l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Le conseil des maitres de cycle est ce lieu où l’enseignant vient parler de ses élèves et plus précisément des élèves les plus en difficulté. Parfois d’un seul « cas ».
Souvent, trop souvent, le temps passé à décrire la vie personnelle et le comportement de celui-ci domine sur les problématiques liées aux apprentissages.

Certains élèves, qui doivent faire l’objet d’un projet construit et concerté monopolisent parfois l’attention et masquent d’autres besoins.
Il arrive également que l’on minimise telle ou telle difficulté, sous prétexte de donner du temps au temps, pour ne pas sembler désobliger un collègue qui pourrait se sentir mis en cause dans son action antérieure…

La réalité est complexe, une bonne évolution serait que chaque conseil de cycle puisse réfléchir à une méthodologie qui permette à l’équipe de questionner le profil des élèves et d’ajuster les progressions et les actions ciblées menées en direction d’un élève ou d’un groupe d’élèves.

Le conseil des maîtres de cycle devrait se donner des repères fondés sur les programmes et leur lecture attentive et s’appuyer sur des évaluations partagées. Des regards croisés;

Fonctionnant un peu comme une « cellule de veille » , aidant à dépasser les urgences individuelles, lieu de régulation et d’ajustement, le conseil doit aider à penser à tous et à chacun, il doit  permettre d’aider à s’interroger à propos de l’élève dont on dit « ça va ».

S’il est tenté de construire en creux le portrait scolaire de l’élève, il doit s’essayer  à repérer les progrès et aider le maître à nommer les réussites.
Le conseil doit pouvoir soulager le maître en prenant à son compte les problématiques .

Outil de professionnalisation et d’intelligence partagée, ce conseil reste souvent formel ou peu opérant si on ne lui donne pas corps autour d’une méthode, s’il n’aide pas à élaborer une stratégie partagée… un vrai chantier à explorer articulé avec le projet d’école…

Comme le rappelle le quotidien La Croix, la commission Pochard devrait rendre son avis sur l’évolution du métier du professeur des écoles la semaine prochaine. Le ministre lui-même devrait faire des annonces…

Au coeur des problématiques et de l’évolution du métier les questions de l’hétérogénéité, de la formation des maîtres et de l’organisation de leur service devraient venir au premier plan.

Un programme pour tous , des parcours individuels … Animer cette tension entre un programme univoque qui s’adresse à un élève « moyen » qui est une fiction et la nécessité de respecter le rythme individuel sans se laisser piéger par un enfermement dans une forme d’attentisme… voilà l’un des enjeux forts. La difficulté essentielle d’un métier qui ne peut s’exercer seul.

Passer du traitement égalitariste à l’équité qui est elle même une combinaison de l’égalité des chances et de l’inclusion… ce sera l’enjeu de demain. Une dynamique qui aura besoin d’une culture de l’évaluation pensée sur les compétences des élèves et la capacité à développer l’estime de soi…

Nous avons déjà évoqué l’évaluation externe de l’action des ministres voulue semble-t-il par la Présidence de la République et qui fait l’objet de nombreux commentaires dans la Presse écrite et audio-visuelle.

Au delà des commentaires sur le principe lui – même et les dérives éventuelles, il faut observer combien la Presse ramène l’évènement à une vision réductrice où il s’agirait de noter et de classer les ministres.

On oublie d’ailleurs de développer le concept « d’entretien d’évaluation » en pratique dans l’entreprise et même déjà pour nombre de postes administratifs. Cet entretien qui introduit la dimension humaine n’est pas seulement un temps où il s’agit de « rendre compte » mais de discuter de la faisabilité des projets et du rapport entre les moyens, les organisations et l’objectif défini. C’est un moment où peut intervenir une forme de contractualisation.

L’association « évaluation – notation chiffrée » est une confusion bien française, entretenue il est vrai largement par notre système éducatif, en particulier le secondaire où l’on pointe « la personne » et non « son action ».
L’élève dit le plus souvent « j’ai eu telle note« , il ne dit pas « mon devoir vaut telle note« .

Je me souviens très bien de cette élève qui m’avait reproché une mauvaise note, car pensait-elle « je ne l’aimais pas« .

Dans des systèmes scolaires comme celui de la Finlande, connu pour ses réussites, la notation est très tardive, mais la culture de l’évaluation est présente dès le début.

Si l’action dépend de la personne, il ne s’agit pas d’aller faire porter la faute ou le mérite sur les simples qualités personnelles, mais plutôt d’essayer de rechercher avec rationalité, les effets d’une action menée au service d’un objectif identifié.

