B.A.A.BA

arts appliqués

Maniérisme, antimaniérisme, et un peu de la question du classicisme

Walter Friedlander écrit Maniérisme et antimaniérisme dans la peinture italienne, en 1957, et rompt avec la vision admise  et péjorative d’une histoire de l’art découpée en  âges d’or, précédés par des périodes primitives et suivis par des périodes de décadence.

Pour Walter Friedlander le maniérisme est un style anticlassique, et il lui confére une place novatrice dans l’histoire de l’art. Et la réaction baroque, qu’il nomme antimaniérisme, s’insurge non pas contre l’anticlassicisme, [ le style noble, pur, idéaliste et antinaturaliste qui a duré de 1520 à 1550 ], mais contre l’art maniéré, [ devenu di maniera à force de répétitions, tours de force et amplification ingénieuse …] p 84-85

Extraits de Maniérisme et antimaniérisme dans la peinture italienne

Walter Friedlander, ed. Art et artistes Gallimard

[ On renonce définitivement aux normes apparemment établies par la nature et donc érigées en lois. Il ne s’agit plus de traduire la réalité observée sur un mode artistique, «  telle qu’on la voit » ou, si elle est magnifiée et dotée de connotations morales, «telle qu’on devrait la voir ». ]

[La représentation gouvernée par des lois, reconnue de façon intersubjective et, par là même, supposée donnée d’avance, «naturelle », cède la place à une création subjective «antinaturelle ». ]p 24

[ Trois personnalités ont déterminé le style nouveau qui s’affranchit du classique, s’élève contre les règles d’équilibre de la Renaissance, instaure un mode de figuration rythmique subjectif et élabore des espaces irréels : Pontormo, Rosso et Parmesan. À Florence, ce style est issu de l’entourage d’Andrea dei Sarto, en réaction contre la beauté tranquille de la deuxième Renaissance florentine, et il a déjà pris forme entre 1520 et 1523. ] p 76

[ La possibilité nous est rarement offerte de repérer aussi préciment un tournant dans le cours des choses

artistiques, comme nous a permis de le faire le témoignage de Vasari (énonçant l’opinion du public) sur la façon dont Pontormo s’est détourné de l’art vrai. ]…[ Ce tournant historique est donc établi par un document relatif à Pontormo, mais il ne concerne pas seulement cet artiste. Il s’agit bien plutôt d’une transformation globale du style à laquelle participent Rosso puis Parmesan, et qui devient le point de départ dun mouvement européen. À la mort de Raphaël, l’art classique de la deuxième Renaissance s’éteint, même s’il est aussi immortel que le « divin » Raphaël lui-même, et renaîtra toujours sous des formes nouvelles. Il est remplacé par la nouvelle attitude anticlassique maniériste, subjective, qui prédomine maintenant. Malgré tous les contrecourants, cette suprématie persiste pendant près de soixante ans, jusqu‘à ce qu une nouvelle réaction réussisse à s’imposer, une réaction inspirée à la fois par les Carrache et par leur antipode Caravage, qui va évincer sciemment la période précédente du Cinquecento. Cette période, inaugurée par Pontormo, Rosso et Parmesan, que surplombe le génie de Michel-Ange, ne constitue pas une simple transition, ni une simple jonction entre la Renaissance et le baroque, mais une époque stylistique distincte, autonome et d’une portée considérable  » . ]… p78

La note 35, p 157-158

Une question se pose: l’histoire culturelle permet-elle de justifier ce changement de style apparemment soudain? Car, s’il y a eu une certaine lassitude, une réaction contre la trop belle harmonie du grand art classique, cela ne constitue pas une explication suffisante. Certaines motivations sont à chercher dans les mentalités de l‘époque, Des indices complémentaires sont fournis par la littérature et la musique. Mais pour démontrer des interconnexions de cet ordre entre les arts, il faudrait maÎtriparfaitement toutes les données, et pouvoir entrer dans les détails afin d’éviter de tomber dans des généralisations hâtives. Les ferments d’agitation religieuse sont certes psents en abondance, et expliquent peut-être aussi lorientation vers plus de spiritualité qui caractérise les débuts du mouvement. Mais il serait difficile de trouver des causes à ce phénomène (les analogies sont une tout autre affaire). On peut méditer sur cette réflexion extraordinairement hardie de Giordano Bruno, citée par Julius Sch10sser dans Die Kunslliteracul » des Manierismus (tome VI des Maten·alen zur Quellenkunde der Kunst geschichte, p. 110) : « L ‘artiste seul est le créateur des règles et les règles n’existent que pour autant qu’il y a des artistes. »…

Commentaires Clos.