AP « Se voir » : rédiger une nouvelle à partir d’une photographie

20 02 2014

Objectifs et modalités des 7 séances d’AP 

  •  Découvrir une exposition intitulée « Se voir » organisée par les élèves de l’atelier photo du lycée, et mêler l’art photo / l’écriture
  •  S’inscrire dans un projet commun aux élèves de 2ndes 2 et 6  (éventuellement, petit concours…)
  •  Echanger et produire via une application permettant le travail collaboratif : framapad 

– Rédiger une nouvelle en prenant appui sur une photographie choisie par le binôme

 

  •  Développer ses compétences en français et les mettre à profit dans une production longue :

?- Ecrire à partir d’un support iconographique : mettre en mots des situations, des émotions ; rendre compte d’une atmosphère ; produire un effet sur le lecteur…

? Réinvestir ses lectures personnelles et les études engagées en début d’année de 2nde sur le genre de la nouvelle (les effets de réel et la description/le point de vue narratif ; la dynamique du récit, l’effet de chute…) Mettre ses compétences de lecteur au service d’une production écrite 

-? S’inscrire dans un projet d’écriture nécessitant un esprit critique au sein du groupe : la correction de la langue, la précision dans l’expression…les phases de reformulation.

-? Tice : utilisation du logiciel Framapad pour permettre le travail d’écriture collaborative et l’identification par le professeur de l’implication et de l’efficacité de chacun (code de couleurs par intervenant et enregistrement de toutes les actions « chat » / « écriture du texte », « rythme de la production »…

Les nouvelles sont consultables dans la catégorie « seconde 2 »




la dernière nuit

20 02 2014

image expo

Il  était 3h54 quand je suis rentrée chez moi. J’avais passé la soirée chez  Louis : il avait 16 ans, du moins, depuis 4 heures. Je venais de vivre l’une des meilleures soirées de ma vie, évidemment. Rien d’étonnant, l’organisateur était tout simplement la meilleure personne que j’aie jamais  rencontrée : Louis, mon confident, mon véritable ami, celui  en qui j’avais réellement confiance. Une de ces personnes que l’on  considère comme son frère. Je le connaissais depuis toujours.

Ce samedi, je le rejoignis chez lui juste après les cours, pour l’aider à préparer la fête. On avait installé les ballons, la décoration, les jeux de lumière, ainsi que les gâteaux que sa mère avait préparés. Si seulement  elle savait que nous allions engloutir tout autre chose que de simples  muffins au chocolat… Une heure plus tard, l’appartement se remplissait, au rythme régulier de la musique dont le volume augmentait à en faire vibrer les fenêtres. Les invités se mirent à bouger de plus en plus. La soirée commençait. Les verres étaient déjà bien entamés lorsque Louis me jeta un regard complice, et à cet instant, je compris  que ma soirée commençait aussi : Clément était arrivé !

       Il était venu avec tout son groupe d’amis, mais les autres ne m’intéressaient absolument pas. En somme, je n’aimais personne à part lui. Ce soir-là, on aurait dit qu’il sortait d’un film. Vous voyez le genre ? Carrure d’athlète, cheveux bruns, bouclés, aux yeux verts, et tellement bien habillé.

Au cours de la soirée,  il passa voir quasiment toutes les filles, ce qui me rendit un peu jalouse mais je ne fis aucun commentaire. Je m’étais efforcée de ne pas le dévorer des yeux,  mais j’étais loin d’avoir été discrète. A un moment, il me regarda enfin et  s’avança vers moi. Mon cœur se mit à battre la chamade. Il me sourit, mais alors qu’il n’était qu’à deux mètres de moi, Margaux Ropars, cette blonde vénitienne, l’intercepta et l’emmena vers l’autre bout de la pièce, un verre à la main, tout en rigolant très fort, trop fort, comme à son habitude. Je détestais cette fille. Grande, blonde, belle et sexy, elle avait tous les garçons qu’elle voulait. Et d’ailleurs, tous les garçons rêvaient d’obtenir un rendez-vous avez elle. Clément devait sûrement l’aimer, ils étaient tout  le temps ensemble… J’étais tellement jalouse de cette fille. Je la mitraillais du regard pour suivre tous ses gestes, intercepter un regard suspect, comprendre une intention quand Louis m’interpella un verre à la main. Le  problème avec lui, c’est que je ne pouvais rien lui cacher, il me connaissait par cœur. Je fis une petite moue, signe d’une insatisfaction manifeste, en direction du couple que la blonde formait déjà avec mon acteur de cinéma… Louis essaya de me ramener à la raison :

– Laisse-le un peu tranquille, tu vois bien qu’il ne s’intéresse pas à toi ! Ses mots me glacèrent le sang.

Il me le répétait tout le temps, mais je n’arrivais pas à m’y faire. Pour me changer les idées, il me proposa d’aller danser. Louis aurait le petit ami idéal ; il était charmant, gentil, attentionné, intelligent et surtout, il savait toujours comment me redonner le sourire. Le seul problème, c’est qu’il était gay.

La  musique augmenta une nouvelle fois et je me faufilai dans la foule pour rejoindre la terrasse. Il fallait que je prenne l’air. Alors que je franchissais le seuil de la porte vitrée, je me retournai vers la piste de danse. Louis était si mignon avec son copain. Il avait eu de la chance lui, il avait réussi à vaincre sa peur et à vivre son amour ; moi, j’avais le sentiment que je n’y arriverais jamais…

Une fois dehors, je repensai à toutes les fois où j’avais observé Clément, secrètement, à toutes ces occasions où nous aurions pu échanger quelques mots, mais que j’avais manquées, en baissant les yeux, comme une gamine.  L’arrivée de Margaux qui venait faire sa « pause » cigarette me sortit de mes pensées. Sa fumée me venait au visage. Poliment, mais surtout avec une grande hypocrisie, je lui demandai d’aller plus loin. Je détestais la fumée de cigarette, l’odeur me donnait envie de vomir. A l’expression de son visage, je devinai que je l’avais vexée.

– Si la fumée te dérange autant, tu n’as qu’à partir, me lança-t-elle.

Elle m’énervait vraiment à se croire au-dessus des autres avec ses talons de 12 centimètres et son décolleté plongeant ! Mais pour une fois, je ne voulais pas me laisser faire ; je lui rétorquai :

– J’étais là avant que tu n’arrives. C’est normal que ce soit toi qui partes, non?

– Dis donc gamine, si tu as un problème avec moi, il faut me le dire, je ne sais pas si tu as très bien compris ce que je t’ai demandé ?

– Moi non plus je ne sais pas si tu as compris, ça doit être le tabac…

A ces mots, elle s’approcha de moi et me souffla sa fumée au visage. Je m’arrêtai de respirer mais à ce moment précis, mon sauveur vint à ma rescousse.

– Qu’est-ce qui se passe ici ?

– Oh rien d’important, c’est juste cette fille qui me demande de partir alors que je fumais ; tu en veux ?

– Non merci, je ne fume pas, alors va à l’autre fenêtre, tu vas nous asphyxier avec ta fumée !

–  Bon, très bien, on se voit tout à l’heure alors ?

 Elle lui lança un regard noir, mais partit tout en faisant claquer ses talons sur le carrelage. Je ne le réalisais pas vraiment : Clément venait de faire partir Margaux. Quelle surprise et quel soulagement ! Il était vraiment adorable, même si je ne lui avais jamais vraiment parlé et qu’il ne me connaissait pas. J’étais tendue à l’idée qu’il se trouve aussi près de moi. J’étais heureuse et en même temps, j’avais une boule au ventre. Mon cœur battait encore plus fort et plus vite que tout à l’heure. Des centaines de questions se bousculaient dans ma tête : « Est-ce qu’il m’aimait ?  » Est-ce qu’il voulait être avec moi? »  « Pourquoi avait-il repoussé Margaux ? » Mais au lieu de les lui poser, comme une personne normale l’aurait fait, je le regardai. Encore et encore, je ne pouvais pas me passer de ses beaux yeux verts. Soudain, il se retourna vers moi et me parla. Je ne lui répondis pas, je l’écoutais juste. Il commença par s’excuser pour Margaux, il me raconta qu’elle était assez collante et que malgré les apparences, il ne l’appréciait pas tellement. Je m’entendis prononcer ces quelques mots, feignant la surprise : « Ah bon ». En vérité, j’explosais de joie intérieurement. Ensuite, on se parla de nos vies. Bizarrement, moi qui le croyais totalement différent de moi, il n’était en réalité qu’un élève comme tout le monde. Je m’ouvris ensuite un peu plus à lui, et au fil de la conversation, je me confiai sur mes émotions et mes sentiments de la vie en général. Non seulement ce garçon était magnifique, mais en plus, il m’écoutait …

Et d’un coup, Louis arriva. J’eus envie de le tuer à ce moment-là ! Il le regarda et comprit qu’il était arrivé au mauvais moment ! Il nous invita à les rejoindre. J’étais persuadée que Clément allait repartir et que je serais encore mise de côté… Mais par miracle, il me demanda :  » Tu viens danser ?  » Je restais un moment bouche bée mais je répondis finalement  » Oui.  » Un simple oui, et quelques minutes plus tard, je dansais enfin avec lui. Un de mes rêves se réalisait ! Je n’y croyais toujours pas, je pense que je ne me rendais pas compte de la chance que j’avais à ce moment-là. Tout le monde bougeait autour de nous, tellement vite que nous nous retrouvions parfois nez à nez. Plusieurs fois, il me parlait, mais je n’entendais rien à cause de la musique. Je me contentais de rire et lui souriait également. Plus tard dans la soirée, au moment où l’ambiance était au maximum, la musique s’arrêta brutalement. J’en profitais pour souffler un peu. Autour de moi, tout le monde sursauta. Nous nous demandions ce qui se passait. Louis était aux platines et, avant de remettre la musique en route, il me jeta un regard complice. Je compris que le slow était arrivé. D’habitude, je me mettais à l’écart, à côté du buffet en général. Mais au moment où j’allais partir, Clément m’arrêta et me prit dans ses bras. Il sentait si bon. La soirée se déroulait comme dans un rêve, si bien que je nous imaginais seuls au monde. Je sentais son souffle chaud sur ma peau. ! J’avais envie qu’on reste comme ça pendant des heures. Dès que je me retrouvais en face de Louis, il m’adressa un grand sourire. J’avais l’impression qu’il était plus heureux que moi. Puis la musique s’arrêta de nouveau. Clément me murmura à l’oreille :

  » Tu veux qu’on finisse la soirée en beauté ? « 

 – Comment ça ?

