Bac de français – Sujet d’invention – Pistes de réflexion – Le roman (Robbe-Grillet)

Retrouvez le sujet d’invention et des indications pour un corrigé du bac français 2008 qui est tombé en métropole ce matin vendredi 20 juin 2008 !

L’objet d’étude :

Le roman et ses personnages, vision de l’homme et du monde.

Le corpus de textes :

Texte 1: Extrait de MARIVAUX, La vie de Marianne (1742)
Texte 2: Extrait d’Alain ROBBE-GRILLET, Les Gommes (1953)
Texte 3: Extrait de Milan KUNDERA, L’immortalité (1990)
Texte 4: Extrait de Philippe CLAUDEL, Les âmes grises (2003)

Le texte :

L’incipit des Gommes (1953) d’Alain ROBBE-GRILLET
Dans la pénombre de la salle de café le patron dispose les tables et les chaises, les cendriers, les siphons d’eau gazeuse ; il est six heures du matin.

Il n’a pas besoin de voir clair, il ne sait même pas ce qu’il fait. Il dort encore. De très anciennes lois règlent le détail de ses gestes, sauvés pour une fois du flottement des intentions humaines ; chaque seconde marque un pur mouvement : un pas de côté, la chaise à trente centimètres, trois coups de torchon, demi-tour à droite, deux pas en avant, chaque seconde marque, parfaite, égale, sans bavure. Trente et un. Trente-deux. Trente-trois. Trente-quatre. Trente-cinq. Trente-six. Trente-sept. Chaque seconde à sa place exacte.

Bientôt malheureusement le temps ne sera plus le maître. Enveloppés de leur cerne d’erreur et de doute, les événements de cette journée, si minimes qu’ils puissent être, vont dans quelques instants commencer leur besogne, entamer progressivement l’ordonnance idéale, introduire çà et là, sournoisement, une inversion, un décalage, une confusion, une courbure, pour accomplir peu à peu leur oeuvre : un jour, au début de l’hiver, sans plan, sans direction, incompréhensible et monstrueux.

Mais il est encore trop tôt, la porte de la rue vient à peine d’être déverrouillée, l’unique personnage présent en scène n’a pas encore recouvré son existence propre. Il est l’heure où les douze chaises descendent doucement des tables de faux marbre où elles viennent de passer la nuit. Rien de plus. Un bras machinal remet en place le décor.

Quand tout est prêt, la lumière s’allume…

Sujet d’invention :

« Quand tout est prêt la lumière s’allume » (extrait des Gommes de Robbe-Grillet) : Imaginez la suite avec un nouveau personnage en respectant l’atmosphère de l’oeuvre.

Le sujet décortiqué :

On vous demande d’écrire une suite du texte :
– en respectant l’atmosphère de l’oeuvre
– en introduisant un nouveau personnage

Il faut donc être vigilant sur certains points :
respecter la narration, le cadre spatio-temporel,

Des pistes pour un corrigé :

Voici ci-dessous la suite du roman de A. Robbe-Grillet : il respecte justement les consignes d’écriture 😉 en tout cas pour l’atmosphère du l’oeuvre… Bien entendu les correcteurs ne s’attendent pas à ce que vous écriviez du Robbe-Grillet, mais cela peut vous donner une idée ! A vous d’ajouter un nouveau personnage !

Un gros homme est là debout, le patron, cherchant à se reconnaître au milieu des tables et des chaises. Au-dessus du bar, la longue glace où flotte une image malade, le patron, verdâtre et les traits brouillés, hépatique et gras dans son aquarium.

De l’autre côté, derrière la vitre, le patron encore qui se dissout lentement dans le petit jour de la rue. C’est cette silhouette sans doute qui vient de mettre la salle en ordre ; elle n’a plus qu’à disparaître. Dans le miroir tremblote, déjà presque entièrement décomposé, le reflet de ce fantôme ; et au-delà, de plus en plus hésitante, la kyrielle indéfinie des ombres : le patron, le patron, le patron… Le Patron, nébuleuse triste, noyé dans son halo.

Alain ROBBE-GRILLET, Les Gommes (1953).

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Commentaires

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8 commentaires. Faire un commentaire

rokesasuke21

Bonjour tout le monde. J’ai choisi ce sujet d’invention pour mon 2 ème bac blanc de français. Je pense avoir tenu compte de l’atmosphère. J’ai mit tout au présent. J’ai pas fait de description. J’ai pas fait de dialogue. Un peu de négation. J’ai pas utilisé le « je ». Par contre, mon invention est un peu courte (1 page recto-verso). Pouvez vous me dire si j’ai bien respecter l’atmosphère des Gommes?

