l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Le blog d’idées ASH propose de développer le mindmapping au service des élèves dyslexiques.

Un rapport récent du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche définit des perspectives relatives aux domaines de la recherche et de l’innovation. A priori l’école primaire pourrait se sentir loin de ces problématiques…

Pourtant , le rapport rappelle l’importance des sciences et des mathématiques pour la Société toute entière.
Ce n’est pas nouveau et depuis des années nous éprouvons des difficultés d’une part à développer l’enseignement des sciences et à « faire des mathématiques« . Nous éprouvons des difficultés à donner le goût de ces enseignements pour eux-mêmes.

Nous connaissons la nécessité de former des étudiants dans ces domaines. Il existe des besoins… mais cette vision utilitariste est d’une certaine façon réductrice et peut-être limite-t-elle les vocations…
Le modèle scolaire, notamment le lycée, nous a habitué à séparer d’un côté les littéraires et de l’autre les scientifiques.
Selon les périodes, telle ou telle filière s’est trouvée valorisée.
Les mathématiques ont souvent été utilisées pour sélectionner et non pour elles mêmes.

A l’école, on le sait, la majorité des maîtres est plutôt de formation littéraire. Les enseignants ne se sentent pas toujours armés pour enseigner des disciplines qui peuvent parfois sembler austères ou qui « font peur ».
En réalité, s’il faut prendre des précautions en garantissant au mieux la justesse des notions enseignées, il faut nous convaincre de la richesse des ces domaines qui peuvent exciter la curiosité, la créativité mais aussi aider l’élève à rationaliser, objectiver, prendre de la distance avec les objets et les phénomènes.
Il faut dédramatiser et déculpabiliser la relation à ces domaines.
Cela commence à l’école avec le « pareil » et  le « ce n’est pas pareil ».
Imaginons une collection d’oranges distribuées dans la classe aux élèves : qu’est-ce qui fait que je peux dire que ce sont bien des oranges et en quoi chaque orange peut-elle pourtant être reconnue comme différente des autres ?
Si je glisse une pomme au milieu de la collection d’oranges, en quoi puis-je dire que cette pomme n’est pas une orange et en quoi puis-je lui trouver des points communs avec l’orange ?
Vision rapprochée, vue d’ensemble, questionnements, critères…
Ce type de séance peut être tenté de la maternelle au cycle 3… et certainement avec des adultes, et l’on pourra à chaque âge faire émerger des notions nouvelles et même aller très loin si l’on entre dans les aspects génétiques.

Le rapport insiste également sur la révolution numérique et les nouveaux développements attendus dans les applications technologiques où nous allons avoir affaire à des objets « intelligents » . Nous avons devant nous, déjà là, une nouvelle évolution technologique, notamment avec le web sémantique qui va affecter les façons d’apprendre et de comprendre le Monde.

Le rapport évoque l’interdisciplinarité  comme une nécessité permettant de dépasser le cloisonnement.
Pour le professeur des écoles, il y a de quoi vivifier la pertinence de la polyvalence. La transversalité ne doit pas être vue comme une déclinaison thématique, un prétexte,  mais bien comme le projet d’établir des passerelles entre les disciplines. Dans la leçon d’Histoire, la langue peut venir mais pourquoi pas les mathématiques si l’on travaille sur les dates. Au service du projet de comprendre la leçon d’Histoire.
En mathématiques, le travail sur l’échelle du temps et la proportionnalité peut être nourri de ce qui a été fait avec la frise chronologique en Histoire. Encore faut il le repérer et le désigner de manière explicite. C’est à dire, non pas trouver des prétextes pour dériver, mais croiser les connaissances au service les unes des autres, faire du sens, expliciter, relier…

L’école primaire est souvent en tension entre la nécessité d’édifier un savoir stable – communément désigné « les bases »- et de préparer à cette ouverture vers un savoir en perpétuelle évolution.

Les uns voudraient placer en avant les outils méthodologiques permettant l’autonomie future de l’élève, les autres au contraire voudraient privilégier un enseignement transmissif. L’un n’est pourtant pas exclusif de l’autre.
La mémorisation n’exclue pas de comprendre ce que l’on apprend et pourra si elle est bien installée, libérer l’esprit justement pour des tâches d’investigation.