 – Suis-moi, il y a trop de monde, ici. »

 Il me prit la main, et m’emmena à l’étage. Je me laissai faire et le suivis dans les escaliers. Il poussa la première porte qu’il vit et s’engouffra dans la pièce en m’entraînant avec lui après avoir vérifié qu’il n’y avait personne à l’intérieur. A peine la porte fut-elle refermée qu’il se tourna vers moi et m’adressa un grand sourire. Ses yeux étincelaient dans la pénombre de la chambre. Il s’approcha doucement de moi. Je sentis à nouveau son parfum, comme lors du slow. Je savais qu’il voulait quelque chose, mais je ne savais pas quoi… Ou plutôt si, mais je n’osais pas y croire. Et ce que je redoutais et espérais à la fois arriva. Il prit mes hanches dans ses mains, là où personne ne m’avait jamais touchée avant, puis m’embrassa langoureusement. J’avais vraiment peur de ce qu’il pensait de moi à ce moment-là. J’ai toujours eu peur de ce que les gens pensaient de moi d’ailleurs…  Toujours les lèvres contre les miennes, il nous emmena jusqu’au lit. Là, il s’allongea sur moi. Je sentais son désir d’homme, ou du moins d’adolescent de 17 ans, peut-être un peu maladroit, mais tellement sincère… A ce moment, j’hésitais vraiment… Il commença à remonter sa main vers ma poitrine. Je le repoussai, je ne voulais pas commettre cette erreur de le faire sans le vouloir vraiment, ou plutôt, sans être prête. Je pris sa main pour la déplacer vers le matelas. Tout d’un coup, ses caresses me gênaient. Il insista en murmurant :  »Tu ne m’aimes pas? ». Yeux dans les yeux, je ne savais pas quoi répondre. Je baissai les yeux, comme pour lui montrer toutes mes inquiétudes ; j’avais encore trop honte de l’avouer. C’est  vrai, comment un garçon comme lui pourrait-il aimer une fille comme moi ? J’étais si banale comparée à lui ! Et cela allait si vite ! Je ne comprenais pas que du jour au lendemain, il se mette à me manifester ses sentiments. C’était trop bizarre, il cachait sûrement quelque chose. Mais je souhaitais juste profiter de ce moment. Il continua à me caresser un peu partout, puis me déshabilla. Je ne savais pas comment cela allait finir…

J’ouvris les yeux, enfin j’essayais. Je me retournais pour embrasser Clément mais il n’était plus là. Où est-ce qu’il pouvait être après la nuit que nous venions de passer ? Je pris mon portable pour regarder l’heure, il était déjà presque trois heures. Je regardais la pièce où j’étais. C’était si différent que tout à l’heure ! Sans Clément, elle paraissait vide. D’ailleurs, où était-il? Je regardai par terre : ses vêtements avaient disparu. Je me levai et me revêtis. Je me rattachai les cheveux et me regardai dans le miroir. J’avais tellement honte, je n’osais même pas sortir de la chambre. Comment Louis allait-il réagir ? Et les élèves du lycée ? Non, Clément ne dirait rien, j’allais le retrouver et il me le promettrait. Je l’aimais tellement, et lui aussi ! La sonnerie de mon portable ma ramena à la réalité. C’était Louis, évidemment, mais je ne voulais pas décrocher. Qu’est-ce que je lui aurais dit d’ailleurs ? Je sentais que j’avais fait une erreur, même si Clément avait eu l’air tellement sincère.

J’entrouvris la porte et regardai de chaque côté pour m’assurer que j’étais seule. Quelques bouteilles jonchaient le sol et une odeur de tabac froid envahissait les lieux. Je descendis les escaliers sur la pointe de pieds et scrutais le salon. Personne ne s’y trouvait ;  pourtant, Louis devait bien être quelque part. J’entendis des voix dans l’entrée, il devait dire au revoir aux derniers invités. Quand il me vit, il s’arrêta, et sur un ton de réprobation, prononça ces quelques mots :  

    – » Où étais-tu? Je t’ai cherchée partout ! Tu es montée avec Clément ? Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Au lieu de lui répondre, je me jetai dans ses bras et je sentis les larmes me monter aux yeux. Clément était parti. Sans rien me dire, il m’avait laissée seule et avait disparu ! Je n’aurais jamais dû le croire ! J’étais tellement naïve… Je racontai à Louis tout ce qui s’était passé, ce que Clément avait fait, ce qu’il m’avait dit et surtout comment notre soirée s’était terminée ! Il tenta de me remonter le moral autant qu’il pouvait, mais il n’y avait rien à faire, j’étais inconsolable. Je sentais mes larmes couler sur mes joues et je ne faisais rien pour les arrêter. Il fallait pourtant que je rentre chez moi, j’avais la permission jusqu’à 4 heures du matin. Louis me proposa de me raccompagner mais je refusai. Je voulais juste être un peu seule. Je pris ma veste et partis dans la nuit froide. Heureusement que les lampadaires étaient encore allumés. Pendant que je marchais, je repensai à cette soirée. Le début était si parfait, mais la fin… Je repensais au slow, le moment où j’étais dans les bras de Clément, puis le baiser qu’il m’avait donné avant de profiter de ma stupidité… Je pleurai toutes les larmes de mon corps sur une bonne partie du chemin…En arrivant devant ma maison, je séchai mes larmes et rentrai. Tout le monde dormait, je montai vite dans ma chambre. Je m’allongeai et contemplai le plafond. J’essayais de penser à autre chose, sans succès. Clément hantait mes pensées malgré moi. Ne parvenant pas à trouver le sommeil, j’allumai mon ordinateur pour regarder un film, avec l’espoir que cela me ferait oublier cette horrible soirée. La première page qui s’afficha était le blog de Paloma ; elle n’usurpait pas sa réputation  de tout savoir sur tout ! Les nouveaux couples, les bêtises faites par les élèves, les relations cachées des professeurs… Bref tout. Pourtant, je pensais ne jamais apparaître sur son blog, mais mon nom était dans un de ses plus récents articles dont le titre  » Un nouveau pari réussi pour Clément ! » retentit dans ma tête comme une détonation. Un grand frisson me parcourut. Comment avait-elle pu savoir aussi vite ? Quelle horreur ! Tout semblait s’effondrer autour de moi.

Je me laissai tomber à terre comme une poupée de chiffon et restai allongée là, pendant des heures, consciente de l’effet que produirait cette publication ! J’allais devenir la risée du lycée et même de la ville ! J’étais devenue en l’espace d’une soirée une fille facile, un simple pari gagné… Je touchais le fond. Ma vie s’arrêtait. 

       Coline et Romane




l’escalade

20 02 2014

Capture

 

 

        

La nuit s’abat et enveloppe la ville de son voile noir, avec encore plus d’obscurité, peut-être comme jamais auparavant. J’ai l’impression d’évoluer dans un décor semblable à celui d’un tableau que l’artiste aurait dissimulé derrière une fine pellicule de peinture noire. Mon champ de vision est extrêmement réduit, je parviens tout juste à distinguer les contours brumeux des maisons voisines. Aucun lampadaire n’est actif depuis une heure. L’unique source de lumière émane de la lune qui apparaît de temps à autre, étouffée par les nuages épais. Le blizzard me saisit le visage de manière compulsive et irrégulière et sèche mes larmes abreuvées d’amertume. Je suis comme pétrifiée par la température glaciale. J’ai si froid que je tremble et ne ressens plus aucune douleur physique, à l’exception de l’immense fraîcheur qui me possède. Je ne discerne aucune sonorité à proximité, les seuls bruits audibles sont ceux que je produis : mes mâchoires qui s’entrechoquent,  des reniflements saccadés et tellement disgracieux, et  les battements de mon cœur qui résonnent dans ma boîte crânienne. Une preuve de vie : je suis à cet instant la seule personne vivante dans ces ténèbres.

Pour échapper à l’immobilisme qui engourdit tous mes muscles et me condamne, dans cet environnement hostile, à l’extinction de tout souffle de vie,   je trouve au fond de moi la force de faire un pas, puis un autre, et de m’élancer, luttant contre la bourrasque de vent glacial qui frappe tout mon corps. Courir est un remède pour moi, une façon d’expulser ma rage, ma tristesse, mon désespoir, ma déception, mes regrets cachés trop longtemps derrière de nombreux sourires hypocrites ! Courir, c’est également garantir une fatigue titanesque qui facilitera mon endormissement brutal. Je pourrai alors échapper aux souvenirs douloureux et rêver peut-être… Courir, c’est maintenant mon unique thérapie contre une douleur mentale qui torture tout mon corps. Je cours, je cours, je ne m’arrête pas, je ne m’arrêterai que lorsque la souffrance sera à son apogée. Je m’essouffle  pour échapper à cette chose qui me traque depuis si longtemps, me poursuit sans jamais me laisser le temps de l’oublier…

Soudain, je sens un poids au niveau de mes poumons, j’ai mal. Je vais être obligée de m’arrêter. Je ne suis vraiment pas dans l’un des meilleurs quartiers, je ne suis pas rassurée. Par obligation, je m’arrête mais seulement quelques secondes, puis je me remets à courir, cette fois en sens inverse : je rentre chez moi. Ou plutôt ce qu’il en reste. J’aimerais rentrer et la voir là, l’observer dormir … Mais je sais que ce ne sera pas le cas. Mes jambes me font mal, je commence à avoir du mal à tenir debout mais je lutte, je n’ai pas le choix, je dois continuer. Je cours encore, il me reste encore au moins une heure avant de pouvoir enfin m’étaler et dormir. Je cours, encore et toujours… Comme tous les soirs, je cours pour m’évader pour oublier, pour oublier ce tourment qui me ronge chaque jour un peu plus. Je cours. Je sais que cela ne durera pas éternellement ; à un moment, je m’épuiserai et tout s’arrêtera, mais pour le moment je continue…

Enfin,  j’y suis. Je distingue la maison. Et dans mon esprit, je pousse cette porte, et mon passé ressurgit à la vitesse de l’éclair.  

 

*******************

 

         Le réveil sonne. Je ne souhaite absolument pas me lever ce matin. Mais ce qui n’était pas prévu, c’est que je me rendorme. J’ai donc été réveillée, mais par les hurlements de mon père cette fois, et pressée par la menace de coups interdits. Cette journée sera comme les autres, banale et difficile.

Je suis en cours, en devoir. Un élève ne sait plus quel jour nous sommes.

– le 23 novembre Mathéo, précise le professeur.

En entendant cette date, les souvenirs de ma mère défilent à toute allure dans ma tête, provoquant une douleur aiguë au niveau de mes tempes. Je hurle à pleins poumons, involontairement:

–      Oh non, ce n’est pas possible !

Tous les regards stupéfaits se posent sur moi, me renvoyant une image de personne détraquée, mais je sais bien que je ne suis pas folle ! Cette date me hante, me détruit. Je n’ai maintenant plus aucune envie de rester dans la classe. Je range mes affaires tout en m’excusant maintes fois auprès du professeur. J’entends ses derniers mots, lourds de menaces :

– Sarah! Revenez, vous n’avez pas le droit de sortir de cette salle, j’en réfèrerai au principal ! Sarah ! Mais enfin, que se passe-t-il ?

Je ne l’écoute pas, je l’entends hurler dans mon dos, je cours, bouscule un surveillant sur mon passage, mais je ne m’arrête pas. Pas cette fois. Lorsque je passe la barrière de l’établissement, je ne comprends plus rien ; comment ai-je pu oublier cette date ? Elle me dévaste, déséquilibre intensément ma vie depuis maintenant un an. Je me rends compte qu’à force de trop réfléchir, je ne profite plus du temps, je me suis arrêtée de vivre. Je ne vis pas les journées, je les supporte tout au plus. La raison qui m’empêche de me couper de ce monde, c’est la promesse que j’ai faite à ma mère. Je la revois encore sur son lit d’hôpital, avec sa blouse blanche, ses yeux pâles et translucides, presque exorbités par des cernes très profonds, et puis son teint livide rempli d’imperfection. Le diagnostic d’une tumeur au cœur était posé depuis plusieurs mois et chaque jour chaque, chaque heure, chaque minute, chaque seconde la rapprochait de la mort. Elle souffrait le martyr et j’étais à ses côtés pleurant toutes les larmes de mon corps. Dans son dernier souffle, elle m’avait  murmuré ses ultimes paroles :

– Promets-moi de rester forte après mon départ. Profite de ta vie jusqu’au bout.

– Promis, avais-je répondu comme si cet engagement pouvait la protéger d’une tristesse sans fond.

