B.A.A.BA

arts appliqués

Céramique japonaise, sobriété et irrégularité

Le développement de la céramique et de la cérémonie du thé sont indissociables.

 

2000-1000 av JC

La céramique Jõmon à décor de corde

La poterie céramique marquée au cordon est caractéristique des premiers habitants du Japon au néolithiques. C’est aussi une des plus anciennes céramiques connues.

Jarre, Milieu de la période (env. 2500-1500 avant J.-C.) Japon Faïence, non vitrée

Jarre, Milieu de la période (env. 2500-1500 avant J.-C.) Japon Faïence, non vitrée

Bol profond avec poignées et jante sculpturale, fin du Moyen Jomon (env. 2500-1500 avant J.-C.), env. 1500 BC Japon Faïence

Bol profond avec poignées et jante sculpturale, fin du Moyen Jomon (env. 2500-1500 avant J.-C.), env. 1500 BC Japon Faïence

 

XIIe-XIVe siècle

Le thé apparaît au Japon au Xe siècle, d’abord dans les monastères sous forme de morceaux de brique de thé compressé, et se développe  au XIIe en même temps que la doctrine bouddhiste zen, sous forme de poudre battue à l’aide d’un fouet à la manière chinoise des Song.

Les chakai (réunions de thé codifiées), sont les premières formes de cérémonie du thé, organisées par les Shõgun. On boit le thé dans des tenmoku, (grès des Song du Sud à glaçure dites « peau de chamois »), de couleur sombre et de forme conique.

A Dark Tenmoku Glazed 'Hare's Fur' Tea Bowl, Song Dynasty (960-1279)

A Dark Tenmoku Glazed ‘Hare’s Fur’ Tea Bowl, Song Dynasty (960-1279)

 

Parallèlement, la production médiévale de céramiques japonaises est destinées à la vie quotidienne, comme les Tsubo (jarre à ouverture étroite), ou les Kame (jarre à ouverture large)…

Céramique japonaise

XVe-XVIe siècle

Au XVe, en même temps que se développe le boudhisme zen, la préparation et la dégustation du thé devient un exercice de méditation. C’est a ce moment que naît le concept de wabi-cha, associé aux céramiques irrégulières. Le wabi-sabi (sobriété mélancolique) fondé sur les principes du Boudhisme zen*, humilité, fragilité de la vie, imperfection de la nature s’incarnent dans le chadò ou Voie du thé. Les ustensiles de la cérémonie, et le pavillon du thé vont porter ces caractères shibui (de pureté et profondeur portés par la matière).

La période Momoyama (1573-1603) va produire les grès alimentaire les plus en accord avec cette philosophie : spontanéité dans la création et déformations nées de l’accident. Ces céramiques sont imparfaites physiquement et  en cela  vecteur de la méditation selon la philosophie du Boudhisme zen et intellectuellement parfaites : objets d’usage, du quotidien, sans importance (le rien, l’insignifiant), simples formes accidentées, d’une expression poétique, sensible et intuitive suggérant la perfectibilité de la vie.   La rugosité des textures différentes obtenues par des couvertes accidentelles ou appliquées font appel au sens du toucher. Les motifs simplifiés, jusqu’à l’abstraction recèle la nature de la beauté.

Le maître du thé Sen no Riky? (1522-1591), développe une esthétique de plus en plus dépouillée : la salle de thé se réduit à 2 tatamis et l’on entre en s’agenouillant par une ouverture carrée de 60 cm.

Les productions des vieux fours

 Six lieux (rokkõyo, ou 6 vieux fours) : Seto, Shigaraki,Bizen, Echizen, Tokoname,Tamba produisent des grès dans l’esprit wabi-sabi.

Les défauts de  cuisson deviennent décor

Hidakusi (cordes de feu) : décors rouges obtenu par la variation de température provoquée par la combustion de paille destinée à empêcher les pièces de coller entres elles.

Céramique japonaise 1 copie

Goma (graines de sésame)  tâches jaunâtre obtenu par la retombé de cendre dans le four.

