Archives pour la catégorie Carnet de voyage

Jeudi 31 janvier 2013

Bonjour à tous,

 

 

Cette nuit a sans doute été la pire de toutes pour tout le monde,

(probablement liée au passage des 50èmes hurlants).

La nostalgie de l’Antarctique a laissé place à la médisance pour l’

Astrolabe !

L’Antarctique est maintenant bien derrière nous, il nous tarde désormais

de retrouver la terre ferme.

Le détachement de cette vie polaire est difficile pour tout le monde,

bizarrement, qu’on ait côtoyé le continent 2 ou 14 mois. Les doutes et

interrogations s’installent chez nous tous, accompagnés d’appréhension

pour le retour à la vraie vie… Une impression de besoin de temps de

digestion.

 

Après presque 7 jours de traversée en Astrolabe, l’arrivée approche. La

douane nous attend au port pour marquer le point final à ce périple par

les procédures administratives.

Nous devrions arriver demain vers midi à Hobart.

 

Le vol pour Sydney est prévu le 1er Février. Je prends mon temps pour

revenir et pense faire une halte en Australie.

 

A partir du 1er février au matin (jour de Hobart) je n’aurai plus d’

accès à cette adresse mail. Il y a 10 heures décalage horaire avec la

France.

 

Je vous remercie tous de m’avoir accompagnée dans cette aventure.

 

A très bientôt

 

Aude

Dimanche 27 janvier 2013

Bonjour à tous,

 

Nous sommes à notre 3ème jour de mer. Grâce à la tempête, nous avons passé le pack assez rapidement et facilement (une journée). Après avoir eu des vents force 9, le vent est retombé (force 6). Les vagues sont calmes, elles sont actuellement d’environ 3-4 m.

Dès la sortie du pack, la houle, – canalisée jusqu’alors par les épais blocs de glace, – s’est manifestée. La bête noire, qui se faufilait sagement entre les bergs un jour auparavant s’est réveillée. Les vagues viennent de partout, la mer déchainée et désorganisée lui fait perdre la tête. Alors il roule, il tangue, au rythme d’une danse, il se hisse au sommet des vagues pour les casser avec son poids en retombant, faisant un bruit sourd de fracas derrière lui; Il tente d’épouser les formes de l’eau et se retrouve parfois sur la tranche (35°). Il reprend son point d’équilibre, on ne sait pas trop comment.

Le passage de l’Astrolabe dans le pack a été dévastateur. Des phoques ont vu leur territoire de glace grignoté voire même embarqué par le bateau, emportant un morceau de leur lit. Nous dérangeons la nature avec nos passages. C’est un fait.

Si l’Astrolabe s’adapte bien à ces conditions de traversée, ce n’est pas le cas pour l’humain. Car malgré les patchs contre le mal de mer, la passerelle se vide. Les gens s’effacent du paysage et désertent les repas, probablement cachés au fond de leur bannette.

J’ai frôlé le mal de mer à la sortie du pack. Je suis toujours menacée. Les nuits sont difficiles tellement le bateau bouge. Ballotée de gauche à droite, de haut en bas et de devant à derrière, j’essaie de trouver de la stabilité en remplissant ma bannette de sacs, de sorte à ce qu’il ne me reste qu’une toute petite place dans laquelle je puisse me caler. Des cordages permettent de fixer les portes de placards, nos valises. Le moindre oubli se trimbale sur le sol de la cabine toute la nuit, en glissant.

Je passe mes journées sur la passerelle pour me détourner du mal de mer. 10h par jour en échangeant très peu avec les autres ; il y a un air de raid qui flotte… Après la traversée du grand blanc, la traversée de la grande bleue.

J’essaie de dominer les vagues, je scrute l’horizon, à la recherche de baleines. Le sentiment d’être perdus au milieu de nulle part domine. Pas un bateau, rien ni personne, juste des étendues d’eau à perte de vue. Pas de côtes.

Seuls au milieu du désert bleu, nous commençons à voir les albatros qui nous accompagnent sur un bout de trajet et qui parfois nous ouvrent même la route. Pour qu’ils viennent vers nous, sans doute sont-ils contents de découvrir la présence d’humains ?

Arrivé le soir, la lumière qui s’atténue nous rappelle que nous nous rapprochons de la civilisation, d’Hobart, laissant derrière nous le grand blanc. La pénombre commence à exister, les températures remontent doucement (2°C). On critique et on ronchonne souvent sur le dos de l’Astrolabe, mais nous sommes malgré tout pris d’affection pour ce bateau qui est le seul à pouvoir nous permettre de vivre des moments exceptionnels en Antarctique et de parfaire notre expérience.

 

Voici les quelques nouvelles que je peux vous donner pour le moment.

Rien de bien précis concernant notre arrivée.

 

A bientôt

Aude

Vendredi 25 janvier 2013

Bonjour à tous!

 

Me voilà embarquée à bord de l’Astrolabe… ça faisait longtemps! Ce

matin nous avons croisé une tempête.

Depuis ce midi, nous sommes dans le pack. Ca se passe plutôt bien :

nous arrivons à trouver quelques passages. Grâce aux vents et à la

tempête il se desserre. Nous avons été dans le pack toute la journée.

Nous espérons en sortir demain, si tout va bien.

Chacun se prépare donc à être bien secoué d’ici un jour ou deux: nous

savons ce qui nous attend avec l’Astrolabe…

 

Cette adresse est commune à tous les passagers de l’Astrolabe. Merci

d’indiquer mon nom dans l’objet de votre mail.

 

Je vous tiens au courant de la suite… si je peux!

 

A bientôt

 

Aude

 

Jeudi 24 janvier 2013

Bonjour à tous,

Le bateau est arrivé ce matin à 6h à DDU.
Il prévoit de repartir demain soir avant l’arrivée d’une tempête dont il pourra profiter pour que le pack se desserre. Après avoir été prévue jusqu’à aujourd’hui 15h sur le raid, finalement je repars avec l’Astrolabe. Le départ est donc précipité, à l’image d’il y a deux ans.
J’embarque donc pour au mieux une semaine de mer agitée.

Merci de ne plus m’envoyer de mails sur cette adresse à partir de demain (jour France).
Je vous recontacterais de l’Astrolabe (si je le peux physiquement) avec les indications nécessaires pour communiquer.

A très bientôt

Aude

Dimanche 20 janvier 2013

Bonjour à tous,

 

Dernière ligne droite avant le retour en France…

Les nouvelles à ce jour ne sont pas bonnes concernant l’Astrolabe. Ca fait maintenant 4 jours qu’il est bloqué dans le pack à 180 km de DDU. Les conditions d’accessibilité de la base ont considérablement évolué depuis l’année dernière. Une épaisse bande de pack sur 30 km de large encercle le continent antarctique. Les bateaux Italiens, Américains, Australiens, Français, sont tous dans la même difficulté pour atteindre les bases. Selon les constats des spécialistes, le pack est concentré au niveau du plateau continental. On n’explique pas pour quelles raisons cela se passe ainsi depuis la fin de l’année dernière.

 

Les responsables ont décidé de maintenir la rotation 2 (R2, celle qui est en cours). Mais le retard de l’Astrolabe va impacter les futures rotations, sachant que le bateau rencontrera probablement les mêmes difficultés pour approcher la base dans un mois comme dans 2. De fait, après R2, ils envisagent dans le meilleur des cas une seule rotation.

 

Les conséquences de cette situation peuvent rapidement être critiques. En plus des 80 personnes présentes sur la base à rapatrier en France, les denrées alimentaires et le fuel nécessaires aux hivernages et au fonctionnement des bases ne peuvent être acheminés.

Le problème actuel reste le rapatriement des campagnards d’été. Pour dégorger le bateau qui a une capacité d’accueil de passagers limitée (49), ils envisagent des départs par avion.

 

Si le bateau n’arrive pas d’ici mardi, le responsable logistique envisage que je reparte sur le prochain raid dès mercredi, et de me laisser à Concordia, dans l’attente d’un vol pour la base Australienne, Casey, puis d’un autre pour Hobart, avec des délais qui bien entendu ne sont pas prévisibles (climat). Au regard de la situation actuelle, c’est sans doute pour moi le meilleur moyen de pouvoir rentrer dans les meilleurs délais, comparé à la traversée en Astrolabe. Quoi qu’il en soit, je ne serai pas rentrée en France aux dates prévues. C’est l’Antarctique…

 

Il me reste donc 2 jours pour me préparer à repartir en raid et à remballer toutes mes affaires (sauf si le bateau arrive entre temps). J’ai été rapatriée depuis 2 jours à Prud’homme et suis sur la préparation du départ du raid. Je suis retournée habiter à la caravane… Retour à la vie de nomade…

 

Il est difficile d’écrire un mail car les informations changent 10X par jour. Tout dépend de l’Astrolabe. Vous pouvez suivre son déplacement sur le site de l’IPEV.fr rubrique navires puis Astrolabe.

