L’éducation financière : un enjeu pour demain ?

Définie par l’OCDE comme « le processus par lequel le consommateur financier améliore sa compréhension des produits, concepts et risques financiers (…) pour développer sa capacité à faire des choix éclairés » – processus que l’on peut résumer par l’expression anglo-saxonne d’« empowerment » -, l’éducation financière fait l’objet depuis quelques années d’une attention particulière des pouvoirs publics. La prise de conscience de ses enjeux se trouve, en outre, renforcée aujourd’hui par la crise sanitaire et ses conséquences économiques et sociales.

Remédier à une insuffisante culture financière

Au vu de plusieurs enquêtes réalisées en 2018 et 2017, près de 60% des Français ne maîtriseraient pas l’effet de l’inflation sur leur pouvoir d’achat ou le calcul d’un intérêt sur un placement et 51% ignoreraient la définition d’un crédit renouvelable. La France se positionne ainsi à la dernière place des dix pays européens étudiés pour les connaissances économiques et financières de sa population. On peut comprendre dès lors pourquoi les français discréditent le système capitalisme dans lequel nous vivons, ainsi que les traders qui participent à ce système et qui eux, ont un salaire élevé. 

Conscients de ce retard, les pouvoirs publics ont élaboré une stratégie nationale d’éducation financière (EDUCFI) dont la mise en œuvre est confiée à la Banque de France. Sans aller jusqu’à faire comme en Chine où la gestion financière fait partie du programme national de l’enseignement primaire et secondaire, la stratégie française vise  les objectifs suivants : une meilleure maîtrise par les consommateurs de leur budget et de leur endettement, une connaissance par les entreprises des dispositifs d’aide et de financements possibles, un renforcement de l’information des intervenants sociaux sur les dispositifs d’inclusion financière au profit des publics fragiles.

Relever les défis de la crise

Le développement de la culture financière a un important rôle à jouer pour relever le défi de la crise à la fois pour nos concitoyens et, plus largement, pour la relance économique.

S’agissant des premiers, des conséquences sociales sont attendues de la crise actuelle : accroissement du chômage et de la précarité, perte de revenu, augmentation du nombre de pauvres, problèmes d’endettement ainsi, comme le relève la Banque de France, que risque accru d’être victime d’escroquerie et de fraude. Les escrocs, en effet, rivalisent d’ingéniosité pour, surfant sur les difficultés de personnes fragilisées, profiter de l’urgence et faire miroiter des gains faciles. Or, à l’heure où la crise sanitaire a généré une forte épargne des Français privés de consommation « non essentielle » ou contraints à des restrictions du fait des mesures de confinement, une enquête récente de l’Autorité des Marchés financiers (AMF) montre le manque de repère et la crédulité des épargnants. Ainsi, 54 % d’entre eux pourraient faire confiance à un investissement proposant un taux nettement supérieur aux autres placements (3, 4 ou 5 % !) et une garantie du capital « alors même que la promesse d’un tel placement est irréaliste. »

Sur un plan macroéconomique, le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance l’a dit : « l’épargne sera un levier de la relance économique. » Avec presque 100 milliards d’euros d’épargne en banque, il est essentiel de réorienter cet « argent dormant », majoritairement placé sur le livret A, vers des solutions d’investissement. Pour cela, les ménages ont besoin de connaître et comprendre des notions telles que « risque », « liquidité », « taux d’intérêt » « taux d’inflation ». Il reste beaucoup à faire pour qu’une telle acculturation conduise progressivement les ménages à participer à l’effort de renforcement des fonds propres des entreprises : plus de 56 % des Français n’a toujours pas confiance dans les placements en actions, les jugeant selon l’AMF « compliqués, risqués, insuffisamment rentables, parfois peu liquides, d’un accès difficile et requérant une importante surface financière ».

Peut-être, toutefois, la crise actuelle aura-t-elle eu un effet accélérateur, près de 700 000 nouveaux investisseurs ayant fait leur entrée sur les marchés actions.

 

Au-delà de la crise

Le développement de l’éducation financière est antérieure à la crise de 2020 tant il est apparu indispensable de relever dans ce domaine le niveau des ménages français dans un contexte économique évolutif caractérisé, en particulier, par la faiblesse des taux d’intérêt rendant l’épargne classique peu attractive et par les incertitudes croissantes quant à l’avenir de l’État Providence à la française (« Sans éducation financière, une retraite en danger », titrait Inès de Dinechin, en charge d’un Livre blanc sur l’éducation financière).

Outre son rôle pour le financement de l’économie, l’accroissement d’une « épargne utile » grâce à une plus grande diversification des placements, ne peut être que bénéfique aux particuliers mis en mesure de comprendre les différentes opportunités et de définir les solutions les plus adaptées à leur besoin (précaution ? projet immobilier ? retraite ?). Il existe aujourd’hui, bien sûr, des dispositifs fiscaux visant à favoriser l’épargne longue ou l’accès aux marchés financiers mais peut-être n’encouragent-ils que ceux déjà convaincus et connaisseurs. Ce qui est visé à travers une meilleure éducation financière, c’est de faire de l’ensemble des Français des acteurs émancipés et éclairés, prenant en mains la gestion de leurs intérêts propres et conscients du rôle bénéfique qu’ils peuvent jouer pour le financement de l’économie.

Trois millions de petits actionnaires en France en 2019 versus 55 % des Américains détenteurs d’actions la même année selon un sondage Gallup, l’éducation financière a un long chemin à parcourir dans notre pays…

 

 

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