B.A.A.BA

arts appliqués

Une correction !

On vous demande d’observer/analyser les documents proposés et ceux que vous convoquerez, d’organiser les différentes parties du devoir sur des thématiques en lien avec le sujet et de les annoncer dans l’introduction, de faire référence à des objets de design ou d’autres domaines, de la période des objets proposés, ou d’autres, présentés de manière raisonnée c’est à dire en expliquant le lien avec votre argumentation, et  à des courants et périodes de design ou d’autres domaines et de communiquer c’est-à-dire de mettre en relation les analyses sous forme de croquis et le texte.

 

FONCTION(S)
Quelles fonctions pour les objets ?

 

Jean Baudrillard écrit en 1968, dans Le sytème des objets : « Les objets en particulier n’épuisent pas leur sens dans leur matérialité et leur fonction pratique…. »
Forme, matière, couleur, que cache les objets derrière leur apparence ? A quelle fonctions fait-on référence, et quelle autre fonction se cache dérrière ce pluriel ? Nous allons repérer  le rapport forme/ matière/fonction qui s’est « pencher sur le berceau » respectif d’objets des années 50 et des année 80, et nous questionner sur ce sens supplémentaire que Jean Baudrillard leur prête et ce qu’il révèle de la société qui les produit.

 

En analysant les 2 objets du corpus, le combinè SK4 de Hans Gugelot et Dieter Rams pour la firme Braun, datant de 1956, et la bouilloire de Michael Graves pour Alessi de 1985, on remarque outre que leur forme répond à la fonction d’usage de chacun, qu’elle est conçue à partir d’une trame constructive. La surface rectangulaire du plateau du SK4 se décompose en 2 carrés, l’un recevant le plateau tournant du tourne disque dont le centre coïncide avec le croisement des diagonales du carré, et l’autre le bras de lecture et ordonnés dans une zone rectangulaire, les boutons de commande de l’appareil. Certaines lignes projetées sur la façade du boîtier, déterminent l’encombrement des haut-parleurs (voir schéma 1).

Cette organisation rigoureuse dans une trame, rappelle l’ordonnancement de l’idéal  classique, rapport mathématique des hauteur/diamètre/entrecolonnement des péristyles grecs, ou la partition des façades suivant des rapports harmoniques, comme le nombre d’or au Parthenon (IVe siècle av. JC),  attention que l’on retrouve dans l’architecture et le mobilier classiques et néoclassiques du XVIIe au XIXe siècle (voir schéma a de la façade tripartite d’une commode a ressaut central de style Louis XVI, fin XVIIIe).  Ce système assure une grande cohésion et lisibilité des parties en établissant entre elles des correspondances comme on l’a vu entre le plateau et la façade du SK4 (schéma 1). De plus les matériaux modernes, corps en métal plié, léger et solide, d’une mise en œuvre mécanique maîtrisée au milieu des années 50  et facile à peindre, couvercle en Plexiglas protecteur mais qui laisse voir la simplicité technique de l’objet, gage de sa bonne conception, ou plus traditionnel, comme le bois clair des panneaux de côté d’une grande sobriété, apportant ce qu’il faut de chaleur à cet objet vecteur entre autre du plaisir d’écouter un orchestre entier dans son intérieur, tout est fait donc pour qu’il réponde au mieux à cette fonction d’usage, et une autre qui est de pouvoir choisir une station de radio même si elles sont à l’époque beaucoup moins nombreuse qu’à présent pour se divertir, se cultiver ou d’être informé .

On retrouve ce même attachement et ce même rapport entre forme et fonction d’usage dans la bouilloire de Michael Graves, ( voir schéma 2. Le cône du contenant a une base bien stable pour tenir sur le feu, et chauffer le contenu, l’ouverture pour le remplissage est large et fermée par un couvercle bien joint pour raccourcir le temps de chauffage, l’anse et la poignée du couvercle dont ergonomique, le bec verseur du bon diamètre (on attend pas ici le jet fin et élégant d’une théière), de la bonne dimension et inclinaison pour servir l’eau, et pour les matériaux, le métal va au feu, le polyéthylène est non conducteur de chaleur pour les partie que l’on doit prendre en main. La forme de cet objet est elle aussi conçue suivant un tracé directeur ( voir schéma 2), le carré dans lequel s’inscrit le cercle de l’anse, s’inscrivant lui même dans le carré de la forme générale, le rapprochant encore d’un objet fonctionnel tel qu’on l’entendait dans les années 50.

