l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

A l’instar de la mise en place des cycles  à l’école primaire, le socle commun des connaissances et des compétences semble difficile à mettre en oeuvre.

Evoqué à la marge dans certains séminaires académiques ou réunions de travail, il n’en est pas moins un « objet » institutionnel et s’impose à l’ensemble des acteurs impliqués dans la scolarité obligatoire.

Annoncé dès la stratégie de Lisbonne prônant une « Europe de la connaissance », puis dans la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école de 2005, il date « déjà » de 2006.

Sa visibilité reste pourtant modeste.

A l’école primaire les programmes de 2008 sont déjà « le socle » mais cette adéquation tend à masquer la logique qui l’anime  : autrement dit, pour comprendre les programmes, il faut les penser « dans le socle commun ». Faute de quoi on en assèche l’esprit.

Pourquoi ce manque de visibilité ?

Probablement cela tient-il à l’originalité de cet objet qui voulu comme « le ciment de la nation » , propose la vision ambitieuse d’un « honnête homme », citoyen éclairé , dans une conception multiformes alliant développement personnel et social, des connaissances de bases solides, intégrant le concept de formation tout au long de la vie.

Peut-être influencé par les représentations de la connaissance développées notamment par Edgar Morin, le socle,  non seulement propose-il une vision sur toute la durée de la scolarité obligatoire, c’est à dire du CP à la fin de la classe de troisième (et même stricto sensu si l’on s’en réfère à l’âge des élèves parfois la seconde) , mais engage surtout une vision des connaissances et des compétences qui bouscule la représentation cartésienne des connaissances en disciplines figées et revendique la transversalité, les « ponts » entre les domaines.

Pour les maîtres polyvalents de l’école, ils peuvent y trouver de quoi vivifier le sens des apprentissages ou de quoi favoriser la stabilisation des connaissances en les croisant entre elles tout au long des différentes disciplines.

Une même compétence peut être « servie » par différents domaines. 7 piliers, 3 paliers et des certifications elles-mêmes souvent transversales sont construites non pas dans une logique d’examen sommatif mais plutôt une logique de validation des acquis au fil de l’expérience… qui prépare les logiques futures du travailleur appelé à changer plusieurs fois d’emploi au long de sa carrière…

Le socle nomme les bases mais ne les institue pas comme un minimun de savoir au sens « salaire minimun de la pensée ». Au contraire, il pose le logiciel, on dira même « le système d’exploitation » sur lequel pourront s’agréger les connaissances futures, connaissances qui seront appelées forcément à évoluer…

L’incertitude est vue ici non pas avec crainte, mais comme la nécessité d’une démarche active où l’individu agissant en réseau, devra pouvoir s’affirmer sans s’opposer, trouver de manière pertinente et heureuse son chemin parmi les connaissances, avancer et s’ouvrir aux évolutions permanentes, sans nier pour autant la nécessaire référence à l’Histoire de la pensée ou à celle des arts qui apparait aujourd’hui.

Comprendre le socle suppose une vision systémique et exigeante.

Une vision où la didactique ne s’oppose pas à la pédagogie. Dans un monde en interactions accélérées, où chacun doit pouvoir prendre sa place, où l’inclusion prend le pas sur l’intégration, il n’existe pas un chemin unique pour apprendre.

Apprendre c’est difficile et suppose des efforts. L’introduction du socle le rappelle. Mais c’est un devoir constant et permanent de l’école de tout mettre en oeuvre « à chaque étape », pour compenser les difficultés, aider, éclairer, faire de la simplexité, faire de l’explicitation cognitive et de la chasse aux implicites, une injonction de tous les instants.

Ambitieux et complexe, le socle n’est pas déraisonnable s’il est perçu comme un de ces rares beaux projets qui persistent dans une société qui doute d’elle même et de son avenir.Un peu d’enthousiasme vivifierait son développement.

La lecture ce matin d’un article en provenance du Québec nous rappelle que les préoccupations sur les mutations du système éducatif sont partagées.
« Le socle commun des connaissances et des compétences » par son titre lui même pose la primauté du savoir mais rappelle que « maîtriser le socle commun c’est être capable de mobiliser ses acquis dans des tâches et des situations complexes ».
Les compétences sont définies également en une déclinaison de connaissances, capacités et attitudes. Vision « englobante » qui peut sembler paradoxale. Le chemin qui mène au savoir devient important… si important qu’il y a risque que la méthode prenne le pas sur la connaissance finale. C’est la critique faite aux « constructivistes » parce qu’on ne peut imaginer reconstruire chaque connaissance avec tous les enfants.
En revanche, on peut observer que l’appropriation d’une connaissance passe par un travail réel sur la représentation que l’on peut en avoir et le travail du maître consiste aussi en la capacité de repérer par quel chemin on peut aller à la connaissance, quitte à oser prendre parfois quelque détour, quitte à oser interroger la connaissance elle même.
Ce croisement dynamique est difficile à intégrer. Une connaissance pour stabilisée qu’elle soit mérite souvent un retour. Le savoir évolue pour chacun au fil de l’augmentation de ses propres connaissances, il évolue pour tous au fil de l’évolution des connaissances. Complexité difficile à intégrer sans angoisse.
Le socle n’est pas qu’une base de connaissances « élémentaires », il est aussi une façon de penser sa relation à la connaissance et d’interroger la relation des domaines disciplinaires entre eux. Il faut relire « les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur« d’Edgar Morin (Seuil)