Ces souvenirs me font tellement mal, j’aimerais me réveiller, que cette mort, ne soit qu’un énorme et horrible cauchemar ! Mais malheureusement, je sais au plus profond de moi que tout est réellement terminé, que ma mère ne reviendra plus jamais ! Mais les autres, eux, ils ne le savent pas, je n’ai jamais pu en parler à quelqu’un, parler de cette souffrance, peut-être parce que j’ai honte. Alors, je souffre en solitaire.  Comment parler de la mort de ma mère, de l’alcoolisme de mon père, de sa violence aussi.  Perdue dans ma réflexion, je me rends compte que je marche depuis tout à l’heure, mes pas m’ont menée à la maison. J’ai peur, peur des coups qui vont pleuvoir violemment sur mon corps ; s’il s’aperçoit que je me suis enfuie du lycée, il risque de perdre le contrôle de lui-même. Oups, je n’avais pas prévu qu’il se lève de son fauteuil dès mon entrée… je n’ai pas eu le temps d’anticiper, de me faire plus discrète pour regagner ma chambre sans attirer son attention. Mais il est maintenant trop tard pour faire demi-tour ; je vais devoir l’affronter.

– Sarah ! hurla-t-il, la porte à peine ouverte.

-Oui, papa j’arrive dis-je en avançant vers lui tête baissée.

– Tu sais très bien ce que je vais te reprocher n’est-ce pas ?

– Oui, papa je sais que je n’aurais jamais dû partir du lycée …

– Non, le proviseur a appelé,  mais ce n’est pas ça.

– Que se passe-t-il, Papa ?

– Rentre et tais-toi !

Je savais qu’en passant le seuil, la franchirait la porte du malheur

–  Tu ne comprends rien à rien, ma pauvre fille ! cria-t-il en me frappant au visage puis dans le dos. Je me demande bien avec qui ta mère a pu te concevoir ! Une chose est sûre, tu ne peux pas être ma fille ! Tu es trop idiote pour ça !

– Papa ! Je t’interdis de dire ça ! Si tu ne passais pas tes journées à boire, peut-être te rendrais-tu compte que si je suis aussi nulle et idiote comme tu le dis, c’est bien c’est parce que tu ne me dis rien ! Tu ne fais que me frapper ou boire !

Je n’ai pas le temps de m’écarter qu’une main de boxeur haineux percute ma joue ; de l’autre, il attrape mon bras et le serre : je ne peux plus le bouger, la douleur irradie mon épaule. Il me pousse violemment contre le mur, je m’écroule. Mais ça ne l’arrête pas ! Au contraire !  Il continue avec encore plus de violence : ce sont maintenant ses pieds qui mitraille mon corps, je les sens sur mes jambes, mes bras, mon ventre. Il me redresse et me traîne dans sa chambre.

*******************

          Je suis seule dans la rue. Je n’ai jamais eu aussi chaud après avoir couru. Mon corps dégouline de transpiration. Les muscles de mes jambes se crispent, j’ai très mal aux talons. Chaque pas effectué est un calvaire et me fait souffrir : toutes  les courbatures me traversent le corps de part en part. Je n’ai rien mangé au dîner. Mes yeux voient flou, mes cheveux sont tout emmêlés, mes lèvres semblent déchirée. Soudain, des bruits de pas se font entendre à environ vingt mètres derrière moi. La crainte puis la peur  s’emparent de moi : je n’ose pas faire pivoter ma tête, pour voir cet individu. La seule idée que je puisse frôler son regard ne serait-ce qu’’une seconde m’effraie. A présent, je hâte mes pas, j’entends la foulée de mon poursuivant qui accélère également. Mon cœur s’emballe… Mon souffle s’accélère également. J’ai la désagréable impression de ne pas avancer. Mes jambes sont en plombs, j’ai la sensation qu’elles vont se détacher, et dans ma tête résonnent les bruits de pas sans relâche. Je vais mourir .Oui, une vaque de fatigue paralyse toutes mes articulations. J’essaie de crier pour appeler à l’aide, mais je n’y arrive pas. J’émets seulement un gémissement rauque et discordant, comme le son d’un instrument à vent longtemps plongé dans l’eau. Mécaniquement,  tous les muscles de mon corps se sont contractés en prévision de l’agression que je m’apprête à subir. A cet instant, tout en moi se fige, jusqu’à mon sang qui s’arrête de circuler dans mes veines. Je m’écroule.

 

*******************

        

Où suis-je ? Des bruits lointains et familiers me parviennent peu à peu. J’ouvre mes yeux, non sans difficulté. Je reconnais les lieux. Je suis allongée sur le banc d’un abribus. Une couverture m’enveloppe. Non, ce n’est pas une couverture, mais un manteau noir épais, une doudoune qui m’a protégée contre cette nuit glaciale. Théo Phalec. C’est l’identité qui figure sur  l’étiquette du manteau…

 

 

 

 

Marie et Léa




l’ombre de moi-même

20 02 2014

Capture panier linge

Jeanne rentre de sa séance d’équitation, où Blanche, sa jument de robe bai, était excitée comme une puce par l’étalon se trouvant devant elle pendant l’entraînement. En marchant jusqu’à chez elle, elle est bousculée par une jeune femme pressée. Son sac tombe sur le sol, ses affaires s’éparpillent sur le trottoir devant les magasins.  A ce moment-là, Jeanne construit deux scénarios : soit la jeune femme ne fait pas attention à elle et s’éloigne, soit elle lui prend ses trois carambars cachés dans sa trousse. Mais rien ne se passe comme elle le prévoit ; la jeune femme la relève et l’aide à ramasser ses affaires. Lorsqu’elle lui tend l’un de ses cahiers, elle aperçoit son prénom. A cet instant, la jeune femme lui dit :

– Quelle coïncidence, nous portons le même prénom !

– Ah bon ? S’étonne la jeune fille.

– Quel est ton nom ? rétorque la femme.

– Sans-Nom-De-Famille, ironise-t-elle. Merci Madame, pour votre aide, Au revoir !

Jeanne part en courant en direction de chez elle. Cette rencontre inattendue lui a donné une faim de loup. Arrivée chez elle, Jeanne embrasse ses parents et monte dans sa chambre prétextant une tonne de devoirs. Mais il n’en est rien ! Au lieu de travailler, elle préfère plutôt rêver. Elle s’allonge sur son lit, commence à feuilleter une bande dessinée. Sa lecture ne dure pas longtemps car, comme à son habitude, Jeanne ne termine jamais les histoires commencées. Puis elle entend sa maman qui lui ordonne d’aller se doucher, mais Jeanne est déjà « partie », une immersion totale dans son rêve …

L’ouverture de la porte de sa chambre interrompt brutalement ses divagations. En effet, voyant que Jeanne n’avait pas réagi, sa maman entre dans une colère noire. Elle lui demande de ranger ses affaires sales dans le bac à linge. Jeanne obéit, se lève et prend ses affaires dispersées dans sa chambre et se dirige, les bras bien encombrés, vers la salle de bains. Ensuite, tout s’accélère : elle marche sur la petite voiture violette de sa sœur qui traîne dans le couloir et se retrouve tête la première dans le bac à linge, puis elle se sent comme transportée par une force invisible, sans nom comme elle. Elle a l’impression de grandir…

 

Quand, elle tombe sur le sol, elle ne reconnaît pas ce lieu qui ne ressemble ni à sa chambre, ni à l’école primaire de Saint-Martin, ni à ses rues préférées. De nombreuses personnes la toisent comme si elle était une extraterrestre venue de l’île des Zertes (un lieu magique décrit dans le livre que sa maman lui lisait tous les soirs sans que jamais elle ne s’en lasse).

Ils ont l’air si petit…

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Je ne comprends pas. Suis-je géante ou bien les personnes autour de moi sont-elles minuscules ? Je me sens tellement puissante par rapport à ces petits êtres…

Autour de moi, je découvre un paysage qui n’est ni beau, ni magnifique, ni éblouissant mais plutôt surréaliste. En effet, je suis sur le pont d’un bateau en érable (je le reconnais car j’ai eu un contrôle sur les arbres la semaine dernière). En faisant un tour sur moi-même, je vois des sculptures taillées, elles aussi dans ce même bois représentant des hommes que je ne connais pas. Le pont doit faire à peu près 200 mètres de longueur sur 25 mètres de largeur, mais je n’arrive pas à estimer sa hauteur. Ce bateau possède deux mats auxquels sont rattachées deux voiles. L’une d’elles est plus petite et d’une blancheur éclatante alors que l’autre est beaucoup plus grande, blanche, elle aussi, mais avec un motif rouge que je ne reconnais pas non plus. En me tournant de l’autre côté, j’aperçois sur des tables, des jeux de cartes, des couteaux pointus que maman m’interdit de prendre, mais aussi des petits cailloux brillants où le reflet d’une mouette se dessine.

Je remarque que ces individus sont amassés sur la poupe. En les regardant de plus près, je peux voir que leurs jambes sont plus courtes que leur torse. Ils me paraissent étranges, leurs regards sournois qu’ils jettent sur moi me font frissonner de peur. Leur barbe couvre leur visage tel celui de prisonniers. Cette population si différente de moi et de mon monde ne semble guère agréable et me donne envie de partir. Tout d’un coup, je vois, au milieu de toute cette gent masculine, une jeune fille qui dégage une impression très différente de ces autres petits êtres. Son regard, à la fois si doux mais aussi tellement torve pourrait consoler un bébé puis aussitôt tuer ses parents. Ses cheveux volent au vent, et dans les reflets du soleil, dévoilent quelques mèches de différentes teintes, mêlant des teintes grises et châtain clair. C’est alors que je sens une main retenant mon bras : je me retrouve devant un homme qui m’arrive à peu près à la taille. Il porte des cheveux noirs, crépus laissant apercevoir de nombreuses pellicules. Il s’adresse à moi en ces termes :

 » Qui es-tu ?

– Jeanne, et vous, vous êtes « quoi » ?

– Je suis quoi ? Vous entendez ça, les amis ! Et bien, je suis un nain parmi tant d’autres. Peut-être ai-je l’air d’être atteint d’une maladie mais non, je suis un nain; après tout, nous pourrions te retourner cette question…ironise-t-il.

– Effectivement, moi, je… je me mis à bredouiller… Je suis née dans une famille plutôt « normale » ; ma mère est infirmière et mon père, chercheur dans les agro-carburants. J’ai une petite sœur qui a six ans qui ne fait que jouer avec ses petites voitures rose et violette qu’elle laisse toujours traîner. J’ai un chien qui s’appelle Médor. Plus généralement, je pense être une fille qui …

– Oui d’accord, j’ai compris ! l’interrompt le nain ; Que fais-tu ici ?

– Et bien…Franchement je ne sais pas ! J’étais chez moi et j’ai glissé sur une petite voiture… je me suis retrouvée la tête la première dans le panier à linge ; depuis, je suis parmi vous, conclus-je.

– Ça doit être encore un de ces coups, chuchote le nain, à part. Bref, je suis Gary et je fais partie de l’équipage O’Maley.

– D’accord, mais que faites-vous sur ce bateau ? Les autres sont aussi des membres de l’équipage ?

– Ce n’est pas à moi de t’expliquer comment fonctionne ce bateau ; demande plutôt au capitaine. Il s’appelle Victor mais ici, tout le monde le surnomme « Le Géant des Mers » car c’est le seul à ne pas être un nain. En tout cas, si tu veux un conseil : fais-toi remarquer le moins possible et ne t’approche pas des nains portant un habit rouge : ils peuvent être très dangereux. Bon, je pense que tu devrais prendre tes marques dans ton nouveau « chez toi », Jeanne. Ne t’éloigne pas trop et fais comme si tu avais toujours travaillé ici pour rester la plus discrète possible, s’il te plaît ».