Bonjour à 0livier,

félicitations pour la note. Peut-on avoir votre copie ? Merci d’avance,

Voici mon invention, j’ai eu 18 ! =D

Quand tout est prêt, la lumière s’allume…
Une autre poignée de secondes s’écoulent, pendant lesquelles le patron, debout derrière son comptoir, scrute le théâtre encore vide où va se dérouler, en trois actes, le fil de sa journée. Pas vraiment différente de la veille, pas tout à fait semblable à la suivante. D’ici une heure, les habitués pousseront la porte d’entrée, et dans les quelques secondes qui suivront le retentissement de la sonnette, ils iront s’asseoir à la table dans le coin gauche de la salle. Ils salueront le patron et commanderont la même chose, encore. Les évènements s’enchaineront avec une incroyable souplesse, imprévisibles, étonnants, mais coordonnés, toujours joués sur le même registre. Dans ce décor, tout est à sa place. Chaque démarche, chaque réplique est accueillie avec courtoisie et intérêt.
Les péripéties débuteront ; il sera six heures trente du matin. Il le sait. Le temps ordonne chaque début de journée.
Le patron scrute la salle encore vide. Les lampes qu’il vient d’allumer ne sont pas encore tout à fait sorti de la torpeur dans laquelle la nuit les avait plongées. Trouant la pénombre de la nuit mourante, le néon extérieur clignote un instant, puis s’immobilise. La salle est vide et la lumière blafarde, mais la sonnette retentit. Deux fois. Deux fois, cela signale une tentative ratée : un objet tombé à terre, une surprise due à la lourdeur inattendue de la porte, ou à un vêtement qui s’accroche à la poignet. Le patron se retourne vers son premier client, prêt à sortir une tasse et à lancer la cafetière avant même de recevoir une réponse positive à la question qu’il a parfois du mal à articuler certains matins. Il lève son regard vers la porte. Son premier client est une femme. Il ne l’avait jamais vu auparavant, comme il n’avait jamais vu de robe aussi élégante. Elle essaye de détacher son gilet, accroché à la poignet. Il remarque sur ses lèvres le sourire gêné que provoque le sentiment de ridicule chez la plupart des femmes. Elle n’en est que plus intéressante. Le patron du café préfère les entrées inattendues. Il préfère quand arrive le moment où le temps ne contrôle plus les évènements de la journée, le moment où le client se trouve sous les feux des projecteurs et se voit freiné dans son élan assuré, le moment où les verres obéissent aux lois de la gravité, le moment où les vieillards râlent derrière leur journal, où les rires jaillissent des lèvres soigneusement maquillées et où les larmes coulent des yeux qui n’ont encore rien vu de ce qu’est la vie.
Enveloppés de leur cerne d’erreur et de doute, les évènements de cette journée, si minimes qu’ils puissent être, vont dans quelques instants commencer leur besogne.
Son premier évènement est arrivé ; il est six heures dix du matin.

Olivier

Salut à tous,

Je viens d’avoir mes résultats et j’avais aussi pris ce sujet d’invention. J’ai eu 20.

Je vous propose ma copie en tant que corrigé, si vous voulez, car ce sera mieux que la suite de Robbe-Grillet qui ne montre pas vraiment la manière dont il fallait s’y prendre.

A bientôt

kaisei

salut,

moi aussi je pense avoir fait du hors sujet!puisque jai consacré une très grande partie a a description de lhomme et lautre au personnage qui entre!!! et pas d’évenement dans la journée, jai achevée lhistoire betement! » ils se marierent et eurent beuacoup d’enfants »!

Constance

J’ai pris aussi ce sujet, je pensais avoir réussi mais maintenant je doute beaucoup. Pour ma part, j’ai fait sortir le personnage (rien dans la consigne ne nous interdit de le faire) et j’ai inséré des phrases en style indirect libre, parfois aussi entre guillemets, sans qu’on puisse à proprement parler de dialogue…

Paul Alias Chups'

Qu’entends-tu par « faire sortir » ?
Premier sens du terme, faire sortir du café ? Si oui, je doute que cela soit important. Pour les dialogues, je ne pense pas que cela fut quelque chose de conseillé dans le sens où ils ne sont pas obligatoires quant aux respect des consignes (ambiance respectée et introduction d’un nouveau personnage).

Personnellement je me rend compte que je suis à la limite du hors-sujet…
Question niveau d’écriture, respect des procédés et de l’ambiance je ne me fais pas vraiment de soucis, mais en revanche, je crois que pour l’intro d’un personnage, j’ai un peu dérivé… Mon invention n’était pas très longue, et une grande partie (environ 60%) était consacrée à la description de ce que faisait le patron en attendant son premier client. Premier client que j’ai ensuite fait venir, et qui se caractérisa chez le patron (je suppose comme beaucoup de personnes) par le changement annoncé dans l’extrait des « gommes » (cette surprise qui fait flancher la journée).

Qu’en pensez-vous ? =)

Merci, A+

Flo

Il fallait écrire l’arrivée d’un personnage. Etait-il déconseillé de faire sortir ce même personnage, après l’avoir introduit, fait agir… Les dialogues étaient-ils conseillés ?

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