De l’esclavage vers l’émancipation

Traite transatlantique : 12 à 18 millions d’Africains déportés entre 1650 et 1850.

XVIIIè siècle.   Esclavage et droits de l’homme ?

1759 Candide, Voltaire « Le nègre de Surinam » 1780. Des organisations antiesclavagistes voient le jour.

En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n’ayant plus que la moitié de son habit, c’est-à-dire d’un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. « Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais-tu là, mon ami, dans l’état horrible où je te vois ? – J’attends mon maître, monsieur Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre.- Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t’a traité ainsi ? – Oui, monsieur, dit le nègre, c’est l’usage.On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l’année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée,elle me disait : « Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux ; tuas l’honneur d’être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère. » Hélas ! je ne sais pas si j’ai fait leur fortune, mais ils n’ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes, les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains.Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.- Ô Pangloss ! s’écria Candide, tu n’avais pas deviné cette abomination ; c’en est fait, il faudra qu’à la fin je renonce à ton optimisme. – Qu’est-ce qu’optimisme ? disait Cacambo. – Hélas ! dit Candide, c’est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. » Et il versait des larmes en regardant son nègre,et, en pleurant, il entra dans le Surinam.

La révolution. 1789. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen ne s’applique pas aux colonies 1791. révolte à Saint Domingue 1792 Abolition de l’esclavage en France mais pas dans les colonies.1794  Abolition de l’esclavage en France

1797 Jean Baptiste Belley, député de la République, de Girodet.

En arrière plan, le buste de l’abbé abolitionniste Raynal. Au loin, les paysages de l’île de Saint-Domingue.

XIXè siècle : des artistes militent contre l’esclavage. 

1802 Rétablissement de l’esclavage par Napoléon 1807 Suppression de la traite négrière en Angleterre. 1815 abolition officielle de l’esclavage mais le commerce  continue au vu et au su des autorités.

Les artistes se font les porte-paroles du discours abolitionniste des années 20 du XIXè s.

1819 Le radeau de la Méduse, Géricault.

https://www.kazoart.com/blog/wp-content/uploads/2018/09/le-radeau-de-la-meduse-gericault-1200x675.jpg

Ce tableau illustre le naufrage de la frégate La Méduse en 1816 qui acheminait le nouveau gouvernement français du Sénégal. Les rescapés errèrent pendant 13 jours sur un radeau de fortune et se livrèrent au cannibalisme pour survivre. Il y eut très peu de survivants. Géricault a représenté trois africains. Un critique de l’époque dira : « C’est un nègre qui est peint au sommet de la toile, s’épuisant à faire des signaux avec des lambeaux  de draperies. Mais quoi ! ce nègre n’est plus à fond de cale, et c’est lui qui sauvera l’équipage ! N’admirez-vous pas comme ce grand malheur a tout à coup rétabli l’égalité parmi les races ? » Charles Blanc.

1820

A 17 ans, Victor Hugo écrit son premier roman,  Bug-Jargal , réquisitoire contre l’esclavage.

1829. Tamango, Mérimée. lire en ligne

version audio ici

 

1841 La belle Dorothée, (Petits poèmes en prose) Baudelaire est inspiré par ses rencontres lors d’un voyage à l’ île  Maurice. (1821-1867). lire le texte : La belle dorothée1

En 1848, abolition définitive dans les colonies françaises .En 1949, indemnisation des colons pour une somme équivalent à 4 milliards d’euros.

1872 « Étude d’après un modèle féminin » Girodet.

Portrait inspiré par ses voyages en Egypte et devant s’intégrer dans un tableau intitulé « A vendre, esclaves au Caire. » le peintre met en valeur la beauté de la jeune esclave dont le cou est entravé par un anneau.

En Amérique : tensions raciales.

1850 La case de l’oncle Tom de Harriet Beecher-Stowe. Paru d’abord en feuilleton dans un journal, traduit notamment en français, il fut le roman le plus vendu La case de l’oncle Tom – Texte Abrégéau XIX è s et il eut une grande influence dans le déclenchement de la guerre de Sécession.

1860 élection Abhaham Lincolm favorable à l’émancipation des blancs

En 1865, Guerre de Secession (Civil War) opposant les Etats du Nord (l’Etats de l’Union), non esclavagistes, aux Etats du Sud (Etats de la Confédération) qui veulent maintenir l’esclavage. Abolition officielle de l’esclavage (4 millions de Noirs deviennent des hommes libres) mais Lincolm est assassiné.Le Nord continue à financer le Sud et ses activités esclavagistes.

Fondation du Ku Klux Klan née sur les ruines de l’armée du Sud. Cette organisation raciste revendique la suprématie de la race blanche et se livre aux massacres et aux lynchages. Un nouveau genre musical va naître, mélange de négro-spirituals, d’airs africains et anglo-saxons :  le Blues. Ces chants expriment le désespoir des Noirs dans le Sud causé par le racisme, la pauvreté, l’alcoolisme, le mal d’amour.  Stange fruit de Billie Holiday 1939 deviendra un hymne du combat racial aux Etats Unis. 

1875 Civil Rights Act.: interdiction de la ségrégation dans les lieux publics mais la loi est peu appliquée.

XXè siècle. La musique et la littérature comme outils d’émancipation.