Je remercie Gary et pars découvrir ce bateau qui ne me semble pas ordinaire… J’emprunte les escaliers pour descendre dans la cale et voir ce qui s’y passe, mais mon chemin est bloqué par une porte en chêne, très massive que je n’arrive pas à pousser. En rapprochant mon oreille de la porte j’entends des petits chuchotements ; je décide alors de regarder par la serrure. La pièce est très sombre et seulement éclairée par un vitrail et quelques bougies disposées dans chaque coin de la pièce. A droite, j’aperçois une naine à genoux implorant la terre et gémissant des paroles intelligibles. Je ne suis pas là depuis longtemps, mais ce visage me rappelle quelqu’un. Soudain,  à ses côtés, je distingue un nain très costaud la dominant. Il ricane et lui donne quelques coups de pieds de temps à autres ; sa main tient une baguette qu’il frappe sur le dos de la jeune femme. Mais ce qui me choque le plus, c’est que cet homme porte une tunique rouge …

Je sors en courant de la cale, affolée. De nombreuses questions me tourmentent : Les hommes en rouge traitent-ils tous les membres de l’équipage ainsi ? Ou bien, ne torturent-ils que les femmes ? Comment puis-je laisser cette pauvre femme seule, sans défense face à cette grosse brute ? Suis-je assez courageuse pour l’affronter ? Oui, je le suis, je pense. Je fonce vers la soute et tambourine à la porte. Celle-ci s’ouvre brusquement ; énervée, j’insulte le bonhomme et lui ordonne de laisser cette femme tranquille. Mais il ne m’écoute pas. Il s’approche de moi, et me tire par l’oreille jusqu’à lui. Alors, il se met à me secouer, m’insulter de fouineuse, de mégère. Lui qui fait la moitié de ma taille me paraît tellement supérieur à moi… Il me serre si fort que je ne peux plus m’enfuir. Je crie. Des nains arrivent en masse, interpelés par le son de ma voix. Gary, en tête, regarde à tour de rôle ma tête effarée et le nain qui tient fermement mes cheveux. La naine que j’ai vue à genoux sort la tête baissée et couvre ses bras avec ses manches. Gary prend la parole tout en regardant la jeune femme s’en aller, la lèvre tremblante et un regard qui en dit long sur sa répugnance :

 » Laisse-la tranquille Wilhelm, elle est nouvelle sur le pont et elle ne connaît pas encore les règles de ce bateau, dit-il en me foudroyant des yeux.

– Ce n’est pas une raison, elle m’a dérangé et tu sais très bien qu’il ne faut pas me perturber quand je pratique mes rituels ! réplique le certain Wilhelm.

– Wilhelm, elle ne recommencera plus, n’est-ce pas Jeanne ?

Je hoche la tête en signe de consentement.

– C’est bon, tu peux la laisser partir maintenant ? demande Gary

En regardant derrière le nain se prénommant apparemment Wilhelm, je découvre une porte cachée derrière un rideau de perle. Les nains qui portent une tunique rouge s’amassent de plus en plus. J’en compte sept, huit, … Mais la brute resserre sa poigne de plus belle, m’obligeant à me détourner vers Gary.

– Je te promets qu’elle ne retournera plus ici, nous l’a prendrons avec nous, tente de convaincre Gary.

– Gary, dit Wilhelm, si j’apprends par le pur hasard que c’est toi qui as envoyé cette fouineuse nous espionner, je ne sais pas si tu retrouveras ta femme de sitôt et…

– Que se passe-t-il ? interrompt un grand homme, me dépassant d’une tête et demie. Vous ne devriez pas être au boulot, bande de nains ingrats ? Croyez- vous que je vous paie pour ne rien faire ?

Puis en se retournant, il s’adresse à moi :

– Qui es-tu, je ne t’ai jamais vue sur le pont, si ?

– Monsieur le capitaine, c’est la jeune fille qui est dans les cuisines, intervient Gary, mais comme il manque quelqu’un sur le pont, on lui a demandé de s’en charger.

– Tout à fait, repris-je, faire de la choucroute midi et soir, ce n’est pas mon occupation favorite, voyez-vous ?

– Je n’aime pas la choucroute, et nous n’avons pas les moyens de manger de la choucroute sur le O’Maley ! réplique Victor, le capitaine.

– Monsieur, excusez-moi de vous interrompre, précise Gary, mais il faut qu’on retourne sur le pont ; Wilhelm, peux-tu la relâcher maintenant ? »

Il me pousse vers les autres nains.

Après cet épisode, ils m’emmènent sur le pont et m’explique ma tâche qui consiste à prendre une serpillère et nettoyer les sculptures, les mâts, les escaliers et la cale. Ainsi, je fais de nombreuses découvertes : des biscuits entamés sous les couchettes, des bouteilles de bières sous d’autres, de nombreux autres objets.

 

Depuis deux heures, j’essaye d’ouvrir une petite boîte en porcelaine de Chine. Je remarque l’absence de serrure qui me semble très suspecte et pour laquelle je ne trouve pas d’explication. Mais, je suis surprise par le son d’une voix inconnue qui me crie :  » STOP, ARRETE ! ». Je me retourne brusquement, mais ne vois que la serpillère et les couchettes vides autour de moi. Du coup, j’oublie vite l’idée d’ouvrir cette boîte qui contient peut-être une chose magique !

En remontant sur le pont, Gary vient me retrouver et m’affirme que mon travail est parfait et que je peux aller me coucher. Il insiste pour que je dorme dans sa couchette afin de pouvoir réussir une nouvelle journée. Je fais mine de descendre dans la cale, mais dès que les nains ont le dos tourné, je monte les marches quatre à quatre vers la cabine du capitaine pour qu’il réponde aux questions qui me tourmentent depuis mon arrivée. Le capitaine est en pleine conversation avec la jeune fille que j’ai remarquée dernièrement sur le pont. Il lui parle très autoritairement, lui ordonne de se taire sur cet entretien. Elle est apeurée et accepte la condition sans réprimande. Malheureusement, je n’ai pas entendu toute leur conversation car je suis arrivée trop tard. De plus, je suis caché derrière la porte de la cabine, mon champ de vision est donc assez restreint. Mais je décide tout de même de rester et d’attendre que le capitaine s’en aille pour pouvoir enfin discuter avec la jeune fille. Celle-ci reprend sa tâche dès que Victor sort de la cabine, alors que moi je me clapis derrière la porte de peur qu’il me voit. Il est parti ! Je suis soulagée.

La jeune fille dont je ne connais pas le nom se retrouve seule devant moi. J’ai tellement de choses à lui demander que je ne sais par quoi commencer. En tout cas, elle, me transperce de son regard, ce qui ne fait qu’accroître mon inquiétude. Pendant un instant, j’ai cru qu’elle allait partir mais elle se ravise au dernier moment.

 » Je m’appelle Guylaine, et toi, c’est Jeanne c’est ça ? me demande-t-elle d’une voix douce et posée.

– Oui, c’est exact Mademoiselle, lui répliqué-je d’une voix timide.

– Que fais-tu ici ? Cet endroit n’est pas fait pour les petites filles comme toi. Tu sais, cette vie est dangereuse !

– Et vous, vous n’êtes pas très âgée par rapport aux autres nains ? Comment êtes-vous arrivée sur ce bateau ? Pourquoi n’y a-t-il que des nains sur ce navire ?

– Deux secondes, petite ! dit-elle avec un petit sourire en coin, comme ma grand-mère me faisait quand je disais une bêtise. Les questions ne servent pas à grand-chose quand les réponses ne sont pas réfléchies à l’avance. Tu dois être plus patiente et plus observatrice pour trouver toutes tes réponses.

– Puis-je alors vous poser une seule question ?

– Oui, bien sûr ! s’exclame-t-elle.

– Quand je suis arrivée sur le bateau, j’ai tout de suite vu et je le vois d’ailleurs toujours que des touches de blanc s’entremêlent dans vos cheveux. Pourtant vous paraissez tellement jeune ?

– Tu as raison, j’ai le physique d’une jeune femme mais mon cœur et mon âme sont très, très vieux. Je suis née depuis 82 ans sur cette terre. Quand ma mère m’a vu la première fois, elle a poussé un cri qui restera gravé dans ma mémoire. J’étais un « bébé vieux », ma peau était semblable à celle de ma grand-mère, plus le temps passe, plus je rajeunis. Mes parents avaient honte mais ils n’ont pu me cacher pendant tout ce temps. Un jour d’été, on m’a surprise, j’avais 13 ans. Je fus d’abord prise pour un monstre puis pour une sorcière. Mon père a été enfermé dans la prison du village et ma mère fut elle confrontée aux foudres des villageois. Elle dut également obligée de m’abandonner. Je me suis alors réfugiée dans des bateaux de marchandises jusqu’à ce que je rencontre le capitaine de ce navire, le O’Maley, qui m’a accueillie.

Je suis choquée par cette déclaration, je ne connais personne comme elle, elle est tellement étrange. Est-elle vraiment une sorcière, est-elle victime d’une malédiction ? Je m’interroge…

« ARRETE TOUT DE SUITE JEANNE

– Qu’y a-t-il ? Qu’ai-je fait ? dis-je d’une voix apeurée

– Tout va bien Jeanne ?

– Quelqu’un vient de parler ; vous n’avez pas entendu ?

– Personne ne vient de parler, nous sommes seules dans cette pièce, me réplique Guylaine 

– Vous êtes sûre ? Je viens d’entendre quelqu’un qui me demander d’arrêter !

– Je t’assure que non, tu devrais aller de reposer, toutes ces épreuves sont un peu de trop, je pense. Adieu Jeanne. »

Après cet étrange dialogue, je décide alors d’aller me coucher, mais une petite voix m’interpelle. Je crois encore entendre un bruit mais décide de ne pas m’arrêter. Pourtant, la voix insiste, je me sens alors obligée de me retourner : c’est Gary. Il est caché sous une table et m’ordonne de le rejoindre. Il me chuchote :

« – Il faut partir Jeanne, les hommes rouges te recherchent. Je ne sais pas pourquoi tu es venue ici, mais tu dois t’enfuir sans attendre.

– Mais pourquoi ? Je suis pourtant restée discrète, j’ai essayé du moins et j’ai obéis à tous les ordres.

– Ne me pose pas plus de questions, fais-moi confiance.

– Mais comment vais-je faire pour sortir de ce bateau alors que je ne sais pas vraiment comment je suis arrivée là ?

– Suis-moi maintenant, j’ai une idée…

Je le suis, pliée dans le noir; je ne sais pas où je vais, j’ai peur mais la main chaude de Gary serrant la mienne me rassure. Nous descendons dans la cale à pas de loup. Gary m’assure que nous sommes bientôt arrivés. Mais nous n’avons pas le temps de poursuivre nos pas car des gens nous poursuivent. Nous accélérons notre marche, mais nous nous heurtons à une porte. Les pas se rapprochent. Nous sommes pris au piège !  Comment faire ? Comment sortir ? Je n’en ai aucune idée. Nous sommes bientôt encerclés par la bande d’hommes rouges. Ils nous éclairent à l’aide d’une torche. Je vois Wilhelm s’approcher de moi avec trois nains autour de lui, j’aperçois dans leurs regards qu’ils n’attendent qu’une chose, me sauter dessus comme Médor quand j’ai oublié de lui donner ses croquettes. Gary resserre sa main encore plus fort et me fait signe de me taire ; il me pousse derrière lui. Je ne peux les regarder sans un éprouver un réel dégoût : tout le témoignage de cette pauvre femme me revient en mémoire. En les observant de plus près, je constate qu’ils portent tous ce pantalon rouge qui apeure tout le monde. Une chemise blanche avec des rayures noires s’ajoute à leur panoplie. Wilhelm prend alors la parole : 

 » Gary laisse-nous cette petite ! Elle ne doit rien répéter de ce qu’elle a entendu dans la cabine du capitaine !

