… »Habitants d’une région désertique de la Californie du sud
où quelques rares familles de blancs parviennent seules à
subsister aujourd’hui, les indiens Coahuilla, au nombre de
plusieurs milliers, ne réussissaient pas a épuiser les ressources
naturelles ; ils vivaient dans l’abondance. Car, dans ce pays
en apparence déshérité, ils ne connaissaient pas moins de
60 plantes alimentaires, et 28 autres, à propriétés narcotiques,
stimulantes ou médicinales (Barrows). Un seul informateur
Séminole identifie 250 espèces et variétés végétales (Sturtevant).
On a recensé 350 plantes connues des indiens Hopi,
plus de 500 chez les Navaho. Le lexique botanique des
Subanun, qui vivent dans le sud des Philippines, dépasse
largement i ooo termes (Frake) et celui des Hanunôo approche
2 000 *. Travaillant avec un seul informateur gabonais,
M. Sillans a récemment publié un répertoire ethnobotanique
de 8 ooo termes environ, répartis entre les langues
ou dialectes de 1 2 ou 13 tribus adjacentes (Walker et Sillans).
Les résultats, en majeure partie inédits, obtenus par Marcel
Griaule et ses collaborateurs au Soudan, promettent d’être
aussi impressionnants.
rO) L’extrême familiarité avec le milieu biologique, l’attention
^-^ passionnée qu’on lui porte, les connaissances précises qui s’y
rattachent, ont souvent frappé les enquêteurs comme dénotant
des attitudes et des préoccupations qui distinguent les
indigènes de leurs visiteurs blancs. »…
… »Ce savoir, et les moyens linguistiques dont il dispose,
s’étendent aussi à la morphologie. La langue tewa utilise
des termes distincts pour chaque partie ou presque du corps
des oiseaux et des mammifères (Henderson et Harrington,
p. 9.) La description morphologique des feuilles d’arbres
ou de plantes comporte 40 termes, et il y a 15 termes distincts,
correspondant aux différentes parties d’un plant de maïs.
Pour décrire les parties constitutives et les propriétés
des végétaux, les Hanunôo ont plus de 150 termes, qui connotent
les catégories en fonction desquelles ils identifient
lestantes « et discutent entre eux des centaines de caractères
qui les distinguent, et souvent correspondent à des propriétés
significatives, tant médicinales qu’alimentaires. » (Conklin J,
p. 97.) Les Pinatubo, chez qui on a recensé plus de 600 plantes
nommées, « n’ont pas seulement une connaissance fabuleuse
de ces plantes et de leurs modes d’utilisation ; ils emploient
près de 100 termes pour décrire leurs parties ou aspects
caractéristiques. » (R. B. Fox, p. 179.)
/^j\ Il est clair qu’un savoir aussi systématiquement développé
1 -yOne peut être fonction de la seule utilité pratique. Après avoir
^ »^-^^ souligné la richesse et la précision des connaissances zoologiques
et botaniques des Indiens du nord-est des États-
Unis et du Canada : Montagnais, Naskapi, Micmac, Malecite,
Penobscot, l’ethnologue qui les a le mieux étudiés
poursuit :
« On pourrait s’y attendre, pour ce qui est des moeurs
du gros gibier, d’où proviennent la nourriture et les
matières premières de l’industrie indigène. Il n’est pas
étonnant… que le chasseur Penobscot du Maine possède
une meilleure connaissance pratique des moeurs et du
caractère de l’orignal, que le plus expert zoologiste.
Mais, quand nous apprécions à sa juste valeur le soin
que les Indiens ont mis à observer et à systématiser
les faits scientifiques se rapportant aux formes inférieures
de la vie animale, on nous permettra de montrer
quelque surprise. »
« La classe entière des reptiles… n’offre aucun intérêt
économique pour ces Indiens ; ils ne consomment
pas la chair des serpents, ni des batraciens, et ils n’utilisent
aucune partie de leur dépouille, sauf dans des
cas très rares, pour la confection de charmes contre la
maladie ou la sorcellerie. » (Speck i, p. 273.). »…