Années 1910-1920.  Naissance du jazz : mélange de blues et de ragtime (musique d’orchestres et de fanfares). Le jazz et le blues gagnent en notoriété et envahissent les « night club » de New York et Chicago, provoquant l’admiration du public blanc. Le disque et la radio favorisent la diffusion de cette musique et permettent aux Noirs d’affirmer une identité culturelle. Cependant les musiciens noirs et blancs ne se mélangent pas. Ce n’est qu’en 1938, au Carnegie hall à New York que le public découvre un orchestre composé de Blancs et de Noirs. Des légendes du jazz telles que Louis Armstrong ou Duke Ellington acquièrent une dimension internationale et portent un message d’espoir et de confiance en l’avenir.

Summertime de Louis Armstrong et Elsa Fitzgerald. 1935. Traduction :C’est l’été et la vie est facile. Les poissons bondissent et le coton est haut. Oh ton papa est riche et ta maman est belle. Alors chut, petit bébé, ne pleure pas. Un de ces jours. Tu te lèveras en chantant. Puis tu déploieras tes ailes. Et tu te réfugieras dans le ciel. Mais d’ici là. Il n’est rien qui puisse te faire du mal. Avec papa et maman à tes côtés

Richard Wright (1908-1960)

1940 Richard Wright publie son premier roman Native son (un enfant du pays) qui connaît un succès immédiat.

1945 Black Boy (autobiographie) confirme la renommée de Richard Wright. C’est le premier grand roman écrit par un Noir qui traite des problèmes des Afro-Américains. Le livre permet de sensibiliser l’opinion publique et les intellectuels. Après la guerre, il s’exilera en France où il fréquentera les intellectuels parisiens ( Sartre, Camus).

En 1942, après l’entrée en guerre des Etat-Unis, le swing porte l’espoir et incarne la liberté pour tous les peuples en guerre. Les Afro-Américains sont accueillis en Europe comme des héros. A la fin de la guerre, une nouvelle musique apparaît, le rhythm’nblues qui rassemble la jeunesse blanche et noire. Ce rapprochement aboutit à l’ interdiction de la ségrégation raciale dans les écoles publiques en 1954. En musique, un bouleversement s’opère à partir du moment où des musiciens blancs reprennent des chansons des musiciens noirs  Le rhytm’nblues va  peu à peu devenir le rock n’roll. Dans le rock n’roll , les artistes comme Chuck Berry ou Little Richard revendiquent leur identité noire. Elvis Presley, chanteur blanc, rependra leurs chansons. 

Résultat de recherche d'images pour "photos segregation"Malgré les rapprochements, les tensions restent fortes entre les deux communautés. 1955 Montgomery Bus (Rosa Parks). L’événement enclenche le mouvement de révolte collective et pacifique qui s’achèvera en 1964.

Pendant ces dix années, de nombreux chants, les « freedom songs » véhiculent un message de révolte et permettent de créer une communion avec les Blancs qui les rejoignent dans leur lutte.On chante dans les réunions publiques, dans les bus qui parcourent les États du Sud. Parmi ces chansons, la reprise de « Hit the road Jack » de Ray Charles devient « Get your rights Jack ». la plus célèbre est  » (nous vaincrons)

1957 Les 9 of Little Rock. 9 lycéens Afro-Américains sont interdits dans un lycée de Little Rock (Arkansas). le président Eisenhower envoie l’armée dans cet état du sud afin d’accompagner les lycéens dans leur établissement.

Image associée

Norman Rockwell, The problem we all live with, 1964.(Le problème avec lequel nous vivons tous) Ruby Bridge, 6 ans, fut la première enfant noire à intégrer une école blanche en 1960. Elle dut être escortée par des agents fédéraux pour la protéger.Une seule enseignante accepta de faire cours avec elle;

.Années 60 : Civil Rights Movement. La marche des droits civiques impulsée par Rosa Parks.  1963. « I have a dream ». Le pasteur Martin Luther King prône la lutte non violente.  Il sera assassiné à Menphis en 1968.

Image associée

Résultat de recherche d'images pour "photos segregation etats unis"En 1965, Les  Blacks Panthers dont le leader est Malcom X, est un mouvement révolutionnaire  qui revendique l’identité noire. Image associée

Ce mouvement s’incarne dans une nouvelle musique la soul music.

Les précurseurs sont Sam Cook, Ray Charles, Athena Franklin et surtout James Brown.

Say it loud, I’m black and I’m proud.’Dites le haut et fort, je suis noir et fier de l’être) James Brown, 1968. Cette affirmation identitaire s’exprime dans la mode des coupes « afro » et dans le choix de vêtements colorés et légers. C’est le mouvement ‘Black is beautiful ».

https://www.lemonde.fr/blog/fredericjoignot/2015/02/15/black-is-beautifull-le-mouvement-nappy-naturel-et-heureux/

http://segregation-raciale.e-monsite.com/medias/images/san-1.jpg

Le 17 octobre 1968, pendant les Jeux Olympiques de Mexico (12-27 octobre), les athlètes américains Tommie Smith et John Carlos, champions du 200 mètres, montent sur le podium à la 1ère et à la 3ème place.

XXI è siècle

2001 En France, la loi Taubira met la traite et l’esclavage au rang des crimes contre l’humanité.

2008 En Amérique, élection de Barack Obama, président des Etats-Unis.

 

 

*********

 

Laisser un commentaire