– Elle ne dira rien ne t’inquiète pas, répond Gary. Tu dois la laisser tranquille, elle ne sait absolument rien, je te l’assure.

– C’est ce que tu essaies de me faire croire ! Mais ne sait-elle pas qui nous sommes, pourquoi nous sommes ici, et quelle…

– Alors dites-moi qui êtes-vous ? dis-je en signe de provocation.

– Veux-tu vraiment découvrir où tu es tombée ? Et surtout avec qui ? Nous sommes tous ici pour des raisons bien différentes mais aujourd’hui, tu fais également partie de notre équipage. En effet, Gary, Guylaine, les nains rouges … et moi-même sommes ici car …

Wilhelm est interrompu par une gigantesque vague qui s’engouffre dans la cabine et nous submerge. Je suis secouée de toutes parts, je tente de m’accrocher à une malle de toutes mes forces, mais je sens que je ne tiendrai pas longtemps. Mes mains glissent, j’ai dû mal à respirer…C’est un cauchemar ! Comment vais-je pouvoir m’en sortir ? J’aimerais tellement retrouver mes parents … Suis-je dans un rêve ?

C’est alors qu’un nain rouge s’approche de moi, un couteau à la main. Je me débats mais lorsque je vois ses yeux hagards et vicieux de cet homme, je sens la fin approcher à grands pas… Je hurle !

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– Mademoiselle ? Est-ce que tout va bien ? s’interroge une voix de femme, inconnue.

– Mais où suis-je ? Je ne reconnais pas cet endroit ! Où est le bateau ? Où est Gary ?

– Enfin, il n’y a pas de bateau et personne ne s’appelle Gary.

– Bien sûr ! Moquez-vous de moi, où est-il ? Répondez-moi vite ! s’emporte Jeanne.

– Je t’assure qu’il n’est pas ici. Tu es  très agitée depuis quelques jours… Tu dois te reposer.

– Mais si vous ne connaissez ni le bateau ni Gary, alors qui êtes-vous ? Je ne vous ai jamais vue, n’est-ce pas ?

– Je suis l’infirmière qui s’occupe de toi aujourd’hui.

– Vous voulez dire que je suis malade ? Depuis combien de temps suis-je ici ?

– Jeanne, tes rêves prennent possession de toi, à tout moment ; tu n’arrives pas à communiquer avec les autres sans repartir dans ton monde. Tu es ici depuis quelques jours, – Mais, ce n’est pas vrai ! Vous mentez ! Ma vie est tellement exceptionnelle que vous ne pouvez pas dire une chose pareille ! Vous voyez bien que je peux avoir des conversations censées car je parle avec vous normalement.

– Bien sûr que je le sais, tu es plus intelligente que la normale mais la vie t’as faite autiste…

Ce dernier mot n’avait aucun sens ; Jeanne ne l’enregistra pas.

 

 

Chloé et Julie

 




L’étrange Storybrook

12 02 2014

la capUn dimanche matin, je consultai mon calendrier et je me rendis compte que nous étions la veille du 4 février, le jour du Carnaval ! Or c’était dimanche, et tous les magasins étaient fermés…..Il me fallait alors trouver une solution pour dénicher un costume. Je descendis de ma chambre et appelai ma mère pensant qu’elle saurait quoi faire :

« Maman, j’ai besoin de ton aide ! »

– Qu’est-ce qu’il y a mon chéri ?

– Le carnaval, c’est demain et je n’ai pas de costume, tu sais bien que c’est ma fête préférée !

– Léopold, tu as huit ans, tu es parfaitement capable de faire preuve d’imagination !

Je décidai alors d’aller voir ma grand-mère, son grenier était une véritable caverne d’Ali baba !  J’y trouverais un costume !   J’enfourchai ma bicyclette et pris un chemin que je connaissais très bien. Arrivé devant la porte de cette maison si familière, je me remémorai les bons moments passés avec elle. C’était un des lieux où je me sentais le mieux.

En entrant, je ne vis personne. Tout était calme, un peu trop même. Ma grand-mère était peut-être âgée, mais c’était une mamie hyperactive, qui courait par-ci, par-là, mais il est vrai que depuis quelques temps, il lui arrivait de partir sans prévenir, ne sachant pas nous expliquer ce qu’elle avait fait durant ces heures d’absence….

Me rappelant la raison de ma venue, je me décidai donc à trouver le costume d’exception, la perle rare, la tenue originale par excellence qui me démarquerait des autres au Carnaval. Je grimpai  avec hâte au grenier. Quelques minutes plus tard, j’aperçus un tissu bleu recouvert de poussière et d’autres bibelots en tous genres qui scintillait dans un coin ; c’était une cape bleu azur, en satin : magnifique ! Je m’empressai de la revêtir et devins ce super héros  qui pourrait voler à travers les étoiles. C’était décidé, je porterais ce costume pour le Carnaval !

Dès mon retour à la maison, je montrai ma trouvaille à ma mère. Celle-ci ne se contenta que d’un hochement de tête ; j’avais bien compris qu’elle n’en n’avait rien à faire .En entrant dans ma chambre, je n’eus pas le courage d’enlever ma cape : je m’allongeai sur mon  lit et m’endormis, épuisé par cet aller-retour que j’avais souhaité le plus bref possible.

Le lendemain, la fatigue ne s’était paradoxalement pas estompée. Je sortis péniblement de mon lit, et, en jetant un coup d’œil sur le mur opposé à mon lit, je crus apercevoir les lignes pourtant parfaitement verticales du papier peint  se zébrer. Je ne rêvais pas : les lignes bougeaient bel et bien ! Je m’approchai de la « zone trouble » et posai ma main sur ce mur devenu mystérieux. Soudain, je ressentis un terrible tremblement ; tout tourbillonnait, et flottait autour de moi. Que se passait-il ? Etais-je victime d’hallucination ? Je fermai les yeux et quand je les rouvris, je sentis mon corps transporté, comme en apesanteur, dans un monde irréel plongé dans un épais brouillard. Soudain, j’entendis de drôles de bruits, comme des chuchotements qui m’appelaient. Mon corps se déplaça alors vers ces voix, et me retrouvai face à une ombre ; il ne s’agissait pas d’une silhouette humaine ; progressivement, un portail recouvert de feuilles d’or et parsemé de pierres précieuses se dressait devant moi. J’étais tellement curieux, j’avais vraiment envie de savoir ce qu’il y avait derrière ce splendide portail. Sans plus attendre, je le poussai de toutes mes forces, et à ma plus grande surprise, la porte n’opposa aucune résistance. En un éclair, je me retrouvai alors dans une forêt où je ne tardai pas à croiser des hommes, des femmes, et enfants habillés à l’ancienne. Tous portaient une cape, semblable par la matière à celle que j’avais trouvée dans le grenier de ma grand-mère. Elle semblait faire office de carte d’identité, personnalisée parfois avec des broches.

Alors que j’étais encore sous le choc de telles rencontres,  je distinguai une maison devant laquelle une pancarte signalait cette information : « Maire de Storybrook ». Storybrook? Quel nom bizarre, je n’en avais jamais entendu parler…..mais peut-être pas si étrange au vu de  ce monde dans lequel je venais d’entrer….Ici, les gens ne parlaient pas beaucoup, ils paraissaient sans vie et dépourvus de toutes émotions. On aurait dit des fantômes.

Bon, c’était bien beau d’admirer cette demeure, mais je me devais de rencontrer ce maire, peut-être que lui m’accueillerait et répondrait à mes questions. A peine eussé-je franchi le seuil de l’entrée qu’un homme se tenait devant moi, opposant à ma modeste taille ses deux mètres de haut environ. Ses gros sourcils lui donnaient un air peu sympathique qui m’impressionna plutôt. Ses yeux quant à eux, petits et sombres m’inspectaient de haut en bas. J’eus le temps de remarquer qu’il portait une vieille veste et un pantalon troué, qu’il me paraissait fort vieux avant qu’il ne m’adresse ses premiers mots. Il me demanda en effet mon nom, et comment j’avais atterri ici. Je lui répondis que je n’en avais aucune idée; que je m’étais endormi avec ma cape attachée à mon cou…Il sembla stupéfait et resta silencieux un long moment. Puis il finit par me proposer une visite du village. Je compris rapidement la finalité de sa démarche : Il souhaitait me présenter une vieille femme, qu’il appela Claudine. Elle serait ma tutrice le long de mon séjour, si j’arrivais un jour à en sortir….

Très aimablement, elle me proposa des petits biscuits et du jus de fruit, que j’acceptai. Un sentiment de nostalgie m’envahit alors…Ma grand-mère me manquait tellement….Puis j’inspectai sa cape, elle était de couleur prune, ornée de dentelle noire à motif baroque, ce qui mettait en valeur sa peau si pâle.

Le lendemain, celle-ci me réveilla précipitamment, m’indiquant qu’il fallait que je me rende à l’institut. En effet, Storybrook possédait un institut où les enfants apprenaient à voler ! Je pouvais enfin réaliser mon rêve.

Claudine m’accompagna jusqu’au bureau du directeur. Après les présentations et mon inscription, elle me laissa dans une grande salle où les élèves passaient la plupart de leur temps, d’après elle.

Un garçon s’approcha alors de moi ; il avait l’air plutôt sympathique. Arrivé à ma hauteur, il me dit :

 » Salut ! Moi c’est Éric. Je ne t’avais jamais vu auparavant, tu es nouveau ?

– Je m’appelle Léopold, et oui je suis bien nouveau, je suis arrivé hier. Dis, qu’apprenez-vous exactement dans cette école ?

– Et bien, c’est très simple. Chaque élève à la fin de sa quatrième année doit recevoir son diplôme, qui valide sa capacité à savoir voler et à maîtriser sa cape. »

Il me lista également tous les cours et les horaires. Et j’appris que c’était la rentrée. Le directeur annonça les classes, et j’entendis mon nom; par chance j’étais dans la même classe qu’Éric !

Soudain, j’entendis une voix familière : « Réveille-toi, mon chéri, réveille-toi ! ». J’étais troublé, je ne pouvais deviner d’où ces appels provenaient, ils me semblaient proches… De nouveau, mon corps fut enveloppé dans un épais  brouillard ;  progressivement, Storybrook commença à s’effacer.

Ma mère m’accueillit dans la réalité, pour la deuxième fois…

 

Anaïs et Marion, 2nde 2




coca

12 02 2014

cocaIl ouvre la porte. Le magasin dans lequel Aram vient de poser le pied compte quelques rayons ; ce n’est qu’une simple épicerie : une allée vitrée pour les produits frais, un étale pour les légumes, une rangée de boissons. Un bourdonnement produit par les néons et frigos qui ont accordé leur voix, offre ce chant typique des petites enseignes. L’adolescent aux origines persanes pointe alors son regard vers le vendeur : il doit avoir la quarantaine, il est chauve, il porte un t-shirt de couleur champagne sur un simple jeans bleu.

« Bonjour ». Le jeune homme au corps robuste et longiligne a laissé échapper de sa bouche une salutation trop vaporeuse et aiguë pour un individu de son gabarit. Qu’importe, Aram se glisse dans le second rayon où les bouteilles et canettes sont parfaitement alignées. Il passe en revue chaque produit, marquant un temps d’arrêt devant chacun situé à hauteur de ses yeux. D’un geste assuré, il s’empare d’une canette de coca et se dirige immédiatement vers la caisse. Il tend au vendeur son unique billet. Avec 3 euros 50 en poche et sa boisson, Aram s’éclipse, oubliant de saluer le commerçant en quittant les lieux ; ce n’est pas important, il ne le reverra jamais ce monsieur.