Donc ce sont les nouvelles de lundi 21 à 8h! Je vous tiens au courant de la suite.

Apparemment vous êtes sous la neige… Profitez en bien!

 

A bientôt

 

Aude

Mardi 15 janvier 2013

Bonjour à tous,

Nous nous remettons petit à petit de notre vie de nomade, bien que le groupe soit toujours constitué et protégé.

Les préoccupations habituelles de DDU reviennent:

L’Astrolabe approche ce soir le pack. Pour la petite histoire, la dernière fois que l’Astrolabe est reparti de DDU (vers le 15 décembre), il est resté presque 3 semaines à 140 km de la base, bloqué dans les glaces. Les passagers ont donc passé les fêtes de fin d’année sur le bateau, de manière improvisée…

Les plaques de glace sont encore très épaisses. Depuis hier nous sommes enfermés, les vents atteignent plus de 150 km/h, ce qui est très bien pour libérer le passage au bateau.  Si dans deux jours il n’a pas franchi le pack, il repartira à Hobart sans accoster pour éviter la situation de décembre  (difficulté de gestion de fuel et des denrées).

Auquel cas, les prochaines rotations seront annulées, et une rotation 23 sera créée, intermédiaire à R2 et R3 pour nous rapatrier.

Donc nous attendons de savoir.

Je suis désormais joignable sur cette adresse mail.

 

A très bientôt

Aude

Dimanche 13 janvier 2013

Bonjour à tous,

C’est vers minuit que nous sommes arrivés à DDU. Le mauvais temps nous attendait sur les 15 derniers kilomètres, les plus pentus du raid et les plus délicats, avec la présence de crevasses de part et d’autre de la piste.

Entrés dans un épais whiteout subit, nous avions peu de visibilité, avec une lumière assombrie; seuls les phares et les feux de position des uns et des autres soulignaient à peine le cordon de la piste. Les charges se découpaient comme des masses. Comme si cet épais nuage avait attendu notre passage toute la journée pour nous accompagner sur la fin de raid.

L’ambiance était pesante, sans doute aussi du fait de l’émotion de l’arrivée. A 15km de la base, nous nous sommes stoppés pour modifier le convoi, afin de retenir les charges dans la pente glacée : un engin devant et un derrière le convoi le plus précieux, celui de la caravane, pour assurer la descente.

Les deux dernières heures se sont faites dans le silence, seule la radio en alerte, nous étions attentifs aux remarques et conseils du chef.

Usés, nous allons nous poser aujourd’hui (dimanche). Premier jour de repos depuis 22 jours. Le groupe reste constitué encore quelques jours, pour se délier au fur et à mesure. Nous continuons notre vie de nomade, à côté de la base, et nous logeons toujours dans la caravane. Nous serons arrachés à la réalité de cette expérience humaine d’ici quelques jours.

Cette adresse est encore valide probablement jusqu’à mardi.

A bientôt

Aude

Samedi 12 janvier 2013

Bonjour à tous,

La fin du raid approche. Nous avons actuellement 3 engins sur traîneau suite à des pannes irréparables dans l’immédiat. La bulle que chacun s’était construite a explosé du fait du remaniement de l’ensemble des convois et des répartitions dans les machines. C’est là qu’on se rend compte que la cabine a été notre univers et notre chez soi pendant tout ce temps, le seul endroit possible dans lequel on pouvait se retrouver soi avec soi. Nous l’avons perdu depuis quelques jours.

Nous espérons arriver demain (samedi) à minuit, au bout de 9 jours de trajet retour.  Des situations, même les plus improbables, se sont produites. Les raideurs se demandent s’ils n’ont pas emmené un chat noir à bord du raid…

Un matin où je devais conduire le challenger 10, l’engin n’était pas décidé, il boudait. Nous étions 5 devant, à le regarder et à se demander comment on allait procéder pour accéder à la cabine. Le système de fermeture et d’ouverture de la porte avait gelé pendant la nuit, la poignée s’est cassée dès la tentative d’ouverture de la porte. Le seul moyen a été de démonter les gonds pour essayer de se faufiler à l’intérieur. Le mécanisme, grippé par la glace, n’offrait que la solution de le démonter aussi. Les regards des raideurs braqués sur moi en disaient long : « … jamais arrivé, on s’en souviendra…on a un chat noir à bord du raid… ». Moi non plus jamais vu ça. Il était 7h45 du matin.

Depuis, je roule avec des tendeurs qui retiennent la porte.  Les pannes ou casses ont continué de nous accompagner sur ce trajet de manière conséquente (pas moins de 28 totalisées pour le moment sur 18 jours de parcours en tout). Ces situations ont eu un impact sur l’état physique et psychologique des raideurs. Des tensions sont apparues dans l’équipe, sans doute liées en partie à ces situations de pannes en nombre qui ont nécessité un investissement d’énergie supplémentaire et coûteux. Ca rend le raid encore plus difficile. On voit l’importance des relations sociales dans ce type de contexte.

Même si la cohésion sociale n’a pas toujours été idéale, sur le plan opératoire le groupe est remarquable. Et ça interroge. Au moindre incident, le groupe s’organise, ré-organise et se coordonne dans les plus brefs délais (pour lutter contre le froid) pour mener une réflexion commune puis pour la mettre en œuvre des solutions, et ce, malgré la barrière de la langue. Leurs interventions semblent être efficaces : sur la totalité des pannes aucune n’a été identique.

Arrivé le soir, une entraide spontanée se met en place très rapidement. Ceux qui ont terminé leurs tâches vont aider les autres pour terminer le plus tôt possible (avant 22h). Il existe un esprit de solidarité, tous motivés par le même objectif final : arriver à destination avec le moins de perte possible.

Je suis admirative devant le calme et le relativisme avec lesquels les actions sont entreprises, qu’il soit 8H comme 23h, malgré la fatigue cumulée. Il y a beaucoup de tolérance face aux erreurs de manœuvre qui ont provoqué des casses et donc des heures de travail supplémentaires. Je n’ai jamais assisté à un mot plus haut que l’autre pendant les travaux, malgré les conditions de travail difficiles.

Une équipe constituée de parcours différents, de cultures différentes, avec pour seul point commun entre tous les membres, le goût pour l’Antarctique, pour le raid, pour le défi.

Le leader du convoi y est sans doute pour beaucoup. Car malgré les tentatives de dissimulation de ses angoisses, je sens bien que parfois il est très tendu. Mais il couve le groupe. L’atmosphère est saine dans le travail et dans les situations d’urgence. Je trouve que c’est une belle leçon.

Pour avoir collaboré depuis plusieurs années avec des équipes de sports collectifs, c’est tout ce qu’elles cherchent à développer, parfois en vain, malgré les entrainements. Le raid est composé d’un groupe multiculturel, n’ayant pas l’habitude de fonctionner ensemble et ne bénéficiant pas d’entraînement spécifique au raid. Et pourtant, ça fonctionne; malgré les conditions extrêmes… Et c’est justement ça la différence… Les situations (ici d’inconfort) vont donc avoir un impact sur les comportements sociaux.

Voilà.

J’ai tenté de vous communiquer sans grande prétention et de manière non exhaustive des traces de cette expérience. Il ne s’agit à chaque fois que de mon point de vue sur les situations, le point de vue d’une néophyte en découverte du monde polaire. Mais je dois avouer que la réalité du raid est difficile à transcrire. Je vous remercie tous de m’avoir accompagnée dans ce périple.

Je vous préviendrai quand je ne serai plus joignable sur ce mail.

En attendant à bientôt !

