1.LELE

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE EN LANGUE ÉTRANGÈRE

CYCLE TERMINAL DE LA SÉRIE L

 POURQUOI FAIRE ? POUR FAIRE QUOI ?

  I)LELE : Nouvel enseignement pas si nouveau.

 Il s’inscrit en continuité de certains volets des programmes de langue vivante tels qu’ils ont été repensés depuis l’école élémentaire.

L’objectif est de construire parallèlement à la compétence de communication une compétence textuelle, c’est-à-dire une aptitude à créer du sens en lisant.

 Rappel des trois competences

Il distingue trois compétences :

1. la compétence communicative : aptitude à manier la langue pour tous les actes habituels de la vie quotidienne.

2. la compétence textuelle : la capacité de l’enfant à extraire du sens à partir d’un texte, l’aptitude à bâtir du sens à partir de mots lorsque la chose n’est pas présente dans l’univers immédiat. Cette compétence se crée essentiellement par l’exposition de l’enfant à des récits d’abord oraux : histoires, contes, chansons, comptines, poèmes. Dans ces textes oraux, il y a beaucoup d’inconnu : intrigue, synonymes, paronymes, reprises de sens, lexique nouveau, mots bizarres qui ne correspondent à aucune réalité vécue. L’écoute de récits oraux installe de nouveaux types de discours, différents du dialogue : les discours narratif, descriptif, argumentatif. Si la compétence textuelle est insuffisamment construite, la lecture se fera dans la difficulté. L’univers du livre ne sera jamais vraiment accessible. Les apprentissages seront freinés

  1. la compétence cognitive

C’est l’aptitude à penser, conceptualiser qui ne se construit que sur un socle incluant les deux compétences précédentes.

 II) REFLEXION SUR L’ENSEIGNEMENT DE LA LITTERATURE

  La LELE  vient modifier une certaine représentation de la discipline langue vivante et cette vision  de l’anglais sous le prisme du pragmatisme ou des compétences pragmatiques.

Certes, l’anglais est utilisé comme outil de communication pour exprimer des besoins, conduire des échanges mais ce n’est pas un espéranto (langue qui d’ailleurs n’a jamais pu vivre).

La discipline anglais est à la fois compétence et matière (skills and topic). Même si elle étend son emprise, c’est une langue de création qui permet de dire la complexité de l’humain, de dire l’universel

L’anglais de communication, celui des medias porte en lui un double danger : celui de de nous amener à  confondre le commun et l’universel. La langue porte en elle une vision du monde, un système de valeurs et de références reconnus par certains,ignorés par d’autres.

LES ENJEUX

Le rôle de l’école et de l’université est de lutter contre cette ignorance,de faire en sorte que nos élèves parviennent à sentir et penser dans leur langue et de faire en sorte que nos élèves parviennent à sentir et penser dans leur langue et leur culture singulière ce que l’autre sent et pense dans sa langue et sa culture singulière afin que le dialogue entre les cultures ne soit pas un dialogue de sourds.

Le travail sur la littérature de fiction ou d’essai est  déterminant parce que l’écriture des grands auteurs, penseurs ou savants forge le lexique, modélise des façons de dire et de penser. La fréquentation des œuvres apparaît comme un passage obligé dans l’apprentissage des langues car elle crée les conditions de l’immersion de sorte que l’on peut dire que si l’élève n’a pas fréquenté les grandes œuvres, il sera immanquablement «désœuvré» dans des conversations avec ses homologues  de langue maternelle.

LE MOT CONTENANT ET CONTENU

La langue, le mot  n’est pas neutre. Les mots portent l’imaginaire collectif qui a été façonné par l’histoire, les lieux, les mutations sociales, la création. Les mots sont contenants et contenus. Chaque langue est vivante en ceci qu’elle ajuste sans cesse les mots du passé à la réalité présente, mais ces ajustements successifs créent autant de résonances. Le mot « expectation » ne signifie plus la même chose depuis que Dickens l’a utilisé. La «main invisible » en économie renvoie inévitablement à Adam Smith et à un rôle spécifique pour l’Etat dans l’économie. Le mot « Commonwealth » renvoie à une certaine idée de la république modélisée par Cromwell avant de signifier une modalité d’impérialisme. Le mot « libéral » renvoie à une pensée de droite en français, Liberal renvoie à une pensée plutôt de gauche en anglais.

Ces distinctions là se découvrent et se mémorisent uniquement par la fréquentation des oeuvres.