Je dois pouvoir être assez libre et autonome pour résoudre une situation problème avec mes outils intuitifs et empiriques… mais je dois aussi disposer d’un capital de connaissances pour faire sens et justement gagner en autonomie. Je dois pouvoir  à certains moments disposer de techniques, même si je n’en maitrise pas d’emblée tous les concepts, pour résoudre une difficulté et justement ne pas être contraint de recourir à mes longues manipulations ou au bricolage source d’erreurs.

C’est le cas en mathématiques : si je connais bien mes tables de multiplication, je peux me consacrer plus avant à la compréhension du problème.

En sciences, la démarche d’investigation est explicitement prônée par les programmes. Elle reste délicate notamment si l’on travaille sur des questions trop ouvertes parce qu’il est difficile d’expérimenter tout et de reconstruire dans la classe le long chemin parcouru par les scientifiques. L’expérience, peut être  cette belle façon de sensibiliser les élèves au bonheur de la découverte. Parfois des surprises vont demander de la sérendipité et nous inciter à poser des questions nouvelles ou rebondir… Il faut oser cette souplesse, accepter de ne pas pouvoir tout traiter ni développer, rendre compte simplement de l’Etat des connaissances scientifiques.

A l’école primaire, les enseignants savent que les questions qui semblent les plus simples sont souvent les plus fondamentales. Il nous faudrait un savant ou un scientifique par école. Non pas seulement pour qu’il nous enseigne son haut savoir, mais pour qu’il puisse avec humilité visiter avec nous ces concepts et nous en parler.
Un premier outil existe pour les maîtres : le site de la main à la pâte et le forum de discussion où chacun peut venir poser ses questions… mais si une école vient à questionner un spécialiste de telle ou telle question, il est bien rare qu’il refuse de répondre.
Nous commençons à faire venir des écrivains dans les classes, il faudrait inviter plus de scientifiques et de mathématiciens. Il serait intéressant d’incarner les sciences, d’entretenir avec elles une relation « affective »… et il ne faut pas grand chose, car les élèves adorent faire des sciences et les sciences peuvent aider y compris nos élèves les plus en difficulté.

Il y eut les TIC, puis les TICE puis le socle commun et les TUIC…

L’informatique au service des apprentissages.

La circulaire de rentrée 2009 donne une large place aux TUIC qu’elle décline en priorités :

Les espaces numériques de travail et les cahiers de textes numériques, version numérique du cahier de textes  qui doit faciliter l’individualisation des activités demandées aux élèves du secondaire.
L’ouverture du portail PrimTICE pour le premier degré qui proposera une plate-forme d’identification et de présentation des ressources, des usages et des bonnes pratiques.
La plate-forme de formation « [email protected] » qui sera destinée à compléter les dispositifs de formation des maîtres et les aider le cas échéant à préparer le C2i2e.
Les écoles numériques rurales : programme d’équipement de très petites communes (5000 de moins de 2000 habitants).
Les visioconférences et le « e-Twinning » pour l’enseignement des langues.

L’aide aux élèves présentant un handicap.

Où l’on voit dans ces priorités la volonté de servir individuellement les besoins individuels des maitres et de leurs élèves.

Dans les écoles, nous sommes passés de la logique de la salle informatique avec le double risque « d’aller faire de l’informatique » tout en déconnectant l’activité du travail réel de la classe  (… salles informatiques où il faut le dire, on ne s’est jamais bousculé, justement parce qu’il était difficile de décrocher de la classe et des apprentissages…) à la logique de l’informatique de fond de classe,  ( atelier fonctionnant de façon plus ou moins heureuse dès lors que les enseignants n’avaient pas forcément réorganisé l’ensemble de la logistique de la classe).

Aujourd’hui l’évolution conduit à l’implantation de classes mobiles, avec utilisations d’appareils portables, voire de mini-portables dotés d’écrans de dix pouces qui se posent sur la table même de l’élève. Une dizaine de ces appareils permet de travailler en demi groupe… Nous voyons bien qu’à terme, un appareil par élève serait intéressant, mais nous n’y sommes pas encore.

Les cahiers des charges avec le S2i2e encadrent aujourd’hui très fortement les services proposés aux utilisateurs (sécurisation, stockage, publication, messagerie, continuité et qualité du fonctionnement des machines…).

Bien qu’aucune étude scientifique ne soit sortie, le Wi-Fi, outil formidable pour se débarrasser du filaire est l’objet de quelques soupçons. Espérons qu’ils seront levés ou que la technologie évoluera pour garantir la limitation des émissions d’ondes et dans l’attente n’oublions pas qu’il n’est pas obligatoire de maintenir la connexion en permanence…

Avec la classe mobile, apparaissent, ou se développent notamment grâce au projet des écoles numériques rurales, les fameux tableaux numériques interactifs ou tableaux blanc interactifs. TNI ou TBI peu importe le nom que vous leur donnerez, ce qui compte, c’est le I d’interactif, c’est à dire un outil permettant au maître et aux élèves d’agir.

De ce point de vue, nombre d’usages pédagogiques sont encore à inventer… d’où la nécessité d’expérimenter et de produire des scénarios pédagogiques et pour les maîtres, d’apprendre à produire et exploiter ces scénarios.

C’est dire que les TUIC outre leur intérêt intrinsèque, constituent pour les enseignants un espace de création, d’innovation qui doit permettre de répondre aux besoins individuels des élèves mais aussi de s’interroger sur les problèmes didactiques et de repérer en quoi l’outil informatique pourrait apporter un support efficace en permettant d’apprendre autrement.

L’ordinateur par son aspect ludique reste fortement mobilisateur. Il peut aussi aider les élèves en situation d’échec, qui accepteront souvent plus facilement de refaire avec la machine plutôt que sous le regard de l’adulte.

Des réflexions sont à mener encore sur l’extension du champ scolaire en direction de la maison dans la mesure où l’école peut communiquer avec la maison aussi par cet outil par exemple en mettant à disposition des ressources…
Il en va de même de l’appropriation que nous saurons faire ou non des réseaux sociaux, des conférences à distance, des objets reliés au net comme les téléphones portables ou autres nombreux objets numériques qui ne vont pas manquer de surgir dans les années qui viennent.

La recherche de l’information va évoluer d’une recherche encyclopédique par le sommaire, à une recherche sémantique par les mots clés et les associations d’idées, par le mind mapping et les critères de pertinence…
Cette approche ne doit pas nous exonérer de la construction d’un savoir culturel de base solide chez nos élèves leur permettant justement de pouvoir surfer sur le Web en se référant à des connaissances culturelles partagées aidant à » faire le tri ». Car pour trouver, il faut être capable de reconnaitre ce que l’on cherche, ou de mesurer l’intérêt d’une information.

L’écrit, la production individuelle de l’élève doit aussi trouver de nombreux usages. Il faut que l’élève produise pour s’approprier l’outil. Cette désacralisation, du point de vue de l’école, ne doit pas nous faire négliger l’exigence relative au fond comme à la forme. Le Web doit permettre de mettre sa pensée en forme et de la confronter aux autres. L’élève peut comprendre que son action sur Internet contribue à l’intelligence collective, ne serait-ce que par les questions qu’il pose lors d’une requête auprès d’un moteur de recherche, une réponse qu’il apporte dans un forum, un lien qu’il intègre dans sa page…

Nous avons souvent évoqué le travail que l’on peut mener à partir des représentations initiales d’un élève.

Dans la lignée des travaux de Vygotski sur la zone proximale de développement , de Giordan ou d’Astolfi , nous voyons l’intérêt de nous appuyer sur ce qu’un élève croit savoir d’une notion avant d’y revenir.

Dans le même temps, le pragmatisme  incite à la prudence : ce travail sur les représentations initiales ne doit pas prendre le pas sur l’apprentissage lui même et la transmission de connaissances.

Un autre point  semblerait utile à creuser dans la relation de l’élève à la connaissance : c’est l’impact de l’intuition et de la perception dans la résolution d’un problème ou plus généralement lors d’un nouvel apprentissage.