Aude

Ps : Veuillez m’excuser pour les fautes d’orthographe et d’expression, mais j’espère que vous aurez compris que l’essentiel à comprendre est ailleurs

Lundi 7 janvier 2013

Bonjour à tous,

Ca fait maintenant 4 jours que nous sommes repartis. Durant notre séjour à Concordia, nous n’avons pas bénéficié du confort qui nous était proposé, sans doute par crainte de savourer des habitudes incompatibles avec la vie de raideur. Nous avons poursuivi notre vie de nomade, installés à côté des 2 tours symboliques de Concordia. Nous avons perdu 2 raideurs, un français et un italien, restés à Concordia, remplacés par 2 français ; un glaciologue et un ancien hivernant de Concordia.

Sauf hier, sinon le trajet retour est régulièrement ponctué de pannes et d’imprévus, la routine quoi… qui prend toutefois maintenant un goût plus amer. Le début du trajet retour est difficile pour tout le monde. Le groupe est dans le creux de la vague, assommé par quelques pannes techniques bizarrement moins digestes qu’à l’aller.

Les heures de conduite dans le whiteout n’ont rien arrangé. La fatigue se fait ressentir. Moins d’échanges pendant les repas, moins de gaieté, chacun enfermé dans sa bulle. Comme si la bulle construite pendant les 12 h d’isolement dans la cabine s’était épaissie et devenait imperméable, impénétrable.

Je crois que depuis hier ça se régule. Un raideur italien va avoir 40 ans sur le raid. Une occasion de redynamiser le groupe. L’ambiance a été un peu ternie à Concordia par un incident sans gravité mais touchant les valeurs profondes du groupe.

Nous sommes moins chargés qu’à l’aller, 100 tonnes contre 600 ; nous nous déplaçons donc plus rapidement, mais devons nous arrêter pour récupérer des balises de glaciologues mesurant l’ozone. Le raid logistique peut même servir la science…

Le travail pour lequel je suis sur le raid se poursuit… dans toute la complexité «Antarctiquaise ».

Je n’ai pas pour habitude de tenir des propos féministes, ceux qui me connaissent le sauront, bien loin de moi cette intention. Mais la réalité du terrain parle. Je ne cherche pas à me faire plaindre ou à bénéficier d’un statut particulier, la situation je l’ai choisie. Il n’y a pas de mérite à s’investir dans de telles actions quand on n’a rien à perdre et tout à y gagner. C’est mon cas. Même si je suis anti-féministe, je dois bien en convenir que faire sa place en tant que femme dans ce milieu n’est pas facile : il faut en faire plus que tout le monde et on a moins le droit à l’erreur que n’importe quel homme. Les fautes sont rapidement associées à une «incompétence féminine », quand les mêmes erreurs pour un homme ne sont pas relevées. Une injustice de la société comme pour beaucoup d’autres choses.

Je suis entourée principalement de raideurs d’expérience inégalable. Ils ont des compétences mécaniques, techniques indiscutables et un savoir-faire redoutable à toute épreuve. Aucune comparaison possible.

Au bout de 4 jours de tests, je pense être acceptée dans le rôle de woman raider. Fondue dans ce groupe et sans doute surtout parce qu’ils ne sont pas si machistes que cela, les raideurs m’ont laissée prendre une place au sein du raid.

Ce n’est sans doute pas grand chose, mais je prends ça, au delà d’une marque de confiance du chef de convoi que je remercie, comme une ouverture d’esprit que d’avoir osé une telle organisation de convoi. Ce n’est pas de la fierté qui serait bien déplacée dans un tel contexte, mais bien la satisfaction de constater que toutes les portes ne sont pas hermétiquement fermées, même si c’est en redoublant d’effort dans le travail (règle du jeu dans notre société actuelle) qu’on peut parvenir à se faire accepter en tant que femme dans des milieux comme ceux-là, ou à rétablir la logique opératoire sur la féministe. Rien n’est figé, définitif ou irréversible.

Le raid est une expérience humaine d’envergure. Voilà quelques nouvelles et réflexions.

Nous devrions atteindre la moitié du parcours demain… normalement. En attendant, je vous dis à bientôt. En vous remerciant tous pour vos mails et en espérant que tout aille bien en France.

Bises

Aude

Mardi 1er janvier 2013

Lundi 31 decembre 2012

CR jour 10 :

75°06.055 S

123°20.351 E

 Arrivee a dome c a 23.53(ddu) apres 10 jours et 2.38 de voyage depuis cap Prudhomme

 Distance journaliere: 138 km

 Meteo: Whiteout toute la journee avec visibilite

Temp du soir: -27C

  Divers: buon anno dal raid / bonne anne a tous de la part du raid.

 

Bonjour à tous,

Arrivés à Concordia à minuit, heure de DDU (22h heure Concordia). Les 200 derniers kilomètres, c’est à dire les deux derniers jours ont été éprouvants.

Il y a 2 jours, nous étions partis pour arriver le 31 décembre à midi, en mettant 9 jours et demi. Mais pas de pronostic en Antarctique…Nous nous étions tellement préparés à l’idée d’arriver le 31 qu’il a été plus difficile je crois d’affronter les imprévus qui ont suivi.

Finalement nous avons mis 10 jours: malgré les derniers incidents vécus, c’est la première fois que le raid met aussi peu de temps pour relier la base de DDU et celle de Concordia. Habituellement c’est au minimum 11 jours de trajet aller, voire 12. Donc, le 50ème raid français marquera l’histoire, par son arrivée avant minuit à Concordia un 31 décembre, mais aussi par les événements vécus tout au long de ce raid, qui ont été cumulés. La plupart des pannes que nous avons eues se sont déclarées après la journée effectuée. Nous avons donc pris sur les temps de repos et de sommeil et très peu sur les temps de trajet pour réparer. Ce qui explique que malgré tous les événements qui sont survenus, nous battons les records de cumuls de km journaliers.

Cette dernière journée a été particulièrement longue… Le dernier jour, 137 km nous séparaient de Concordia. La veille, une panne de 6h pour changer un démarreur (qui n’était pas facilement accessible et qui a nécessité de découper de la tôle) avait déjà remis en question notre arrivée à Concordia le lendemain midi, puisque nous n’avions effectué que 64 km dans la journée.

Hier, nous sommes partis un peu avant 8h le matin. Dès le départ, un crochet de container s’est arraché de la tôle. Le convoi a été modifié au plus rapide pour pouvoir re-atteler ce container par l’arrière. A 13h30, il nous restait 80 km à parcourir. C’était whiteout toute la journée (jour blanc) ce qui diminue la visibilité. L’après midi a été particulièrement éprouvante puisque nous avons mis 10h à parcourir les 80 derniers kilomètres.

La neige est très molle à l’approche de Dome C. Les sorties de route ne pardonnent pas dans ces cas là. Au bout de 10 km, une partie du deuxième convoi est sortie de la route avec 3 conteneurs. Trois skis sur 6 ne touchaient plus le sol. Il s’agissait de bien manoeuvrer pour ne pas les coucher. Nous avons placé plusieurs engins devant pour déployer suffisamment de force rapidement pour redresser les conteneurs et les remettre dans le droit chemin. Ce qui fonctionna.

Après ce passage éprouvant, au moment de repartir, un autre conteneur à ski d’un autre convoi s’est presque couché sur le bas côté. La neige était trop meuble, malgré les passages des dameuses et déneigeuses. Là, cela a été une autre histoire. A nouveau la manoeuvre consistait à le redresser sachant qu’il ne manquait pas grand chose pour qu’il se couche sur le flanc. Sanglé aux deux coins supérieurs, maintenu en tension par deux engins, le troisième essayait de tracter le conteneur pour le remettre sur la piste. J’ai vu le moment où le conteneur basculait… du mauvais côté pouvant écraser sur son passage le chef de raid… Ouf, le conducteur du challenger stoppa la machine, ce qui stabilisa le conteneur. Ce n’est pas passé loin…

Après cette manipulation qui dura presque 2h, un moment de flottement comme si la tension retombait; le chef de raid, sans doute un peu démoralisé des situations qui se sont enchaînées en notre défaveur, fatigué et tendu par la situation sur-réaliste que nous venions de vivre, proposa qu’on stoppe le raid. Nous ne serons pas à Concordia ce soir. Il était 18h. Nous repartirons demain matin.

Les Italiens, qui se voyaient déjà à Concordia pour le 31 (comme beaucoup d’entre nous mais plus pour être arrivés que pour les festivités), n’étaient pas d’accord et ont demandé à ce que le raid continue. Seulement nous étions encore à 70 km de l’arrivée, à 18h. Ce qui faisait une arrivée à minuit, mais avec les deux heures de décalage horaire, ça faisait une arrivée à 22h. Faisable. Après discussions autour d’un café dans la caravane, nous avons convenu que nous allions tenter de repartir, malgré la fatigue accumulée depuis 8h le matin, sachant qu’au moindre incident, on s’arrêterait et on ne repartirait que le lendemain.