Il avance dans la rue, comme tous les passants qui s’y sont aventurés depuis qu’elle existe. Et d’ailleurs, qui, au risque d’être remarqué voire humilié, aurait eu l’audace de reculer ? Tout en marchant, il ouvre sa canette et s’amuse du son produit par l’air qui envahit le contenant ;  le soda de toutes ses  forces, semble avoir pris une inspiration plus que vitale. Cette simple réaction  physique ne lui fait habituellement aucun effet, mais aujourd’hui,  elle sonne comme un cri, comme le râle d’un damné. Il approche ensuite ses lèvres charnues de l’incision de sa canette.

 

La partie inférieure de son visage  se fige immédiatement au contact du métal glacé. Ses papilles semblent s’endormir progressivement, avant même que l’acide du liquide ne les  atrophie. Juste à cet instant, l’image de sa mère s’impose à lui. En ce moment, elle doit déposer une robe au pressing, celle qu’il préfère, à pois coquelicot sur fond blanc. Il sent également le parfum qu’elle porte si bien. Un effluve qui lui berce les narines. Un mélange de sucre, de fleurs et de soleil qui bouleverse ses sens, mais font également vaciller la raison d’un homme. Amar le sait, cette silhouette mince aux longs cheveux brou de noix, tellement soyeux, qu’elle arrange en chignon négligé est heureuse.

Cette apparition s’évapore quand le  soda s’infiltre dans sa gorge : les picotements qu’il avait ressentis au niveau de la langue et du palet se situent  maintenant sur les parois du gosier. Par la suite, la substance continue sa campagne de corrosion dans le tube digestif. Une grimace transcrivant  l’acidité qui remonte alors en bouche annonce la seconde gorgée : à mesure que  l’acidité du breuvage s’estompe, il peut boire des gorgées moins timides, et tel un assoiffé, engloutir les 33 cL conventionnels de la canette. La gourmandise, plus que la soif, fait pénétrer le bout de sa langue à l’intérieur de la canette pour absorber les quelques gouttes restantes. Sa langue, encore une fois, manque d’être accidentée. Il tord le cylindre métallique d’une simple pression de sa main ; les sensations qu’il vient de vivre lui manquent déjà.  Il fouille ses poches et ses doigts font sonner les quelques pièces de monnaie qui lui restent.

 

Julien et François, 2nde 2




Léo-pard

2 01 2014

petit léo

J’aurais aimé être un léopard ; pouvoir utiliser chaque membre de mon corps pour me défendre, chaque muscle pour courir et sentir le poids de chacun de mes pas sur le sol. Tout aurait été tellement plus facile. Mais il n’en est rien et cette image ne restera à jamais qu’un rêve que j’effleure.

 Je m’appelle Léo, j’ai huit ans et ma vie se résume à un vide, une solitude et des moqueries que je n’ai, évidemment, jamais désirées. Je ne suis qu’un simple garçon, plutôt chétif, un insecte qu’il est facile d’éliminer. J’ai perdu mes parents il y a un an et le manque est toujours là, au fond de ma poitrine, telle une déchirure que je ne parviens pas à réparer. Les conséquences de leur disparition forment un ensemble flou dans ma tête dont  je ne veux pas me rappeler exactement. J’étais avec eux, le soir où notre voiture a été percutée  par cet énorme camion semblable à un monstre gigantesque sorti d’un de mes livres de science-fiction.

  Lorsque je m’endors le soir, je ressens encore la force de l’impact démultipliée par la masse de cet engin de la mort…cette force avec laquelle il nous a projetés en arrière. Mon corps a enregistré les secousses de notre voiture aussi fidèlement qu’un sismographe reproduirait les vibrations du sol… Notre Volkswagen rouge  a tourné, et tourné sur elle-même pendant quelques secondes; une éternité pour moi. Et puis  l’énorme vacarme lorsqu’elle s’est, finalement, littéralement écrasée sur le goudron, résonne encore dans mon corps.

 Le sommeil me rappelle la tête en sang et celle tachetée de bleus et de noirs de ma maman, et cela accroît chaque nuit la déchirure de mon cœur. Heureusement, j’ai ma petite sœur, Emma. Elle a un an et elle est la seule personne sur qui je peux vraiment compter. Elle, ne me juge pas contrairement à tous ces idiots présents dans mon école qui usent sur moi de toute leur violence et  de leur haine. Elle me comprend, elle ressent ce que je traverse, malgré son jeune âge et c’est sans doute pour cette raison que je veux la protéger. Elle est trop jeune et je veux la protéger, elle et son innocence d’enfant, pour que jamais elle ne ressente ce que moi j’ai vécu. On dirait un ange venu du ciel pour m’apporter le Paradis, à moi, le petit garçon aux cheveux et aux yeux noirs semblables aux ténèbres.  Elle a des cheveux tout blonds qui forment un soleil autour de son visage parfait où scintillent deux yeux d’un bleu pur. A chaque fois que je la vois, après mes cauchemars de la nuit, je la prends dans mes bras et je la berce tout doucement.

Chaque jour, je me dis : « Aujourd’hui sera différent, je ne veux plus être ce pauvre petit garçon qui a perdu ses parents. Je veux réveiller en moi la joie, et je veux être plus fort que la vie, que moi-même et que ceux qui ne m’acceptent pas. » Malheureusement, ce n’est jamais le cas. Je m’efforce de sourire, en arrivant  à l’école après avoir chassé de mon esprit mes cris lorsque j’étais effrayé, seul au milieu de cette voiture, essayant de réveiller mes parents, niant la possibilité qu’ils ne pourraient jamais revenir. Je franchis la porte de l’école sûr de moi, et dès que j’ai posé un pied sur ce goudron, le grand Sacha avec ses cheveux tout orange s’approche de moi, me prend par le col, me crache à la figure en rigolant, puis il part vers ses amis et les filles qui le regardent en tyran respecté. Tous les matins, je subis la même humiliation, et mon sourire forcé se dissipe lorsque j’entre en classe. Je suis seul au fond de cette salle aux murs blancs et personne ne me parle ou ne m’approche, ce qui me donne l’impression d’être atteint d’une maladie mortelle. Je n’ai jamais compris comment ils en étaient  venus à me traiter de la sorte mais comme le dit M. Oscar : « Ne te laisse par atteindre par des gens qui ne peuvent comprendre ce que tu as. Ils essaient de se rendre supérieurs parce que tu es nouveau, le visage ravagé par la  tristesse ce qui te rend différent. C’est la différence qui les fait agir en monstres parce qu’ils ne savent pas comment réagir. Le nouveau est devenu leur victime. Tu seras toujours cet autre mais apprends à tuer la victime qui est au fond de toi pour devenir le roi. ». C’est vrai, je suis devenu la victime de mes camarades et même si les conseils de M. Oscar sont des plus sensés, je n’arrive pas à passer outre leur méchanceté. M. Oscar, c’est un vieux monsieur aux cheveux  et à la barbe toute blanche avec de petites lunettes rondes. Il habite juste à côté de chez moi, et il est le seul ami que j’ai : une autre source de moquerie chez les autres élèves. Quelque part,  j’aime me rendre chez M. Oscar parce qu’il m’écoute et me donne des conseils pour avancer et non pas m’enfoncer au plus profond de l’abîme formé par la disparition de mes parents.

 

                Hier, la neige a recouvert de son manteau blanc mon jardin. C’était  Noël, et cette fête synonyme de joie  et de retrouvailles familiales est devenue pour moi un événement rempli de tristesse. C’était mon premier Noël sans mes parents et je ne voulais  pas sourire sachant qu’ils ne seraient pas là pour le fêter avec moi. Heureusement, ma sœur était heureuse et ses yeux rieurs m’ont fait chaud au cœur ; j’ai reçu comme cadeau de la peinture parce que, « je suis un artiste dans l’âme » selon les dires de Mr et Mme Chapelot.

Je regardais à travers ma fenêtre les flocons tomber sur le sol en repensant à ce Noël, lorsque  M. Oscar m’a fait un signe de la main pour me demander de le rejoindre dans sa grande maison bleue afin de m’offrir un cadeau. Il m’avait déjà prévenu plusieurs jours à l’avance qu’il me ferait une surprise. Lorsque j’ai sonné, il m’attendait, le visage souriant avec un gros paquet cadeau qu’il cachait sous son pull jaune. Il a tout de suite compris que j’étais plus qu’impatient de découvrir cette surprise tant attendue qu’il m’a donnée  en main propre. Je l’ai retournée, agitée et encore retournée pour essayer de deviner ce qu’elle pouvait contenir, mais il n’y avait rien à faire. Son contenu restait un mystère. Alors j’ai déchiré le papier d’un seul coup et j’ai découvert un grand livre mêlant le vert et le marron où ce titre figurait en grands caractères : « LA QUETE DU LEOPARD ». Il m’a expliqué que c’était son livre préféré lorsqu’il était petit. Je voulais bien le croire mais malgré ma joie de trouver un livre sur cet animal que je vénérais, je me suis demandé si c’était un hasard ou une coïncidence, cet ouvrage sur le léopard. M. Oscar a sans doute remarqué mon expression qui ne laissait pas transparaître le bonheur qu’il envisageait pour moi… 

« Alors, Léo, que penses-tu de mon cadeau ? m’interrogea M. Oscar pour briser le silence.

– Merci, essayai-je de répondre, mais, je me demande comment vous avez su, pour le léopard ?

– Quel léopard ? Je t’ai pris ce livre car il m’a plu lorsque je l’ai lu. En plus, j’ai trouvé qu’il correspondait bien à ton caractère, à ta personnalité. Tu lui ressembles, Léo, et je crois que le lire te fera le plus grand bien.

– Le léopard me ressemble ? 

– Celui du livre, oui. Il y a quelque chose que tu devrais savoir à propos… non, je te laisserai deviner et tu me le diras lorsque tu auras fini ta lecture.

– Vous me donnez vraiment envie de le dévorer… Mais, j’aimerais vous dire quelque chose… à propos du léopard. J’ai toujours rêvé d’être cet animal…Peut-être que j’aurais été mieux, dans une peau d’un prédateur.

– Nous sommes tous des animaux, Léo. Il est vrai, que sans la raison, la conscience, tout serait plus facile. Cependant, il est important d’avoir une conscience et de ressentir des émotions face à ses peurs et ses démons, de les affronter en toute connaissance plutôt que d’essayer de vivre comme si ces événements n’avaient jamais existé, de les refouler et vivre sans eux alors qu’ils font de toi ce que tu es.

 J’ai repensé aux paroles de M. Oscar toute la nuit suivante. C’était ma première nuit sans larmes, pour la première fois,  je n’ai pas revu ces personnes qui m’ont sorti de la voiture de mes parents pendant que je criais et me débattais pour être avec mon papa et ma maman ; mais cette nuit fut remplie d’interrogations. Ce vieux monsieur venait de remettre en cause ce que j’envisageais comme un rêve, et il a mis la réalité en avant, plus difficile.

Le lendemain matin, je décidai de me plonger dans ce livre et dès les premières pages, je fus emporté par l’histoire de ce jeune homme en quête de nouvelles aventures, qui rêvait de voir « en vrai », l’animal qui l’avait toujours impressionné, le léopard. Il racontait comment il avait tout fait pour entrer en contact avec l’animal, pouvoir le caresser, ressentir sa respiration et voir de ses propres yeux à quelle vitesse il courait. Je restai subjugué devant chaque phrase, me représentant les nombreuses scènes dans ma tête… Mais lorsque la rentrée me revint à l’esprit, la réalité me parut encore plus difficile à assumer qu’auparavant, résolument trop lourde à porter pour un petit bonhomme comme moi…

Ce lundi matin, tout le monde parlait des cadeaux offerts pour noël ; d’ailleurs, en cours de français, le professeur nous avait demandé de rédiger un petit texte qui préciserait en quoi notre fête de Noël avait été réussie. J’écrivis que je venais de vivre le meilleur Noël de toute ma vie car une personne importante pour moi m’avait fait comprendre que ma vie pouvait prendre une autre tournure. Je ne manquai pas de préciser qu’on m’avait offert un livre fabuleux.

