B.A.A.BA

arts appliqués

Technique et Poésie : Plat rustique de Bernard Palissy, fin XVIe et Plat à l’escargot d’Hella Jongerius, 2004

| 0 Commentaires

Exercices-d'écriture

Bernard Palissy
Décors

  • plat rond
  • serpent lové en bas-relief
  • feuillages
  • couleurs naturelles

Technique

  • moule d’après nature
  • estampage
  • engobe, émaux, couleurs jaspées

Connotation

  • observation de la nature
  • reproduction fidèle des détails
  • objet de curiosité scientifique : observation de la anture et technologie mise en oeuvre
  • couleurs vivantes : vision de peintre

 Hella Jongérius

Décors

  • plat rond
  • escargot réaliste, dans sa forme et sa couleur
  • trace de bave en fleurettes dorées

Technique

  • coulage dans des moules
  • émaillage
  • décalcomanie

Connotation

  •  reproduction fidèle
  • « objet souvenir » et décor de « grand-mère »
  • contre-emploi des décors : geste d’artiste

Synthèse 

les artistes poétisent la technique…

Des techniques de reproductibilité  à la poétique de la technique

Palissy est un homme exemplaire de la Renaissance : c’est un curieux et un inventeur. Ces plats ornés de coquillages, reptiles et végétaux témoignent de son observation de la nature et des technologies particulière qu’il a mis au point pour être le plus fidèle possible aux originaux. Il estampe les éléments de décor qu’il disposera dans le fond de ses plats dans des moules en plâtre réalisés sur les animaux et végétaux. Bernard Palissy travaille les couleurs des engobes et des glaçures pour  les rendre plus vivantes et naturaliste, en cherchant à  produire de riches couleurs jaspées. Ces plats « rustiques » (ainsi qu’il les nomme en référence à la nature)  sont dans le goût de la Renaissance. Ce sont des objets de curiosité scientifique, par l’extrême finesse des détails et leur fidélité aux formes des originaux. Cependant la terre qui transparait sous la glaçure, les coulures, tout en témoignant de la qualité de la technique de mise en oeuvre, serait plus proche de l’oeuvre et de l’interprétation d’un peintre.
Les assiettes de HG sont « parfaites »,  un escargot trône au milieu de l’assiette, ou un faon, ou un hippopotame, la forme est réaliste, pas de coulures, pas de bavures. L’objet pourrait faire  penser aux objets « souvenirs », aux bibelots en porcelaine qui trônaient sur la TV des familles friandes d’objets ressemblants et gentiment mièvres. Si ce n’est que Hella Jongerius,  a parsemé ses animaux d’un décor de semis de fleurs. Ce sont des décors réalisé par une technique spécifique du décalcomanie que l’on voit d’habitude sur les objets familiers que nous tenons de nos grand-mères, semis de petites fleurs roses pour le faon, myosotis (Forget me not) pour l’hippopotame, fleurettes dorées pour la bave de l’escargot. Mais ce décor est ici utilisé à contre emploi, apposé sur un autre décor, l’animal dans l’assiette, avec lequel il n’a rien à voir. Là encore, la perfection formelle est transgressée et ennoblie, par  le geste de l’artiste. Le réalisme est interrogé, et la technique au lieu de rendre l’objet banal, de le standardiser, vient à son secours, pour en faire un objet poétique.

D’ailleurs ces assiettes sont à peine faites pour recevoir de la nourriture. On imagine  le tableau surréaliste de l’escargot émergeant de la sauce, ou du serpent aux aguets sous une grappe de raisin… Ce sont des objets d’apparat, puisque on l’ a vu, ils témoignent des qualités du travail artisanal ou industriel. Mais ils nous rappellent la culture humaniste et son bon usage des sciences et techniques (préoccupation environnementale d’aujourd’hui en écho à l’étude de la nature du XVIe), avec ces corollaires de bienveillance, de solidarité, de tolérance, d’attention au monde qui nous entoure …

Laisser un commentaire