Au regard de ce qui venait de se passer, les derniers kilomètres effectués ont été tendus, la moindre inattention et les charges dérapaient; le moindre écart et tout s’arrêtait pour aujourd’hui, plaçant le raid dans une situation très délicate. Nous avons lutté, nous y sommes arrivés. A 20 km de l’arrivée, les premiers contacts radio avec Concordia s’établissaient. Pour effectuer les derniers 5km, les convois se sont attendus pour reconstituer l’ensemble du raid sur plus de 500m. Lumières et phares allumés, nous sommes arrivés dans le mauvais temps, les gens de Concordia nous accueillant au rythme de nos engins, en skidoo.

A l’arrivée, ils étaient tous dehors par -27, champagne à la main (qui gelait instantanément) pour nous accueillir, relevant l’exploit. Nous étions attendus ce jour là. Un moment de gloire auquel je ne m’attendais pas, sans doute amplifié par le fait que ce soit le 31 décembre et que nous arrivions avant minuit. Après nous être occupés des engins, nous nous sommes attablés, et avons rapidement croulé sous le poids de la fatigue et de la tension cumulée sur le raid, mais en particulier sur ce dernier jour… le jour le plus long de 16h…

Finalement l’année 2013 commence plutôt bien…

Tout cela pour vous informer que nous sommes bien arrivés à Concordia! Nous y restons jusqu’au 3 janvier et repartons le 4 au matin. Le temps de procéder au déchargement.

Je vous souhaite à tous un bon réveillon et une bonne année 2013, avec mes meilleurs voeux.

A bientôt

Aude

 

voeux2013

Dimanche 30 décembre 2012

Bonjour à tous

Suite aux questions de certains d’entre vous, j’apporte quelques précisions. La caravane indispensable est composée de 4 conteneurs : un d’énergie, comprenant le groupe électrogène, atelier et douche ; un autre appelé vie, comprenant, dans moins de 20m2 la cuisine, l’endroit où on mange + 2 dortoirs ; un autre séparé en 2 et appelé magasin, avec une partie magasin de pièces détachées et l’autre magasin de vivres, ici nommé le +4 (frigo) ; enfin un dernier de 3m2 considéré un peu comme un lieu médical.

Sans cette caravane la survie est impossible. Donc heureusement pour nous, nous avons toujours la caravane vie d’attelée ! C’était assez risible de voir plantée au milieu du grand blanc notre caravane si précieuse sans qu’on s’en rende compte immédiatement… Le but est d’abandonner le moins de charges possibles puisque c’est pour Concordia, et encore moins les choses indispensables. Donc quand ça casse, on prend le temps qu’il faut mais on répare si on peut et on continue.

Les réparations sur les engins sont effectuées tant que possible et jusqu’au dernier moment dans le conteneur énergie qui sert d’atelier. Les mécaniciens sont soumis aux températures froides au moment de remonter la pièce sur l’engin… et des fois ça dure… parfois à mains nues pour aller plus vite et avoir de meilleures sensations. Un turnover se met en place entre eux pour alterner toutes les 10mn. Le temps de se réchauffer

Ce qu’on appelle fuel ici c’est le gasoil.

N’hésitez pas à me faire part de vos interrogations pour que je vous apporte les précisions nécessaires si je peux. Je m’aperçois qu’il y a certaines spécificités dans le mode de vie ici que je ne vois plus tellement c’est intégré et que c’est évident. Désolée pour le manque de clarté.

A bientôt

Aude

Samedi 29 décembre 2012

Le raid

C’est l’acceptation de situations d’inconfort, matériel certes ; mais aussi psychologique relatif aux incertitudes et à la variabilité des situations, aux imprévus que nous subissons ; et physique de par les symptômes liés à l’altitude : maux de tête ponctuels, essoufflements au moindre effort, fatigue, perte de poids. Nous avons dépassé les 3000m d’altitude. Nous sentons que nous manquons d’oxygène dans les mouvements quotidiens. S’habiller devient un effort. Les travaux le soir sont de plus en plus coûteux.

C’est le constat que rien n’est prévu pour vivre dans de telles conditions : tout gèle rapidement dès que ce n’est plus suffisamment chauffé ; les stylos, la cold cream deviennent inutilisables. Les batteries ne tiennent plus que quelques minutes. Les oranges sont inépluchables. Nous avons mangé de la glace en dessert… que nous avons réchauffée au micro onde, pour ne citer que ça.

C’est la recherche d’occupations pendant plus de 11 heures de conduite par jour… tout en se maintenant en éveil afin d’éviter les sorties de route qui provoqueraient le chavirement des caravanes… musique et émissions enregistrées, tentatives d’ordinateur, de lecture et d’écriture… c’est sportif. Alors il ne reste plus qu’à développer des stratégies. Car toute la problématique est l’occupation de l’esprit pendant 11 heures, pour qu’il reste vaillant.

C’est relativiser les situations. Le leitmotiv de ce raid, c’est la CLM: « C’est La Merde », phrase qu’on a tous laissé échapper à un moment donné sous le poids de l’imprévu… complétée souvent par le fameux dicton « C’est pas la merde, c’est l’Antarctique ».  Même les Italiens l’ont adoptée. Ils repartiront avec du vocabulaire…

Nous sommes tous dans la même barque et vivons les événements différemment mais dans la même difficulté. Ca résume bien ce qu’on vit jour après jour.

C’est la découverte d’autres activités. Sur le raid, je suis pompiste. Domaine dans lequel il faudrait que je progresse pour en faire mon futur métier. J’anime régulièrement les soirées des raiders par mes exploits de douches au fuel. Pour faire le plein des engins chaque soir, je dois grimper en haut d’une cuve pour installer une manche et ouvrir les vannes… 1er risque de douche avec l’effet de l’altitude : beaucoup de pression à l’ouverture des vannes… 2ème risque de douche au moment du remplissage des réservoirs : Un moment d’inattention, et là, c’est le geyser assuré. Je porte une odeur constante de fuel, ne sachant plus si ce sont mes vêtements qui sont imprégnés ou mon nez….

C’est un apprentissage sur soi. C’est une mise en situation. Le point commun entre toutes les activités professionnelles que je côtoie ici est cette adaptation et cette modification des plans, chacun à son niveau, pour faire face à l’imprévisibilité et à l’incertitude. L’occasion pour moi d’apprendre la patience et la sérénité si je ne veux pas vivre un cauchemar.

C’est aussi se surpasser. Un air de stage spécial de karaté. Faire face aux situations inattendues, être toujours prêt. Trouver l’envie et les ressources pour affronter le froid quand on n’est pas disposé, surmonter la fatigue quand on est usé, garder le moral quand on sait qu’on n’est qu’à mi-parcours et qu’il en reste autant alors que ça fait 5 jours qu’on ne voit rien d’autre qu’un désert blanc, rester éveillé pour conduire quand le sommeil vient nous cueillir, puiser au fond de soi les quelques gouttes d’énergie encore présentes.

C’est la règle du jeu à laquelle je m’attendais. J’apprends et je prends ne sachant pas si tout cela sera transférable dans la vraie vie ; car ici, ce n’est pas la vraie vie ; c’est ce qu’on se répète tous à longueur de temps. On se le dit à voix haute, comme par peur de l’oublier et de se décrocher de la réalité…

Voici ce que je crois comprendre pour le moment du raid et que je peux partager. En tous cas, c’est une super expérience que je ne regrette pas.

Nous avançons bien mais le raid n’a jamais connu autant d’incidents techniques qu’actuellement à en entendre les dires. Ce soir nous sommes à un peu plus de 200km de Concordia.

J’espère que tout va bien en France et que vous avez passé de bonnes fêtes. Je suppose que vous préparez votre 2ème réveillon… Nous espérons arriver à Concordia le 31 au soir, mais pas sûr…

Je vous embrasse

Aude

Vendredi 28 décembre 2012

Bonjour à tous!

Ca fait peut être maintenant presque 7 jours que nous sommes partis et avons parcouru plus de la moitié du trajet. Nous avons régulièrement des pannes, des casses, des galères. C’est ça le raid. Toutefois, il semblerait que ce soit la 1ère fois que le raid se passe aussi rapidement pour atteindre la moitié du parcours  (à peine 5 jours).