Céramique japonaise 2 copie

 

Les céramiques à couvertes appliquées

Bols Seto-Guro (noir de Seto) : parois droites épaisses,  pied enfoncé dans le corps, noir obtenu par refroidissement rapide de la pièce

 Céramique japonaise 4

Coupes et bols ki-seto ( Seto jaune)

Céramique japonaise 5 copie 

Céramiques shino : épaisse couverte blanchâtre

Grés peint, e-shino, à décor abstrait libre

Céramique japonaise 3

nezumi-shino (shino gris)

beni-shino et aka-shino (shino rouge)

neri-shino ( shino d’argiles mélangées)

Raku

Bols de formes uniques et irrégulières

Le raku yaki est synonyme de cuisson basse température, les pièces émaillées sorties d’un four à environ 1 000 °C sont rapidement recouvertes de matières inflammables naturelles comme de la sciure de bois compactée afin d’en empêcher la combustion en limitant l’apport d’oxygène au contact de l’émail en fusion. Cette phase est la réaction d’oxydoréduction au cours de laquelle apparaissent les couleurs plus ou moins métallisées, les craquelures ainsi que l’effet d’enfumage de la terre laissée brute qui forment les principales caractéristiques de ce type de céramique.

Raku

 

 

 Evolution

La céramique évolue vers une plus grande finesse de matière

 Grés oribe-yaki ( du nom du maître du thé, Furuta Oribe 1545-1615) : les formes asymétriques et les décors abstraits sont vigoureux, couverte partielle de couleur verte à base d’oxyde de cuivre.

Bols kuro-oribe (oribe noir) : couverte partielle noire.

Oribe 1

 

XVIIe- mil. XIXe siècle 

Pendant la période suivante (Edo, 1603-1868), les artisans vont déformer sciemment leurs productions, et la sophistication formelle va détrôner l’esthétique authentique du dépouillement.

Raku XVIIIe

XVIIIe

Galuchat

mil. XIXe et XXe siècle

Pendant l’ère Meji (1868-1912), cette céramique traditionnelle va tomber dans l’oubli.

Elle va être remise au jour en particulier par l’intérêt que va leur porter les artistes de la période art nouveau, pour leur intimité avec une « vérité » de la nature et leur qualité artistique et artisanale, et par l’attention que porte le design moderne et contemporain à l’esthétique de la modestie.

Oribe

Kitaoji Rosanjin (1883-1959)

CRI_9072

Céramique e-shino, Kitaoji Rosanjin

 

Renaissance des styles traditionnels

Mouvement Mingei (début XXe) : fondé par Yanagi Sõetsu

Mingei signifie à la fois art populaire et artisanant.

Il doit être modeste mais non de pacotille, bon marché mais non fragile. La malhonnêteté, la perversité, le luxe, voilà ce que les objets mingei doivent au plus haut point éviter :ce qui est naturel,sincère,sûr,simple, telles sont les caractéristiques du mingei.” Soetsu Yanagi, L’Idée du mingei, 1933 Dans la présentation de ses collections permanentes, le musée du quai Branly a souligné les qualités esthétiques et techniques de traditions locales qui, dès le moment de leur collecte, se trouvaient menacées par l’uniformisation de la mondialisation. En refusant de privilégier le luxe et le paraître, le mouvement mingei, entraîné par le penseur Soetsu Yanagi et soutenu par une nouvelle génération d’artistes-artisans, s’est efforcé dès les années 1920 de révéler la beauté des objets d’usage quotidien et leur dimension spirituelle. Il s’est aussi préoccupé des conditions du développement futur de l’artisanat. Cette prise de conscience collective, qui ne refusait pas le modernisme et qui a bénéficié de la venue au Japon de Bruno Taut, de Charlotte Perriand et d’Isamu Noguchi,s’est exprimée dans certains aspects du design dès l’après-guerre où l’action de Sori Yanagi, fils de Soetsu, a été déterminante.

Bol,  Shoji Hamada

Tea bowl with sugarcane design in black iron glaze. 1955. by Shoji Hamada. Mashiko, Japan

 les objets

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*venu de Chine du VIe au XIIIe siècle par vagues successives

bibliographie : Céramique japonaise, sobriété et irrégularité, Catalogue d’exposition, Musée départemental Georges de La Tour, Vic sur Seille, Conseil général de la Moselle, Silvana Editorial

 PDF  : Japon irrégularité et sobriété

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