remember ! remember ! » le bonheur indicible : le droit accordé d’aller tailler ses crayons au gros taille crayon collectif à manivelle dont j’ai l’impression de ressentir encore la vibration si spéciale dans la main…
Pardon pour la séquence nostalgie ! Je vous ai passé l’ardoise, le chiffon, la petite éponge ronde dans sa boite translucide, le goût de la craie, le porte plume et l’encre violette, repère merveilleux sur mon majeur droit qui m’apprit ainsi à me latéraliser discrètement… la boite en plastique pour les crayons, les protège cahiers… bleu (cahier du jour), jaune (cahier de brouillon), vert (mais pourquoi donc ? la poésie). Je crois que le rouge c’était pour l’orthographe ou pour les contrôles ? Là, ma mémoire vacille… Il faudrait que je demande à mon maitre, monsieur Z …
Dans sa case, au garde à vous, chacun avait rangé strictement le même matériel et chacun en était responsable…
Vision égalitariste des choses, morne uniformité pour d’autres, mais sous nos blouses démocratiques il y avait ce qui n’était pas qu’un semblant d’unité. Nous étions tous fils de l’école républicaine, futurs pompiers-vétérinaires, aviateurs-journalistes, voire, agents secrets… cela est une autre affaire !
Ne nous leurrons pas, les cancres étaient au fond de la classe… d’abord parce qu’ils étaient beaucoup plus grands et je ne sais pas bien si une attention particulière leur était portée… J’entends encore le rire un peu bête de P. quand il était ennuyé parce qu’il ne comprenait pas grand chose… c’était un formidable copain pour la cour et il valait mieux être son ami…
Je divague, j’avoue, mais ce n’est pas encore l’école aujourd’hui !

Aujourd’hui justement,  le commerce, même régulé par des initiatives institutionnelles, la Mode et ses effets, influencent fortement le contenu de la trousse.Lieu commun.

Les cahiers sont le plus souvent fournis par les municipalités. Pas toujours. Les livres, oui.
Cela ne devrait pas nous exonérer d’une réflexion approfondie, peut-être conjointe avec les familles, sur le type de fournitures, leur qualité, leur « cahier des charges » exigible, leur quantité aussi …
Côté support et cahiers, le souci de répondre aux exigences disciplinaires a souvent multiplié les objets… et alourdi les cartables.
Tellement fier de ses affaires, Mamadou n’aurait pas laissé une gomme dans sa case le soir, dès fois que…

Carnets, grands et petits formats, chemises, lutins… tout se trouve et souvent à profusion. Feuilles de couleurs, fiches Bristol, intercalaires, onglets, transparents…
Avec une inquiétude : un enfant de CP peut-il gérer jusqu’à treize supports ?
C’est un décompte que je peux faire pourtant assez souvent.
Le grand cahier, très encombrant sur la table, ne favorise pas toujours une bonne prise d’empan des petits.
La tendance aux cahiers de cycle se développe, mais elle engendre également des difficultés en termes de tenue ou de conservation des écrits.
Car le plaisir de recommencer un cahier, c’est l’espoir de le faire mieux, d’oublier une présentation maladroite ou des exercices ratés qui valurent le déshonneur…
Il me semble me souvenir que l’inspecteur général Jean Hébrard évoquait la pertinence et la place du cahier du jour où la date est l’élément structurant.
Et l’intérêt de revenir de temps à autre sur ce que l’on a écrit, avant…
J’aime les cahiers de roulement : enseignant j’en ai fait tenir tour à tour par les élèves, mémoire de référence de la classe… l’élève »de service » s’applique particulièrement…
La mise en page au formalisme bien français peut aussi être hautement structurante. Oui, elle est « normalisante » et peut sembler fastidieuse à certains… mais je crois qu’une mise en page pensée avec les élèves, c’est déjà une première cartographie de la pensée…

Sans formalisme excessif, ces outils et supports constituent un cadre qui devrait pouvoir être imaginé et évalué de bout en bout avec une progressivité dans le cycle.

Et je n’ai rien dit de la photocopie ou des fichiers… Mon combat de Don Quichotte…
Remplir les cases d’un fichier, c’est rarement faire des mathématiques… Ici aussi, le commerce nous a donné une illusion de confort. Un fichier c’est pourtant mauvais pour la pensée, trop uniforme dans sa progressivité pour bien apprendre, dangereux pour l’écriture et en prime fort mauvais pour l’environnement car c’est un produit non durable, pourtant rarement achevé au final… Un faux gain de temps.

Plus loin qu’une simple question économique, la problématique des fournitures et des cahiers reste une vraie question pédagogique. Elle interroge la place de la mise en forme, de la structuration de la pensée, les logiques de continuité, l’idée de référentiel et de recours envisagé à ceux-ci.

Le choix des cahiers repose enfinsur la question du respect des équilibres entre travaux de recherche, exercices et entrainements, leçons ou synthèses… Le volet évaluation peut très bien se trouver intégré dans la continuité des différents travaux.
Choix sensibles, souvent de la responsabilité du seul enseignant de la classe, il y aurait pourtant matière à un bon conseil des maîtres…

A voir sur le blog de François Guité http://www.francoisguite.com/2008/06/les-caracteristiques-dun-bon-professeur/

Avec une très belle carte heuristique !

sur le blog de l’explogramme  http://explogramme.blogspot.com/2009/08/le-gps-ou-le-danger-de-letapisme.html