La rencontre avec l’autre et ses enjeux

À chaque fois que nous rendons visite à quelqu’un, nous y allons avec tout ce que nous sommes, y compris notre personnalité, notre histoire, nos autres relations, et aussi ce que nous venons de vivre ce matin ou juste auparavant. En somme, nous y allons avec tout notre être et nos capacités relationnelles. Notre « personne » est notre « outil » premier.

  1. L’ENJEU DE L’APPROFONDISSEMENT APPROPRIÉ D’UNE RELATION

Nous vivons des rencontres avec différentes personnes à des niveaux relationnels variés, à des niveaux plus ou moins profonds, avec des buts divers, et différents moyens personnels et relationnels. Chaque rencontre, chaque relation est unique.

C’est comme un « pas de deux », une danse où il faut se mettre au diapason l’un de l’autre, un « art » et pas une science… Puisqu’il faut deux personnes où chacune a sa part à jouer dans la relation, je ne peux pas la maîtriser, et l’autre non plus. On avance ensemble, donnant et recevant, toujours en chemin, et donc, toujours quelque part « fragile ».

Au fur et à mesure que nous allons vers l’autre et que nous passons du temps ensemble, nous nous ouvrons à la possibilité de nous connaître plus, mieux, plus profondément, et aussi au risque d’être mal compris, critiqué, rejeté, blessé…

Schématiquement, nous pourrions parler de 5 niveaux relationnels (avec des besoins et des buts différents…) :

  1. échange de politesse
    2. partage de faits (faire)
    3. partage d’idées, d’opinions (penser)
    4. partage des sentiments (ressentir)
    5. authenticité, transparence.

Avec ce tableau, je voudrais faire quelques remarques générales concernant nos relations… Nous observons que :

  1. L’approfondissement de la relation est lié à la communication verbale, mais aussi non verbale, par la présence, les projets communs, etc. (dans notre société actuelle, la solitude et l’isolement, les relations « virtuelles », ne l’encouragent pas toujours).
  2. Chaque niveau comporte une implication de moi-même croissante par rapport au précédent, et entraîne un risque croissant d’être mal reçu, mal compris.
    Approfondir une relation exige que je me dévoile, que je sois plus vulnérable, que j’enlève mon masque, etc.

Le risque relationnel réel ne peut jamais être écarté, mais plus le risque est grand, plus la récompense l’est aussi – car le potentiel de vraie communion augmente également.

  1. On ne parle « d’intimité » qu’à partir du niveau 4.

L’intimité relationnelle est liée à une vulnérabilité mutuelle, profonde, et appropriée. Bien sûr, un couple va rechercher le niveau 5.

Pour les célibataires, mieux vaut connaître plus qu’une personne au niveau 5… sinon l’exclusivité peut devenir problématique. La forme d’exclusivité qui se vit dans un mariage ne peut exister dans « l’amitié », mais toute personne a besoin de vivre des relations profondes et authentiques.

  1. Comme je l’ai dit, il s’agit d’un « pas de deux » – Il faut gagner le droit d’avancer plus loin. Si une personne avance trop vite ou saute des étapes, elle risque de marcher sur les pieds de l’autre. Il faudra reculer et reprendre la relation… Il faut « sentir » quand le moment est venu de progresser plus loin.
  2. Plus on avance dans les niveaux, moins il y a de personnes avec qui l’on peut s’impliquer.
    Pourquoi ?
    • prix à payer,
    • besoin de temps et d’énergie, cela représente du travail,
    • également avoir le courage de se dévoiler et d’écouter,
    • engagement solide, dans la durée,
    • patience et tact, gagner la confiance de l’autre petit à petit, ne pas brûler les étapes.
  3. Un niveau n’est pas « pire » qu’un autre. Nous avons besoin de relations à chacun d’entre eux. Chaque stade répond à des besoins différents : on se détend dans une relation plutôt superficielle, mais si on ne vit que de cette manière, il y a un sentiment de vide, d’isolement, d’insatisfaction.
  4. La plupart du temps, c’est dans notre famille d’origine, ou dans nos relations primaires, que nous apprenons à communiquer. Donc, le niveau de communication prédominant, lié à notre famille, va être le niveau le plus « automatique » dans nos relations d’adulte avec les autres. Ce n’est pas une fatalité. Quand on en prend conscience on peut évoluer et changer, apprendre à se lier avec d’autres…

(Une difficulté à se lier avec l’autre peut être due à des blessures ou des carences – abandon émotionnel, attaques, sentiments niés, ou absence de modèles, d’aide, de présence – c’est à dire, soit des expériences négatives, soit absence d’expériences positives).