 

Comme on l’a vu, le SK4 dont la forme réfléchie rend plus  aisée la compréhension de la technicité et de l’utilisation de l’objet est représentatif du design fonctionnel et rationnel des années 50. Il répond au 10 critères pour un « bon design » qu’édicte Dieter Rams, l’honnêteté et la modestie de la forme et des matériaux, la simplicité de l’apparence, sont les caractères de beauté et la valeur d’estime des objets fonctionnels des années 50. Cette esthétique de la modernité se fonde sur une conception raisonnée mettant en tension l’usage, la mise en œuvre des matériaux et le système de production de l’objet. Déjà en 1926 pour la chaise longue de Ch. Perriand et Le Corbusier, la dimension symbolique/fictionnelle représentée est celle de la modernité, caractérisée par une attention particulière porté au confort et à l’ergonomique  : la différenciation des fonctions permettant le mouvement de balance de la structure portante sur la structure porteuse, qui résulte de l’observation des différentes positions de repos que prend le corps naturellement ( voir schéma a). C’est dans cette dimension fictionnelle/symbolique que la bouilloire de Michael Graves présente des différences. Le »décoratif » que refuse les fonctionnalistes s’appuyant sur l’idée que toute forme doit être utile est ici re-interrogé. Que dit le décor, que dit le sifflet de la bouilloire en forme d’oiseau, la sur-épaisseur de l’anse et les perles en polyéthylène coloré, la frise de bulle en métal repoussé qui orne le contenant ? Le glissement sémantique de la traditionnelle bouilloire qui siffle lorsque l’eau bout au bouchon en forme d’oiseau, les bulles en référence à l’eau bouillante, bouillonnante, cet « inessentiel » comme le nomme Baudrillard dans « Le système des objets », qui joue sur le sens littéral (siffler, bouillonner…) ajoute à cet objet du quotidien, un sens visuel ludique et poétique presque surréaliste.

La bibliothèque Carlton d’Ettore Sotsasss des mêmes années 80, utilise aussi les codes de la modernité mais en les détournant de leur fonctionnalité rationnelle. Ici la trame constructive génère des obliques qui accompagnent le mouvement naturel des livres qui est de tomber lorsqu’on les pose sur la tranche. Normalement il faut les serrer les uns contre les autres ou avec un serre livre, et on pourrait se demander si finalement la solution proposée par Ettore Sotsass qui évacue une opération contraignante (serrer) ne serait pas plus fonctionnelle en se sens que l’archétype de la bibliothèque qu’est la bibliothèque Billy d’IKEA schéma b). Sans parler des étagères supérieures qui prennent la forme d’un personnage totémique levant les bras au ciel, ni des couleurs vives qui élargissent la gamme des couleurs vives et primaire couramment employée comme code de la modernité dans le design (bibliothèque Jean Prouvé et Ch Perriand, pour la Maison de la Tunisie, années 50, schéma c) et inspiré du néoplasticisme de l’entre deux-guerre, aux couleurs vives secondaires dans une joyeuse subversion.

La Conica est aussi un bon exemple de cette attention à une fiction de l’objet qui donne à l’objet une dimension empathique. Sa forme géométrie pourrait rappeler l’esthétique des objets du design fonctionnelle des année 50, d’autant plus que chaque volume ou forme répond aux différentes fonctions de la cafetière à  pression : verticalité de de la forme répondant à la verticalité de l’opération de préparation du café (voir schéma d) utilisant le système de pression, l’eau portée à ébullition dans un réservoir bas imprégnant la poudre de café placé dans un filtre et montant par une cheminée dans une chambre haute à l’état de boisson café. Le procédé reprend celui de célèbre cafetière à moka italienne en aluminium des années 50, objet fonctionnel par excellence, représentatif du design des arts ménagers des 30 glorieuses. Cet objet on le voit, a donc bien à voir avec un objet moderne fonctionnel, il répond aux fonctions de contenir, verser, prendre en main, fermer etc… Cependant, la Conica n’a pas de charnière à son couvercle et ce choix de simplicité formelle auquel l’architecte tenait absolument est surtout la conséquence de ne pas vouloir rendre la forme moins lisible, celle d’une tour, minaret rappelant les origines orientales du café, ou tour gothique puisée dans la mémoire de l’enfance de l’architecte. Cela nous indique que nous somme bien dans une perspective autre que celle du design fonctionnel. De la même manière, la complexité des opérations mises en œuvre pour réaliser cet objet, plusieurs opérations d’emboutissage d’un cercle de métal étant nécessaire pour obtenir cylindres et cône, nous éloigne du fonctionnalisme rationnel, qui optimise fonction, matériaux, procédés de fabrication et coût.

 

On peut alors se demander pourquoi ces formes du design ont-elles évoluées ? Dans quel contexte, pour répondre à quelles nouvelles attentes des usagers ? Si les objets des années 50, répondent à un idéal de modernité fonctionnel, rationnel et même hygiéniste, un besoin de confort assez compréhensible, après les situations cataclysmiques et anxiogène de la guerre dont on sort à peine, les objets des années 80 sont eux révélateurs d’un bouleversement des modes de productions dans les pays riches, après le choc pétrolier de 1975, de la prise de conscience de la nécessité de réfléchir à la sauvegarde de l’environnement dont l’homme fait parti.

To be continued ….. avec l’analyse des Storages unit des Eames pour les années fonctionnaliste 50, du Bookworm de Ron Arad pour les années postmoderne 80,  et de Algues des Frères Bourroullec pour les nouvelles attentes des usagers du présent…

Documents de travailQuelles fonctions 1A

Quelles fonctions 3A

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