l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Il n’est pas de petit savoir, pas de connaissance la plus simple en apparence qui ne mérite regard questionnant, intelligence, problématisation…

On peut enseigner la conjugaison du futur de l’indicatif en se contentant d’un par coeur. C’est mieux que rien.

Mais chaque année il faudra reprendre son ouvrage.

On peut avec les élèves élucider et les conduire à découvrir la construction qui s’effectue avec l’infinitif suivi des terminaisons du verbe avoir au présent. « marcher »+ « ai » « as » »a » »ons »…

Mais,  » est-ce que ça marche à tous les coups ? »

Et voici les élèves de cours élémentaire première année qui deviennent investigateurs, enquêtent, classent, trient, mémorisent… découvrent certaines particularités… ces verbes en « e »qui le perdent quand le « e » se frotte à une autre voyelle… ces autres verbes irréguliers.

Alors ce savoir à apprendre par coeur prend du sens. La langue devient un objet scientifique où des règles mystérieuses, implicites ou cachées prennent sens au grand jour. Et voici l’élève détenteur d’un nouveau secret, d’un nouveau pouvoir sur la langue.

Comme le dit Michel Develay, le maître n’enseigne pas seulement le savoir, mais le rapport au savoir. Et c’est d’autant plus vrai pour les élèves qui viennent à l’école sans les outils de la culture et du langage d’ici.

Pour les maîtres, rien de fastidieux dès lors qu’ils osent réapprendre avec leurs élèves et se poser les questions de tout ce que dissimule cet apparent petit savoir. Petits secrets à dévoiler, petites pierres à soulever… Le maître démocrate met en partage ce que seul un « happy few » savait…

Et l’acte d’enseigner devient savoureux.

Qu’allez-vous donner à admirer cette semaine ?

Il faudrait chaque jour un exercice d’admiration pour que chaque soir l’enfant rentre chez lui en disant : »tu sais, voici ce que j’ai appris à l’école ! »

L’ oeuvre d’art qui racontera une histoire ou décodée dévoilera un mystère. Un phénomène orthographique étonnant qui parle de la langue . Une construction numérique, une expérience étonnante en sciences, une poésie qui joue avec les mots…

Il faut chaque jour enrichir l’album d’images savoureuses en pensant que la motivation des élèves ne doit pas venir du décors ou des appareils pédagogiques, mais de la saveur du savoir, d’un mystère dévoilé, d’un implicite levé.

Pour donner le goût du savoir, il faut le faire goûter. Le maître, bon amateur, dénicheur de jolies surprises, « élucidateur », sait choisir sans les accumuler de bons ingrédients avec une vraie curiosité généreuse et rationnelle.

Tandis que la « lemon curd » refroidit et que de doux parfums de pâtisserie envahissent la maison, je profite de ce moment pour vous souhaiter mes meilleurs voeux de belle et bonne et heureuse année 2008.

Que vous souhaiter ? Nombre de nos lecteurs enseignent. Il faut de l’énergie, de l’enthousiasme, de l’estime de soi pour en donner ensuite à nos élèves.
On nous dit souvent que le climat est pessimiste, que l’inquiétude domine… il peut-être difficile d’enseigner des valeurs lorsqu’on les sent menacées, mais c’est peut-être aussi parce qu’elles sont menacées qu’il faut les enseigner mais plus que de les dire, il faut pouvoir les vivre…

L’éthique au coeur, la bonne distance : empathie mais professionnalisme… facile à dire n’est-ce pas ?
Certains maîtres, trop nombreux, travaillent encore très seuls. Je crois qu’on peut leur souhaiter de travailler plus souvent ensemble, mutualiser, partager… et là, parfois, il faut savoir oser pousser la porte ou ouvrir la sienne…

Certains maîtres veulent motiver des élèves dont ils sentent qu’ils échappent de plus en plus au projet scolaire… Litote. Peut-être plus que des appareils pédagogiques complexes, il faut pouvoir se centrer sur la connaissance à transmettre, savoir en goûter la saveur, apprendre à en décrypter les richesses et les secrets : oui la conjugaison peut-être intéressante et amusante, oui l’entraînement au calcul mental stimule notre réflexion, non le code n’est pas idiot pas plus que l’orthographe ne serait « la science des ânes »… Il n’est pas de basses tâches ou d’activités de bas niveau… tout mérite à l’école égale dignité ! Forme et fond s’articulent et structuration et expérimentation ne s’opposent pas !
Pour qu’ils fassent bien, il faut aimer le travail bien fait, pour qu’ils (nos élèves) écrivent avec soin, il faut qu’ils voient des maîtres écrire longuement et bien au tableau… Il faut « leur donner à voir » parce que rien ne va de soi et que les implicites à chaque fois méritent d’être levés. Donner du sens.

Pour qu’ils apprennent de nombreux chemins sont possibles. Ce n’est pas le même chemin pour tous mais certaines manières de faire réussissent mieux que d’autres. Là où bute visiblement l’élève en difficulté peut aussi « se cogner en silence » l’élève qui semble mieux réussir. Il dit les mots, mais a-t-il compris ?

Contrairement aux apparences, aux regretteux des méthodes d’antan, nous n’avons pas fini d’apprendre sur les manières d’apprendre sans compter que les connaissances elles mêmes bougent…

Alors, je vous souhaite la curiosité, d’oser prendre le temps de questionner ce qui vous paraît simple…

Si vous le pouvez, je vous souhaite de pouvoir rencontrer d’autres enseignants, de parler avec vos élèves de ces connaissances et de ce qu’ils en perçoivent… Je vous souhaite aussi sans préjuger de pouvoir « faire alliance » avec les familles, co-éducatrices de plein droit que nous devons aussi restituer dans leur entière dignité si nous voulons qu’ elles  exercent leur entière et pleine responsabilité.

Cela ne veut pas dire s’asservir… et nous savons que le but est aussi de favoriser l’émancipation de nos élèves y compris des modèles qui pré-existent, mais une émancipation qui puisse conserver et développer le lien social…

La complexité des enjeux doit-elle nous rebuter ou nous faire peur ?

C’est peut-être une chance de vivre dans une époque où les questions sont aussi nombreuses.

Difficile quand nous devons aussi construire la stabilité dont la jeunesse a besoin… mais n’est ce pas la belle responsabilité d’adultes, de citoyens et de professionnels ?

Alors je vous souhaite une belle année, riche en questions, en échanges, en découvertes, en inventions pédagogiques, en courage… mais si vous m’avez lu jusqu’ici, c’est preuve que vous en disposez !

Encore une fois très bonne année 2008 !