Lorsqu’on parle performance il ne s’agit pas de regarder le seul résultat dans un esprit de compétition mais de repérer pour une action si elle est pertinente, efficace et efficiente.

Cela ne peut se faire en occultant les interactions qui existent dans un système complexe. C’est d’ailleurs là le risque essentiel d’une évaluation fondée sur quelques indicateurs isolés.

Cette affaire de la notation des ministres, nous montre l’urgente nécessité à l’école, de nous libérer de « la note globale » et de « la moyenne » et de nous centrer sur une évaluation des compétences fondée pour l’élève sur le repérage de ses réussites.
Que sait-il ?
Que sait-il faire ?
Que sait-il transférer de ses connaissances dans un autre contexte ?
Que peut-il en dire ?
Quelle stratégie peut-on construire pour aller vers un nouvel objectif clairement désigné ?

Ainsi l’évaluation devient une démarche intégrée au travail, pour nous au « métier d’élève » et au « métier de professeur ».

La notation est souvent un obstacle à la bonne lisibilité des acquis, elle entretient la confusion entre la personne et les résultats ou ses acquis, elle est réductrice et contre-productive. Cet exemple médiatique en témoigne à sa façon.

On notera avec intérêt que la Presse y compris audiovisuelle est venue relayer fortement l’annonce d’une évaluation externe des performances des ministères. Le Figaro rappelle ce matin, en ce qui concerne l’Education nationale, que le ministre sera jugé sur le » nombre d’heures supplémentaires réalisées par les enseignants et l’ancienneté des enseignants en ZEP ».

L’idée est ici de mesurer par exemple l’engagement des enseignants dans le dispositif de l’accompagnement éducatif ou par ailleurs de favoriser la stabilité des équipes dans l’éducation prioritaire.

Sur les indicateurs, le blog Pravda en pointe les limites dès lors que l’on ne cherche qu’à agir sur l’indicateur lui même, il y a risque.

L’évaluation interne est déjà une pratique habituelle. L’est moins, celle de recourir à un cabinet externe et bien entendu les termes de la commande joueront si cette évaluation s’inscrit dans une focale trop réduite. On peut d’ailleurs se demander si un cabinet externe utilisera seulement ses propres outils ou de fait de l’information interne.

D’autres gouvernements font appel à cette double évaluation interne / externe. C’est le cas par exemple du gouvernement Wallon.

Comme le rappelle le journal le Monde, l’idée est de s’inscrire dans une culture du résultat. C’est d’ailleurs la logique actuelle dans notre ministère où les corps d’inspection sont invités à juger des acquis des élèves, de leurs résultats et non des méthodes pour elles-mêmes.

Il faut rappeler que le Ministère de l’Education nationale avec le programme 140 de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances) doit rendre compte chaque année de son action à la représentation nationale sur des indicateurs précis (le taux de redoublement, le nombre d’élèves ayant atteint le niveau A1 en langues, le taux de réussite au B2i ou la proportion d’élèves handicapés scolarisés). Certains indicateurs sont en construction, d’autres « ciblés ».

Le Ministère dispose par ailleurs d’une Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’éducation nationale (D.E.P.P.) .

Cette logique doit-elle venir jusqu’aux classes ? Certains y voient le risque d’une compétition accrue et dangereuse.
Pourtant, l’évaluation par compétences, telle qu’elle est engagée en particulier avec la mise en place du socle commun , nous invite à nous libérer de la note globale moyenne hautement réductrice qui ne rend pas forcément compte de la réalité des acquis de l’élève, de ses réussites, comme de ses besoins.

Si le volontarisme sur un objectif ne suffit pas, et si la complexité et l’interaction de nombreux aspects doivent être intégrés, il est peut être intéressant pour un maître dans sa classe, de savoir se donner des objectifs de réussite sur des points précis et identifiés. Le PPRE propose une démarche explicite en ce sens. Voir par exemple la démarche concrète envisagée dans l’académie de Grenoble.

Les questions sont nombreuses et la culture du résultat ne pourra se dispenser d’une éthique rigoureuse, mais le service public peut aussi retrouver de la légitimité dans sa capacité à rendre compte de son action ou à témoigner le plus précisément possible de la réalité des difficultés.

Selon Europe 1, les ministres dont celui de l’Education, seront évalués par le cabinet de Conseil Mars & Co. Evaluation qui pour le ministère de l’Education est à croiser avec celle menée dans le cadre de la LOLF où chaque année le ministre rend compte de l’action de son ministère devant le parlement.