Pour faciliter la compréhension des prochains échanges, voici un récit d’événements vécus en l’espace de 4h. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

C’était peut-être il y a 3 jours. Nous avions bien roulé toute la journée (124 km) et à une bonne allure (13km/h). Il est 19h. Nous nous arrêtons pour effectuer des transferts de fuel d’une cuve de 24m3 à 2 de 12m3, comme prévu initialement. Nous passerons la nuit à cet endroit. Tout allait bien jusque là.

Au moment de déplacer la cuve noire de 24 m3 pour le pompage, les galères commencent ; elle s’est enfoncée les 4 skis dans la neige molle. La texture de la neige a changé depuis quelques kilomètres, sans qu’on s’y attende. Un engin devant la cuve, un derrière, une piste tracée, rien à faire, impossible de la sortir de là. Le chef de raid prend alors la décision de transvaser cette cuve dans deux de 12 m3 sur place, afin de l’alléger pour ensuite la déplacer. Ce qui fonctionna après 1h30 à 2h de transfert. Nous étions 4 à 5 personnes mobilisées.

Parallèlement, on apprend qu’une commande de ventilateur de Kass ne fonctionne plus. Problématique car les températures d’échappement sont élevées. 3 mécaniciens tentent de réparer, en essayant de faire coïncider 2 pièces qui ont bien les mêmes fonctions mais pas les mêmes formes : la pièce de remplacement est récente de 1 à 2 ans, la pièce de l’engin date de 30 ans et ressemble à autre chose. Bidouillage sur bidouillage, ils finirent par monter la nouvelle pièce sur l’engin.

Et comme si ça ne suffisait pas, le chef de raid décide de mettre en application son plan B : comme nous étions à l’aise dans les km et l’avancée, il décide de tenter une économie de fuel pour Concordia de 4m3, en plaçant le challenger 5 sur des skis pour consommer moins. Les skis n’étaient pas à la largeur des chenilles. Seule solution : démonter les skis pour les inverser. Tentatives après tentatives avec les grues, il renonça (temporairement).

Dans le même temps, j’ai procédé aux pleins des engins ; procédure longue puisque j’étais seule, avec un changement de cuves entre temps.

Avec tout ça, nous avons terminé à 23h15, sans avoir encore mangé. Il faisait -26, du vent et pas de soleil, mais il faisait jour….

Je peux continuer aussi par la perte de la caravane vie en cours de route (hier) suite à un crochet qui a cassé, ou par une durite qui a pété 3 fois, mais ce serait trop long…

J’espère avoir été suffisamment explicite pour vous donner un bref aperçu de ce qu’est le raid. Changement, modification, ajustement, bidouillage…imprévus… la vie … d’ici!

A bientôt Aude

Lundi 24 décembre 2012

Bonjour à tous

Nous sommes: 67°55 E, 136°39 E

Et avons parcouru 204 km; reste 924 km

Je suis sortie de la caravane ce matin. J’ai oublié un instant où je me trouvais. Nous avons dormi au milieu de nulle part. Encore toute endormie, j’ai ouvert cette porte lourde et le froid m’a saisie. Les yeux écarquillés, j’admirais la vue. C’était magique. Il n’y avait rien autour ; Le soleil illuminait la glace et rendait les paysages encore plus étendus et plus lunaires. Le silence. Seul le ronronnement du groupe électrogène perturbait la quiétude. Pas d’oiseau, pas de manchot…pas d’humain !

Depuis que nous sommes partis, il y a eu qq changements dans le plan et qq pannes le 1er jour. Il fait beau mais les températures commencent à être sérieusement basses.

Nous terminons nos journées à 22h, sans avoir mangé. Nous roulons de 8h à 20h30, 1 heure de pause le midi. 1h30 le soir pour l’entretien des machines, les réparations, et le fuel. Je m’occupe du fuel avec un autre. Hier ça été, il ne faisait pas encore très froid (peut être dans les – 20).

Les journées sont longues. Le paysage ne change pas : nous sommes entourés d’un désert de glace, sans aucune vie. Chaque millimètre se ressemble. Seuls dans notre machine, nous partageons le même raid chacun de notre côté. Notre expérience commune est reliée de part et d’autre par des élingues.

Hier une durite a cassé à 3 reprises + une élingue. Un engin a commencé à faire son ronchon puis est remis dans le droit chemin. Sinon pour le moment, tout se passe bien.

Nous avons été obligés d’atteler un autre gros engin pour nous tracter aujourd’hui tellement on n’avançait pas. La neige n’est pas de qualité, elle est molle, les skis s’enfoncent. En plus ça monte (2200m en 400km) et on sent qu’on est chargé. On est un peu à l’étroit quand on se retrouve dans la caravane. C’est compensé par les heures de solitude dans notre engin. La vie le soir dans les caravanes est frustre mais ça va, c’est du confort comparé aux premiers raids.

Arrivé le soir, une dameuse tasse la neige et fait « un parking » de sorte à ce que les caravanes soient le plus droites possibles. Après cela, tout le convoi est aligné et les 10 machines sont sagement rangées perpendiculairement aux caravanes, nous protégeant du froid et du vent.

Nous allons ainsi d’une caravane à une autre sous le regard observateur des engins, qui guettent nos déplacements avec leurs gros yeux en forme de phares… c’est très cérémonial ! Il ne manque plus que le tapis rouge.

Le matin, nous partons à 8h. Chacun fait chauffer les chenilles de sa machine laissant sa trace dans la neige. Alors 10 engins font des cercles en attendant l’ordre du chef de raid pour atteler les cuves et conteneurs.

Toutes les tâches sont réparties pour gagner du temps. Le médecin fait office de cuisinier, 2 s’occupent du fuel, 6 de la mécanique des engins.

J’espère que ce mail passera, ce n’est pas instantané. C’est bloqué sur un serveur le temps de la connexion satellite. Donc il se peut qu’il y ait des décalages dans un sens comme dans l’autre. Nous sommes limités dans l’envoi comme dans la réception à 28 ko. Pas d’envoi de pj possible. Merci de faire passer ce mail.

Voilà. Je crois que Noël approche. Je vous souhaite de bonnes fêtes !

A bientôt

Samedi 22 décembre 2012

Bonjour à tous,

Ça fait 6 jours maintenant que l’Astrolabe est reparti de DDU. Il est bloqué dans le pack depuis tout ce temps. L’Astrolabe n’a plus d’eau vive pour se déplacer. Il est entouré de morceaux de glace qui se sont resserrés autour de lui. De ce fait, ils ont parcouru 100 km en 6 jours. Ils ont été obligés d’arrêter les moteurs pour limiter la consommation. Car va se poser le problème du manque carburant et de nourriture pour atteindre Hobart d’ici peu de temps. Il n’est pas impossible que l’Astrolabe revienne dans quelques jours à DDU et débarque les passagers, le temps de faire le plein. Les prochaines rotations vont donc prendre du retard. Si on ne sait pas quand on arrive en Antarctique, on sait encore moins quand on va en repartir…

Le départ du RAID approche et est prévu samedi matin, si le climat le permet. Dès demain soir, nous investirons les lieux et intégrerons la caravane du RAID pour une dizaine de jours.
Depuis 2 jours je participe à la préparation du RAID. Conduite d’engins à chenille, transport de charges, attelage, remplissage des cuves à fuel… Les convois prennent forme au fur et à mesure.
Tout est impressionnant: les machines pèsent 12 tonnes, les moteurs font 450 chevaux, les réservoirs sont de 1000 l. La totalité est consommée en une journée de RAID. Le plein est donc à refaire tous les soirs.

10 engins à chenille arpenteront les 1100 km, et seront organisés de sorte à constituer 3 convois de 9 charges. Des élingues élastiques relieront certaines charges et engins entre eux. Nous allons transporter un peu plus de 200 tonnes de chargement: denrée, matériel, fuel pour Concordia, mais aussi notre consommation personnelle de fuel. Au fur et à mesure que nous cheminerons, nous déposerons au bord de la piste des cuves de fuel que nous retrouverons à notre retour pour faire nos pleins.
Les 400 premiers km seront difficiles : Sur le continent antarctique, la qualité de la neige n’est pas la même partout. Pour aller de DDU à l’intérieur du continent, il y a du dénivelé et la neige est molle,  ce qui diminue considérablement l’adhérence au sol et donc la vitesse de déplacement; sans compter que le chargement sera maximal au départ.

