B.A.A.BA

arts appliqués

L’ANTI-DESIGN

 Dans les années 60 en Italie, les artistes mouvement de l’Arte povera, les architectes des groupes Archizoom et Superstudio se rassemblent pour fonder de nouveaux statuts à l’art, à l’architecture et au design, au delà  de la séduction qu’opère la société de consommation. Que nous raconte la Valentine d’Ettore Sottsass, dans ce contexte de la fin des année 60.  Comment cet objet en devenant une icône du Pop art, remet-il en question le rôle du design et ainsi participe à la naissance du mouvement anti- design et  d’Alchimia ?

LA PLACE DE LA SEDUCTION EN DESIGN 

L’importance de la qualité “perçue”

Jean-Pierre Vitrac et Jean-Charles Gaté dans Design, la stratégie produit (ed. Eyrolles) répertorie les différents paramètres sur lesquels le designer peut agir pour séduire : la forme, la couleur, la matière, le toucher, le bruit, le geste, l’esprit. Ils écrivent : “La séduction, c’est ce qui nous fait succomber. Les méthodologies, les recherches de concepts sont indispensables pour créer un produit. mais tout cela serait vain sans ce petit quelques chose en plus qui nous rapproche du bonheur. bref, le produit doit séduire”… et plus loins : … “il est révélateur que cette attention portée désormais à la qualité “perçue” accompagne la réflexion plus en profondeur menée par les industriels pour améliorer la conception de leurs produits. C’est la preuve que ce qui pouvait naguère être considéré comme superficiel ou superflu a pris toute son importance”….

Jean-Pierre Vitrac et Jean-Charles Gaté dans Design, la stratégie produit, 1993 (ed. Eyrolles)

 

Contexte critique des années 60

Ettore Sottsass et  Joe Colombo 

 …Ses réflexions sur la naissance d’un nouveau monde poussent Ettore Sottsass à analyser le rôle du designer dans la société qui, au lieu d’aliéner l’homme à l’objet, doit au contraire le déconditionner de ce rapport fétichiste en vue de « faire coïncider culture et libre créativité individuelle ». En tant que designer, il se sent à la fois responsable et impuissant. Il éprouve le sentiment d’être limité par un système qui vise l’obsolescence de l’objet et son perpétuel renouvellement.

Extrait du dossier pédagogique du Centre Pompidou

… »culture et libre créativité individuelle »…

 La société de consommation doit produire à un moindre coût et surtout toujours plus, des objets qui s’usent vite et que l’on doit sans cesse remplacer. Ainsi le good design issu des année 50, qui devait produire des objets fonctionnelles, et répondre aux besoins de confort des usagers, aboutit soit à un design standardisé, soit à la production d’objets à la mode, en tout cas à l’obsolescence programmée. Dans l’euphorie du vite produit, vite choisi, vite remplacé, l’usager devient un consommateur sans fin vite séduit et contenté.

A la fin des années 60, en Italie, naît un nouveau courant radical dont  Ettore Sottsass et Joe Colombo sont les précurseurs. Ils proposent un design modulaire, convertible, mobile, transformable à volonté pour libérer l’espace et s’adapter au gré des besoins, manifeste d’un choix de vie et de pensée. L’usager construit sont environnement, son paysage domestique, comme le laisse entendre le titre de l’exposition qui a eu lieu à New-York en 1972,  Italy, New domestic landskape, qui a réuni les designers de ce courant.

Alchimia,  un « laboratoire pour une iconographie nouvelle »

objets uniques ou des séries limités. 

Brochure éditée à l’occasion de l’exposition « Ettore Sottsass Jr Contre-design » au FRAC Centre du 19 mai au 30 juillet 2006

… »Ettore Sottsass rejoint en 1979 le groupe Alchimia, fondé à Milan en 1976 par Alessandro Mendini et Adriana Guerriero. Ce groupe propose une vision renouvelée du design où la métamorphose des objets du quotidien en objets imaginaires s’opère par l’alchimie des surfaces, des couleurs, des matériaux. »…

Extrait du dossier pédagogique du Centre Pompidou

La Valentine est peut- être un objet de design qui à rater sa cible, mais c’est un objet manifeste. Elle représente un pas vers notre nouveau rapport à l’objet, qui au delà du service qu’il peut nous assuré répond à notre besoin d’interférer sur notre univers. Ainsi est-elle représentative du mouvement anti-design du  tournant des années 60. En laissant plus de place à la créativité de chacun, elle me semble plus proche de nos aspirations actuelles.

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