Dans la cour de récréation, comme d’habitude, personne ne m’adressait la parole. Je décidai alors de poursuivre ma lecture. Le personnage principal s’appelait Mathéo et dans la scène que je découvrais, il arrivait dans le sud de l’Afrique, en pleine réserve naturelle. Un ranger vint lui expliquer les règles de sécurité, les procédures à suivre pour en approcher un ; il ne fallait surtout pas être agressif avec le léopard ou marquer les moindres signes d’agitation, de nervosité.

Mais ma lecture fut rapidement interrompue par Sacha, qui me l’arracha des mains. Il se mit à lire le titre à voix haute devant tout le monde en ricanant. J’essayai de l’attraper, mais il levait le bras trop haut. J’avais tellement peur qu’il déchire des pages, où qu’il le jette dans la neige. Une rage m’envahit alors : je me mis à l’insulter, à lui dire qu’il n’y avait que les idiots tel que lui capables d’actes pareils. Il n’écoutait pas ce que je disais, alors je criai que qu’il était peut-être grand, ou encore fort, mais qu’il n’était rien sans sensibilité et intelligence. Je m’impressionnais moi-même à tenir un tel discours et devant un public qui s’était agrandi au fil de l’altercation. Soudain, je remarquai comme une marque d’approbation de la part de quelques élèves de ma classe, auxquels se rallia bientôt tout le groupe qui faisait corps autour moi, pour la première fois.  Le plus costaud arracha le livre de ses mains et me le rendit. J’étais tellement fier d’avoir enfin dit ce que je pensais, j’avais l’impression d’avoir passé un cap dans ma vie, un nouvel obstacle. J’étais heureux.

 

Le Mardi, M. Oscar me rendit visite afin de prendre de mes nouvelles.  J’étais content car je voulais absolument lui faire part de mes impressions sur le livre. Il s’assit sur le canapé et me regarda en souriant. Je commençai d’abord par lui raconter la scène dans la cour qui s’était déroulée la veille. Je lui racontai avec quel courage je ne m’étais pas soumis aux ordres de cette brute de Sacha. Durant tout le récit de mes « exploits », il me regarda avec des yeux remplis d’admiration, comme si j’étais une sorte de héros…mais n’était-il pas à l’origine de cette métamorphose ? Je m’étais battu et j’avais repoussé les limites de mon courage et de ma peur, les limites qui m’asphyxiait à petit feu jusqu’à ce que M. Oscar me libère. Nos premiers instants me revinrent en tête à la vitesse de l’éclair ; La « Rencontre » s’était produite dans la rue, en face de chez moi, au moment où M. et Mme Chapelot garaient leur véhicule. Ces deux personnes étaient devenues mes « parents » adoptifs mais, tout juste un mois après l’Accident, je ne pouvais pas encore penser que d’autres personnes puissent exercer cette charge. Lorsque je sortis de la voiture, je vis un vieux monsieur me sourire, c’était M. Oscar. Je le trouvai légèrement ridicule avec ses petites lunettes enfouies dans son visage entre ses épais sourcils et sa grosse barbe blanche. Mais lorsque je découvris son large sourire, je sus qu’un lien indescriptible, invisible, et incomparable venait de se créer entre lui et moi. J’eus alors l’impression de le connaître depuis longtemps et qu’il saurait me protéger et m’accompagner ; une sorte de révélation. Il m’avait accompagné de son regard bienveillant jusqu’à la porte de ma nouvelle maison ; derrière sa porte, la chevelure dorée d’Emma, la fille de M. et Mme Chapelot, m’éblouirait…

Lorsque je repris mes esprits, M.Oscar me fit une surprise et m’expliqua que depuis longtemps, il avait réservé une journée de stage dans un zoo non loin d’ici. Il m’expliqua que le stage consistait à s’occuper des animaux que l’on affectionnait le plus. Je le pris dans mes bras en guise de remerciement.  Je me pris à rêver de ma rencontre avec ce léopard. Je ne savais pas si j’arriverais à le toucher ou même à l’approcher. Je me demandais même si l’espoir que j’avais nourri depuis si longtemps pouvait se concrétiser.  Mon rêve ne resterait-il qu’une utopie ?

Le jour J sonna enfin ; c’était un samedi de printemps, nous avions décidé de partir très tôt afin de profiter au maximum de la journée. Dès notre arrivée au zoo, un ranger vint à notre rencontre pour nous présenter le programme, et comme s’il connaissait déjà mon rêve le plus cher, il nous annonça que nous allions rencontrer les maîtres des lieux, le Léopard. J’étais tellement excité à l’idée de voir enfin Mon Animal, pour de vrai, de mes propres yeux ! Nous arrivâmes devant la cage du fauve, un énorme stress m’envahit.  J’avais une sorte d’appréhension, peut-être la peur du danger. Le ranger nous expliqua que l’animal était arrivé quelques jours auparavant seulement et qu’il n’était pas très sociable ; il fallait à tout prix respecter les règles de sécurité. Je pris alors mon courage à deux mains et rentrai avec Mr Oscar dans la cage. Le félin nous  regarda sans bouger, comme s’il voulait nous tester. La cage était  assez grande et pouvait accueillir un second léopard sans problèmes. Il y  avait de la végétation, et de nombreux  »perchoirs » pour reproduire son  environnement naturel. Le ranger nous expliqua où il fallait déposer sa  nourriture et comment l’appâter sans l’énerver. Ce qu’il y avait dans sa  gamelle me donnait envie de vomir : de la viande crue, environ 10 kilos,  pour moi cela paraissait énorme mais en réalité, ce n’était que la dose  normale d’un repas. Je pris alors mon courage à deux mains et m’avançai  petit à petit vers le garde mangé. Plus j’avançais et plus l’animal me  regardait fixement, parfois il s’avançait lorsque je lui tournais le  dos. J’avais l’impression qu’il ne s’approchait pas d’un seul coup de la  nourriture pour ne pas m’effrayer. Lorsque j’atteignis le garde mangé, je  crus qu’il allait me sauter dessus mais pas du tout. Il s’avança devant  moi et s’inclina, comme s’il attendait que je lui fasse signe  pour l’autoriser à manger. J’étais stupéfait, je ne savais pas comment  réagir et je me surpris moi-même à commencer à lui parler, comme à un être  humain. Je lui dis qu’il pouvait manger, qu’il n’y avait pas de soucis, que j’avais préparé ce repas spécialement pour lui et qu’il allait se régaler.

Le léopard semblait obéir au son de ma voix, s’attendrir devant mes yeux de ténèbres et s’incliner devant ma présence. A notre sortie, le ranger nous confia que c’était la première fois qu’il voyait ce genre de scène se produire et sincèrement, je me sentis très fier. J’étais fier d’être le premier à dresser cet animal, le premier devant lequel il s’était soumis alors qu’il représentait mon idéal et que je voyais en lui mon maître de vie. J’étais plus fort que ce léopard et je pourrais à présent avancer dans la vie, même avec tous les traumatismes qui avaient jalonné ma petite existence… J’allais prendre un nouveau départ et cette nouvelle vie, je voulais la mener avec ce léopard. Je n’avais jamais vraiment fait le rapprochement entre le léopard et le début de mon prénom, Léo. Peut-être qu’après tout, j’étais un « petit » léopard et que c’était pour cette raison que j’avais réussi à le dompter. Je demandai alors à M. Oscar si je pouvais apprivoiser ce petit animal, qu’il devienne « mon » léopard. Le ranger qui m’avait entendu répondit par la négative… Tout mon univers s’écroulait. Soudain, alors que je commençais à pleurer, j’aperçus des cheveux roux et compris tout de suite qu’il s’agissait de la tignasse de Sacha. Il s’approcha de moi avec son sourire bêta et commença à se moquer de moi parce que je « trépignais comme un enfant gâté » selon ses propres dires. Pour une fois, où j’étais réellement heureux, il venait gâcher mon bonheur. Le monde pouvait-il être injuste à ce point ?  Fallait-il accepter la domination des plus forts et laisser les plus idiots tout contrôler? Et pendant que je sentais en moi la colère monter, j’entendis un énorme cri de douleur et vis le corps de « mon » léopard sur le visage terrifié de Sacha.

 

Nouvelle de Lisa et Emilie




confidences

2 01 2014

garçon merJe me présente, Lucas 15 ans, un adolescent comme un autre.

Ce que j’aime, c’est travailler.  Oui, je pense que c’est mon passe-temps favori, les maths, le français, l’histoire ….

J’ai déjà 4 mois d’avance sur le programme de l’année de seconde !

J’adore passer l’aspirateur, ranger, dépoussiérer les meubles ; bref, vous l’aurez compris : j’aime quand ma chambre est propre !

Mais ne pensez pas que je suis un adolescent solitaire, vivant reclus dans ses 12 mètres carrés ; j’ai tout de même un chat et 6 amis sur Facebook : mes professeurs de maths, de SVT, d’histoire et d’anglais ainsi que ma maman et ma tante Christie.

Malheureusement, ma professeur d’espagnol n’est pas inscrite sur ce genre de réseaux sociaux,  mais je ne m’inquiète pas car je la vois tous les jeudis soirs en cours particulier…

Côté vestimentaire, je m’habille plutôt bien. Je ne comprends pas la mode des pantalons baissés et jeans froissés égayés par des hauts flashy.

Ils se ressemblent tous, avec leurs baskets de sport de marque Nike ou encore Van’s.

Personnellement, j’ai un petit faible pour les polos avec le petit crocodile, les pantalons repassés, propres et les mocassins.

Sinon,  je peux vous dire que je pratique différentes activités toutes aussi passionnantes comme les échecs, ou encore la musique… Je suis de nombreux cours d’instruments tels que

la flûte traversière, le piano, le violon ainsi que la contre-baaaaaaaaaaaaaaAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAASSSSSSSEEE !!!!!

 

Il fait sombre. Tout est calme, je suis dans mon lit, ouf ! Ce n’était qu’un cauchemar ! Je me tourne vers la droite pour vérifier l’heure : 5h30…Lundi 5 Février depuis peu donc… je vis à Saint-Malo, et comme tous les lundis matins,  je  dois me réveiller vers 7:00 pour être à l’heure au lycée.

Pourquoi  l’école existe-t-elle ?  Et surtout, pourquoi le lundi est-il aussi loin du  vendredi alors que le vendredi est si proche du lundi ?

Après quelques minutes de réflexion, je me rends compte que cette question n’a pas vraiment de réponse … à  moins que l’on remette en cause le déroulement du rythme hebdomadaire, mais je pense que ce serait bien compliqué… Je m’incline donc devant cette loi, encore une à accepter sans broncher, comme celle qui me place dans la catégorie des « flemmards » ; en effet, est-ce que l’on peut lutter contre ce qui nous définit intrinsèquement ? C’est dit, pire, c’est écrit : je suis un flemmard, mais pas une petite espèce à laquelle on pourrait identifier celui qui n’a pas envie d’aller à la boulangerie quand sa mère le lui  demande… non… Je suis un GROS flemmard à l’image de l’individu qui reste 3 heures devant une émission de téléshopping détestable parce qu’il est bien calé entre les coussins du canapé et qu’il n’a pas la force de se lever pour récupérer la télécommande oubliée sur le meuble TV…

Pour continuer les présentations,  et ne pas me confondre avec ce « faux moi » qui s’est invité dans mon cauchemar, je m’appelle bien Lucas, j’ai 15 ans, j’ai des origines turques, et ce que j’aime par-dessus tout, c’est sortir voir des amis, traîner en ville, aller au McDo.