Ce RAID sera composé de 10 personnes : 4 italiens (c’est une première), 6 français.
Après 10 à 12 heures de conduite, la journée commencera : maintenance des engins, réparations, fuel, préparation pour la journée du lendemain, groupe électrogène à alimenter, fondoir à remplir de neige, les vivres à récupérer et à transporter d’un conteneur à un autre.

Un briefing demain soir par le chef de RAID permettra de distribuer les tâches et les machines aux raiders et de procéder aux derniers ajustements.

Le laboratoire s’est fortement mobilisé dans ce projet. Le protocole commence à être bien calé. Je me demande dans quelle mesure je ne me place pas volontairement dans une situation auto- expérimentale…

Je ne sais pas si on peut se sentir prêt à vivre un tel événement. Pour ma part, la préparation a été courte et est passée par ce que je pouvais maîtriser, l’entraînement (footing pour la condition physique), la préparation du matériel, de l’équipement, le contact avec la future équipe de RAID. Je ne sais pas si ça suffira. Mais les dés sont lancés: D’ici – de 24h, l’aventure va commencer. Après une période d’appréhension au point de remettre en question mon choix, j’ai hâte maintenant de vivre cette expérience, que je perçois et ressens pour le moment comme une vie solitaire  en communauté …

Dès demain soir, je ne pourrai plus relever les mails à cette adresse. Une adresse de raid devrait m’être transmise.

J’espère que vous allez tous bien et que vous aurez plein de neige dans les jours à venir. J’en profite pour vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année, un bon Noël et mes meilleurs vœux pour l’année 2013. Pour ma part ce sera un peu particulier cette année…

A très bientôt

Aude

Samedi 15 décembre 2012

Bonjour à tous
Suite au désistement d’un conducteur Italien sur le 1er RAID (rapatriement sanitaire), l’IPEV cherchait des personnes pour assurer le 2ème RAID qui part dans peu de temps. J’ai pris ça comme une opportunité exceptionnelle pour appréhender des environnements encore plus extrêmes et découvrir de l’intérieur le fonctionnement et la coordination d’une équipe de 8 hommes livrés à eux-mêmes au milieu d’un désert de glace. De ce fait, sur les conseils du grand responsable des RAIDs, j’ai déposé ma candidature qui a été acceptée. Une belle opportunité se présente à moi: celle de faire partie de l’équipe qui traversera le continent en caravane du RAID.

L’objectif de ce RAID sera d’acheminer les denrées, le fuel et le matériel nécessaires pour préparer l’hivernage à Concordia, grâce à des convois composés de caravanes sur ski. Même si la technologie est très adaptée à cet environnement, les pannes sont fréquentes du fait des tonnes de matériel tractées, qui font peiner les engins, les traineaux, les fixations. 1100 km à l’intérieur du continent séparent DDU de Concordia, soit 10 jours de trajets aller  si tout va bien pour arriver à Dôme C (Concordia). La base étant située à 3700m d’altitude ressentie, le mal des montagnes est à prévoir. La glace est creusée par les passages répétés des skis, provoquant le mal de transports. Tout se paye…

Je m’attends à ce que cette traversée soit physiquement et psychologiquement éprouvante, mais néanmoins cela reste une belle occasion à saisir pour découvrir l’Antarctique de l’intérieur et vivre une expérience nouvelle;
L’objectif est d’atteindre environ 100km par jour. Nous roulerons environ 10h par jour (sauf cas de pannes). Sur le parcours, les températures avoisineront les -30°C en cas de beau temps. Moins avec le blizzard. Le soir, nous logerons dans la caravane prévue à cet effet; Des groupes électrogènes et fondoirs permettront d’assurer la production d’électricité, de chauffage et d’eau.
Nous vivrons de l’essentiel tout au long de la traversée. Je m’attends à d’immenses étendues blanches tout autour, avec des jeux de couleurs exceptionnels se reflétant sur les sastruggis, ces crêtes de neige ciselées et durcies par le vent formant des reliefs pouvant atteindre parfois plusieurs mètres de haut. Plus de faunes, plus d’humains, seuls. Une vie en communauté mais une vie surtout seule.
Nous serons autonomes, sans assistance directe possible tout au long du parcours, jusqu’à l’arrivée à la station franco-italienne.
Des contacts (radio/mails) avec DDU seront permanents; quant aux possibilités de communication personnelle, je n’ai pour le moment pas d’information à ce sujet. Un médecin est à bord du RAID ainsi qu’une majorité de mécaniciens. Nous serons 8 ou 9.

Comme à l’image de l’Antarctique et classiquement, imprévus et pannes au programme. Les réparations seront effectuées en cours de route, quelles que soient les températures et les conditions climatiques, ainsi que la maintenance des engins et remplissage des cuves à fuel; 1h30 à 2h de travail chaque soir
pour soigner les engins. Aucune situation ne peut être banalisée dans de telles conditions. Cependant ce RAID est bien rodé, avec des habitués.

Je suis fortement soutenue par le laboratoire qui m’accompagne dans cette expérience. Nous sommes en train de finaliser la mise en œuvre d’un protocole sur le RAID. Le programme pour lequel je me suis rendue à DDU se déroule bien.

Le départ est prévu vers le 20-22 décembre. Pour un retour aux alentours du 12-14 janvier.
J’essaierai de vous envoyer un dernier petit mail avant départ.

A bientôt
bises
Aude
ci-joint, un paysage de minuit tempétueux… On se demande toujours d’où peut venir cette lumière sur les icebergs alors que tout est menaçant autour…

Lundi 10 décembre 2012

Bonjour à tous
Ca fait maintenant 2 jours que l’Astrolabe aurait dû arriver. Après avoir débloqué d’un glaçon une de ses hélices, il est resté coincé dans les glaces à un peu plus d’une centaine de kilomètres de DDU, dans l’impossibilité d’approcher. Dans le pack, hier il était emmené par le courant, repartant vers Hobart, sans pouvoir réagir. Si hier les nouvelles étaient alarmantes, aujourd’hui elles sont meilleures. Grâce à la tempête que nous subissons depuis hier (avec des rafales à 180 km/h), la banquise a considérablement débâclé, emportant tout sur son passage. Les paysages sont méconnaissables, les icebergs ont bougé de place. Les endroits sur lesquels nous nous étions perdus au milieu des manchots quelques heures auparavant n’existent plus. Nous sommes sur une île, presque détachés du continent.
De ce fait, le bateau a pu se frayer un passage. La mer est toujours très agitée avec beaucoup de houle. L’Astrolabe approche mais ne peut pas accoster. Nous le voyons au loin. Il fait des allers-retours entre les icebergs, se cachant de temps à autre derrière l’un d’eux pour se protéger des rafales. Il patiente. Il attend le bon moment pour se rapprocher. Peut -être demain matin. Il va devoir encore casser la glace pour arriver à quai. La traversée a été difficile pour les passagers qui ont été secoués.

Ça fait donc 2 jours que nous sommes dans l’attente de l’arrivée du bateau (avec des informations très changeantes en peu de temps), mêlés à l’appréhension de voir débarquer un groupe de personnes qui va ébranler la petite vie tranquille dans laquelle nous nous étions installés depuis 3 semaines. Les activités ici marchent au ralenti du fait de cette attente, l’ambiance est presque pesante. Ceux qui vont bientôt partir se préparent, ceux qui attendent leur relève pour se décharger un peu s’impatientent, ceux qui redoutent cette arrivée ronchonnent…
Nous savons que cette arrivée va chambouler notre rythme. Comme c’est inévitable, il nous tarde que ce soit fait une bonne fois pour toutes! La préoccupation principale, pour ne pas dire la seule, est cette arrivée qui se fait attendre! A bord, les produits frais… L’arrivée des fruits et des légumes apparaissent de plus en plus dans les discussions. Ce sont surtout les anciens hivernants qui en parlent.

