B.A.A.BA

arts appliqués

Analyse méthodique : que dit David Carson ?

David Carson (Tribute to)

Cette double page de David Carson est composée en 2 parties qui forment un rectangle d’or. On voit dans le carré de gauche, une représentation humaine de couleur rouge sur un fond jaune uni solaire. Ses formes sont géométriques, un cou très allongé reliant une grosse tête à un petit buste. Le  nez, la bouche et les seins sont représentés graphiquement. Symétriquement, une silhouette dessine un arc de cercle dans le rectangle de droite. C’est un buste de femme photographiée en contre jour, flou ecomme mangée de lumière du côté où elle est tournée, vers le carré jaune. Ces 2 formes féminines (?) restent énigmatiques parce que leurs formes et leurs couleurs sont simplifiées et ainsi les font ressembler à des idoles primitives. 3 autres éléments nous induisent dans cette interprétation. Ils sont eux aussi assez mystérieux : 2 bandes bleues claires en arc de cercle et terminées par des sortes de doigts symbolisant peut-être des bras en mouvement. Ils entourent une formes embryonnaire verte. Ce qui peut nous éclairer pour l’interprétation de ces signes est sans doute le texte qui  lui fait pendant et se compose dans la partie haute de page de droite. Elle relie le carre jaune et le rectangle photographique. Les mots « what gives unity and coherence to intuition is feeling » se superposent et forment une vague. Les lettres sont de différentes tailles et la césure n’est pas à sa place. Le texte est à peine lisible car les mots se chevauchent, on peut le lire différemment, feeling et intuition pouvant s’interchanger…. Encore du mystère… Or dans son travail, David Carson laisse la place à l’expression libre plutôt qu’à exprimer la « visibilité/lisibilité » du message. Pour lui , la cohérence de la composition est une recherche perpétuelle d’équilibre entre intuition et ressenti (intuition and feeling). On pense bien sûr à l’équilibre du surfer (et l’on sait que Carson en est un) dont les bras forment un arc de cercle, à l’avant et à l’arrière du corps (comme les arcs de cercle bleu ciel), cherchant la sensation sur la crête de la vague, mais aussi cherchant une compréhension intuitive, une osmose (coherence), à faire un (unity) avec les forces de la nature. On pense au formes d’art que l’on dit primitives dont les canons de représentation s’écartent de l’idéal figuratif occidental, au bénéfice de l’expressivité : les silhouettes humaines, la forme embryonnaire ont une présence énigmatique et primordiale, rappelant la naissance… jusqu’à l’eau (la mer)…. Cette composition invente (fait naître) un autre  langage graphique en brisant toutes les règles de la lisibilité… Tout cela est en quelque sorte exemplaire du travail graphique de David Carson, nommé dans le milieu des graphistes « The  Man who killed the grid ». A la trame constructive qui assure la cohésion des compositions de Brockmann par exemple et est représentative de l’exigence de l’école graphique Suisse, il oppose ici les arts primitifs. Quand au rectangle d’or, ce rapport que l’ont ressent comme harmonieux, on le trouve dans l’art depuis l’antiquité et dans la nature, du nautile à la pomme de pin. Tout cela dit la richesse d’un langage qui se renouvelle sans cesse en puisant intuitivement ces ressources dans  notre héritage, qu’il soit personnel, culturel ou  issus de notre rapport à la nature.

Commentaires Clos.