Du point de vue de l’intuition, les démarches empiriques, les explorations, les essais ont leur intérêt et peuvent  s’avérer moins coûteux que le suivi procédurier d’étapes qui peuvent brouiller.

Limites du formalisme excessif d’une standardisation qui ne répond plus aux besoins individuels : une illustration fréquente en est le modèle de présentation de la résolution de problème en mathématique (solution / opération ) qui enferme, alors que souvent un schéma serait pertinent, que tous les calculs ne méritent pas d’être posés etc.

Les précoces fonctionnent souvent ainsi. Les obliger à ralentir dans leur raisonnement  par le passage d’étapes formelles, c’est risquer de les démotiver.
L’intuition suppose une capacité – une autorisation aussi –  à agir de manière autonome en élaborant une hypothèse et en tentant de « faire passer » sa pensée.

Que penses-tu de tel ou tel problème ? Quelle solution en attends-tu ?

La perception que nous avons d’une situation mérite un arrêt sur image.

Que vois-tu de ce problème ? Qu’est-ce qui t’apparait important ou significatif ?

Souvent c’est notre perception erronée qui nous piège.

Je construis un raisonnement « de travers » parce que j’ai pris mon schéma à l’envers ou j’ai focalisé sur un point confondant tel emboîtement avec un autre. J’ai mal regardé, j’ai cru que et alors je me suis fourvoyé alors que mon raisonnement était cohérent.

C’est en cela que la fameuse « métacognition » est intéressante. Si je retrouve en disant quel est le point d’achoppement, je ne perds pas estime de moi, parce que je serais idiot ou que j’aurais commis une faute, je reconstruis, je donne du repère…

En cela, pour déstabilsante qu’elle soit, la vision de mes pairs sera utile.

Tu vois ça toi ? Attends, ah oui, essayons, confrontons…

La parole du maître va aider à la formulation d’une interprétation. On pense alors aux travaux de Mireille Brigaudiot et à sa formulation « VIP » valoriser, interpréter, poser un écart ( dire le chemin entre ce que l’élève perçoit d’une connaissance et la connaissance).

Où l’on en vient alors à démonter le mécano de la pensée et à pratiquer ce que d’aucuns appellent une pédagogie de la simplexité.

Où le maître n’est pas seulement transmetteur, mais accompagnateur chargé de mettre du sens dans le savoir en travaillant sur la relation au savoir.

Dominique Maniez enseignant à l’Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques de Villeurbanne publie « Les dix plaies d’Internet : les dangers d’un outil fabuleux » ( Dunod) où il dénonce par exemple « la face sombre de Google ».

Il est utile et lucide d’être prudent : les procédés qui permettent de placer certains sites en avant lors d’une recherche relèvent souvent de techniques savamment calculées et la pertinence de l’information ne tient pas toujours à sa place dans les « dix premiers ».

Nonobstant, nous avons avec la logique des moteurs de recherche, une autre façon « de penser »fondée non sur la classification cartésienne, mais sur l’indexation, la quantité de liens qui existe entre une page et d’autres, la fréquentation de cette page par les visiteurs qui en accroit la notoriété.

Plus nous cliquons sur une page, plus nous la rendons visible aux autres.

Sur Internet, chaque « geste » compte (écrire, une page, cliquer sur, commenter) et interagit avec les autres. C’est aussi cela qui fait du net ce que Joel de Rosnay décrit dans son ouvrage « La révolte du Pronetariat » comme une sorte d’hyper cerveau toujours en extension / interaction.

Cela pourrait sembler anodin, mais nous avons une nouvelle façon de penser le Monde où peuvent se retrouver ceux qui avaient en leur temps lu ce qui portait sur l’analyse systémique ou les visions d’Edgar Morin.

Cette prospective là, à peine explorée aujourd’hui, n’en est qu’à ses balbutiements. L’école n’y restera pas étrangère pourvu que les maîtres interrogent un peu plus la portée de l’hyperlien, de l’hypertexte, de la proximité sémantique, des différentes façons de questionner le Monde pour trouver au plus juste, en sachant ensuite construire une exigeante vision critique.