Chaque jour je mesure combien il est difficile de projeter ou de planifier dans de telles conditions. Rien n’est aussi incertain que l’Antarctique. Ce qui est vrai à un temps T ne l’est plus l’instant d’après, et c’est encore plus marquant ici. Même la nature et les paysages le manifestent. C’est inimaginable de voir combien nous sommes soumis aux contraintes des éléments naturels. Ils s’imposent à nous. Le vent, le blizzard, sont déterminants dans le choix des activités quotidiennes, mais aussi dans l’organisation à court terme des transports de personnes ou de frets. L’espèce humaine n’est pas grande chose au milieu de tout ça. Pourtant elle résiste et essaie de prendre une place. Au final, elle ne s’en sort pas si mal.
Les incertitudes sont omniprésentes et ne facilitent pas la mise en œuvre du travail sur place. Et nous passons notre temps à nous ajuster continuellement aux situations si nous ne voulons pas trop en souffrir: lâcher sans doute une certaine rigidité que nous aurions eu en France. On se plie et on accepte que les choses se passent ainsi sans qu’on ne puisse y faire grande chose. Pas facile d’accepter de ne pas contrôler…Résignation? Ou adaptation?!

Entre les entretiens à mener pour mon programme, j’essaie de m’aménager des temps de découverte des autres corps de métiers par la pratique. J’ai passé quelques heures en menuiserie, pour apprendre à utiliser les machines pour découper le bois. J’ai participé au transpondage des poussins empereurs pour aider  les ornithologues qui avaient 300 poussins à équiper d’une puce pour les suivre à la trace. J’ai participé à un autre programme scientifique, Antavia, pour surveiller les Adélies qui couvent actuellement leurs œufs. Dans le cadre de mes pré-manip, j’ai travaillé avec les océanologues (appelés aussi les pêcheurs) sur la mise en fonction d’un robot aquatique permettant de visualiser et de recueillir des espèces sous la banquise. Des journées bien chargées, sans vraiment de limite.
Je vous envoie quelques photos des activités et paysages dans un prochain mail.

Est-ce que vous profitez vous aussi des beaux paysages blancs en France?

En espérant que tout se passe bien pour vous
A bientôt
Aude

Vendredi 30 novembre 2012

Bonjour à tous,

 

Tout se passe bien ici. Les journées sont plus que remplies, le temps passe vite et en même temps j’ai la sensation de marcher au ralenti. C’est un sentiment partagé par la plupart des gens qui sont sur la base. Je me rappelle avoir déjà eu cette sensation la dernière fois. Nous n’avons pas d’explication scientifique, mais nous constatons bien que le temps qui s’écoule ici n’est pas le même que celui en France. Tout le monde à des journées pleines et pourtant, arrive le soir avec le sentiment de s’être levé une heure auparavant mais avec la fatigue d’une journée. Difficile à décrire.

Est-ce lié au fait qu’il fasse jour tout le temps? Aux rotations de la terre? Au rythme de vie qui change? Chacun essaie de trouver sa petite explication sans être vraiment convaincu. Sentiment de ne pas avoir une minute à soi et en même temps de ne pas avancer, de faire du surplace.

Ca fait bientôt deux semaines que je suis arrivée en Terre Adélie. J’ai le sentiment d’y être depuis bien plus longtemps, comme s’il n’y avait pas eu de coupure entre mes deux passages. Sans doute l’effet d’un environnement clos. J’ai retrouvé mes repères rapidement, les habitudes de DDU, l’organisation de la vie de la base etc… Le rythme de DDU.

Je commence à trouver mon rythme. Après être passée par une phase d’insomnie, de fatigue, de faim continuelle, mon rythme commence à se caler.

Par contre, je commence à perdre la notion du temps dans les dates, les jours. Ca commence à être difficile de se repérer dans la semaine et même dans le mois. Nous n’avons pas de calendrier. Les rotations de l’Astrolabe deviennent un bon indicateur.

Nous savons que l’Astrolabe part demain soir de Hobart pour une arrivée dans 6-7 jours. La glace est encore très compacte. La banquise bien formée. A moins que le blizzard permette la débâcle de la banquise lors de la prochaine tempête, mais sinon le bateau ne pourra pas atteindre le quai, même en cassant la glace qui est trop épaisse (de 1,60m à 1,90m à certains endroits).

Le temps c’est aussi le climat. Nous avons pu profiter d’1 belle journée il y a 1 ou 2 jours. Mais la tempête est annoncée pour ce week end avec plus de 150 km/h de vent. Des avions étaient prévus et sont annulés. Nous allons à nouveau être enfermés (bien plus pour les risques de chutes que pour le froid), à entendre les sifflements du vent et à sentir les vibrations des bâtiments jusqu’à ce que ça se calme. Le froid n’est pas le même qu’en France. Ici du –10 quand il fait soleil, on ne le sent pas trop. Le froid est très sec, rien de comparable avec la France. D’autant plus que nous sommes équipés. Mais dès qu’il y a du vent, les températures passent facilement à du -15-, -20°C.

Quand le temps est menaçant, c’est aussi des couleurs extra ordinaires dans le ciel, des nuages colorés qui se reflètent sur la banquise et les icebergs. La banquise devient rosée, les icebergs parfois violets, les nuages verts … Je vous laisse savourer la beauté du paysage à travers ces quelques photos prises entre 22h30 et minuit (dans l’ordre chronologique).

On m’a laissé entendre que quelques flocons étaient prévus en France???

 

Bises

Jeudi 22 novembre 2012

Bonjour à tous,

 

Le pré-acheminement s’est bien passé. Nous avons déposé une partie du chargement (citernes de fuel). Le RAID qui va partir d’ici quelques jours sera le premier de l’année. Nous avons donc tracé la piste  jusqu’au départ du raid (emplacement des citernes) afin que le passage du convoi monté sur ski soit facilité. Nous avons mis 6h à parcourir 60km vers l’intérieur du continent : nous étions chargés, nous devions faire le passage pour les engins avec une déneigeuse, et cette partie est montante. Ce qui fait qu’au retour nous n’avons mis que 4h. Le trajet est une expédition… Polaire! Être sûr que tout le monde suit, que les cuves soient bien attelées, que la carte de navigation fonctionne, qu’il n’y ait pas de panne… Une tension constante, sans répit.  Au milieu d’un désert de glace, il serait impossible de se repérer et de retrouver son chemin. C’est facile de se perdre. Comment faisaient les pionniers sans boussole? ! Le trajet a été rythmé par de fortes secousses. Perdant parfois le contact avec le siège, j’ai cherché à m’agripper à tout ce que je trouvais!

La belle neige intacte a été marquée de notre passage, écrasée sous le poids des engins à chenille.

Une fois arrivés, nous sommes sortis des véhicules, juste le temps de détacher les engins des caravanes. Le peu de temps à l’extérieur était saisissant, même très équipé. Nous devions frôler les –40°C en température ressentie, tellement le vent était violent et glacé. Peurs d’être pris par le mauvais temps annoncé, nous sommes repartis dès que possible. Nous sommes partis à 7h30 et sommes revenus à 20h pour parcourir 120km A/R : nous nous sommes enlisés sur le chemin retour entre Prud’homme et DDU en pick up…!

Aujourd’hui, le mauvais temps était prévu, la météo ne s’est pas trompée. Depuis ce matin des rafales à plus de 160 km/h. J’ai quelques difficultés à tenir sur mes 2 jambes malgré les passerelles (quand elles sont encore visibles) et les rambardes qui facilitent grandement les déplacements. C’est du blizzard, la neige est soulevée (ou peut-être neige t-il à l’horizontal?, c’est impossible à dire) et diminue considérablement la visibilité. On ne peut sortir des bâtiments temporairement qu’équipé d’un masque, de gants, de chaussures crampons, de combi. Dans ces cas, la température ressentie (dépendante des gens) est estimée à –10, -15 voire parfois –20°C.

Les manchots qui avaient pris l’habitude de me réveiller par leurs piaillements sous ma fenêtre vers 5h tous les matins ne font pas les malins.  Nous ne les entendons plus. Ils sont tapis, ensevelis sous la neige et semblent bien les seuls à pouvoir supporter ce temps. Comment font-ils? Certains ont des œufs, vont-ils résister au froid? Les bâtiments tremblent sous les rafales de vent, la neige se déplace en monticules devant les portes, la glace est projetée contre les parois des bâtiments, faisant un bruit de casse.

Demain, c’est une journée à l’identique qui est prévue. Enfermement en ce qui nous concerne.

Quel temps fait-il en France? Neige t-il? Comment sont les températures?

 

Quelques photos pour vous accompagner dans votre journée.

A bientôt

 

Aude

Mardi 20 novembre 2012

Petit message pour vous donner quelques nouvelles. J’ai commencé les entretiens lundi. J’essaie de mêler travail et balade dans la même journée. Il fait beau mais ils annoncent une dégradation à partir de jeudi avec des vents à + de 130km/h.

Hier j’ai fait une super belle balade. La banquise ne débâcle pas, il y a beaucoup trop de neige avec bcp d’épaisseur de glace. La dernière fois que je suis venue, ce n’était pas comme ça. L’île était petite et cette balade n’existait pas. Les paysages ont changé tellement il y a de neige. Ils ont eu 21 jours de neige au mois d’Août, le record était de 17 jours en 1970. Les météorologues l’expliquent par le réchauffement de la planète qui génère des vapeurs d’eau plus importantes, qui se transforment en neige. Il risque donc d’y avoir de plus en plus de neige. La preuve: l’an dernier la banquise n’a pas débâclé. Cette année pour le moment, à moins que les coups de vent soient suffisamment violents, mais sinon la neige et la glace sont épaisses.

Avec quelques uns du groupe d’hivernants, nous nous sommes rendus à l’île du débarquement, là où Dumont D’Urville a débarqué pour la première fois en 1840. C’est une marche d’une vingtaine de km dans la neige, au milieu de grands espaces de glaces, des icebergs, des phoques, sur la banquise. Des étendues de glace qui nous laissent penser que nous sommes à l’autre bout du monde.

Ce matin à 7h30, je dois partir sur le continent pour participer au pré-acheminement du RAID. C’est la préparation au départ du raid. Le RAID est un convoi de caravanes monté sur skis, permettant de traverser le continent Antarctique en transportant du fuel, des denrées alimentaires et frets. Il doit partir d’ici peu de temps pour aller alimenter Concordia, base Franco-Italienne à 1500 km de DDU dans le continent, pour les alimenter et préparer leur hivernage.

Comme à l’endroit de départ du raid il y a une pente, les engins ont des difficultés à tracter les caravanes chargées. Donc il y a un pré acheminement qui consiste à emmener le fuel entre autres à 80km du départ dans l’intérieur du continent, sur une surface plane pour faciliter le départ du convoi. Le raid partira et raccrochera les caravanes que nous allons déposer sur place avant le réel départ.

Je suis contente de participer à cette expérience qui est déjà un petit bout de RAID. Nous avons environ 4h aller de trajet. Idem pour le retour. Nous sommes 2 conducteurs. Toute la difficulté, d’autant + que c’est le premier départ de la saison, est de repérer les crevasses existantes. Ces crevasses sont parfois difficilement décelables car elles bougent très souvent à cet endroit du continent. Ils ont donc investi dans un radar, mais n’en connaissent pas encore l’efficacité, nous allons le découvrir. Ils prévoient une dégradation du temps en fin de journée.

Je vous enverrai des photos dans un prochain mail

 

Voilà. Je dois me préparer. J’espère que tout va bien. Je vous embrasse.

Samedi 17 novembre 2012

Bonjour à tous,

 

Nous sommes arrivés ce soir à DDU. Nous sommes partis ce matin à 8 h de Christchurch en C 130. Cet avion militaire archaïque nous a permis de survoler le continent Antarctique pendant au mois 2h avant de nous poser, après 8h de vol, à Terra Nova. Nous avons fait une escale de 1h30, juste le temps de visiter rapidement la base italienne. Les paysages sont très montagneux sur le continent Antarctique, surtout à cet endroit.

 

Nous avons pris ensuite un Bassler, petit avion à ski, qui secoue pas mal dans lequel il fait –5°C.

Nous avons eu 4 bonnes heures de vol pour arriver à D10, endroit de départ du RAID, vers Prud’homme, situé à une dizaine de kilomètres de DDU. Nous avons fait le reste du parcours en hélico.

 

Ca fait du bien d’arriver et de retrouver cet endroit.

 

Il y a 9h de décalage horaire avec la France (en +).

Il y a eu beaucoup d’évolution comparé à mon dernier passage : les bâtiments sont + propres, les connexions satellites plus fréquentes, le wifi présent sur la base (pour satellites), bref on va vers  le  confort…!

 

La taille maximale des mails envoyés et reçus ne doivent pas dépasser 5Mo. Les pièces jointes sont limitées à 3,5 Mo

L’adresse mail sur laquelle vous pourrez me joindre est [email protected]

Je vous envoie quelques photos (réduites) dans un prochain mail.

 

A bientôt

vendredi 16 novembre 2012

Bonjour à tous,

Ce matin à 6h, nous avons appris que le vol pour l’Antarctique était annulé. Les conditions météo ne permettent pas le départ. Il fait beau à Terra Nova, mais pas à Mc Murdo, qui est la base américaine. Les américains gèrent les vols en direction de l’Antarctique car ils assurent les secours en cas de besoin. Ils n’ont pas de visibilité aujourd’hui et ont donc interdit les vols en direction du continent. Il faut donc que le temps soit clément à Christchurch, à Terra Nova et à Mc Murdo pour qu’on puisse s’envoler en Antarctique…

 

Hier soir briefing sur les gestes de survie. Nous avons appris à faire du feu avec peu de choses, à monter une tente sur la glace, à utiliser un certain nombre d’outils pour forer la glace et faire un igloo en cas de besoin. C’était intéressant. Nous avons retrouvé sur place des Italiens qui partent sur leur base.

Nous aurons entre 6 et 8h de vol pour rejoindre le continent. Pour des raisons de sécurité mais aussi parce que l’avion n’est pas chauffé ni isolé, nous devons partir équipés de la tête aux pieds. Il n’est pas certain que je puisse voir les blocs blancs: l’avion a peu de hublots, et du fait du manque d’isolation, l’intérieur givre et ne permet pas d’avoir de la visibilité.

 

Si demain vous n’avez pas de nouvelle c’est que l’avion a décollé pour Terra Nova. Sinon… Il n’est pas sûr que je puisse communiquer une fois sur la base italienne.

Il faudra donc attendre que j’arrive à DDU pour que je vous transmette une adresse mail valide.

 

Je vous tiens au courant.

A bientôt

Bises

Aude

Jeudi 15 novembre 2012

Nous sommes une quinzaine à être partis de Roissy mardi. Ça fait 2 ou 3 jours que nous sommes dans les avions. Entre les décalages horaires et les temps de vol, je commence déjà à perdre les repères temporels. Actuellement, nous avons 12h de décalage avec la France.
Nous sommes arrivés hier à Hong Kong vers 15h (local), de passage. Après 12 heures de vol de Paris, nous avons eu 5 heures de transit pendant lesquelles je me suis échappée. Nous sommes repartis pour 11 heures de vol jusqu’à Auckland.
Arrivée à Auckland vers 13h30, pour reprendre un vol en direction de Christchurch dans la foulée. Arrivée vers 17h. Nous avons une nuit sur place et demain matin, le vol pour l’Antarctique est prévu à 8h, direction la base italienne à Terra Nova. C’est un C 130 qui devrait nous emmener et non un Twin Otter (avion militaire américain à ski pouvant emmener jusqu’à 16 personnes).
Il me tarde de commencer à percevoir les premières immensités blanches. Pas sûr dans le C 130…
Si vous n’avez pas de nouvelles demain, c’est que le vol a bien eu lieu.

A très bientôt

Aude

Samedi 10 novembre 2012

Le grand blanc m’appelle. Dans quelques jours je m’envole pour une nouvelle expérience en Antarctique. Le départ est prévu mardi prochain, le 13 novembre, de Paris, pour un périple d’une dizaine de jours avant d’arriver à la base française Dumont D’Urville (DDU). Cette fois-ci, je n’aurai pas le plaisir d’embarquer à bord de l’Astrolabe à l’aller, le fameux brise glace. Mais je n’y échapperai pas au retour…

Mardi, direction Hong Kong, puis Auckland, en Nouvelle-Zélande, pour arriver le 15 novembre à Christchurch. Le vol vers le continent Antarctique est prévu officiellement le 16, en fonction des fenêtres climatiques. Après environ 8 heures de vol j’arriverai à la base Italienne, à Terra Nova. Je resterai sur cette base jusqu’à ce qu’une fenêtre climatique favorable se présente, pour un vol en Twin-Otter direction DDU. J’espère arriver à la base française aux alentours du 20-22 novembre.
Il est prévu que je reparte fin janvier de DDU, pour une arrivée en France approximative vers le 15 février.
Voici les informations que je peux vous communiquer aujourd’hui.
En attendant, je vous dis à très bientôt !

Aude