J’aime également beaucoup le sport, enfin…à la TV ! J’aime bien le basket, ce jeu basé sur un sport collectif opposant deux équipes de cinq joueurs.

Bon, et alors, qu’est-ce que je pourrais ajouter ? Ah oui, je déteste les mocassins à glands ! Moi, mon truc, c’est les baskets ; je  n’ai pas de style vestimentaire, mais on peut dire que je mime les autres sous l’influence de la société de consommation sans vraiment  y  faire attention…et quand j’y réfléchis un peu, ce phénomène de clonage, de moutons de Panurge qui pousse tout un chacun à ressembler à son voisin, cela m’énerve au plus haut point ! Mais encore une fois, comment lutter contre ce que j’appelle une  « Loi » ?

Et maintenant, vous attendez que je précise la couleur de mes yeux, mon plat préféré, ma destination de rêve, les événements que je devrais absolument connaître dans ma vie … ?

Non n’exagérons pas, j’aurais l’impression que vous en sauriez autant sur ma vie que moi… Bon, il est 6:00… Ce qui me laisse une petite heure pour vous faire des confidences « sur l’oreiller » ; je vois à votre mine déçue que vous m’auriez rayé de votre liste d’amis si je ne m’étais pas plié aux « obligations »… et puis, autant ne rien vous cacher, et de toute façon,  je n’arrive pas à me rendormir !  Mais je vous préviens, je vais dévoiler divers pans de ma vie n’ayant AUCUN rapport entre eux, dans la plus grande rapidité, de façon à ne pas prendre trois heures – que je n’aurais pas d’ailleurs – pour parler de moi, moi et seulement moi !

Pour essayer de « visualiser » le rythme de mes déclarations à venir, je vous propose d’imaginer Julien Lepers dans « question pour un champion » lorsque il pose sa question aux candidats, ou – si vous êtes plus jeune – Eminem et son fameux record de 101 mots en 16 secondes.

Bref, vous êtes prêt ? 3,2,1 Go !

Je suis un garçon, j’aime la couleur jaune même si je n’en porte jamais, je suis jeune et j’aime profiter de la vie, j’aime les pattes « carbonara », les pizzas, les kebabs surtout entre amis, j’aime voyager, prendre le train, l’avion, découvrir des pays, des cultures différentes.

J’adore la musique et presque tous les styles : rap, folk, pop,  rock, électro, dub-step, reggae … pour ne citer que ceux-là.

J’adore la photo, même si je n’ai pas d’appareil photo…J’aime dire des choses qui ne servent à rien, j’aime mon portable, internet, l’ordinateur, et je suis passionné de technologie.

Un peu de négatif maintenant : je déteste les chewing-gums placés sous les tables de cours, les personnes qui s’expriment tout en parlant relativement fort ! Je ne supporte pas l’écoute au volume abusif de la musique dans les transports en commun.

Bon je vais m’arrêter là parce que l’heure tourne et je ne n’ai plus que … 2 minutes ?!!!

Là, il est temps que je me lève.

Le soleil brille timidement, je sens une odeur de café noir et de pain grillé qui se glisse sous la porte de ma chambre…le signe que ma mère est levée depuis quelques minutes ; Mon père, lui,  n’est pas rentré cette nuit, sûrement encore un de ses « voyages d’affaires », entre guillemets… j’ai en effet quelques doutes sur sa fidélité, surtout quand je le surprends à  observer sans gêne les jolies femmes…Mais bon, je n’ai jamais été très proche de lui de toute manière.

Juste après avoir passé la porte de ma chambre, je sens au pas de ma mère qu’elle va m’adresser quelques reproches… je glisse ma tête sous l’oreiller…et mes pressentiments se confirment : après un « bonjour » expédié, elle commence à évoquer mes notes trop justes, le 10/20 en Anglais… voire « lamentables », ce sont ses termes : 5/20 en maths ! Et puis elle passe en revue mes fréquentations qui l’inquiètent, mon manque de motivation, d’énergie, bref, mon côté « GROS flemmard » qu’elle ne supporte pas. Je tente timidement une sortie de l’oreiller quand deux yeux exorbités me poussent à promettre des changements, des efforts, du travail… des mots qui la rassurent immédiatement, ou alors, elle fait semblant d’y croire elle aussi…

En guise de signal favorable, je consomme mon énergie du mois à m’extraire de mon lit, presque à la vitesse de notre chat qui bondit sur sa victime… et me dirige vers la table de la cuisine où m’attendent les Coco-pops et le jus d’orange. Je lis pour la 200ème fois le dos de la boite de céréales en mâchant bruyamment ce merveilleux aliment aromatisé au chocolat dont les pétales de riz croquent sous la dent… A cette étape, rien ni personne ne peut attirer mon attention…

Après, tout s’accélère : brossage de dents, petit coup de déodorant (rassurez-vous, j’ai pris une douche la veille !), habillage express,  je saisis quelques affaires que je pose négligemment dans mon sac, je n’oublie pas mon casque relié à mon i-pod et je dis au revoir à ma mère…

Me voici dehors ! La température extérieure est de 2°C . En gros, ça caille ! Et le goût du dentifrice « mentholé » encore présent dans ma bouche rafraîchit d’autant plus ma gorge sèche. Je me lance pour 15 minutes à pied de trajet, c’est long pour un flemmard, non ? Mais bon, quand je sais que des personnes ont jusqu’à 1 heure de car pour aller au lycée, je me sens un peu moins déprimé. Et puis, bien au chaud sous une doudoune avec de la bonne musique aux oreilles,  on ne doit pas souffrir le martyre…

Arrivé devant le lycée, je retrouve deux de mes potes : Jean et Tristan.

Évidemment Hugo n’est pas là, Je me suis disputé avec lui hier, tout ça à cause d’une fille, ça me gave !

Drinnnnnng ! La sonnerie retentit déjà, je commence par 2 heures de maths puis j’enchaînerai par 1 heure d’anglais et de français. La prof de maths, je ne l’aime pas trop : elle est raciste, elle critique sans cesse les élèves en difficulté en mettant aussi en valeur les premiers de classe. N’ayant pas de talent particulier dans cette matière et ne témoignant pas de réels efforts, je suis donc un peu sa « tête de turc », comme diraient certains…

« Sortez vos affaires, on va corriger les exercices qui étaient à faire pour aujourd’hui »… Houla non, j’ai zappé ! Il faut dire que l’on n’a pas que les devoirs à faire dans la vie, faut en profiter quoi !

Bref, je tente donc une approche vers mon voisin tentant de recopier l’exercice le plus rapidement possible mais rien à faire, je suis en premières positions dans l’ordre alphabétique…  Merci mes ancêtres !

 » Alors,  Lucas aurait-il pour une fois fait ses exercices ?

– Non, madame c’est à dire que….

– Il n’y a pas de justification, vous aurez deux heures de colles mercredi prochain  et c’est tout !

Oh non ; j’avais donné rendez-vous à une super copine mercredi prochain, et puis j’ai juré à ma mère que je n’aurais plus d’heures de colle.

Forcément je conteste :

 » S’il vous plaît, je ferai des efforts pour la prochaine fois mais pitié, pas de retenue !

– Non, vous avez déjà des notes catastrophiques, vous ne faites jamais vos devoirs, vous êtes dissipé et vous voulez que je vous pardonne ?

– Oui Madame ….

– Et bien non, vous êtes un bon à rien, vous ne ferez jamais rien de votre vie !

Là c’en est trop ! Je veux bien qu’elle m’engueule,  mais elle ne sait rien de ma vie, elle n’a pas à me critiquer !

Moi, quand je suis énervé, je ne peux plus m’arrêter ; je prends alors mes affaires, la regarde droit dans les yeux et cours vers la sortie. A ce moment, je pense à tout ce qu’on a pu me reprocher : « t’es un bon à rien », « tu fous quoi de ta vie », « va te pendre » ….

Je suis désolé si je suis différent, mais c’est à chacun de vivre sa vie, on ne vit pas deux fois !

Alors je cours sans m’arrêter, sans savoir où je vais. De toute façon, tant que je ne croise pas quelqu’un qui va me rabaisser, je cours. Je ressens un sentiment de légèreté, comme si je fuyais cette société de m… où tout est déjà prédit…

J’atteins rapidement la mer, essoufflé. Il fait froid,  mais je me sens bien : personne autour de moi. De nombreux bateaux naviguent, le cri des mouettes est assourdissant, mais j’arrive tout de même à distinguer le son de l’eau s’étaler contre le sable et la roche.

Je suis bien, heureux. Le grand large me donne une grande envie de partir, loin, de voyager, faire des nouvelles rencontres. Puis je reviens à la réalité, je me dis que ma vie est entre mes mains et que la seule solution est de m’intégrer pour trouver ma place ici !




concours d’écriture

19 01 2013

Concours d’écriture au LBA :  » rédiger un récit ayant pour cadre l’ancienne chapelle du lycée »

Présentation du projet conduit en séances d’AP

Cette année, plusieurs actions autour de l’ancienne chapelle du Lycée vont être conduites :

? ? L’intervention d’un artiste plasticien en résidence, Edouard Prulhière, qui réalisera pour l’artothèque de Vitré, de début décembre à mi-mars, une installation dans la chapelle de notre lycée en relation avec le compositeur Olivier Aude et des enseignants et élèves du conservatoire de musique, de l’école d’arts plastiques de Vitré Communauté.

?? Un concours de mini-films en anglais (réalisation d’élèves de TL Littérature anglaise)

?? La réalisation de panneaux d’orientation : les métiers liés à l’art

?? Un concours d’écriture auquel nous avons participé.

 

 Objectifs des séances d’AP consacrées au concours d’écriture :

  • Participer à un projet commun aux élèves du lycée, en développant ses compétences en français

?? Rédiger une nouvelle ayant pour cadre, (ou intégrant dans son intrigue) l’ancienne chapelle du lycée : de la visite du lieu (prise de note/photographie pour la description de la chapelle, construction de la trame de son récit…) à l’élaboration de son texte.

?? S’inscrire dans un projet d’écriture nécessitant un esprit critique : la correction de la langue, la précision dans l’expression…les phases de reformulation.

?? Réinvestir ses lectures personnelles et les études engagées en début d’année de 2nde sur le genre de la nouvelle (les effets de réel et la description/le point de vue narratif ; la dynamique du récit, l’effet de chute…) Mettre ses compétences de lecteur au service d’une production écrite 

 

  • S’inscrire dans une dynamique d’écriture en s’associant à la vie culturelle du lycée.

? S’informer sur les autres projets, découvrir différents arts (architecture, arts plastiques, musique…)

? Publier un recueil de textes (aux éditions Massaïa / sur le blog Lettres)

Quelques nouvelles rédigées par les élèves, dans le cadre de séances d’AP (concours d’écriture LBA) :

 

?  « Juliette et moi

?  « les songes »

?  « Une nuit animée »

?  « Un mercredi de cendres »

?  « The Black Dahlia« 

?  « L’italienne »

?  « LES BRISE-LAMES », nouvelle rédigée par Sarah

 ?  « LA QUETE D’UNE VIE », nouvelle rédigée par Justine

 ?  « TOUT UN ART « , nouvelle rédigée par Dorine

 ?  « UN MOMENT D’ABSENCE », nouvelle rédigée par Eléna

 ?  « MORTELLE VENGEANCE », nouvelle rédigée par Clarisse

?  « LE CERCLE INFERNAL », nouvelle rédigée par Lisa