« La littérature, dit fort justement Braudel, – essai, roman, théâtre- s’appuie sur ce qui différencie le plus les civilisations nationales : leur langage, leur vie quotidienne, leur façon de réagir à la douleur, au plaisir, à l’idée de l’amour, de la mort, de la guerre, leur façon de se distraire, de manger, de boire, de croire. »

LE ROLE DU PROF

Les professeurs d’aujourd’hui travaillent essentiellement sur des « documents ». Mais ils ont tous les compétences universitaires qui leur permettent de faire apprécier la spécificité de l’oeuvre littéraire. Ils doivent aussi se persuader que cet enseignement leur permettra d’aider certains élèves à accéder au niveau B2 et se mobiliser pour porter l’anglais comme grande langue de création. Et pour cet enseignement, ils doivent s’attacher à bien percevoir et exploiter la spécificité du discours littéraire.

 III) LECTURE LITTERAIRE VS LECTURE ANALYTIQUE

 La compétence littéraire : qu’est ce que c’est ?

C’est la capacité à comprendre, réagir, interpréter pour pouvoir apprécier c’est-à-dire à vivre par le jeu de l’identification des expériences autres dans un contexte autre, élargir  on répertoire de référents, étendre son imaginaire et affiner ainsi sa compréhension de l’humain.

L’art du lecteur revient à savoir emprunter les yeux d’un autre pour percevoir et entrevoir.

 On pourrait distinguer 3 niveaux dans la compétence littéraire :

Comprendre et réagir

Si l’objectif premier du collège c’est de rendre les élèves capables de se faire comprendre en langue étrangère (niveau seuil) l’objectif au lycée est d’aller au-delà et de rendre les élèves capables de comprendre l’autre et en particulier le non dit de l’autre.

Quelle que soit sa langue, l’écrivain offre à son lecteur des possibilités de rencontres, rencontre avec un autre différent de soi, rencontre aussi avec soi-même. Multiplier les rencontres, c’est nécessairement accroitre sa compréhension de la nature humaine, aiguiser son sens moral et esthétique. Lire, c’est une expérience de pensée.

Comprendre, c’est prendre avec soi, c’est incorporer dans sa personnalité des émois et des savoirs nouveaux.

Interpréter et apprécier

Faire faire aux élèves l’expérience du théâtre anglais, c’est leur montrer qu’il existe une autre tradition que celle de l’unité de lieu, de temps, et de ton. Leur faire lire Gatsby le magnifique, c’est les plonger dans l’univers de la prohibition qui n’a jamais existé en France, et leur faire explorer un sentiment amoureux qui est très différent de celui de Fabrice dans La Chartreuse de Parme.

Lire c’est aussi créer

Enseignement propre à développer la compréhension, ce nouvel enseignement s’ouvre sur des tâches d’expression et de création ou d’adaptation. Lire c’est un premier pas qui conduit à voir, imaginer, transposer et pourquoi pas écrire ?

 

LE PARCOURS DU « JE » AU « ILS »

Les thématiques nous suggèrent de définir un parcours qui va du je (le lecteur qui s’identifie), aux « ils ».  Les programmes suggèrent une progression : rencontre avec un autre moi étranger (littérature du je), rencontre avec un toi, rencontre d’un il – héros étranger, rencontre avec un auteur qui dans un contexte autre nous donne un autre éclairage sur l’homme et sa relation au monde.

LECTURE LITTERAIRE

Le professeur de littérature en langue étrangère reste un professeur de communication, et un passeur. Il est celui qui va créer une immersion en permettant à l’élève de plonger dans un livre et d’y nager avec plaisir. Privilégier la lecture littéraire, c’est cultiver le plaisir du texte, c’est partir des conditions de la réception et choisir une méthode inductive.

Les chercheurs 5 en dénombrent six stratégies :

1. en amont faire explorer aux élèves le Contexte et le thème du texte à lire, tout ce qui pourra relever du déjà-dit du texte,

2.leur donner une Raison de lire et les amener à faire des prédictions, à formuler des hypothèses à voix haute.

3. les entraîner à Observer le texte, son image, sa charpente, sa mise en page,

4. les inviter à visualiser concrètement : faire des Images, des dessins, des schémas, ou de manière plus verbale : faire décrire ce qu’ils voient en couleur, mettre des images puis des mots sur les images générées par le texte.

5. les inviter à faire régulièrement des Résumés,

6.les inviter à se questionner mutuellement et à questionner le texte et son auteur pour Elucider le dit, le déjà-dit, et surtout le non-dit du texte.

 CONCLUSION

L’objectif de cet enseignement de littérature en langue étrangère est bien en première L d’internationaliser le regard et la sensibilité, mais aussi d’enseigner des concepts littéraires et de faire en sorte que la compétence littéraire soit multilingue et multiculturelle. ??

Comprendre c’est bien plus que savoir lire des mots, car derrière les mots, il y a un enjeu entre deux personnes, il y a une substance, une matière agissante, un univers que le lecteur investit et comprend.

 Inspiré de l’article rédigé par Annie Lhérété IG, téléchargé sur www.langues.ac-versailles.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *